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Morgan Cole

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Je me suis réveillé, véritablement, cette fois. J'avais failli à ma mission. Il faisait jour, dehors, et la petite fenêtre inclinée suffisait à remplir la pièce de lumière, bien qu'il pleuvait et que les gouttes claquaient sur la fenêtre. J'avais failli à ma mission mais je me sentais soulagé que cette nuit soit terminée. Et surtout, que j'étais sain et sauf.
Les ombres étaient parties, la chose devait l'être aussi. J'ai quand même regardé tout autour, mais il n'y avait aucun signe de menace. Tant mieux.
J'ai ouvert la zipette et je suis sorti prudemment, en restant à l'écoute (car on sait jamais). J'avais l'impression que cette nuit avait duré une éternité, je me demandais même comment j'avais réussi à m'endormir.
Je me suis étiré, et j'allais bailler quand soudainement j'ai vu que mon rêve n'avait pas eu tout tord : Arnaud n'était plus là. Et tout ce qui allait avec lui non plus. Même le tapis qui sentait le pipi n'était plus là. J'avais donc tout rêvé ? Depuis quand est-ce que je m'étais endormi ? En tout cas, si c'était vrai, alors ça veut dire qu'Arnaud était en vie, lui aussi ! Mais en y pensant, et si c'était lui, que j'avais vu à l'arrière de la voiture ? Il n'y avait jamais eu d'ombre, juste mon esprit qui me jouait des tours. Ils étaient tous les trois partis à l'hôpital et reviendraient bientôt ! Pour la première fois depuis longtemps, j'ai souris à cette idée. Tout avait du sens, maintenant. Comme maman dit tout le temps, j'ai une imagination débordante.
J'ai commencé à sautiller dans la pièce et a me diriger vers la porte, content que tout ceci n'était, comme je l'espérais de tout mon cœur, qu'un mauvais rêve. J'allais ouvrir la porte, quand j'ai vu que je finalement, je n'avais pas tout inventé.
La porte était restée la même que la veille. Une porte au bois arrachée, pleine de griffes. Seulement il n'y avait plus de sang ou de griffe coincée à l'intérieur. Je n'ai pas compris. Arnaud avait peut-être fait des siennes, mais au moins il n'était pas mort. Non, il ne pouvait pas être mort. Il était avec papa et maman à l'hôpital.
D'ailleurs, ils n'avaient pas dit que taty Cathy devait venir me chercher ? Où est-elle, à la fin ? Si ça se trouve, je ne l'ai pas entendue vu que je dormais à l'étage, zut alors ! Il fallait que je l'appelle pour lui dire de venir me chercher.
Je me suis donc enfin décidé à ouvrir la porte et à prendre les escaliers. C'est fout à quel point, maintenant, ceux-ci ne me faisaient plus peur. J'ai rigolé de moi tellement je suis une poule mouillé. N'empêche que j'ai affronté tout ça comme un grand !
J'ai éteint la lumière qui était toujours allumée bien qu'on ne la voyait presque plus, vu qu'il faisait jour. J'ai descendu le deuxième étage en courant et, arrivé au premier, en voyant les gouttes de sang tout en bas, je me suis rappelé en voyant les tâches de sang que je m'étais cogné la veille.
En y pensant, je n'avais même plus mal à l’œil ! J'avais même réussi à le rouvrir sans que mes paupières ne me piquent. Ce qui était drôle, c'est que maintenant je voyais mon nez à droite, mais pas à gauche. Je ne le voyait plus transparent comme avant.
C'était bizarre, quand même, ça ne me le faisait pas avant. Ce qui était marrant, aussi, c'est quand je clignais des yeux. Papa m'avait appris comment faire – comme lever un seul sourcil. Là, quand je clignais de mon œil droit, je ne voyais aucune différence. Alors que quand je clignais du gauche, je voyais plus rien du tout !
J'ai trouvé ça bizarre, j'ai quand même été voir dans la salle de bain. J'ai regardé dans le miroir en approchant ma tête, et ça m'a fait pensé à une fille que je connais, à l'école. Elle a un œil bleu et un œil vert. On appelle ça les yeux verrons, je crois. Moi, c'était un peu pareil. Mon œil droit avait une teinte plus pâle, comme si il se cachait dans le blanc de l’œil. Et il avait la même expression que les yeux de mon chien dans mon rêve. On aurait dit un robot, comme ça, avec des pouvoirs. Si ça se trouve, le produit que j'avais mis m'en avait donné un ! Comme dans Daredevil, un peu. J'avais hâte de voir ça.
