Jôhatsu

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Âgée de vingt et un ans, je suis passionnée de lecture et d'écriture depuis mon enfance. Je rêve de devenir autrice et je participe régulièrement à des concours d'écriture. Je compte partage  [+]

30 mai 2020

Ma chère famille,

J'aimerais tant vous écrire que tout va bien, que tout ira bien, de ne pas vous inquiéter... Vous écrire que je vais... Revenir. Revenir après avoir réfléchi... Loin de tout, loin de vous.

Oui, loin de vous, la raison me reviendrait peut-être.

Mais, je ne veux pas vous mentir, pas à vous.

Je ne veux pas que vous passiez des mois, des années, une vie à me chercher... A tenter de comprendre les raisons de mon départ.

Oui, mon départ est volontaire et je ne compte pas revenir. Jamais.

Je sais, ces mots sont durs à lire pour vous et il est encore plus difficile pour moi de vous les écrire aujourd'hui.

Partir...Sans faire marche arrière. Laisser sa vie derrière soi pour en débuter une nouvelle. Cela fait longtemps que j'y pense. M'enfuir, m'évader. Vous l'écrire rend tout à un coup cela plus concret.

Je ne veux pas vous faire culpabiliser. Vous n'avez rien fait, rien fait de mal ni de bien. Je ne saurais pas vous expliquer... A vous, ma famille, mon chez-moi, je n'ai rien à vous reprocher et tout à la fois. Pourtant, vous ne m'avez jamais maltraitée, jamais fait de mal. Vous m'avez tous, frère, sœurs, père et mère, aimée du mieux que vous pouviez.

Papa, maman, vous avez payé pour chaque bêtise que j'ai pu faire. Vous avez toujours veillé à ce que je ne manque de rien.

Michael, Emilie, Joanne, vous avez toujours été là pour moi. Nous avons grandi, pleuré et ri ensemble. Avec vous, j'ai tant de souvenirs.

Et, pourtant, à chaque fois que j'y repense, je me sens mal. Tellement mal.

Comme si je n'avais pas ma place dans ce flot de souvenirs : que tout était faux.

Cette sensation de ne pas être à ma place, de duper tout le monde, je l'ai en moi depuis si longtemps. Je vous en ai fait part si souvent. Et vous, vous m'avez toujours répondu que cela n'était rien, que cela passerait, que je me faisais des idées... Que c'était idiot aussi. Ce qui n'est pas totalement faux. Au fond, je fais partie de la famille, pourquoi n'y aurais-je pas ma place ?

Souvent, je me suis contentée de ces réponses et j'ai refoulé ce ressenti au plus profond de moi.

Et pourtant, cette sensation n'a fait que croître en moi. N'importe quoi m'y ramenait : une petite remarque, une douce comparaison, un moment de rigolade générale auquel je me sentais étrangère.

Souvent, j'ai pensé m'enfuir. Loin de cette sensation qui m'empêche de me sentir heureuse. Souvent, je me suis demandée ce que cela ferait de prendre un bus, un train au hasard jusqu'au terminus puis de sauter dans un avion, n'importe lequel. De prendre les transports, les uns à la suite des autres sans but, sans destination...Fuir, partir, loin : pour se reconstruire.

Lorsque j'ai commencé à vivre seule, cette idée s'est mise à m'obséder.

Pourtant, je pensais qu'en vivant loin de la maison cette sensation et la douleur qu'elle me procure seraient moins fortes.

Au contraire, elles se sont accrues : à chaque coup de téléphone, à chaque visite, chaque message de votre part. Elle se sont amplifiées au point d'en devenir intolérables.

Je me sentais prisonnière... Prisonnière de vous, de mes amis, de mes études, de ma vie.

Et c'est en le réalisant que j'ai décidé de partir. Pas pour un simple voyage. Non. J'ai besoin de me libérer de mes chaînes. J'ai besoin de tout recommencer, de vous laisser derrière moi.

Cela peut paraître égoïste de ma part et il est douloureux pour moi de savoir que vous allez certainement interpréter mon geste ainsi. Mais, c'est la seule façon, la seule manière, l'unique solution que j'ai trouvé pour continuer de vivre.

J'ai voulu mettre fin à mes jours plusieurs fois depuis que je vis seule.

Je n'ai jamais réussi.

Peut-être que, inconsciemment, je pensais que la mort n'était pas la meilleure solution.

Aujourd'hui, à l'idée de partir, de disparaître, de ne devenir personne si ce n'est un être anonyme, je ne peux m'empêcher de sourire. Une vague de joie me traverse et noie les remords que je pourrais avoir.

Est-ce le bonheur ?

Quelle sensation merveilleuse !

Maman, papa, Michael, Émilie, Joanne, ne m'en veuillez pas.

Voici mes derniers mots pour vous et mon ultime requête.

Si je vous abandonne sachez que je ne vous oublierai jamais. Je garderai toujours, dans un coin de ma tête et de mon cœur, le souvenir de vos visages souriants, lumineux, remplis de joie de vivre.

Ne pleurez pas, ne soyez pas fâchés.

Et, surtout, ne me cherchez pas.

Soyez heureux en sachant qu'aujourd'hui, je le suis également.

Je vous embrasse,

Je vous aime,

Je vole,

Adieu,

Votre fille et sœur, Lisa.

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