Khalil

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Khalil
Suis-je dans le noir ou ai-je les yeux fermés ? A ce stade de ma vie la question mérite d’être posée. Khalil, mon ami invisible, j’aimerais bien que tu me répondes. Alors que tout semble être contre moi, que mon être intérieur est comme une ville après le passage d’un ouragan. Excitée et très motivée à l’idée d’embrasser le monde réel, heureuse de pouvoir enfin faire ce que j’appelais le métier de mes rêves dans l’une des meilleures entreprises du monde, la joie m’empêchait de fermer les yeux à la veille de ce jour qui marque un tournant décisif dans ma vie de jeune étudiante. Cette première journée se solde par une déception, ma journée se résume en des va-et-vient de mon futur ex -bureau au bureau de la DRH. Je passe ainsi un mois si près de mon rêve dans toute fois en effleurer la réalité de ce monde déprimant et stressant des cabinets d’audit. Les anciens se plaignent de leurs charges de travail et du rythme effréné, mes condisciples bourdent pour les mêmes raisons, moi je n’ai rien à dire. En gros depuis ces quatre semaines je n’arbore pas une casquette d’auditeur comme les autres mais plutôt de gardienne des locaux, car toutes les missions qui me sont assignées finissent par être ajournées. Plusieurs auraient voulu être à ma place, être payé à ne rien faire. Hélas ! Cette situation ne me réjouissait guère, je m’étais battue pour être dans ce cabinet afin de travailler dur comme je l’avais toujours fait. Travail qui me valut un prix d’excellence sur le plan national. On n’allait tout de même pas se contenter d’un seul prix, n’est-pas Khalil ?
Comme si j’avais d’autres choix, on n’a pas de choix lorsqu’on vient d’une famille qui n’est riche que de son amour et dont le passé est aussi obscur que le présent ainsi que...
Je refuse que le futur soit ajouté à cette phrase. Je me dépeins comme celle qui détient la lumière qui affranchira plus d’un où qui leur permettra de dormir sur leurs lauriers. Suis-je une héroïne ? Nous le sommes tous, bien qu’ils nous manquent les costumes ridicules qui vont avec le titre. A commencer par ces braves femmes qui risquent leur vie pour des êtres qui finiront par dire : « Je n’ai pas demandé à naître ? » Aussi, surprenant que cela puisse paraître, je réponds à ces derniers que leurs parents n’ont pas demandé à les avoir. Je continue en disant que leurs géniteurs ont voulu matérialiser le flot d’amour qu’ils ressentaient et le célèbre inconnu, Khalil t’a remis entre leurs mains. A cette réponse les jeunes restent pensifs et certains accusent Khalil. Bref, je pense que Khalil doit maintenant être habitué, depuis des siècles on l’accuse et le blâme pour la moindre seconde sombre que nous vivons. Comme vous je ne le vois mais je sais qu’il est omniprésent.
Khalil, te souviens-tu de ces six mois ou je me réveillais à 5h pour ne refermer les yeux que le lendemain à 4h. Dormir à 3h du matin étais un luxe que je ne pouvais me permettre pendant la saison haute. Je commençai à réaliser que ce qu’on disait des cabinets d’audit étaient loin d’être une fiction. Je me souviens de ces weekends que je passais sur mon ordinateur. J’ai compris qu’on pouvait respirer sans pour autant vivre. Toutes ces nuits ou je rentrais à la maison à 2h du matin en faisant fi de l’insécurité que je savais très présente dans mon quartier. La seule chose qui importait pour moi était d’être la meilleure. Mes forces et ma motivation ont commencé à s’évaporer progressivement. Ma fierté et mon amour propre ont été bafoués à bien de reprises par des paroles diminuantes malgré tous les efforts que je faisais pour satisfaire les exigences de mes responsables. Peut-être bien que j’aurais dû changer d’arène dès le début, je continuais à m’appliquer, à faire davantage de sacrifice sans savoir que le bureau s’était passé le mot ‘’cette fille est nulle’’. Après deux missions je me suis retrouvée sur le banc de touche, plus personne ne me voulait comme assistant en pleine saison haute. Pendant que tout le monde dans le cabinet était super occupé, moi je chômais. Désemparée par ce constat je cours supplier, le responsable des programmations afin d’avoir des missions, je lui promis de mieux faire. Une, deux,...sept semaines passent et je reste sans avoir la moindre mission. Nous voilà à la période des évaluations, qui déterminent ceux qui seront en CDI et ceux dont l’entreprise doit se séparer. Alors que les amis totalisent une vingtaine de missions, je suis mise à la porte du haut de mes quatre missions. J’ai subi tellement de misère, que l’annonce de mon licenciement fut pour moi un soulagement. Cependant, cette information me surpris ainsi que toutes les personnes qui ont participé à la réunion de positionnement, c’est la réunion au cours de laquelle on décide du sort de tout un chacun.