J'ai descendu les dernières marches et je suis allé dans la salle à manger. Quel bazar j'avais mis, la veille ! Je n'avais pas vu dans le noir, mais en tombant j'avais renversé une chaise sur laquelle il y avait plein de papiers dessus. J'ai donc tout ramassé pour pas que papa et maman me rouspètent. Dans le tas, y avait l'enveloppe que j'avais reçu à noël avec la photo de mon petit frère. Je n'ai pas pu m'empêcher de l'ouvrir encore, bien que je la connaissais par cœur.
Dessus, on voyait la photo d'un ventre bleu dans le noir, mais il n'y avait plus rien à l'intérieur. C'est comme si il s'était envolé ! C'était possible, ça ? Les photos changent comme dans Harry Potter, parce qu’il était sorti du ventre de maman ? Ou peut-être juste que c'était mon œil robot qui me jouait des tours.
En tout cas, ça m'a pas vraiment rassuré. Il était grand temps que je parle à quelqu'un pour qu'on m'explique tout, et que tata Cathy vienne me chercher !
J'ai trottiné (car j'avais trop honte de montrer mon inquiétude en courant), et j'ai pris le téléphone à fil. J'ai écrit le numéro du portable de papa et j'ai fait sonner. En fait, ça n'a même pas sonné. Une femme a décroché tout de suite pour me dire votre ligne a été résiliée, veuillez contacter votre opérateur et elle a raccroché tout de suite.
C'était pas très sympa, quand même, de me raccrocher comme ça ! J'ai donc appelé à nouveau, et elle m'a dit pareil. Qu'est-ce que ça voulait dire, résilier ? J'ai regardé dans le dictionnaire posé sur un meuble à côté et apparemment résilier ça veut dire mettre fin à un contrat. N'importe quoi, ici ! Papa va être content quand il verra qu'on lui a coupé le téléphone. Si ça se trouve, ils avaient essayé de m'appeler ! Tu m'étonnes, qu'ils n'ont pas encore pu m'expliquer ce qui se passait. Ça tombe, Tata m'avait appelé pour me prévenir d'un empêchement ou d'un retard, tout s'expliquerait !
Mais alors, qu'est-ce que je pouvais faire en attendant qu'elle arrive ?
J'ai décidé de me comporter comme un grand. D'entretenir la maison comme maman l'aurait fait. J'ai commencé par le gros tas de courrier dans l'entrée. J'ai tout ramassé et l'ai trié sur la table. Ça n'a pas été bien compliqué, tout était au nom de Mr Strausse, mon papa. Ensuite, j'ai passé le balais dans toute la maison ; d'ailleurs, je sais pas pourquoi, mais la chambre de mes parents m'a parue plus grande qu'avant. Et ensuite, je suis même allé ranger mes jouets en haut, bien qu'aucun ne traînait. Avec tous ces efforts, j'ai pris une douche pour la transpiration.
Et après tout ça, je commençais à avoir terriblement faim ! J'ai regardé dans le frigo et comme par malchance, c'était bien l'une des premières fois qu'il n'y avait aucun plat à faire réchauffer... Je me suis donc fait une boîte de raviolis, c'est le seul truc que maman m'a appris à faire, pour le moment. J'ai bien fait attention, car faire cuire au gaz, c'est dangereux, il paraît.
J'ai passé la journée à regarder la télé et je sais pas si c'est grâce à mon œil de robot, mais l'image me paraissait bien plus belle qu'avant ! J'avais l'impression de redécouvrir la netteté, les couleurs. C'était trop cool ! Je n'ai pas vu l'après-midi passer. C'est comme si le noir était arrivé d'un coup comme ça. Je regarde des dessins animés, et d'un coup pouf ! En regardant par la fenêtre, il faisait déjà noir. Mais je n'avais pas à m'inquiéter, c'était encore l'hiver, c'était normal qu'il faisait sombre à cette heure là. J'ai regardé ma montre et en effet, il n'était que 17h. En tout cas, la journée était bien moins calme qu'hier. Et le bruit des gouttes qui s'écrasaient sur le carreau me faisait sentir comme si je n'étais pas seul.
