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Jamais deux sans trois

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Cram4Evr

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La troupe des badauds se dispersait à peine lorsque j’aperçus les ambulanciers qui emportaient le petit vieux inanimé. J’observai la scène avec étonnement car cela faisait bien longtemps qu’un tel événement ne s’était pas produit. Pour tout dire, je n’en avais jamais connu moi-même. Quand mon père était encore de ce monde, il en parlait parfois. À cette époque-là, disait-il, les accidents de la circulation étaient fréquents. En ville comme sur la route, les victimes se comptaient par milliers et les blessés graves étaient encore plus nombreux. Mais bon, cela datait d’un demi siècle, au bas mot.
À l’écart, choqué d’avoir percuté le vieil homme, le propriétaire du véhicule tentait d’expliquer aux flics comment le système de sécurité n’avait pas détecté la présence du piéton. À sa connaissance comme à celle de n’importe lequel de ses contemporains, tout le monde était équipé dès la naissance d’une puce de localisation. Ce vaccin d’un genre nouveau avait eu pour conséquence, et avantage à en croire certains, d’éradiquer complètement la délinquance ainsi que d’autres désagréments inhérents au comportement humain, au rang desquels figuraient les collisions, par exemple.
« Errare humanum est perseverare diabolicum ».
C’était d’ailleurs grâce à ces arguments mégalo-sécuritaires que les politiques avaient réussi à aliéner la base même de la liberté individuelle : le droit à l’anonymat. Mais de cela il n‘était plus question depuis bien longtemps. Seuls quelques illuminés continuaient de militer pour la suppression de ces fils d’Ariane numériques.
Avisant un témoin de la scène je ne pus m’empêcher de demander :
Qui est-ce ?
Qu’est ce que ça peut foutre, souffla l’homme au teint verdâtre. Un déchet, quoi d’autre ?
Vous devez être éboueur pour être aussi sûr de vous, ricanai-je du tac au tac, sa couleur étant celle des poubelles municipales.
Il ne fallait pas être très observateur pour se rendre compte que ce type avait autant envie de rigoler qu’un écologiste lâché dans une centrale nucléaire. Mais je n’avais jamais su résister à faire ce que je croyais être un bon mot, quitte à me retrouver dans une situation délicate, le plus souvent.
Ma femme, du temps où j’en avais une, me le faisait sans cesse remarquer.
Un jour... prédisait-elle, les points de suspension en guise d’oracle.
J’ai bien cru que ce jour-là était arrivé quand mon nouvel ennemi s’est approché de moi, la tête bien enfoncée dans des épaules vertes, elles aussi.
C’est Hulk, ce mec, me suis-je dit avec atermoiement, regrettant mon trait d’esprit envers quelqu’un qui en était totalement dépourvu.
Instinctivement, je me recroquevillai afin d’offrir le moins de prise possible à ses mains d’étrangleur. En kung-fu, je ne connaissais que la technique dite du hérisson. Les piquants en moins. Sans défense, je me voyais déjà à la morgue, allongé sans tête près du petit vieux sans puce.
Affolé, je fis un brusque pas en arrière pour éviter l’homme tronc, mais pas l’engin impliqué dans le premier accident qui repartait tout juste.
Je mourus sur le coup.
Le propriétaire du véhicule aussi : crise cardiaque.
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Sadar · il y a
Au siècle dernier un grand homme de média nous fit part d'une réflexion pleine de sagesse dans l'une de ses œuvres que certains reconnaîtrons ici.

On ne ne peut que déplorer son oubli au fil du temps : "...je ne parle pas aux cons, ça les instruits..." Du coup, il est urgent d'en conclure : Mortelle, l'histoire !

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