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Juste un signe ...

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Léa_Petit

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Je le sais, les mots que j’écris là, sur cette vieille feuille jaunie, ce ne sont pas les plus beaux, les plus adaptés mais au moins, ils viennent du cœur. Cette histoire que je vais raconter dans cette lettre est totalement banale, j’en suis consciente mais cela est pour moi, la plus belle des aventures. Je brûle d’envie à l’idée que quelqu’un la lise, l’apprécie comme moi. Je m’appelle Éléanore et je vais avoir 14 ans le 27 de ce mois. J’espère vraiment que cette lettre sera lue par toi, Éléanore du futur, lorsque tu seras mariée, que tu auras des enfants... Enfin voilà, ceci ne se réalisera sans doute jamais, mais j’y crois. Il suffit d’un signe...

Tout se passe le 18 janvier 2019. Ce jour-là, j’étais encore en quatrième. Je n’avais que deux heures de cours. Ma meilleure amie Alison venait de déménager. J’étais en couple avec Arthur, le fils des amis de mes parents. A vrai dire, je ne l’aimais pas. Passer du temps avec lui m’ennuyait profondément, tellement que je ne voyais rien de concluant dans cette obscure clarté. Non, Arthur n’était rien dans mon cœur, seulement un intrus. Je rêvais de sortir avec Hugo, un point c’est tout. Sauf qu’à ses yeux, j’étais totalement transparente, à peine s’il savait mon nom. Bref, je sortais du cours d’espagnol, la seule matière dans laquelle je n’arrivais pas à avoir une moyenne de plus de dix-huit sur vingt.
Je détestais cette matière ainsi que le professeur Mr. Holmes qui ne cessait de me répéter Insuficiente (ce qui signifie « insuffisant »). Avec May, ma plus proche amie, nous nous apprêtions à aller en permanence lorsque Lisabeth arriva et nous dit qu’à cause des travaux, il fallait aller au réfectoire, le seul autre endroit où l’on pouvait accueillir une cinquantaine d’élèves. Comme à mon habitude, je m’asseyais à une table vide et j’ai commencé à lire le tour du monde en quatre-vingts jours de Jules Verne. Certes, ce n'est pas l’un des meilleurs livres que j’ai lu mais tout de même intéressant. Odile, une surveillante me demanda comment j’arrivais à lire dans le raffut. Je haussai les épaules et elle partit. Les autres à nouveau me dévisageaient. J’ai l’habitude car franchement moi mes cheveux roux incontrôlables, mes yeux dorés, ma petite taille et mes formes passaient rarement inaperçus aux pestes de ma classe si « parfaites » soi-disant. Mais, qu’est-ce qu’est réellement la perfection ? Moi, la petite orpheline toujours chez l’assistante scolaire depuis que j’ai été adoptée il y a 9 ans n’ai jamais cru en la perfection. Enfin... Je continuai de lire quand Lis, toujours aussi pénible me piqua mon livre. Contrariée, je bondis de ma chaise pour essayer de lui reprendre. Peine perdue. Je réussis seulement à trébucher dans mes lacets défaits. Encore une fois, ma classe me regarda et ricana. Honteuse, je saisis mon livre des mains de mon amie. Vexée, je replongeai dans ma lecture quand je reçus un coup de coude de May qui me demanda si j’avais mon manuel d’histoire. Je lui fis non de la tête et partis demander si quelqu’un pouvait m’en prêter un. Perle et Astrid pouffèrent. Emma, Sarah et Isa ne me répondirent même pas. Tania, Effie et Agathe regardèrent dans leur sac mais me firent un signe de tête signifiant « non, maintenant si tu pouvais partir...». Seule Rose fut agréable avec moi, mais malheureusement elle non plus n’avait pas son manuel. Agacée, je me dirigeai vers la table lorsqu’Andrew m’attrapa le bras et me tendit le sien. En le remerciant, je le tendis à May. Je voulus alors étendre mes jambes pour poursuivre ma lecture confortablement mais quelqu’un me les poussa. Je pensais d’abord à Lis, aimant m’énerver en permanence mais je me suis trompée ; c’était Andrew.
«  Je peux t’apprendre quelque chose, Elly ?
- Ca dépend quoi. Répondis-je
- Les origamis, tu connais ?
- Bien sûr. C’est un art japonais qui consiste à faire des pliages de papier.
Pourquoi me demandes-tu ça ?