Enfin, bon. Là, c'était quand même la fin de journée, et j'avais aucune nouvelle de personne. J'ai senti une boule dans mon ventre qui grandissait, comme quand j'avais cru que mon chien était mort. Je me suis même mis à pleurer un peu. Et s'ils m'avaient oublié ? Si ça se trouve, ils avaient trouvé mon petit frère bien plus beau que moi et ne voulaient plus de moi. Et si ils étaient simplement partis, tous les quatre, en me laissant tout seul ici ?! Maman n'a presque rien laissé à manger, papa a résilié le téléphone. Et maintenant que j'y pensais, un autre détail : quand j'ai passé le balais en haut dans leur chambre, je sais maintenant pourquoi elle me paraissait plus grande. Il n'y avait plus le lit de mon petit frère ! Et si, en fait, il n'y avait jamais eu de petit frère ? Ils auraient tout inventé pour pouvoir partir en me laissant là, et avoir une excuse pour ne plus revenir, jusqu'à ce que je les oublie ! C'est impossible... C'EST IMPOSSIBLE !
J'ai menti, je n'ai pas pleuré un peu, à ce moment là ; j'ai versé toutes les larmes de mon corps ! Car plus le temps passait, plus cette idée me paraissait possible. Pourtant, j'avais été sage, je ne comprends pas, je n'avais jamais fait de mal à personne... Et Arnaud, m'avait-il abandonné, lui aussi ? Pourquoi il aurait fait ça ? Parce que je lui avais mis une fessée quand il avait mordu mon Action-Man ? Si c'est pour ça, j'espère qu'il sait que ce n'était pas méchant, il devait juste comprendre...
Ils me manquent tellement. Je ne sais plus quoi faire.
Et tous ces gens qui passent, dehors, comme si de rien n'était. Est-ce qu'ils savent, au moins, ce qui m'arrive ?
Une idée m'est venue : je devais leur dire. Il se faisait tard et tout ce que je voulais, c'était ne pas passer une autre nuit tout seul, ça non ! Je ferai n'importe quoi pour ne pas regagner mon lit en sachant que personne n'était là pour protéger la maison, me protéger des méchants.
J'ai donc pris une grande feuille de papier et un gros marqueur noir. J'y ai écrit en grandes lettres et en m'appliquant : papa et maman sont partis, aidez-moi s'il-vous-plaît. Puis je me suis collé au carreau du salon, là où je les avais vu passer en voiture, la veille.
Une première personne est passé et ne m'a pas vu.
Deux personnes sont passées sur le trottoir d'en face, m'ont vu mais n'on pas réussi pas à lire. J'ai revérifié ma feuille, mais j'ai trouvé que c'était plutôt bien écrit, c'est juste qu'il devait faire noir.
Une autre personne est passée devant moi, et cette fois-ci elle m'a regardé ! En fait, elle a paru lire, mais m'a regardé bizarrement, comme si j'étais un extra-terrestre. Je n'ai pas compris pourquoi. Pourtant, j'avais bien pris ma douche.
Deux autres personnes sont passées devant moi, et ont eu la même réaction ! L'un d'eux a même fait comme si il ne m'avait pas vu ! Vous y croyez, à ça ?
Je suis bien resté 15 minutes comme ça, jusqu'à ce que j'ai trop mal aux bras pour continuer. Je n'en croyais pas mes yeux : ils m'ont tous ignoré ! J'ai baissé la feuille, j'ai laissé tomber mes bras. J'avais la bouche ouverte, j'étais horriblement surpris.
Ils m'avaient tous ignoré !
Et maintenant que j'avais retiré la feuille, ils se contentaient de me regarder normalement, voir en souriant. Ils se moquaient de moi, ou quoi ? Comme si ce que j'avais écrit était dans une autre langue.
Soudain, j'ai compris ce qu'il se passait. Ils étaient tous au courant.
Mes parents connaissaient bien les voisins, et leurs avaient dit qu'ils allaient m'abandonner. D'ailleurs, je n'avais même pas vu un seul de nos voisins. A tous les coups, ils m'évitaient, car ils savaient que si je les voyais, je les aurais supplié.
Ils étaient tous complices ; j'étais seul.
