Je te reverrais

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J'ai toujours adoré inventer des histoires. Certaines se dessinent et se regardent, d'autres s'écoutent ou se parlent. Certaines restent des rêves sans matière ou un cheminement incohérent de ... [+]

Ça fait six ans. Six ans sans nouvelles. Et pourtant il est là devant moi. Adam, mon meilleur ami d'enfance. Celui que mon premier petit ami ne cessait de jalouser. Parce qu'on était « trop » proches. Je n'y peux rien moi si on se connait depuis toujours, qu'on a les mêmes délires, qu'on se raconte tout. Même nos chagrins d'amours. Mais c'est comme ça entre nous.
Pourtant il y a eu cet incident: j'ai embrassé son frère. Il me plaisait. Beaucoup. Trop. En tout cas il ne partageait pas la même vision de notre couple. Alors quand je l'ai vu avec une autre ça m'a fait mal. Le genre de douleur qui aurait dû me pousser à appeler Adam tout de suite.
Je ne l'ai pas fait. Je suis partie. J'ai accepté cette formation à l'autre bout du pays et j'ai fait mes valises. Sans un mot, sans un regard. Ou presque.
-Amy il faut qu'on parle.
Sa voix n'a pas changée, calme et posée. Quand il s'emporte, jamais il ne change de ton. Je me souviens que sa petite amie, à l'époque où je suis partie, s'en étonnait à chaque fois.
-Allons prendre un café, je lui réponds.
Il m'a manqué. Mais son visage me rappelle tellement de souvenirs que j'ai du mal à savoir si je suis heureuse de le voir. Ce voyage à la capitale aura pris une tournure inattendue.
On va dans un coin que j'aime bien. Il semble un peu surpris.
-Je ne savais pas que tu connaissais ce bar.
-C'est un de mes préféré.
-Comme...
Il s'interrompt. Une lumière étrange dans les yeux. Je sais ce que ça veut dire : il va changer de sujet.
-Alors comme ça tu es dans la pâtisserie ?
-Oui j'ai passé mon CAP haut la main et je me suis fait engagée en tant qu'apprentie dans la pâtisserie. Je voulais y rester en tant qu'employée.
-Ta mère m'a dit... Tu as repris l'affaire.
-La femme de mon patron a eu un accident. Ils avaient suffisamment d'argent pour ne pas trop s'en faire alors il a pris sa retraite un peu plus tôt. Je n'étais pas la plus ancienne et ça m'a surpris quand il m'a confié son établissement. Mais les autres ont approuvés et m'ont soutenue. Donc voilà.
-Ouah. La petite gamine qui ratait tout le temps son gâteau au yaourt a bien changée.
-Ça, on peut le dire. J'ai une semaine de vacances ce qui n'arrive pas souvent. Une cousine m'a proposé de passer la voir. Je venais faire une course pour elle. Et toi ?
-Et bien je suis dans l'édition. La section cuisine. Mais je suis loin d'être le meilleur élément du groupe. Surtout depuis que ce petit jeune est arrivé.
Adam hésite un instant et se lance.
-Et je vais me marier. Catherine et moi on est resté ensemble et on s'est dit qu'il était temps de franchir un nouveau pas. J'aimerais que tu viennes. Et que tu sois mon témoin mais si tu ne veux pas je comprendrais tout à fait.
Il parle de plus en plus vite. Mon cœur se pince. Adam a bien réussit. Et il a quelqu'un d'autre avec qui partager tous les secrets qui m'étaient autrefois destinés. Alors que je n'ai même plus le courage de tout dire à mon meilleur ami. Aucune de mes relations n'a duré. Je me sentais hypocrite vis-à-vis de ces hommes pourtant si prévenants et mal à l'aise.
-Je ne sais pas Adam. Ça fait dix ans. J'ai coupé les ponts et je suis partie en laissant tout derrière.
-Mais tu es ma meilleure amie.
Sa voix a tremblé. Je sonde son regard et je vois la même chose que ce que me renvoie mon reflet à chaque fois que je pense à ma vie d'avant. Un regret.
-S'il te plaît. Reviens nous voir. Même si tu ne fais que passer. Pour moi c'est important que tu sois présente pour le plus beau jour de ma vie.
-Je...
-Prend le train avec moi demain. On rentre à la maison et samedi tu viens au mariage. Catherine sera ravie de te revoir. On t'héberge si ta mère ne peut pas. On s'occupe de tout. Juste viens.
Il prend son air implorant. Celui auquel je n'ai jamais su résister.
-Je vais y réfléchir.
Je reste réticente.
Pourtant me voilà sur le quai de la gare. Adam arrive essoufflé.
-Je suis tellement content que tu ais accepté.
Le voyage se déroule sans encombre. A la gare nous retrouvons Catherine. Elle semble sincèrement heureuse de me revoir.
Les deux jours suivants me ramène dans mon passé. Les amis d'Adam et Catherine ainsi que la famille ne cesse de passer. Tous me demandent avec enthousiasme ce que je deviens. Mes parents aussi sont ravis de me voir.
La seule personne qui semble ne pas savoir comment prendre ma présence et la mère d'Adam.
Puis le grand jour arrive. Tout se passe à merveille. La robe de Catherine est superbe et j'ai trouvé une jolie tenue aux couleurs du mariage. C'est au moment où je me tourne vers l'assemblée après avoir signé sur le registre du mariage que je le vois.
Il est au fond de l'église et me fixe.
J'essaie de chasser l'image de mon esprit mais ses yeux gris me hantent toute la cérémonie, le déjeuner et les activités qui suivent.
Au diner je l'aperçois qui se dirige vers une table éloignée.
Quelque heures plus tard je bouscule quelqu'un. Je suis complétement ivre.
Je glousse.
-T'as d'beaux yeux toi ! dis-je en pointant les iris acier de ma victime.
Il me sourit, me fait danser, se penche, et me souffle dans l'oreille.
-Les coïncidences n'existent pas.
Quelques jours plus tard, en rentrant chez moi, j'ouvre la boite aux lettres en soupirant. La publicité déborde malgré l'autocollant demandant qu'elle m'épargne. Au moment où je ferme la porte une enveloppe s'échappe et glisse sur le lambris jusque sous la petite commode de l'entrée. Je me baisse pour la ramasser. Le papier crème est épais à l'intérieur. Il s'agit d'une invitation pour un mariage. Au dos une écriture familière.
Je sais que tu n'as pas forcément envie d'avoir des nouvelles de moi. Mais pour Adam tu serais prête à mettre de côté nos différends. Si tu ne veux pas me croiser va chez lui directement. Il me préviendra. S'il te plait passe le voir.
Aaron.
Je sors mes clés de ma poche et un autre papier chiffonné en tombe.
Tu ne répondais pas alors je me suis permis de contacter ta famille. Je vois que ça à marcher. Je t'aime encore. Merci. Et pardon.
Je décroche le téléphone et compose un numéro que je n'avais jamais oublié.
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