Jasmine

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Un vieux moulin aux murs décNErépis. Un joli petit lac de retenue au lieu dit : Les Jasmins. Un vieux moulin aux murs décrépis, où s’accrochent un jasmin d’été et un jasmin d’hiver, un jasmin d’hiver, dont les fleurs jaunes éclairent la nature dans la grisaille de l’hiver. Un vieux moulin à la vieille roue à aubes qui inlassablement tourne, tourne, pour entraîner les grosses meules de pierre qui écrasent les grain ; de blé, d’orge, ou de seigle,
Un cadre idyllique au fond de la vallée, là, tout au bord de la rivière. Un vieux moulin où trimaient le meunier, sa femme et le fils aîné. Il y avait bien une fille, mais elle c’était la princesse, elle n’avait pas le droit, depuis toute petite de s’approcher de la meunerie, à cause de la poussière qui aurait pu salir sa robe, ses mains ou ses cheveux. En contrepartie, elle courait les prés alentours à la recherche de fleurs et faisait des tisanes ; qu’elle ne goûtait jamais, du moins l’assurait-elle. Ils étaient donc quatre à vivoter du produit des meules. Trois qui travaillaient et une qui n’en avait pas le droit. Mieux, si les autres n’avaient pas même un certificat d’études, elle, ainsi en avaient décidé ses parents approuvés par son frère, irait à la ville faire des études. Il y en aurait au moins un dans la famille qui serait instruit. C’était la princesse Jasmine ! Jasmine du nom du jasmin accroché au mur, et soigné par la maman qui l’adorait au point d’appeler sa fille Jasmine. Mais c’était avant le deuxième conflit mondial. Jasmine n’était pas le nom d’un saint du calendrier et tout comme le curé, le secrétaire de mairie, avait refusé de l’inscrire sous ce prénom. Au grand regret de ses parents elle fut donc inscrite sous le prénom de Pélagie, prénom de sa marraine, toute heureuse que la tradition soit respectée, une marraine très croyante qui détestait ce prénom de Jasmine prénom païen disait-elle. Un froid s’était installé entre mairie, cure et moulin. Mais si Pélagie fut le prénom officiel, Jasmine fut le prénom usuel, ce qui fit que la cousine et marraine Pélagie, déserta le moulin.
A quatorze ans, Jasmine, placée en internat chez les sœurs, dut oublier son prénom usuel pour celui de Pélagie inscrit sur les registres, et subir les moqueries de ses copines. Sauf celles des sœurs qui jalouses de sa beauté et de son corps de déesse, faisaient presque en le prononçant, tinter le prénom de Pélagie, pour rabattre la jeune fille attirante qu’elle était devenue. Quatre années, quatre longues années, où elle décrochait tous ses examens internes, loin devant les autres, ce qui excitait encore plus les sœurs qui auraient voulu voir leurs préférées en tête, alors que plusieurs filles de gros donateurs à l’Église ou au pensionnat se traînaient en que de peloton.

Ses études terminées, baccalauréat en poche Jasmine partit en ville. Avec son bagage disait sa mère, elle va faire un beau mariage. Hein ma fille, tu vas te marier avec un avocat, un juge, un industriel, quoi qu’il en soit avec quelqu’un qui ne te fera pas travailler qui te gardera dans une belle maison à élever tes enfants.