Je suis resté comme ça, bloqué, pendant une éternité. Je voyais les passant défiler, puis diminuer. L'heure passait, l'heure de pointe se terminait, il n'y avait plus personne.
C'était finis, et j'allais à nouveau passer la nuit seul.

Non. Je ne peux pas rester comme ça. Je me l'étais promis, je ne passerai pas une seule nuit de plus dans cette maison tout seul ! La vitre était devant moi, et il n'y avait plus qu'une seule solution, c'était la casser. Papa et maman me tueraient s'ils voyaient ça, mais je pense que maintenant, ça n'a plus d'importance. S'ils m'avaient abandonné, alors ils le paieraient au moins d'une vitre cassée. Dans un moment d'énergie, je suis parti dans la cuisine et j'ai essayé de soulever le micro-onde pour le lancer dans la fenêtre.
A ce moment là, j'ai entendu qu'on frappait à la porte.
Enfin ! Tata Cathy était là. J'avais tout imaginé ! Comme si mes parents m'avaient abandonné... Où est-ce que j'avais la tête, franchement ? J'ai ressenti un énorme soulagement, comme un poids qui tombait de mon cœur, et j'ai accouru vers la porte pour lui parler. J'allais lui dire bonjour en premier mais elle a commencé :
- Mr Strausse, vous êtes là ?
Ce n'était pas elle. C'était une voix de monsieur. J'étais triste, mais j'avais enfin quelqu'un à qui parler ! Quelqu'un qui pourrait m'écouter, me faire sortir d'ici !
Mon papa est parti, c'est Mathéo ! Ma maman doit accoucher et ils sont partis à l'hôpital.
J'ai dit ça avec enthousiasme, j'espérais qu'il allait m'aider. Pourtant, il a mis quelques temps à répondre à ça. Je n'ai pas compris pourquoi. J'étais pourtant clair, non ?
Il a essayé d'ouvrir la porte, avant de demander :
- Mr Strausse, ouvrez-moi la porte, s'il-vous-plaît.
- Je n'ai pas les clés ! Mon papa est parti et les a prise, c'est pour ça que je suis coincé ici !
Il a paru soupirer. J'ai trouvé ça bizarre. C'était qui, d'abord ?
J'ai ouvert le trou à courrier pour qui c'était. Tout ce que j'ai vu, c'était du noir. Il était habillé en noir.
- Mr Strausse, si vous ne m'ouvrez pas, je vais être obligé de rentrer par moi-même.
J'ai commencé à avoir peur. Pourquoi voulait-il rentrer ? Qu'est-ce qu'il me voulait ?
Il était habillé en noir. J'ai eu un mauvais pressentiment.
J'ai voulu voir qui c'était, je me suis accroupi, j'ai éteint la lumière du salon et je suis allé près de la fenêtre pour le voir. Je me suis caché derrière le fauteuil et j'ai regardé par la fenêtre.
Il était là derrière, sous la pluie, et il me regardait.
Il avait une capuche noir, et je ne voyais pas son visage. Mais je sais qu'il me regardait.
C'était l'ombre, et je ne l'avais pas rêvé.
Elle était revenue, et cette fois-ci je ne pouvais plus me cacher.
- Bon, Monsieur, je vais devoir me permettre d'entrer, il a dit sous sa capuche.
Et en disant ça, il a levé sa main : dedans il y avait une clé.
En fait, tout paraissait plus clair, maintenant. Mes parents ne s'était pas contenté de m'abandonner, non. Ils avaient engagé un bourreau pour ME TUER !!!
Ils lui avaient fournis les clés, l'adresse, mon nom de famille, avec un seul objectif : mettre fin à mes jours. Il était monté avec eux en voiture pour qu'ils en discutent la veille, il était venu cette nuit mais ne m'avait pas trouvé, et il revenait aujourd'hui finir le boulot. Bon Dieu, si ça se trouve, il aurait laissé tombé car il ne m'avait pas trouvé hier soir ; mais il a fallu que je me montre à tous les passants ! C'est comme ça qu'il a dû savoir et a décidé de revenir.
Derrière la vitre, un orage a éclaté, et j'ai enfin pu voir son visage. Il était ridé, il avait des poches en dessous des yeux, ses lèvres tiraient vers le bas. Il était âgé ; il avait de l'expérience. A ce moment là, j'ai compris une chose : Je sortirai probablement de cette maison, sauf que je serai mort.
