Jalousie

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Après trois ans d'études de commerce, je décide enfin de me lancer dans ma véritable passion qu'est l'écriture. C'est au mois de janvier que j'ai fait lire pour la première fois l'un de mes  [+]

Je suis jaloux de la pluie, qui coule sur ta peau. J’ai l’impression qu’elle est plus près que mes mains ne l’ont jamais été. Et j’envie à chaque goutte, le plaisir qu’elles doivent avoir de danser sur tes courbes, de rouler dans le creux de ton cou. Quelle belle façon de finir la course de son existence. Elles s’évanouissent sur toi, mais quel délice de s’évaporer dans les effluves de ton parfum.
Mon Dieu que j’envie cette pluie, libre, insaisissable. Elle, qui danse avec le vent, tandis que toi, tu danses avec elle. Se rend-t-elle compte de l’honneur qu’elle a que tu lui accordes cette danse ? Moi, je m’en rends compte maintenant. J’aurais aimé le réaliser plus tôt. Lorsque j’avais l’occasion de tenir ta main, ta hanche, et que je pouvais te faire tournoyer pendant des heures pendant que tu riais aux éclats.
Il m’est si facile de vous imaginer, toi et ton innocence, dansant sous cette pluie battante. Comme si le bruit des gouttes était la plus belle musique qu’il t’ait été donnée d’entendre. J’imagine le tissu de tes vêtements qui se colle insolemment à ta peau. Comme s’il voulait révéler au monde entier la perfection de tes courbes : la beauté de l’arrondi de ton sein et de la chute de tes reins. Je peux m’imaginer tes cheveux plaqués contre ta tête, tombant en mèches humides sur tes joues rosies par la fraîcheur de l’air. Ces mèches que tu n’aurais même pas pris la peine de recoiffer, ou peut être simplement en les coinçant innocemment derrière ton oreille. L’eau les aurait rendues plus foncées mais aura surtout mis l’accent sur l’odeur envoutante de ton shampooing. Effluves divines qui me faisaient tourner la tête lorsque j'avais le cran de déposer un baiser sur ton front.
Tandis que tu danses dans mon esprit, voilà que ton rire monte à mes oreilles. Ce rire qui accompagnerait le chant de la pluie, lui donnant le tempo. Ce rire vibrant, vivant qui crie à tous ceux qui ont la chance de l’entendre que tu te fiches bien de leur avis. Mon bel amour, dansant pieds nus dans la pluie. « Je veux ne faire qu’un avec elle » m’aurais-tu sûrement dit alors que j’aurais embrassé la peau de tes chevilles délicates d’un regard amusé. Je t’imagine virevolter, faisant tourner le tissu de ta robe autours de tes hanches si gracieuses, lever tes bras en l’air et caresser le vent du bout des doigts comme tu caressais mon visage avec tes yeux amoureux.

Je suis jaloux de ce vent. Ce vent qui s’infiltre sous tes vêtements, qui caresse, sans même y penser, cette peau tiède qui, autrefois, était avide de mes baisers. Je lui envie les conversations qu’il peut avoir avec toi, celles auxquelles je ne peux plus prétendre avoir le droit. Se rend-t-il compte du privilège qu’il a de pouvoir effleurer ta joue et glisser sur tes cheveux ? Me rendais-je compte du privilège que j’avais de pouvoir le faire ? Non, pas assez. Car si j’avais su que cette chance allait finir par m’échapper, j’aurai caressé cette pommette plus longtemps et l’aurait embrassée avec plus de passion encore.