Toutes les personnes qui ont participé à la réunion, m’ont rassuré que je passais en grade supérieure. D’où vient cette décision ? Pourquoi moi ?
Ces questions se battent en mon esprit, des larmes perlent sur mes jours pendant que j’arpente les couloirs de cette entreprise.
Oui tu étais là quand tous m’accusaient pour leurs irresponsabilités. Tu étais présent cette nuit où l’on m’appela à 23h pour me dire à quel point j’étais bonne à rien, à quel point je ne méritais même pas la note de 10/20 en dépit de mes veillées. J’espère que tu n’as pas oublié ces fois ou je suis resté travailler jusqu’au petit matin sans me doucher ni fermer l’œil de la nuit afin d’entendre juste un mot d’encouragement. C’était trop demandé apparemment. Des paroles blessantes, j’en ai entendu, des sacrifices j’en ai consenti. Quel est donc le souci avec moi ? Tout semble être si complexe quand il s’agit de moi. Ce qui aurait fait l’objet

d’éclats de rires se transforme en querelles si j’y suis associée. Suis-je dans le noir ou ai-je les yeux fermés ? Je ne pense pas avoir besoin de fermer les yeux pour qu’il fasse noir, je ne contemple que l’obscurité de mon âme sous le plein soleil. Cette âme qui a été meurtri par tellement d’échecs, échecs que l’on me demande d’appeler expériences. Khalil, tu es la seule raison pour laquelle je reste en vie. Je comprends mieux toutes ces personnes qui mettent un terme à leur vie. Sommes-nous les maîtres de nos vies ? Certains faits me vont croire le contraire, plusieurs personnes essaient de mettre fin à leurs jours sans toutefois y parvenir, les poisons semblent être de nul effet sur eux. Toutes leurs tentatives sont interrompues par des connaissances ou des inconnues. Peut-être bien que nous ne sommes pas si libres de disposer de nos vies comme le monde nous le fait croire.
Non Khalil n’essaie pas de me dire que ma vie est semblable à un champ de roses et que ces difficultés sont des épines. J’ai l’impression que les épines sont plus nombreuses que les roses. Par ailleurs, je ne vois qu’une seule rose au lieu d’un tas de ronces, cette rose c’est mon visage qui présente toujours un sourire. Ce sourire est mon arme la plus redoutable, dans cette vie. Tu fais peut-être allusion à ma vie amoureuse, Khalil ?
Très drôle, ma beauté en fait rêver plus d’un, tous sont convaincus que je suis la plus épanouie dans ma relation. Si seulement cette relation existait. Si seulement je n’avais pas dit merde à ma seule et unique relation. Ah l’amour ! si seulement sa beauté en réduisant un tant soit peu la complexité. Khalil pourquoi ai-je mis un terme à ma relation avec Holy ? Holy est la perfection humaine, il regroupe à lui seul toutes les qualités que tous les hommes de la terre réunis ne sauraient avoir. Au cœur de toutes ces difficultés, de ce désastre qu’est ma vie, après 10 ans mon cœur continue de battre pour lui comme ce jour où il m’a avoué ses sentiments. J’espère qu’il me reviendra.... Khalil je sais que tu dois me trouver un peu stupide. Du plus profond de mon être, j’aimerais l’oublier et refaire ma vie avec tous ces riches beaux hommes qui me font la cour à longueur de journée. S’il avait été béninois, j’aurais été convaincue qu’il m’a ensorcelé. Assise dans ce parc fleuri, tout me rappelle Holy, notre relation n’avait rien d’extraordinaire et pourtant les images de nos longs moments de silence me hantent, le souvenir de son parfum m’énivre.
Ces défauts et ces fautes ne sont pas si graves que çà. Qui aurait cru que la petite intello passerait des nuits à verser des chaudes larmes pour un homme ? Khalil, est-ce bien ce que nos parents ont vécu dans leurs jeunesses ?
J’en doute fortement. Comment passer de cet idéal à des disputes interminables, des violences conjugales, des divorces et des femmes battues à mort ? Est-ce donc ce qui m’attend ?
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