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Nastasia B

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LAURÉAT
Sélection Jury

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Machinalement, l’homme jette un coup d’œil au panier : il est vide. Il prend son cache-nez suspendu dans l’entrée et enfile son manteau coupe-vent. Il s’assied sur le marchepied et chausse ses courtes bottes. L’horloge indique 7 heures quand il passe devant le crochet où pendent les clés de la maison, qu’il prend d’un geste mécanique. Il referme à double tour la porte derrière lui sans trop savoir pourquoi, puis ressent avec un certain plaisir l’air frais et humide qui cingle son visage et lui fait danser les cheveux. Comme à son habitude, l’homme met son nez dans le vent, plisse un peu les yeux, remonte la fermeture de sa veste imperméable jusqu’en haut puis enfonce ses deux mains bien à l’abri au fond de ses poches.
Dans la droite, il y a son porte-monnaie : c’est pour aller chercher le pain. Dans la gauche, il y a un os de seiche aux trois quarts mordillé et une laisse. Elle ne lui sert à rien ce matin puisque Polka n’est pas avec lui. Polka, ça n’est peut-être pas très original mais ça sonne bien, et la petite chienne identifie clairement son nom. Ça lui suffit ; l’originalité n’a qu’à s’en satisfaire, elle aussi : ce n’est ni sa priorité ni son but.
Comme souvent à cette saison – on est à la mi-novembre –, le vent envoie de fortes rafales qui l’arrêtent net et qui lui coupent la respiration l’espace d’un instant. L’homme a besoin de ça, aujourd’hui ; il adore cette sensation d’adversité qui lui arrive de la mer. Il vient goûter l’air du large chaque matin et en tout temps. C’est sa plage, pour ainsi dire. Il ne lui a jamais fait d’infidélité. Tout cumulé, il n’y a pas plus d’une dizaine de jours depuis qu’il habite à Grandcamp-Maisy où il n’a pas fréquenté sa plage, son vent, sa lumière, son ciel ou son épi, la jetée coudée d’où l’on a une vue splendide. Une ou deux fois, c’est qu’il était cloué au lit, malade comme un chien ; les autres fois, c’était… pour Martine.

* * *

Martine, c’était une toute petite bonne femme, pas plus haute que ça. Il avait l’air d’un géant à côté d’elle, lorsqu’ils se baladaient ensemble sur la plage. Pourtant, sans l’ombre d’un doute, c’était elle qui dirigeait la maison ; c’était un paquet d’énergie, une boule de nerfs toujours en mouvement. Martine était partout à la fois, et, avec sa petite mine de belette, l’air de rien, elle vous donnait des ordres qu’il eût été inutile de vouloir contester. On peut dire qu’elle savait y faire, Martine : ça passait en douceur. Elle vous caressait dans le sens du poil avec un sourire, une parole tendre, mais derrière tout ça, il y avait des armatures en acier trempé, vous pouvez me croire.
Un jour, alors qu’ils marchaient sur la plage avec Polka, Martine s’était plainte d’une sorte de douleur au dos, dans la colonne vertébrale. On n’en avait pas fait plus de cas que cela, car avec tout le travail qu’elle abattait journellement, ça n’avait rien de surprenant. La balade avait été belle, néanmoins ; Polka s’était amusée comme une folle avec un os de seiche qu’on lui lançait et qu’elle courait récupérer.
C’était toujours le même manège, inlassablement, toujours le même bruit des vagues, toujours les mêmes cris stridents de goélands, toujours les mêmes jets de la petite forme blanche et oblongue que la chienne parvenait parfois à rattraper en plein vol au prix d’un saut de toute beauté. Elle était comme fière en pareil cas ; elle ne le laissait plus facilement, son os de seiche. Elle lui faisait sentir toute la puissance de ses mâchoires, qu’elle retenait juste à temps avant qu’il n’éclatât sous la pression des crocs, comme pour lui signifier : « Si je le voulais, je ne ferais de toi qu’une bouchée. »

* * *

L’homme connaît l’itinéraire par cœur ; ses bottes pourraient presque faire le chemin sans lui tellement elles ont crapahuté sur ce trajet, jour après jour. Le vent vient du nord-ouest, le manteau sait qu’il va se gonfler pile au moment où il va passer au coin du marchand de journaux ; il y arrive, encore deux secondes… une, deux, paf ! ça y est : le manteau se gonfle. C’est bon de savoir qu’il y a des choses sur lesquelles on peut compter. Encore deux rues et il y est.
Passé l’abri de la dernière maison, comme une grande claque. Ffffoooouuuuffff fait le vent avec une volonté nette de lui couper la respiration et de lui arracher des poignées de cheveux. Chhhouuuuuch puis chhhhiiichhh fait la mer en respirant, prête à tousser avec la gorge grasse. Un éternuement de temps en temps vient projeter de l’écume jusque sur la chaussée, tellement elle est haute et grondante, ce matin.

