Joselito Del Castillo De Santa Lucia

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Je m’appelle Jean-Jacques Luteau. Je suis né en 1954... Mon dieu comme le temps passe… J’habite à Poitiers, capitale du Futuroscope et de l’art roman réunis. Je veille la nuit et musicionne  [+]

Manuel Del Castillo de Santa Lucia habitait au nord de l'Espagne, sur la côte atlantique et plus exactement à Gijon mais il était né dans un village de la Guadalajara près de Madrid. Il avait passé son enfance dans le sud à Jerez et c'est là qu'il avait pris l'habitude tous les matins au petit déjeuner de boire le rus de Naranja. Manuel Del Castillo était un espagnol pur sucre et il avait la chance ou la malchance d'avoir oune passssion... et cette passssion c'était : la corrida ! A 3 ans il maniait déjà la cape et avait réussi à étouffer le chien. A 5 ans il tenait l'épée et avait failli couper les oreilles de sa sœur A 8 ans il tuait son premier mouton dans le jardin de son grand père A 10 ans il harponnait sa première vache et à 12 ans son premier taureau A 16 ans il était une révélation. A 18 ans une idole A 20 ans il était millionnaire et enfin à 35 ans. Il était à la fois héros national et père d'un fils : Joselito Del Castillo De Santa Lucia.
Quand à 40 ans un méchant coup de cornes stoppa net sa carrière, l'obligeant en pleine gloire à quitter l'arène, Manuel Del Castillo n'eut plus qu'une idée en tête : faire de son fils le toréador célèbre qu'il n'était plus, pour qu' à nouveau brille le nom des Santa Lucia sur le sommet ensanglanté de l'art taurin
Mais Joselito il faut bien le dire n'avait pas les mêmes dons que son père. non ! lui, a 3 ans il avait failli s'étouffer avec la cape
A 5 ans le chien l'avait déjà mordu 6 fois. A 8 ans un mouton lui avait cassé 3 côtes.
A 10 ans il avait la phobie des vaches. A 12 ans il devenait végétarien et à 16 ans il s'évanouissait à la vue du sang. Non, lui ce qui le grisait n'était pas noir et cornu mais doré et tordu et ça s'appelait : la trompette. Il l'avait découverte à 19 ans et à 20 il savait jouer par cœur l'œuvre complète de Manuel De Falla.
C'est dire si d'un côté il était doué et de l'autre non.
Et bien malgré ses flagrantes inaptitudes pour la corrida et ses dons évidents pour la musique, son père Manuel, l'obligeait chaque année à endosser l'habit de lumière, el traje de luzes, et le poussait dans l'arène avec le secret espoir que cette fois ci ce serait la bonne, que l'étincelle allait jaillir et faire ainsi scintiller à nouveau le nom des Del Castillo De Santa Lucia dans le firmament de la tauromachie. Mais chaque année les taureaux jetaient Joselito en l'air comme poupée de chiffon et le pauvre garçon finissait l'été par un séjour plus ou moins prononcé à l'hôpital.
De son côté Barbudo, lui, était né sur les plateaux de l'Estremadura ; vaste région du sud ouest de l'Espagne où s'épanouit le maïs, le tournesol, et l'élevage du taureau sauvage dit brave.
Barbudo avait passé ses premières années dans la joyeuse insouciance d'une vie dédiée à la rumination et à l'observation des coléoptères. Il batifolait ainsi au milieu de ses noirs congénères, broutant, dormant, paressant gaiement quand un jour on l'avait arraché à son destin ruminatoire et contemplatif pour l'emmener dans un engin fumant et pétaradant et le déposer dans un espace sombre et exigu. Barbudo avait 4 ans et demi. Il pesait 650 kg, avait des cornes comme des rasoirs et il était très en colère.
A 16h00 dans la chaleur encore torride de ce mois d'août les aficionados prenaient place. A la mesure de leur bourse, dans l'ombre ou la lumière, sombra ou sol. D'un côté les bavardages feutrés, de l'autre les éclats rieurs. Les fanfares s' installaient, les éventails gigotaient. On se préparait à la « fiesta national » ; on célébrait la tradition en chemise blanche et foulard vert.