Jasmine écoutait. Ses parents avaient eu le tort de ne pas la laisser aller auprès de son frère et lui donner le goût du travail quand elle était petite. Elle n’aimait que faire des tisanes, et voulait être pharmacienne, malheureusement les études étaient longues, difficile et coûteuses. Quand à torcher des gosses et en faire, très peu pour elle. Elle dut cependant travailler avant de se marier. Elle trouva un emploi dans un cabinet d’avocat, comme secrétaire. Le pauvre avocat, un ténor du barreau tomba fou amoureux d’elle. Mais il était marié, elle le savait et se dérobait. Sachant qu’elle logeait dans un quartier pauvre, son patron lui offrit une maisonnette dans une rue d’un quartier calme aussi et près d’une gare, la gare de Gorge de Loup, d’où elle pourrait facilement prendre un omnibus, pour aller chez ses parents, lui doubla presque son salaire et lui rendit visite souvent le soir, puis ne se cachant plus, il l’emmena au spectacle, dans les grands restaurants, dans les boutiques de mode, rien n’était trop beau ou trop bon pour Jasmine au grand dam de la femme de l’avocat , qui de son côté se montra dans tous les endroits chics avec de jeunes gigolos à qui elle offrait aussi champagne de marque, vêtements dernier cri etc. L’avocat, lui, négligeait ses défenses, ses plaidoiries étaient bâclées, ses clients bien souvent condamnés au maximum. Il avait perdu sa couronne. Réalisant, il décida de rompre et l’annonça à Jasmine un soir sur l’oreiller. Le choc fut brutal car outre les aides financières, sans s’en rendre compte elle s’était attachée à lui, et l’aimait. Je vais partir, lui avait-il dit, je te laisse la maisonnette en souvenir  ; demain fais changer la serrure, afin que je ne puisse plus franchir le seuil de ta porte. Et puis je pourrais être ton père, tu imagines ?je t’ai aimée, je t’aime et t’aimerai toujours, mais plus platoniquement.
Oui, tu pourrais être mon père, je le savais, je le sais et m’en rappellerai toujours. Je t’ai aimé sincèrement, tu étais mon amant, mon ami, mon parapluie sous lequel rien ne pouvait m’arriver, un amour de coeur doublé d’ un amour paternel, c’était rassurant, ma vie voguait sur la crête des vagues, j’étais heureuse, j’étais amoureuse ! De quoi demain sera fait, je n’en sais rien. Tu vas aussi me licencier, me jeter à la rue.
Non, tu vas m’envoyer ta lettre de démission, ce sera mieux ainsi.
Tu vois, je ne te l’avais pas dit, depuis toute petite, je voulais être pharmacienne, je ne le serai jamais, il faut que je retrouve un travail, et on embauche pas facilement une femme.
Tu voulais être pharmacienne, et bien tu seras pharmacienne, je paierai ton inscription à la fac et tes études des trois premières années, après tu te débrouilleras seule, pour vivre tu travailleras soit en officine, soit en hôpital après tes cours. Voilà pour demain ; pour aujourd’hui, je t’ai trouvé quelques heures mensuelles chez un jeune confrère plein de talent, mais pas d’argent, voilà ses coordonnées.
Jasmine rencontra l’avocat qui allait lui donner un peu de travail. Elle fut surprise, c’était un bel homme à la forte stature, un beau physique et une voix de stentor, mais froid, glacial. Ses yeux verts, la dévisagèrent, elle se sentit déstabilisée, ils établirent rapidement un plan de travail, avec début à la rentrée scolaire, puis il la raccompagna vers la sortie.

Elle décida de passer ces deux mois de liberté au moulin en famille. Mais justement, au moulin ça allait mal, le représentant d’une minoterie était passé par là et avait convaincus les paysans de signer un contrat avec sa maison. C’était simple, les paysans lui donnaient leur blé sitôt battu ? Il l’enlevait et le payait cash, ensuite il n’y avait plus qu’à aller acheter le pain à la boulangerie-café du village .
La majorité des paysans fut d’accord. Plus besoin d’aller au bois l’hiver. Plus besoin de pétrir, plus besoin de chauffer le four et d’enfourner. Il suffisait de vendre le blé, de toucher l’argent, et d’aller acheter le pain à la boulangerie-café ce qui permettait entre autres, de boire un p’tit canon avec les copains. Pourquoi s’emmerder à aller au moulin,  atteler le cheval, se blanchir de farine, parfois de la trouver pleine de charançons ? Ils avaient signé. Et signé en même temps involontairement, l’arrêt de mort du moulin de Philibert Froment. Père et fils s’embauchèrent chez deux maçons concurrents et devinrent enfermés, sournois, hargneux, travailler chez les autres c’était la honte, mais il fallait manger ! Quant à la mère, silencieuse, elle allait faire quelques lessives pour les gens du village.