Je suis jaloux de la nuit, celle que tu passes allongée à côté de quelqu’un d’autre que moi. Cette nuit qui fût nôtre. Celle que tu semblais toujours arriver à convaincre de rester un peu plus longtemps, avant qu’elle ne laisse place aux lueurs de l’aube, pour que les draps puissent bénéficier de la tiédeur de nos étreintes un peu plus longtemps. Se rend-t-elle compte de la chance qu’elle a que tu la trouves si belle malgré sa noirceur ? Pourrais-tu trouver une beauté similaire dans l’obscurité de mon âme qui s’est installée en ton absence ? Je suis certain que la nuit t’admirait, à la façon dont tu arrivais à l’illuminer alors que même que le soleil était parti se coucher. Comme j’admirais ta façon d’illuminer ma vie avec tes sourires, d’illuminer mon cœur avec ton amour. Mon si bel ange, qui avait volé un peu de lumière au paradis et qui la partageait généreusement aux chanceux qui en avaient besoin, sans même le savoir.

Je suis jaloux de l’amour, l’amour qui était là, l’amour qui était mien mais qui est parti. Celui qui m’a glissé entre les doigts comme du sable dans lequel je m’enfonce aujourd’hui. L’amour qui maintenant appartient à quelqu’un d’autre. L’amour qui réchauffe lorsqu’il est là mais écorche lorsqu’il s’en va. Cet amour que tu donnes sans compter, sans t’inquiéter de savoir s’il te sera rendu. Mais pourquoi devrais-tu t’en inquiéter ? Rares sont les idiots qui, comme moi, ne te rendront pas le triple de ce que tu as offrir. Je suis jaloux de cet amour qui emplissait ma vie de mots tendres, et qui maintenant perce mes tympans avec son silence assourdissant. Je suis jaloux de cet autre, que ton amour réchauffe tandis que je reste là à attraper froid à l’âme. Je commence à geler, comme celui que l’on prive d’une place au coin du feu. Mais je l’ai eue, ma place près de ces braises, j’ai pu jouir de la délicieuse chaleur brûlante. J’ai simplement eu la bêtise de vouloir trouver un braisier plus ardent, alors qu’il me suffisait juste de souffler sur celui que j’avais pour y raviver la flamme.
Je suis jaloux de mes souvenirs. De chacun de mes souvenirs avec toi, ceux qui ont encore la possibilité d’être heureux, ceux qui sourirent encore, alors que moi, je ne parviens pas à me souvenir comme faire. Savaient-ils qu’ils seraient à jamais les plus beaux ? Qu’ils ne craignaient pas que d’autres, encore plus brillants de bonheur, ne les remplacent ? Qu’ils n’auraient jamais à être jaloux d’autres souvenirs, plus jolis encore ? Moi, je l’ignorais. Car si je l’avais su au moment de les construire, j’aurai fait en sorte qu’ils soient encore plus beaux, encore plus intenses. J’aurai essayé de les rendre si merveilleux qu’ils auraient eu la capacité de me réconforter, aujourd’hui. Je les envie tellement.

Oui, je suis jaloux de la pluie et je suis jaloux du vent. Je suis jaloux de la nuit. Je suis jaloux de l’amour et des souvenirs.
Car aujourd’hui je t’aperçois à travers la vitre du café dans lequel je suis assis. Je t’aperçois essayer de te protéger de la pluie et du vent avec tes mains. Je te vois avancer dans la nuit en direction de ce nouvel amour qui fait battre ton cœur et qui emplie ton esprit de souvenirs encore merveilleux que ceux que nous partagions. Je le devine, lui, quelque part dans le noir, attendant ton arrivée pour te voler un baiser et faire naître un sourire aux coins de tes lèvres. Se rend-t-il compte de la chance qu’il a de t’avoir à ses côtés ? De la chance qu’il a d’avoir trouvé sa place dans ton cœur ? Je suis jaloux de lui. Mais est-ce vraiment de cela qu’il s’agit ?
Je t’avais dit quand tu es partie qu’il n’y avait rien à pardonner, mais j’avais toujours pensé que tu reviendrais en me disant que tout ce que tu as trouvé n’était que misère et désolation. J’ai eu tort, oh ! que j’ai eu tort. Je n’aurai pas pu me tromper davantage. Car aujourd’hui, alors que tu es loin, séparée de moi par bien plus qu’une simple vitre de café, tout ce que je fais c’est pleurer derrière le sourire que j’adresse à la serveuse qui me regarde.
En fait, il m’est difficile d’avouer qu’au fond, je suis jaloux de la façon dont tu es heureuse sans moi.
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De margotin · il y a
Très Mélancolique, l'amour! L'amour! Ô l'amour!
J'ai aimé lecture.
Bonjour à vous Je vous invite à découvrir Nilie.