Derrière la porte les toreros étaient là, très beaux, très chics en habits rouges et or avec des bas roses et de petites chaussures noires. Ils étaient suivis par les banderilleros très beaux, très chics avec des bas roses et de petites chaussures noires derrière lesquelles se tenaient les picadors très beaux, très chics avec des chapeaux montés sur des chevaux caparaçonnés très beaux, très chics avec des sabots eux mêmes précédents les ânes moyennement beaux moyennement chics chargés d'évacuer les cadavres très lourds, très laids. Tout le monde était là, près, y compris Joselito qui avait de son côté, lui, extrêmement envie d'être ailleurs...... Au bord de la mer par exemple pour jouer au cerf volant ou bien à la montagne pour marcher sur des chemins fleuris ou bien encore dans un bar pour déguster des olives aux anchois, des poivrons grillés et du chorizo fort.
Mais non il était là. Il se pinçait pour se réveiller mais rien à faire, aucun doute possible ; il était là, il était là. La réalité n'en démordait pas. Ça allait saigner. Il le sentait. La foule en voulait et il n'avait pas du tout envie de lui en donner, non.
Mais soudain la porte s'ouvrit sur le cercle épique blanchit par les feux du soleil et de la passion réunis. Il était 17h : la parade commençait. Le Paseo se déployait..
Pour que vous compreniez bien cette histoire il faut que vous sachiez qu'à chaque corrida on tue 6 taureaux ce qui fait que chaque toréador – et il y en a 3 - tue 2 taureaux. Ça vient du fond des âges la corrida. Certains disent même de l'antiquité, des jeux du cirque mais on en trouve des traces certaines à partir du moyen âge, des années 1000. Au début elle a lieu sur les places publiques, dans les rues, au bord des abattoirs dans une ambiance de carnaval - et il y a encore aujourd'hui de célèbres lâchers de taureaux comme à Pampelune par exemple - puis au fil des siècles elle s'organise. Des règles apparaissent. Au 18ème on lui dédie un espace particulier : l'arène, la plaza de toro, et aujourd'hui c‘est une cérémonie très structurée, un spectacle. bon ! décrié par certains, adulé par d'autres. On aime ou on aime pas, en tout cas, ça se passe comme ça en 3 actes appelés également Tercio : Premier acte : avec les jeux d'une cape souvent rose et jaune les hommes évaluent l'animal. Ensuite toujours premier acte le picador arrive sur le cheval ; Il pique le taureau pour l'affaiblir. Deuxième acte : les banderilleros, les peones, les assistants des toreros qui comme leur nom l'indique plantent les banderilles : Enfin dernier acte, le travail à la muleta, la Faena qui se terminera par l'estocade, la mise à mort.....
Parfois et surtout dans des temps plus anciens les taureaux tuaient les toréadors et ça peut encore arriver ; c'est un métier dangereux toréador.. C'est un peu comme pompier, pilote de course ou coiffeur, ça fait rêver mais c'est risqué. D'une façon générale, de nos jours ce sont quand même les toréadors qui tuent les taureaux....C'est vrai qu'on pourrait aussi imaginer dans une sorte de délire surréaliste une immense assemblée de taureaux réunis dans les gradins avec 3 taureaux déguisés en arbre de noël et un lâché de 6 toréadors en slip. On les verrait arriver, comme ça, un par un, fou furieux pour essayer d'aller casser la figure au taureau. Les taureaux spectateurs feraient une espèce de olé bovin : Meuh Meuh en grignotant du foin et à la fin le toréador serait tué d'un bon coup de corne
Mais bon l'intelligence dépassant la force brute ce sont les hommes dans leur grande intelligence qui tuent les taureaux et puis c'est tout.
Le premier taureau n'était pas pour Josélito, ni le deuxième mais il allait maintenant affronter le troisième. Dès que les ânes eurent emporté dans un fracas de fanfare la carcasse du second, Barbudo déboula, museau à terre dans un nuage de poussière puis il releva la tête comme pour saluer les aficionados, tournant sur lui même et griffant la terre de son sabot d'airain. On était venu de toute l'Espagne et dans l'arène ensoleillée, colorisée, survoltée on se disait que ce taureau là ne pouvait pas être vaincu.