L’arrivée de Jasmine détendit un peu l’atmosphère
La maman n’arrêtait pas de questionner sa fille : Comment fais-tu pour payer ta location, tes études, ta nourriture ? Je travaille répondait-elle, j’ai travaillé chez un avocat, mais il m’ennuyais, il me tournait autour, je lui ai fait comprendre qu’il perdait son temps, il n’a pas voulu comprendre, alors je l’ai quitté et à la rentrée, je commence chez un autre.
Mais tu étudies quand ?
Le matin ! tu sais que je suis du matin, il m’est facile d’apprendre mon cours avant le jour en été, quoi qu’il en soit et quelle que soit la saison, je me lève à cinq heures, à ces heures, j’ai les idées claires. Quant à mon travail chez l’avocat, je le fais le soir ou dans la journée, suivant les horaires des cours.
Tu gagnes suffisamment d’argent pour couvrir tous tes frais ?
Je dépense peu, je me fais souvent des gaufres, des crêpes, des pommes de terre, des pâtes, ça ne me revient pas très cher, et puis, je calcule !
Et bien tu es courageuse ma fille, tu veux toujours être pharmacienne ?
Plus que jamais, pharmacien et herboriste. A ce sujet, j’aimerais que les hommes bordent de tilleuls toute l’allée depuis la route jusqu’au moulin, je payerai les arbres. Et qu’ils me fassent un champ de camomille, autant de bleuets et autant de bardane. Ceci pour commencer...mais je verrai ça avec eux.

Deux mois c’est vite passé, surtout quand on part tous les matins battre la campagne sac au dos à la recherche d’herbes rares. Les vacances terminées, elle avait donc retrouvé sa
maisonnette, sa fac, et son avocat. Studieuse, elle travaillait sans relâche. Quant à son avocat, il ne lui adressait la parole que pour lui présenter les dossiers C’était plus une voix qu’un être humain. Et aussi la vie était dure, dans tous les sens du terme. Sans Emilien ; elle se sentait veuve et avait redouté cette rentrée. Aussi répondit-elle par l’affirmative lorsqu’on lui proposa de participer à la grande fête de la rentrée. Tu vas voir, on se marre lui avait dit sa meilleure amie.
Se marrer ? Elles étaient si peu nombreuses les filles, par rapport aux garçons, mais elle verrait bien.
Le grand soir était là, les participants aussi : Sur les tables, gâteaux, petits fours, champagne, voisinaient, ça promettait et lui rappelait les soirées dans les Palaces avec Emilien. Elle se sentait légère, revenue en arrière, et dès que le bal s’ouvrit, elle dansa, dansa, dansa, valses, javas, tangos langoureux, charleston, il y avait de l’ambiance. Pour elle c’était une fête réussie, elle s’étourdissait. Elle dansa et but du champagne jusqu’à une heure avancée de la nuit, du moins c’est ce qu’on lui rapporta le lendemain. Un lendemain bizarre, quand elle ouvrit les yeux elle vit un plafond à la française. Or chez elle le plafond était blanc en plâtre, elle étendit un bras et rencontra un corps, elle poussa un cri.
Chut ! lui dit dans un souffle une voix masculine. Chut ! c’est moi Adrien ton prof ! Je t’ai ramenée chez moi car je n’avais pas ton adresse.
J’avais tous mes papiers dans mon sac.
Disons que je n’ai pas cherché, et puis si je t’avais remmenée chez toi, le résultat aurait été le même.
Pourquoi je suis toute nue ?