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Michu Brochel · il y a
Aimer à ce point, c'est se faire très mal.
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Albane Charieau · il y a
voilà un homme bien instruit sur sa banqueroute et la perte de son amour.Lucide jusqu'au bout, cet homme malgré sa jalousie excessive, attire ma compassion et je l'envie de lui tendre la main n'est pas loin.
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jusyfa *** Julien · il y a
Beaucoup de poésie et aussi de sensualité dans ces aveux, il l'aimait trop ! 1+******* Julien.
Bonjour Philippine, merci d'avoir renouvelé votre soutien pour " SOFIA", je tiens à vous informer que j'ai décidé de ne plus m'investir pour cette oeuvre : difficile de rivaliser avec une romancière éditée que je félicite par ailleurs pour son texte " Journal de guerre ".
Je reviens néanmoins vers vous pour mon texte actuellement présent sur le prix automne.
Je vous invite donc à découvrir un moins d'une minute : https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/et-on-dit-que-l-alcool-tue-lentement
Encore merci pour le temps que vous m'accordez, Julien.

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Chateau briante · il y a
"bonheur, je t'ai reconnu au bruit que tu fis en partant" J. Prévert et d'autres aussi
https://www.babelio.com/auteur/Jacques-Prevert/3846/citations

voilà, il fallait pas lui faire de mal, la trahir
il ne sera plus jamais seul,
car il a pour amis, ses soupirs, ses regrets
et des souvenirs qui brûlent
et qui le ravagent
en un mot que vous dites si bien, sa jalousie

c'est trop tard, définitivement trop tard

j'adore vraiment vos mots, les émotions que vous savez créer, votre univers et vous remercie d'avoir ouvert votre porte
je connais votre adresse maintenant et je repasserai
Marie-Christine

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Philippine · il y a
Chère Marie-Christine,
Quel bonheur de lire votre commentaire !
Ce texte est inspiré de la chanson "Jealous" de Labrinth.
Vous avez exactement les mots qui m'ont traversé la tête en écoutant ce morceau et en me disant "peut être il y a une histoire derrière ces mots".

Je suis vraiment touchée par votre retour, c'est un exercice très impressionant que de montrer ce que j'écris, mais en vous lisant, je me dis que ça vaut la peine de prendre son courage à demain.

Au plaisir de vous relire,
Bien à vous,
Philippine

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Chateau briante · il y a
à très bientôt Philippine
et merci pour la chanson que je ne connaissais pas
j'ai écouté et lu les paroles
j'aime beaucoup
que de riches échanges et partages sur ce site !
Marie Christine

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Philippine · il y a
Avec plaisir, je suis heureuse que ça vous ait plu !
A très bientôt j'espère !
Je vous souhaite une très belle journée,
Philippine

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Marie Quinio · il y a
C'est magnifique ! Très sensuel et triste à la fois...
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Philippine · il y a
Merci du fond du coeur Marie 😍
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M. Iraje · il y a
Il y a de la poésie dans ces aveux ...
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Joël Riou · il y a
Où l'amour va-t-il se nicher ? Jusque dans les effluves d'un shampoing ...
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Philippine · il y a
parfois là où l’on ne l’attend pas visiblement!
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Napoléon Turc · il y a
Quelques beaux passages :-)
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Philippine · il y a
Merci Napoleon! Toujours un plaisir de lire vos commentaires