Mes parents ont voulu ma mort, mon chien m'a abandonné, mes voisins ont été complices, même ma tata n'est pas venue me chercher. Je n'étais plus juste seul.
J'étais seul contre tous.
Je n'ai pas été un bon soldat hier soir, mais j'en serai un aujourd'hui. Après tant de bataille dans la salle de jeu, il était temps que je mène une bien plus grande bataille, qui se déroulera dans toute la maison. Mais je n'avais pas d'arme, et j'allais devoir me débrouiller.
Je l'ai regardé une dernière fois, il a hoché non de la tête, puis est retourné vers la porte d'entrée.
J'ai cherché tout autour de moi, comment faire pour me défendre ?
Je suis allé dans la cuisine, la pièce "la plus dangereuse pour les enfants" d'après maman. Et si c'était dangereux pour moi, pourquoi ça ne le serait pas pour un grand méchant ?
J'ai ouvert le tiroir et j'ai pris un couteau. J'ai vu plein de films où ils s'en servaient pour se défendre. Il faut juste l'appuyer sur la personne et elle a mal.
Au moment où je l'ai pris, j'ai entendu qu'il mettait la clé dans le trou de la porte.
J'allais courir en haut, mais je me suis rappelé d'une phrase de maman, qu'elle m'avait dîtes par rapport au gaz. J'ai donc ouvert les boutons de toutes les plaques avant de courir.
Il ouvrait la porte au même moment où je passais devant lui. Il n'a pas eu le temps de me voir, donc une fois dans les escaliers j'ai essayé de marcher sans faire trop de bruit.
Je suis directement allé dans la salle de jeux. Je l'entendais parler en bas, je me suis dit qu'il devait essayer de m'appeler.
Dans la salle, j'ai regardé mes soldats que j'avais bien disposé sur l'armoire. J'ai regardé leurs armes. Pour la plupart, c'est comme un fusil avec un couteau au bout ; une balonette, je crois. J'ai regardé mon couteau, et je me suis dit que ça devait être une arme efficace. J'ai vu la table de billard, et une queue correspondait parfaitement. Elle était à ma taille, en plus.
Quand j'ai commencé à assembler les deux, je l'ai entendu monter les marches. Heureusement, il ne savais pas à quel étage j'étais, j'avais encore du temps. J'ai scotché du mieux que j'ai pu la queue et le couteau et j'étais plutôt satisfait du résultat.
La bataille commence, soldat. Je me suis accroupi, j'ai pris deux boules de billard et je me suis caché au bord des escaliers. Je l'ai vu rentrer dans ma chambre, mais lui ne pouvait pas me voir. La lumière du couloir n'éclairait pas vraiment l'étage où j'étais.
Quand il est ressorti, je ne lui ai pas laissé le temps de monter. Par chance, il avait retiré sa capuche, c'était donc plus facile pour moi de viser. J'ai lancé une boule de TOUTES mes forces pour l'atteindre.
Et il l'a reçu. Il a crié de douleur en s'agenouillant et en se frottant la tête. J'étais sur le cul, il ne s'est même pas évanoui... J'avais probablement sous-estimé sa force. Il s'est bien vite relevé et m'a regardé droit dans les yeux. Il avait les yeux rouge et le regard de la mort. A ce moment là, j'ai ressenti quelque chose de chaud dans mon pantalon. J'en ai même lâché la boule de billard, qui a roulé en rebondissant dans tous les escaliers.
Tac, Tac, Tac. Comme une horloge comptant les secondes juste avant que je meurs.
J'ai failli resté bloqué comme ça. Ce qui m'a motivé à me relever et à courir à nouveau, c'est quand je l'ai vu mettre sa main dans sa poche. Il en a sorti une seringue. C'est donc comme ça qu'il allait me tuer : il allait m'empoisonner.
Je me suis relevé et j'ai couru dans la chambre de mes parents. J'ai fermé leur porte, mais je ne savais pas où ils avaient mis les clés... Je n'avais même pas remarqué ça avant, mais ils avaient même pris le temps de refaire leur lit avant de partir. Ils avaient tout prévu...
Cette fois, l'ombre courrait dans les escaliers pour me rejoindre, je n'avais plus beaucoup de temps. J'ai ouvert la fenêtre pour lui faire croire que j'étais sorti et je me suis caché derrière l'armoire.