Parce que je suis tout nu ! Je vis seul, je n’ai pas de chemise de nuit pour femme dans mon armoire. Et puis à quoi aurait-elle servie. Tu n’en voulais pas, tu ne voulais que de l’amour, jusqu’à ce que l’on s’endorme.
Elle regardait cet homme. Oui c’était bien son professeur, un professeur qu’elle aimait bien, il était gentil, doux et n’hésitait pas à répéter quand un élève n’avait pas compris. Comme elle ne manquait jamais un cours, lui aussi l’aimait bien. Et c’est presque désintéressé, vu l’état d’ébriété dans lequel elle se trouvait qu’il l’avait ramenée chez lui.
Mais oh ! Surprise ! En entrant das l’appartement, elle avait réclamé de l’amour. Alors il l’avait dénudée, puis couchée, et comme elle réclamait toujours de l’amour avec insistance, il lui en avait donné toute la nuit, elle ouvrait à peine les yeux, se donnait et se rendormait aussitôt. Il lui expliqua tout ça. Elle lui fit répéter, comme ses cours. Puis ayant bien entendu, elle glissa ses bras autour de son cou, se blottit contre lui, ils s’enlacèrent, leurs deux corps n’en faisant qu’un.
Repue d’amour physique, elle se leva montrant à son prof ce corps sculpté par la nature dans laquelle elle évoluait depuis son plus jeune âge.
Vas au cabinet de toilette la première dit-il, prends une douche, j’irai derrière toi.
Parce qu’on ne peut pas se doucher ensemble dit-elle ?
Tu es insatiable dit-il, si, on peut se doucher ensemble si tu le désires, et ils prirent leur douche solidairement.
Il l’essuya en caressant ce corps splendide et ils s’habillèrent.
Vas prendre un café en bas de l’immeuble avec un petit déjeuner, voila tu payeras avec ça dit-il en lui tendant un billet. tu garderas la monnaie.
Mais je ne peux pas garder une telle monnaie...
Vas ! En cas de problème dans le mois qui suit tiens moi au courant, à la pharmacie il y’a tout ce qu’il faut. Et à partir de maintenant nos rapports seront ceux du prof et de l’élève. Pas de familiarité. Ou habites  tu?
Çà ne vous regarde pas.
Très bonne réponse, à demain à la fac !
Elle prit son café loin de l’immeuble du prof. Café avec croissants. Elle régla et regarda la monnaie, elle lui permettait de manger deux jours dans un restaurant ouvrier. Elle songea que c’était plus agréable et moins lancinant que se plonger tous les soirs dans les comptes-rendus de son avocat de patron, mais qu’elle devait garder cet emploi.
Tout en prenant son petit déjeuner, elle avait remarqué qu’un homme seul à sa table la regardait intensément. A un moment, il lui sourit, elle lui rendit son sourire.
Elle allait se lever de table lorsqu’il passa à côté d’elle. Bonjour mademoiselle dit-il.
Bonjour monsieur.
Vous permettez ? demanda-t-il en tirant un siège devant lui, sur lequel il s’assit.
Elle n’avait pas eu le temps de répondre.
Vous venez souvent ici ? demanda-t-il.
Non c’est la première fois. Je suis de passage.
Vous n’habitez pas Lyon ?
Si, mais pas dans ce quartier.
Monsieur de la Marette, téléphone !
Excusez moi mademoiselle, on m’appelle au téléphone ;
Et moi je suis pressée dit-elle, je dois partir immédiatement.
Quel dommage, mais voici ma carte, si le coeur vous en dit vous pouvez m’appeler à ce numéro. Encore mille excuses.
Elle prit la carte, lu, puis la glissa dans son sac pendant que son admirateur disparaissait dans la pièce où se trouvait le téléphone.
Elle rentra chez elle pensive, puis se replongea dans ses bouquins, ses cours avec une soif de savoir.