* * *

Il se souvient de sa chienne, pas Polka, celle d’avant – Praline, elle s’appelait –, qui se faisait toujours surprendre par les vagues de ce genre ; elle trouvait chaque fois le moyen de se faire tremper, même quand elle marchait sur l’asphalte. Ah ! ce qu’ils avaient pu rigoler de nombreuses fois, Martine et lui, en voyant Praline se faire surprendre par une vague bien froide ! Elle faisait alors un saut de carpe vers l’avant et se retournait, la queue entre les pattes, pour savoir qui était le plaisantin qui lui avait fait ce tour. Elle revenait ensuite vers le couple toute penaude et s’ébrouait tout près d’eux, histoire de les faire profiter de ses éclaboussures.
C’était le bon temps, ça, mais ils ne le savaient pas, alors ; ni lui, ni elle, ni la chienne. Ça paraissait si loin, maintenant. La chienne était morte depuis belle lurette. Ils avaient beaucoup pleuré, s’étaient juré qu’ils n’en reprendraient plus car c’étaient des bêtes à chagrin, avaient tenu bon pendant à peu près un an puis, sans l’ombre d’une hésitation, avaient tout de suite dit oui quand on leur avait proposé la petite Polka.
Elle s’était très vite montrée bien plus futée que Praline ; plus agile, également. C’était Martine qui avait eu l’idée de lui lancer un os de seiche, la première fois ; la chienne avait tout de suite compris qu’elle pouvait aller le chercher et le rapporter pour continuer le jeu. Praline n’était sans doute pas capable de ce genre de subtilités.

* * *

Martine avait serré les dents pendant des mois puis, à fin et à force, elle s’en était ouverte à son mari. Lui avait insisté pour qu’elle allât rapidement consulter un médecin, mais ça avait encore pris des semaines avant qu’elle ne franchisse le pas, pliée par la douleur. Le docteur avait fait une sale mine puis avait prescrit toute une batterie d’imageries et de rayonnements qui ne laissaient rien présager de bon. Ça avait demandé du temps, mais il avait fini par le lâcher, le mot. D’abord ce fut tumeur ou nécrose, ou il ne savait plus quoi. Puis il y eut une variation, on glissa délicatement le mot métastase dans la conversation.
Durant des semaines, il y en avait eu des examens de toutes sortes, des prises de sang, des rayons de ceci, des traitements de cela. Et, finalement, tout malin qu’il était ce docteur, il avait bien fallu qu’il finisse par cracher le seul vrai mot qui convenait et que l’on ne pouvait plus feindre d’ignorer : cancer.
Merde ! Martine avait donc un cancer. Pas étonnant qu’elle ait eu si mal depuis si longtemps ; mais elle ne voulait pas entendre parler de rester au lit. D’un autre côté, lui trouvait ça mieux : il pensait qu’à trop faire de place à la maladie dans sa tête, on finissait par lui en faire de trop aussi dans son corps. Alors ils continuèrent quelque temps les balades sur la plage avec la chienne.
Il n’empêche que tout le monde voyait bien que Martine traînait la patte. Un jour, on décida de raccourcir un peu l’itinéraire. On s’arrêta au port. Puis on coupa encore un peu plus court, trois ou quatre semaines après. Finalement, on s’arrêta au Musée des Rangers.
L’homme tâchait de lui changer les idées, mais Martine avait les pensées tout occupées au mal qui la rongeait de l’intérieur. Alors il lui parlait de leur jeunesse, de quand ils s’étaient rencontrés. Cela s’appelait encore Grandcamp-les-Bains quand ils étaient venus s’installer ici, Martine et lui. Elle était originaire du coin mais lui, allez savoir pourquoi, ce nom – Grandcamp-les-Bains –, l’avait beaucoup amusé au départ, chaque fois qu’il passait devant le Musée des Rangers. Grandcamp-les-Bains ! C’est sûr, ça avait dû être une promenade drôlement vivifiante, un certain matin de 1944 ! Il n’avait pas connu Omaha Beach : il n’était pas encore né à ce moment-là, mais il avait souvent essayé de se figurer la pluie de métal qui avait dû s’abattre par ici au jour de la grande explication.
Parler de la guerre, cela avait ça de bien que ça permettait de relativiser son mal, et ce, quel que soit le mal, même lorsqu’il était aussi envahissant que l’était celui de Martine.