- Sais-tu faire les cygnes ? Demanda t-il
- Non.
- Alors je vais t’apprendre. »
Il saisit une feuille, la plia plusieurs fois, la retourna, la replia tellement de fois que j’en perdis le compte. Enfin, il me donna l’oiseau de papier, aux pliages parfaitement réalisés comme s’il avait fait ça toute sa vie.
« Qu’est-ce que tu en dis, Éléanore ?
- C’est magnifique. Commentai-je
- Serais-tu prête à lâcher ton Jules Verne pour essayer d’en faire un ?
- Pourquoi pas ? »
Etape par étape, il me montra comment procéder. Petit à petit, la feuille de papier commença à prendre vie. Arrivé à la fin de son explication, je regardai l’animal, sceptique. Le mien avait un cou trop court, un pli au mauvais endroit, et une queue...
« Mais dis-moi... C’est quoi de ce truc ?
- Je... J’ai fait une variante. Expliquai-je
- C’est sympa.
- J’en doute. Elle est totalement disproportionnée.
- Crois-moi, je la préfère comme ça. A la Éléanore. Commenta t-il
- Merci.
- Malgré tout, elle n’est pas aussi jolie que toi. Ajouta t-il
Je me sentis rougir jusqu’à la racine des cheveux. « Il ment très mal » pensai-je. Pourtant, je le remerciai. J’ignore pourquoi. Il a continué ses cygnes, j’ai poursuivi mon roman. May, ayant terminé son exercice, s’est mise à la fabrication de nouveaux volatiles. Lis s’amusait à faire une petite table de papier. Les autres nous observaient, curieux. Certains même s’approchèrent de notre table, pour observer, voire nous aider. Tania nous a fait un papillon, Cyril et Agathe une maison avec des feuilles cartonnées. C’est alors que j’ai quitté mon livre pour me joindre à eux. Odile est venue nous apporter un stock de feuilles. Eloïse, qui se moquait de nous au début, fut la première à polémiquer sur la façon de les appeler. Leo aussi est arrivé ; il nous a créé un mur avec les stylos de chacun de nous avec nos noms des quelques inscriptions dessus :
« Lisabeth, la fille dite Lis », « May, la fille qui ne voulait pas sacrifier un stylo », « Eloïse, l’égoïste généreuse », « Leo, les idées avant tout », « Cyril, l’intello », « Akiko, le mec qui veut pas reconnaître qu’il est en couple », « Tania, avec plus d’un tour dans son sac », « Agathe, la bombe atomique », « Effie, la joyeuse joueuse », « Emma, la fille qui ne veut pas se mouiller », « la muette Sarah », « Isabella, la gentille peste ».
« Elly, vite ! Supplia Lis
- Tiens. Répondis-je »
Je lui tends mon crayon fétiche que j’avais surnommé Gaspard, nom de la rue où se trouvait l’orphelinat. Andrew l’intercepta et grava dessus : « La meilleure, Elly ».
Je pris alors le sien et écris : « Drew, le gars au cœur en or ». Astrid et Perle ricanèrent, une fois de plus, sûrement la fois de trop. Cyril et Tania prirent alors leurs stylos et marquèrent :
« La mauvaise foi, Astrid » et « la sublime horreur, Perle ». Je trouvai cela abusé mais rigolai avec mes nouveaux amis. A moi. Je frémis de plaisir.

Cela n’empêcha pas la cloche de sonner. Tout le monde observa alors la table avec une pointe de fierté. Il y a au centre une maison construite par Cyril et Agathe, peinte par Emma et Sarah. On pouvait l’ouvrir par le toit, innovation d’Akiko. A l’intérieur, on y voyait une table faite par Lisabeth, un lit que j’ai fabriqué sur-mesure pour le plus grand cygne, ainsi que des petits accessoires faits par May. Eloïse et Leo –donc on avait toutes les raisons de penser qu’ils étaient en couple- avaient fait les extérieurs avec Tania : il y avait des petits animaux, ainsi que des arbres. Finalement, ce sont Isabella et Effie qui ont construit le mur de stylo. Et comme on dit, le meilleur pour la fin ; Andrew et ses cygnes (qui d’ailleurs ont chacun nos noms) se situaient tout autour de la maison. Nos professeurs, les autres élèves et les surveillants applaudissaient. Pour notre travail. Notre volonté. Notre amitié.
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Léa_Petit · il y a
Merci beaucoup, Kendra.
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Image de Kendra Ladel
Kendra Ladel · il y a
Lorsque la plus anodine et enfantine action peut réunir. Très beau !
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