Il y eut donc la cape, puis le picador, puis les banderilleros mais rien n'y faisait Barbudo ne soufflait pas. Sa vigueur était intacte .Quand Joselito prit la muleta pour aller conclure la tragédie il tremblait de la tête aux pieds. Il s'avança pourtant vers le centre du cercle poussé par le regard paternel et la pression de la foule avide... Mais quand le taureau fit sa première charge Joselito pris de panique se mit à courir. Il fuyait le combat. Il avouait sa faiblesse. Il assumait la lâcheté. Alors la foule hurlait. Joselito était caché derrière la planche de bois et Barbudo y enfonçait ses cornes et déchiquetait le mince abri. La foule criait, sifflait, riait et Joselito courrait. Il cherchait la sortie. On se moquait, on lui lançait des tomates, des cailloux, on lui lançait des journaux, des sandwichs, des canettes, des oranges, des citrons, des éventails troués, de la paella en vrac. On lui lançait tout ce qu'on avait sous la main. On lui lança même une trompette. Sans doute un musicien à bout devant le spectacle désolant à moins que ce soit à cause de son incapacité à dompter cet instrument c'est vrai assez retors.
Le père de Joselito se tenait la tête entre les mains. Le nom des Del Castillo de Santa Lucia était à jamais humilié, bafoué, traîné dans la boue de la honte et on le vit se lever et s'en aller le poing serré, le regard fier au milieu de la rumeur qui le saluait.
Pendant ce temps là, Joselito voyant entre les pattes de Barbudo la trompette qui risquait d'être ratatinée se mit à agiter le tissu rouge pour écarter le taureau, pour l'éloigner de cet instrument qu'il considérait lui, comme un trésor. Joselito maniait la muleta, mais presque sans s'en rendre compte et Barbudo la soulevait..... Joselito esquivait, Barbudo fonçait.... et la corrida se faisait et la foule prenait des « Olé », « Olé ». Alors le père au milieu des marches se retourna.
Enfin Joselito réussit à attraper la trompette mais il avait lâché la muleta et devant lui Barbudo était là à 3 mètres, la corne acérée, bien décidé à en finir.
Le public s'était tu. On entendait juste le bruit des éventails battant l'air brûlant.
C'est à cet instant que, d'une certaine façon le dos au mur et devant son père qui le regardait, Joselito commença à jouer. Le taureau fonça. Josélito esquiva. Le taureau fonça. Josélito esquiva.

Quand enfin Barbudo commença à faiblir. Josélito se mit face à lui avec cet air bravache qui caractérise le matador et il fit sonner un terrible contre ut. Barbudo tomba à genoux. Josélito poussa jusqu'au contre ré et la bête succomba.
L'acclamation fût inouïe. Les femmes se pâmaient, les hommes s'enthousiasmaient. On lui donna la queue et les 2 oreilles avec les félicitations du jury et Josélito fit le tour de la plaza de toro, le long de la barrière sous les bravos, les fleurs, les chapeaux, les vivats. Son père traversa l'arène pour venir l'embrasser et le célèbre Manuel Del Castillo De Santa Lucia pleura de joie et de fierté en portant son fils sur ses épaules.
Plus tard Josélito poursuivit une brillante carrière de trompettiste. A l'occasion et exceptionnellement, il se produisait comme trompettiste de corrida apportant une couleur et une forme nouvelle à cet art ; la mise à mort à la trompette restant cruelle c'est vrai pour l'animal mais indéniablement moins sanglante.
Joselito se maria et il eut un fils, Pablo, qu'il voulut musicien. Il l'inscrivit donc au conservatoire national de Gijon mais Pablo n'avait pas les mêmes dons que son père, non : lui, dès l'âge de 4 ans il manqua de se crever un œil avec l'archet d'un violon. A 5 ans il faillit s'étrangler dans les cordes d'une harpe. A 8 ans il se coinçait sévèrement la main dans un cor d'harmonie. A 10 ans il blessait grièvement sa sœur avec un trombone. A 12 ans il manquait de s'électrocuter avec une guitare et enfin à 15 ans. il découvrait la mécanique générale. C'est ainsi que Pablo Del Castillo De Santa Lucia devint garagiste car il adorait l'odeur de l'huile et les voitures de course.
Moralité : « Gardons nous de trop espérer ; L'arbre est planté mais le fruit nous échappe »

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