* * *

Un jour, elle ne put plus sortir faire sa balade avec la chienne. Ce jour-là, il en avait eu le cœur déchiré. Elle lui avait demandé d’aller seul promener Polka, qui avait besoin de se défouler, mais qu’elle, elle préférait se reposer. Il faisait beau, ce jour-là ; c’en était presque indécent. Il y avait eu une larme qui lui avait coulé le long de l’arête du nez, alors il avait marché longtemps avec Polka pour faire passer la larme. Il lui avait jeté et rejeté son os de seiche, des tas de fois. Polka était aux anges : elle revivait, elle. Ils allèrent même faire le tour du port. Le ciel était splendide et reflétait son bleu dans l’eau parmi les couleurs vives des bateaux : des rouges, des blancs, des verts, des bleus qui ondulaient en surface. Ils allèrent même bien au-delà.
« Faut qu’on rentre, maintenant » avait-il soudain décrété, comme si la longueur de la promenade eût été une marque d’irrespect pour la malade restée à la maison. Polka l’avait suivi sans sourciller : elle ne pouvait pas se plaindre ; c’était d’ailleurs sa meilleure balade depuis des mois.

* * *

Plus tard, l’homme décida de décaler la promenade au matin, de bonne heure. Polka n’y voyait pas d’inconvénient ; elle fut juste surprise au début, puis s’y fit très vite. Ce qui l’ennuyait plus, elle, avec sa sensibilité de petite chienne dynamique, c’était qu’elle devait maintenant rester seule à la maison pendant une bonne partie de la journée : ses maîtres prenaient la voiture dans la matinée et ne revenaient qu’en fin d’après-midi. Polka leur faisait la fête à leur retour. Cela dura un certain temps puis, sans que l’on puisse parler d’un très grand changement pour elle, la chienne s’aperçut que sa maîtresse ne revenait qu’épisodiquement à la maison. L’homme la promenait toujours le matin de bonne heure, montait peu de temps après dans sa voiture, l’abandonnait, pour ainsi dire, toute la journée, et revenait seul le soir.
Polka fut très contente pendant les deux jours où son maître ne fut pas à la maison. Leur fils était venu s’occuper d’elle et avait amené avec lui ses deux petites filles de quatre et six ans. Ils avaient joué sur la plage, joué, joué, joué. Combien de fois lui avait-on lancé son os de seiche ? Combien de fois l’avait-elle rattrapé en plein vol ? Nul ne pourrait le dire. Toutefois, elle avait dû dormir plus longtemps dans son panier tant elle s’était dépensée.
Puis ce fut la routine, de nouveau. L’homme la promenait le matin, et la balade était incroyablement longue, pour Polka, comme dans un rêve. Lui paraissait un peu étourdi, comme distrait ; il oubliait tout : de lui défaire sa laisse, par exemple, de lui jeter son os de seiche. Il fallait qu’elle le lui rappelât par une série d’attitudes appropriées.