Je l'ai entendu ouvrir la porte et se diriger vers la fenêtre. Ensuite, je ne l'ai plus entendu. Quelques temps après, il a fait demi-tour, je me suis douté. Je suivais la progression de son ombre sur le mur grâce à la lune. L'ombre m'aidait plus, car avec la fenêtre ouverte, impossible d'entendre ses pas.
Il a allumé la lumière, et je ne voyais plus son ombre.
J'ai attendu, mes mains humides sur ma balonette, prêt à m'en servir.
Soudain, j'ai ressenti une douleur dans mon bras droit. Il était engourdi, et donc je l'ai regardé. Il y avait une seringue plantée dedans. Mon œil robot m'a empêché de voir la piqûre arriver, et elle était arrivée. J'ai compris à cet instant que mon œil était simplement mort, et que j'allais bientôt l'être à mon tour.
J'ai relevé la tête et je l'ai vu, là devant moi. Je sentais son haleine froide comme la mort sur moi, et je commençais à avoir froid, moi aussi.
- Monsieur, je suis votre docteur, le docteur...
Je ne l'ai pas laissé finir sa phrase, mon œil droit était mort, mon bras droit s'engourdissait, mais mon autre moitié fonctionnait toujours à merveille. J'ai brandis ma balonette et je lui ai planté dans le ventre. Je l'ai poussé pour le faire reculer et il est tombé juste devant la porte, en la refermant au passage. Il a hurlé et a porté ses mains à son ventre pour retirer mon arme.
Il était assis, j'étais debout. J'avais gagné.
- Qu'avez-vous fait, bon sang ! Hurla-t-il de douleur.
Je tremblais trop pour lui répondre. Je venais de planter un homme qui voulait me tuer, et j'avais réussi !
- Appelez les secours ! Supplia-t-il.
- Nous n'avons plus de téléphone, vous l'avez coupé ! Je lui ai crié pour me défendre.
- Votre portable ! Je le vois dans votre poche.
C'était une ruse. J'ai souri devant tant de stupidité. Il espérait vraiment me faire croire à ça ?
- Regardez, bon dieu ! Faites quelque chose !
J'ai posé ma main en rigolant contre ma poche et j'ai senti quelque chose. Je n'ai pas compris, c'était quoi ? Il avait raison, j'avais un téléphone portable. Et les clés de la maison
- Mais... à qui il est, ce téléphone ? Je me suis murmuré à moi-même.
- C'est le vôtre, bon sang ! Mathéo Strausse, j'ai essayé de vous contacter toute la journée pour votre visite hebdomadaire.
Qu'est-ce qu'il racontait ? Il me confondait avec mon père, maintenant ?
- On m'avait pourtant prévenu sur votre cas, je ne pensais pas que c'était si grave que ça...
Mes parents me pensaient pas si forts que ça, hein ? Eh ben désolé de vous décevoir ! Je ne me laisserai pas abattre si facilement.
- Bon dieu, Mathéo, vos parents sont morts il y a 15 ans dans un accident de voiture sur la route de l'hôpital !
Il délirait complètement. Il sentait la mort approcher, il ne savait plus ce qu'il disait. Et moi, je sentais le produit se répartir de plus en plus haut dans mon bras.
- Vous avez été traumatisé de cette nouvelle, et vous avez passé 10 ans dans un hôpital psychiatrique, à revivre chaque jour la même journée, comme si vous y étiez. Vous étiez libre depuis 5 ans, et vous venez de replonger. Rappelez-vous, bon sang !
- Ah oui, et mon chien aussi, il allait à l'hôpital, peut-être ?
- Quand nous sommes venus vous chercher pour vous placer, votre chien était enfermé à l'étage. Il y est resté plusieurs jours avant que quelqu'un ai le temps d'y penser... Je vous en prie, vous devez me croire.
Il délirait complètement. Mes parents, mon chien, ils étaient avec moi encore hier soir. Ils avaient monté ce mensonge de toutes pièces pour me faire gober leur abandon. Comme si j'allais marcher !
Il a commencé à se relever, me demandant à nouveau de l'aider. J'allais mourir à cause de son poison, et il voulait que je le sauve ? Où avait-il la tête ?