Une semaine, deux semaines, trois semaines passèrent, elle avait de plus en plus de travail chez son avocat, il commençait à se faire un nom. Çà commençait à peser lourd sur son emploi du temps, mais en même temps ça arrondissait bien ses fins de mois. Elle se donnait à fond. Un dimanche, ses cours terminés, lus et relus, comme elle faisait toujours, elle pensa prendre le train et se rendre au moulin. Oui mais le train c’est cher. Alors se souvenant de sa rencontre au restaurant, elle prit la carte, descendit à la cabine téléphonique la plus proche et appela.
Allo répondit une voix féminine, ici la dame de compagnie de monsieur de la Marette ! c’est de la part de qui ?
De la jeune fille rencontrée un matin dans un bar au petit déjeuner.
Bien, je l’appelle !
Une minute d’attente qui lui parut une heure. Soudain : allo ! mademoiselle, j’attendais votre coup de fil chaque jour, je commençais à me dire : elle a oublié, ou plutôt, elle m’a oublié.
Non, mais j’ai eu beaucoup de travail.
Pourrions nous nous rencontrer ?
C’est pour ça que je vous appelle
Où voulez vous que nous nous rencontrions ?
Où vous voudrez, dans un bar !
Pourquoi pas chez moi ?
Vous allez vite en besogne vous .
En tout bien tout honneur.
Je connais, je connais ! C’est où chez vous ? Sur votre carte, il est indiqué Saint Didier au mont d’Or. Saint Didier au mont d’Or est un village très chic et bien habité, vous m’intimidez. Voyez vous, je préfère que notre première rencontre ait lieu dans un bar. Comme j’habite Vaise, nous pourrions nous rencontrer au bar de la Pyramide. Ça n’est pas très loin de St Didier.
Si vous voulez, le temps de me préparer et je suis à vous.
Jasmine raccrocha et à pied se rendit place de la pyramide. Là, elle prit place et attendit devant une tasse de thé. Elle guettait derrière la vitre, l’arrivée du tramway de St Cyr / St Didier, lorsqu’elle vit une belle Rosalie Citoën bleu-nuit s’arrêter devant le bar. C’était son rendez vous. Il entra dans le café jeta un regard circulaire, aperçut Jasmine et se dirigea vers elle. Bonjour mademoiselle, vous êtes exacte au rendez-vous, j’aime ça. Je dois vous l’avouer, depuis votre première apparition, parce que vous apercevoir seulement, est bien une apparition je pensais souvent à vous. J’attendais ce coup de téléphone avec impatience. Il est arrivé au moment où je n’y comptais plus. Pourquoi avoir attendu si longtemps ?
Parce que j’ai eu beaucoup de travail jusqu’à hier soir répondit-elle.
Du travail ?
Oui, je travaille beaucoup, et elle lui expliqua sa situation difficile d’étudiante obligée de travailler pour payer ses cours.
J’admire votre courage dit-il, chez vous tout n’est qu’admiration, votre beauté, votre courage au travail, votre détermination, votre ambition. Jusque là nous avons les mêmes affinités ! Mais peut-être avez vous un petit creux ? Nous pourrions le combler,
Je ne voudrais pas abuser...
Vous n’abuserez pas en répondant par l’affirmative !
Alors j’accepte ;
Vous aimez les crustacés ?
J’adore !
Très bien, je vous emmène aux halles des cordeliers, sur la place du même nom. Allez en route !
Je ne sais pas si je dois accepter, nous avons un peu bavardé, nous nous connaissons mieux, peut-être pourrions nous nous rencontrer un autre jour. Je dois avouer humblement que votre présence à mes côtés me flatte, mais que je dois faire bien piètre figure, moi, à vos côtés.
Balivernes tout ça, en voiture direction les crustacés. Ils ne roulèrent pas très longtemps et arrivèrent devant les halles où Gratien, puisque tel était son prénom, stoppa sa voiture. Attendez dit-il, je vais vous ouvrir la portière, comme aux princesses dont vous êtes l’égale ! d’ailleurs !
Oh ! Que d’honneurs pour la princesse Jasmine du moulin des Jasmins.