* * *

Depuis lors, chaque jour, pendant de longues heures, et parfois même plusieurs fois par jour, l’homme sillonne la plage de l’estacade au môle et du môle à l’estacade. Il n’a rien d’autre à faire. En marchant auprès de sa chienne, il use tout son chagrin, centimètre par centimètre, sur le sable abrasif de cette plage. Il connaît tout à présent des oiseaux d’eau, des vents, des marées, de la pêche à pied. Il n’est pourtant ni chasseur ni pêcheur, mais il a des réserves de temps infinies pour l’observation ; pour se taire et laisser parler la nature autour de lui. Seuls ses yeux communiquent avec l’extérieur, bien que tous ses sens soient constamment en éveil.
Les jours de mer d’huile, il aime le bruit de ses pas sur l’épi, la belle estacade en bois de chêne. Il ressent dans ses pieds leur vibration cadencée, lente, et la distingue des petites ondulations folles dans le bois que produisent les griffes de Polka.
Quand il a le nez en l’air et que, pour la première fois de la saison, il entend leur cri, il aime se dire : « Tiens, les vanneaux arrivent dans la baie des Veys » ou bien « Le vent a tourné au nord-est, demain je verrai sans doute des canards ».
Il lui semble également mieux comprendre les hommes. Eux aussi sont saisonniers ; eux aussi respectent l’alternance des marées ou des cycles plus longs. Quand c’est la vive-eau d’équinoxe, il voit fleurir les imperméables bleu marine ou jaunes des pêcheurs à pied venus cueillir le bouquet avec leurs haveneaux ou en poussant méthodiquement leurs bichettes. Quand ce sont les vacances scolaires, la plage bourgeonne de ballons, de pelles, de seaux, et il regarde voler des dragons rouges avec les mouettes.
Certains comptent les moutons pour s’endormir, lui compte les pluviers ou les bécasseaux pour s’empêcher de penser à autre chose. Soudain, il détecte un vieux voilier au loin dans la lumière. Est-ce L’Union ou La Jolie Brise ? se demande-t-il. Bah, c’est L’Union, à tous les coups, conclut-il mentalement après une minute de délibération, sans en être tout à fait certain à cause du contre-jour. Puis il y repense pendant une vingtaine de minutes sur le chemin du Perré, comme s’il s’agissait d’une question décisive ; ça fait toujours vingt minutes de gagnées sur les vilaines pensées.
Il sent le museau humide se glisser sous sa main en quête de caresses ou de jeu.
— Tiens ! te r’voilà, toi ! Encore un nouvel os de seiche ? Y’aura bientôt plus assez de seiches pour te fournir, à ce rythme-là. Tiens, donne. Allez, va chercher !
Il s’applique à bien lancer, regarde sa chienne démarrer en trombe à la poursuite de l’os de seiche et profite d’avoir le regard au loin pour admirer la belle géométrie du môle. À marée haute, quand il vient suffisamment tôt le matin, il assiste à la rentrée au port des bateaux de pêche qui ont fait leur campagne pendant la nuit. Il voit que les gars ont l’air fatigué et qu’ils ne seront pas millionnaires ce soir. Parfois, il aimerait bien aller en mer avec eux, pour ne plus penser, pour se sentir utile et pour tomber comme une masse, sitôt couché. Il sait qu’il s’en ira tout à l’heure, qu’il reviendra demain ou peut-être même ce soir, si la lumière lui paraît belle ou s’il a des fourmis dans les bottes.
Pour atteindre la mer lors de ses balades, l’homme sait qu’il doit tantôt aller la chercher très loin sur le rivage comme une petite créature peureuse, tantôt qu’elle vient lui mordre les bottes dans une attitude menaçante, les contraignant, Polka et lui, au repli sur le quai. Le plus souvent, le ruban d’écume oscille quelque part entre ces deux positions, selon l’humeur des eaux.

* * *

Ce matin, l’homme se souvient que c’est son tour d’être haute ; de s’avancer vers lui avec son grand sourire salé. Les gros nuages de cendres et le souffle qui secoue ses cheveux ne lui disent rien de bon. L’eau hésite à se dire brune, verte ou grise. Il devra se contenter de rester sur le bord, car la masse bouillonnante ne lui laissera pas poser le pied sur la plage.
En effet, la sensation de froid le transperce, s’insinue dans son cou, sous sa veste, l’oblige à plisser les yeux, à courber l’échine, à enfoncer profondément ses mains dans ses poches. Dans le port, le vent fait chanter les drisses des gréements à quai et battre les voiles bâillonnées qui piaffent d’impatience de reprendre le large. Non loin, des bateaux de pêche qu’on a ligotés comme des esclaves et contraints à l’amarre dansent sur les remous au rythme syncopé des gongs sourds que produisent leurs coques en s’entrechoquant. Il les voit se dandiner à contretemps, pareils à des danseurs débutants qui se marchent sur les pieds en tâchant de suivre la cadence.
Il décide de longer le chenal vers le Perré. Le vent, les vagues qui s’écrasent sur la pierre du môle, font un vacarme qui sature l’oreille comme des cymbales ; les goélands inconscients ou kamikazes qui s’aventurent dans les airs sont soudain giflés par des rafales fantastiques qui les projettent comme des cerfs-volants ; il les entend lancer de temps en temps des plaintes aiguës que l’on perçoit à peine.
Sur le Perré, en direction du phare, l’homme n’est pas beaucoup mieux loti que les volatiles. Il s’arc-boute, rondit le dos pour lutter contre le vent latéral qui le déstabilise, mais il continue jusqu’au phare. Il aime cette adversité ; faute d’autre chose, il se reconstruit comme il peut. Le sel creuse sur sa peau des gerçures, des plaies superficielles, mais referme les blessures plus profondes, peu à peu, jour après jour. C’est son baume, son soin du cœur, son remède de l’âme ; et qu’importent ces griffures de sel.
La mer est décidément très haute, ce matin, vraiment très haute. Il n’y a pas moyen de descendre sur la plage ; il faut se contenter du quai et regarder la mer par-dessus la balustrade. De temps en temps, il y a une grosse vague qui vient éclater comme un feu d’artifice sur le rivage en faisant beaucoup de bruit et qui éclabousse jusque sur la route. L’homme regarde au loin ; la mer bout à quelques mètres de ses pieds, prête à déborder de la marmite. Le ciel est chargé, entièrement chargé d’une épaisse couche de nuages : on dirait un plafond de coton ou un étage de crème chantilly.
Tout à coup, une vague énorme vient se fracasser derrière lui sur les barreaux parallèles du garde-fou. Il se retourne pour voir ça. L’eau gicle, découpée en tranches, comme passée au travers des lames d’un hachoir. L’écume se projette jusqu’aux semelles de ses bottines, en guise d’avertissement, comme pour lui signifier : « Si je le voulais, je ne ferais de toi qu’une bouchée. »
L’homme le comprend comme tel, s’arrête dans sa marche quelques instants. Il voit une forme blanche que la vague a projetée sur la route : un os de seiche. Alors, machinalement, comme par réflexe, il serre dans sa main gauche, au fond de sa poche, l’os de seiche tout mordillé qui s’y trouve. Deux grosses larmes se mettent à couler de part et d’autre de son nez ; ses doigts caressent la petite laisse verte. La mer vient de lui rappeler que sa Polka est morte il y a deux jours.

