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Kafka

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Olibrius

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KAFKA


Le lendemain, je décidai de me rendre chez le Professeur avant d'aller à mon travail.
Le Professeur poursuivait une carrière de pierre. On l'appelait Kafka parce qu'il ne trouvait jamais son chemin. Son intelligence était garantie par le gouvernement car il passait des examens. Quand il en réussissait un, il gagnait le droit d'en passer un autre. Comme dans ces machines où une pièce vous permet de propulser cinq billes d'acier vers les lumières afin de gagner une partie gratuite, le jeu était le but du jeu.
Je pensais que le Professeur lithographiait sa vie mais je me gardais bien de le lui dire. J'avais toujours, en sa présence, une peur bleue de la troisième phrase, celle qui suit la réponse à la question. Jusqu'à présent, il n'y en avait jamais eue et notre entente était remarquable.
Kafka partageait sa chambre avec des livres et la concierge disait en ricanant que c'était le seul partage qui lui convenait. Il y en avait partout même dans la cheminée. Beaucoup lui avaient été offerts. Il en brûlait un, de temps à autre, qu'il n'avait pas payé, parce qu'il n'aimait pas son auteur ou que la théorie développée l'avait contrarié. Ses fréquents déplacements à travers la ville où il se perdait devaient avoir un rapport avec la dispersion des cendres des livres qui lui avaient déplu.
Il m'accueillit avec un sourire contraint qui le faisait ressembler à la Joconde. Il portait, ce matin là, un tablier en cuir car il était cordonnier pendant les heures creuses.
- J'ai appris pour votre femme.....bredouillai-je.
- Elle était végétarienne, répondit Kafka .
Il me regarda longuement puis referma doucement la porte.
Je compris qu'il ne désirait pas qu'une troisième phrase s'interposât entre nous.

Nous étions faits pour nous entendre, pas pour nous parler.

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