Que dites vous là ? Jasmine du moulin ?
Entrons si vous voulez bien, je vous expliquerai tout, en mangeant.
Je suis avide de savoir.
Ils entrèrent, certainement que Gratien devait venir souvent, parce que pour les serveurs, il n’avait pas l’air inconnu.
Vous aimez vraiment les crustacés ?
Comme je vous l’ai dit, j’adore.
Que diriez vous d’un plateau de fruits de mer ?
Que je ne sais pas si je dois accepter, des crevettes, quelques palourdes et quelques moules , le tour est joué.
J’ai dit plateau de fruits de mer, je ne reviens pas dessus et pour faire glisser un petit coup de blanc ?
Je me laisse aller, fruits de mer et blanc de blanc pour souligner.
Un serveur s’approcha et prit la commande.
Le sommelier vint à son tour pour faire goûter le blanc, ce fut Jasmine qui goûta. Très bien dit-elle. Le sommelier versa un demi verre à chacun.
Tout en sirotant leur blanc, ils reprirent leur discussion. Ainsi dit Gratien, on vous surnomme Jasmine du moulin des Jasmins ?
Oui parce que mes parents sont meuniers et propriétaires d’un moulin au lieu-dit des Jasmins. Maman a complété en plantant deux jasmins et en appelant sa fille Jasmine.
Un moulin ? En activité avec sa retenue ?
Oui un petit lac, mais j’ai l’impression que Jasmine occupe moins votre esprit que le moulin.
Non, voyez vous, j’ai toujours été fasciné par les moulins et cette révélation m’a fait un peu rêver.
Le serveur s’approchait de la table, voilà dit-il deux beaux plateaux de fruits de mer, de quoi occuper ces messieurs/dames. Si vous avez besoin de mes services ne vous gênez pas...
Le serveur avait raison, il y avait de quoi s’occuper. Mais aussi de discuter, elle lui conta sa vie en lui précisant qu’elle n’était plus vierge depuis longtemps et qu’il fallait qu’il imagine se trouver face à une veuve ou une divorcée, afin que les choses soient claires entre eux.
Lui, lui dit qu’il était passionné de mécanique et qu’il avait un atelier de mécanique générale de vingt cinq personnes où ils fabriquaient des pièces pour les moteurs d’avions, de bateaux et tout autre et qu’il inventait des machines, d’où sa passion pour les moulins parce qu’il en avait modernisé plusieurs.
Elle écoutait et pensait, pensait beaucoup. Puis s’étant bien présentés l’un à l’autre, lui décida de partir. Il régla la note, elle le remercia, parce qu’il y avait longtemps qu’elle avait envie de crustacés mais... sa situation financière ne lui permettait pas un tel luxe pour le moment.
Je comprends avait-il répondu, et si ce soir je vous ai fait plaisir, vous m’en voyez ravi Maintenant nous rentrons. Je vous dépose chez vous, c’est où chez vous ?
Rue de la Grange.
Et bien en route pour la rue de la Grange, mais avant vous n’auriez pas aimé, voir où je loge ?
Si, mais vous allez me ramener tard et demain j’ai cours à huit heures.
Qu’à cela ne tienne je vous remmènerai directement à vos cours après le petit déjeuner, vous verrez, Madeleine, ma dame de compagnie est une artiste du petit déjeuner ?
Demain matin avez vous dit ?
Oui, si vous n’y voyez pas d’inconvénients.
Ils partirent tous les deux d’un grand éclat de rire, et Jasmine demanda à voir sa chambre.
C’est ici dit Gratien, la mienne est juste à côté. Ils rirent encore et Gratien commença à la déshabiller lentement, délicatement, des mouvements accompagnés de baisers sur le haut du corps. Il décrocha le soutien-gorge en dessous des omoplates, un soutien-gorge qui tomba et qu’intentionnellement Jasmine ramassa, pour tester Gratien, mais ce dernier compris et ne tomba pas dans le piège. Il la fit se retourner et face à face, en un baiser langoureux, leurs deux corps s’unirent, et ils tombèrent sur le lit. Gratien tira les couvertures, ils s’enlacèrent souvent dans la nuit.