PRIX

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Denis Wickert · il y a
Bravo, Nas ! C'est triste et ça prend aux tripes !
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Adonis · il y a
Très émouvant. .j ' aime beaucoup. .
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Genou · il y a
Encore Une découverte surprenante
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Nastasia B · il y a
Merci de votre fidélité et de votre enthousiasme Geneviève.
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Regis Rulhe · il y a
émouvant et triste
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Regis Rulhe · il y a
super
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Nastasia B · il y a
Merci encore Régis.
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Damien Malène · il y a
Ecriture superbe. C'est comme une toile banalisée mais sur laquelle il y a deux déchirures, deux morts, sur la surface. Et sur cette trame vous avez écrit dans un style dépouillé et un vocabulaire d'une très grande richesse la décoration de ce tissu. Il n'y a pas de chute particulière à attendre, suivre des yeux la décoration suffit.
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Nastasia B · il y a
Merci beaucoup Damien pour ce commentaire qui me touche beaucoup. Sincèrement, merci.
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Shinji11 · il y a
Jolie histoire toujours une progression très lente qui me perd. Jai du mal à saisir le but du récit mais peut être est ce pour signifier le temps qui passe?
Écrit lisse comme la vie de cet homme il semble éloigné de sa propre existence et tout vivre comme s'il acceptait la fatalité à l'image de la vague qui va l'engloutir.
Bel écrit. Récompense

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Nastasia B · il y a
Pour répondre plus spécifiquement à votre remarque, je fais partie de celles qui considèrent qu'un récit ne doit pas forcément avoir un but, au sens matériel du terme, ou, si but il y a, c'est de faire naître une émotion, d'essayer de mettre le lecteur en résonance avec ce personnage qui pourtant ne lui est rien. J'essaie de toucher à ce qu'il y a d'universel dans l'humain. Que l'histoire ait un début, un milieu et une fin, je m'en moque complètement. La question que je me pose en tant qu'auteur, c'est, est-ce que l'histoire va toucher les gens ou pas ? Vous constaterez que dans cette histoire, j'ai pris soin de faire en sorte qu'il ne se passe absolument rien (le rêve de Flaubert). Mon but était simplement de faire naître une émotion propre à (éventuellement) toucher certains lecteurs. Bien évidemment, j'aime les histoires où le scénario est habile. J'en ai écrites certaines où l'intrigue est plus présente (pour l'instant, je ne les ai pas encore proposé sur Short Edition, ce sera peut-être pour l'hiver ? je ne sais pas encore) mais je ne veux surtout pas me cacher derrière une intrigue comme le font souvent les romans ou nouvelles policières, des œuvres où tout réside dans le fin mot (qui se confond souvent avec le mot de la fin). Parfois, j'aurais presque envie de dire comme dans Columbo " C'est lui le coupable " afin de voir si l'écrivain a autre chose à me proposer dans son texte qu'une astuce ou la clef d'une énigme.
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Shinji11 · il y a
Je comprends votre propos .
Je ne suis pas vraiment sensible à faubert. C'est un point de vue toutefois intéressant. Ce que j'apprécie de mon point de vue c'est autant le chemin que le but . Et j'espère atteindre cet idéal d'écriture un jour.
Bonne continuation , a bientot.

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Pierre Lieutaud · il y a
Mon vote
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Nastasia B · il y a
Merci Diorite.
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Jeanne Djoumpey · il y a
Un très bon texte, simple et efficace.
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Nastasia B · il y a
Merci Jeanne.
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