- Arrrghh, il a crié en se redressant.
Je ne pouvais pas fuir par la porte, il m'aurait eu. Et il avait une arme à sa disposition, maintenant. Je devais me rendre à l'hôpital, si je voulais avoir une chance de m'en sortir. Je me suis retourné pour me diriger par la fenêtre, et j'ai failli tomber. Ma vue devenait trouble, et je me sentais faible. Mais je devais y arriver.
Je suis monté sur le balcon, et je l'entendais encore crier, de là où il était. Il s'approchait de moi lentement, et je ne voulais pas qu'il me tue.
J'ai grimpé sur le bord du balcon, et j'ai regardé où étaient les buissons en bas. J'avais drôlement le vertige, et heureusement pour moi ma vue était désormais véritablement trouble, je voyais donc moins à quel point c'était haut.
J'ai regardé vers l'intérieur et je l'ai vu qui avançait vers moi, avec une main grande ouverte. Je ne sais pas ce qu'il criait, mais il criait.
Puis j'ai regardé vers le ciel, encore et toujours plus haut. Soudain, j'ai vu les maisons d'en face à l'envers, comme si le monde tournait autour de moi.

J'ai ouvert les yeux, j'étais allongé à terre ; devant la porte d'entrée. J'étais sur le côté gauche, et avec mon œil mort je ne voyais presque rien. Ce dont j'étais sûr, c'est qu'en regardant vers la porte d'entrée, je l'ai vu à nouveau. Il avait plein de sang sur lui, et avait retiré sa cape noir. En dessous, il devait être tout blanc, sauf que là il était rouge. Il approchait du rez de chaussée, et avait encore une bonne quinzaine de mètres pour m'atteindre. A côté de moi, s'étaient étalés portable, clés de la maison, paquet de cigarettes, et un briquet Zippo.
A sa vue, je me suis rappelé la phrase de maman par rapport au gaz : un ennemi vicieux, qui s'immisce dans la vie sans piston. Le feu, amis rigoureux, s'en veut de l'amour qu'il y a entre eux.
Je n'ai jamais compris cette phrase, et je ne sais pas si elle voulait que je la comprenne. Peut-être même qu'elle a utilisé des mots compliqué pour ça. En tout cas, les rimes sonnaient bien, et il était temps pour moi de faire ma première expérience avec le feu dans la vie.
Mon bras droit était terriblement engourdi, je ne pouvais presque plus le bouger. Je l'ai fait traîner jusqu'au Zippo. J'avais déjà vu papa allumer un briquet, je savais donc comment on faisait. J'ai glissé mon pouce sur la roulette. La flamme s'est mise à danser. Derrière cette flamme, j'ai vu la chose dans la maison. Elle regardait autour d'elle, paniquée. Je l'ai entendue hurler quelque chose en faisant des grands mouvements de bras. Je me suis dit qu'elle aussi devait avoir déjà entendu la phrase. Ou en tout cas, elle savait ce qu'elle voulait dire.
La chose avançait vers moi. Elle y a mise toute son énergie. Elle courrait presque, dans le couloir d'en bas pour atteindre la porte d'entrée, tout en boitant. Si je la laissais venir, j'étais fichu. Elle m'achèverait avant que les secours n'arrivent me sauver.
Dans un ultime effort, j'ai donc lancé le briquet dans sa direction. Je l'ai vu avancer ses mains pour l'attraper, puis je ne l'ai plus vu. Ça a été comme un tour de magie. Un nuage de fumée rouge et pouf, elle retournait dans les enfers, de là où elle était venue. Mes parents avaient fait un pacte avec le diable, et je l'avais combattu. Et j'ai su au fond de moi que même s'ils ont voulu m'abandonner, ils ne pouvaient qu'être fier du combattant que j'étais devenu.

- Mathéo ? Mathéo ? J'ai entendu quelques temps après.
J'ai ouvert mon œil, j'étais sur le dos. Je voyais trouble. Je voyais pleins de lumières, autour de moi ; comme un jour de noël.
- Qu'est-ce que tu as fait, Mathéo... Pleurait la personne.
Un vaste paysage aux multiples couleurs, construit autour d'un point culminant et symbolique. Devant moi, mon cadeau de noël c'était Cathy. Et elle aurait tout le temps de s'excuser du temps qu'elle a mis à arriver.
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