Au petit matin, après une dernière étreinte il fallut bien qu’ils se lèvent. Ils se regardèrent dans les yeux et après un dernier baiser s’assirent sur le bord du lit pour faire le point.
C’était bien dit Gratien tu es une admirable maîtresse. Et moi, comment m’as-tu trouvé ?
Bien dit-elle. Contente de ma nuit, mais j’ai cours ce matin et je dois être à la fac à Huit heures.
Je t’ai dit que je t’emmènerai en voiture, tu seras à l’heure, la toilette c’est la première porte à droite et le déjeuner, la porte en face.
Après un copieux déjeuner Gratien emmena Jasmine chez elle, chercher son matériel pour ses cours. Tu payes cher de location dans cette petite maison ?demanda Gratien.
Assez, mais j’y suis bien pour travailler répondit-elle. C’est une rue calme. Je n’ai aucun bruit !
C’est vrai dit-il, allez en voiture, on part, et la voiture démarra. Arrivés à la fac, un dernier baiser et ils se séparèrent.
Quand nous revoyons nous demanda Gratien.
Je ne sais pas, peu-être jamais, en tous cas merci pour tout et elle s’engouffra dans le couloir d’entrée sans se retourner.
Après ses cours et son travail chez l’avocat, le soir chez elle, elle fit le point. Il est bien Gratien, pensa-t- elle, mais il éjacule un peu trop tôt, pense mariage et a l’air radin. Je sais que ce serait le mari idéal, il habite un village chic. Il a un nom, mariée avec lui, je m’appellerais madame Jasmine de la Marette, avec ça il adore les moulins. Tout ça fait pencher la balance, mais ça n’est pas ce que je recherche pour l’instant, ce qu’il me faut, c’est un homme mûr et marié. Avec eux pas de problèmes, en plus ils sont généreux et bien souvent éjaculent tard, je suis assurée d’être bien servie. Peu, mais bien, alors que Gratien...
Alors que Gratien...y croyait et se voyait marié avec Jasmine et le moulin.
Pire, lorsqu’elle rentrait le soir, elle voyait la voiture bleu nuit devant sa porte, reprenait un tramway et partait faire un tour en ville. Elle expliqua la situation à son patron l’avocat qui pour une fois lui adressa un sourire. Il ne faut pas jouer avec l’amour lui dit-il. Je vais vous loger en dessous, vous y habiterez quelques temps et ensuite, vous pourrez réintégrer votre maisonnette.
Oh ! Merci maître, mais vous savez où j’habite ?
Bien sûr, j’ai votre adresse, il le faut bien et je me suis renseigné. Je dois tout connaître des personnes qui m’entourent. Des fuites sont toujours possibles. Avec vous, j’étais tranquille, vous étiez la probité personnifiée, mais si vous me dites que vous êtes harcelée par une erreur dans votre vie, tout est changé. Combien de fois nous avocats, avons eu à plaider pour des fuites par amour ? Je parle de la profession bien entendu, moi, je sui trop jeune pour m’attribuer des plaidoiries dans ce sens.
On est jamais trop jeune.
Je parle dans le métier.
Peut-être mais d’après les dossiers que je traite, vous montez en puissance au galop.
Vous venez involontairement de confirmer ce que je vous disais, grande connaissance des dossiers, égal : fuites possibles, donc je dois tout connaître des personnes qui gravitent autour de moi.
C’est vrai !
Quant à votre amoureux, signifiez lui par courrier que vous avez renoué avec votre premier amour. Et trouvez un motif valable pour l’éloigner définitivement.
Facile, il éjacule un peu trop tôt.
Oh ! Très bon, quand un amoureux est touché directement à des faiblesses sexuelles, ii disparaît pour toujours. Alors écrivez lui que votre nuit a été gâchée par ses éjaculations trop précoces et vous ne le reverrez plus, il ne viendra plus vous importuner.
Jasmine le lendemain posta sa lettre et effectivement elle ne revit plus la voiture de Gratien devant sa porte. Elle réintégra sa maisonnette, et se remit au travail, mais son patron était redevenu de marbre avec elle. C’était l’avocat pur et dur qui travaillait comme une brute.
Pourtant un soir en rentrant de l’étude, elle vit la voiture de son patron devant sa porte.
Maître Victorien devant chez moi ? Elle s’approcha de l’auto, maître Victorien était assis au volant et consultait un dossier, absorbé par sa lecture, il ne la vit même pas entrer. Ce n’est qu’un quart d’heure plus tard qu’il réalisa. Il quitta sa voiture et actionna la sonnette extérieure .
Jasmine qui attendait cette sonnerie de clochette, ouvrit la porte et feignit la surprise. Oh ! Monsieur Victorien ! Vous ici à cette heure ?quelque chose ne va pas ? j’ai fait une bêtise ? entrez nous serons mieux pour nous entretenir
Il entra et voyant un fauteuil libre s’assit sans façon comme si il était chez lui.
Jasmine le regardait, elle ne l’avait jamais vu comme ça.
Non ! Pour répondre à votre question, vous n’avez pas fait de bêtise, mais devant l’évolution du cabinet, que vous avez vous même constatée et la surcharge de travail que cela impose, je vais devoir vous licencier. Il va me falloir une personne à temps plein. Vous voulez toujours, avec juste raison d’ailleurs être pharmacien diplômé ? Vous avez encore une année à faire. Soit vous continuez vos études, soit vous restez secrétaire chez moi. A vous de voir et décider.
Je ne veux pas abandonner après m’être défoncée, je veux être pharmacien diplômé et plus tard, ouvrir ou acheter une pharmacie-herboristerie.
C’est très bien et tout a votre honneur. Mais dans ce cas, je dois vous licencier et les choses se compliquent, il y’a un problème, un très très gros problème à résoudre. C’est bizarre cette petite maison rue de la grange, je viens de voir un client à côté rue de la fraternelle, il en avait une semblable, mais restaurée, c’est mignon comme tout, et le quartier est calme, il faudrait en faire autant à celle ci et nous y serions bien.
Comment, nous y serions bien ?
Parce que, j’ai tout simplement envie de vous épouser, ma visite est en réalité une demande en mariage. Je vous ai enlevée des griffes d’Emilien qui courait à sa perte il faut le reconnaître, je vous ai embauchée, alors que je n’avais même pas les moyens de vous payer, puis, j’ai suivi votre parcours chez moi, je vous voyais tous les jours j’étais tranquille, jusqu’à votre rencontre avec Gratien qui ne m’étais pas inconnu. J’ai pensé vous perdre, parce qu’il représentait un bon parti. Heureusement vous hésitiez encore. Alors j’ai décidé de ne plus vous laisser hésiter ; l’idée de ne plus vous voir m’étant insupportable, je me jette à l’eau.
Vous me voyez flattée...mais...
Mais mon air bourru hein ? c’était tout bonnement pour mettre un mur entre nous à cause de mes maigres revenus. Aujourd’hui ça n’est plus le cas, je peux vous assurer une vie décente en attendant que vous ayez votre diplôme. Après nous créerons ou achèterons une pharmacie et nos bambins courrons dans l’allée de tilleuls du moulin.
Vous connaissez le moulin ?
Je connais tout, sauf votre réponse !
Comment pourrais-je refuser une telle demande, venant d’un tel homme, ma réponse est oui, sans hésiter.
Vous me voyez comblé, ne reste plus maintenant qu’à vérifier si j’éjacule au bon moment dit-il dans un grand éclat de rire.
Chiche ! vérifions ça tout de suite dit-elle en lui sautant au cou.

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