J'ai voyagé...

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Poésie, roman, nouvelle, tout ce que je peux écrire avec des mots est une partie de moi. Sans l'écriture il me manquerait quelque chose de vital  [+]

La chute était rapide, vertigineuse, me dirigeant droit vers l'inconnu. N'était-ce pas ce que j'étais venue chercher dans ce lieu si reculé, loin du confort et de tout ce que je connaissais?

Moi, la petite orpheline de 5 ans qui avait appris à grandir sans poser de question. Aujourd'hui j'en avais 25 et pourtant j'avais toujours cette même impression qu'à l'âge de 5 ans, je n'étais personne.
L'orphelinat avait eu son petit côté charmant, j'y avais eu mes premiers amis, et pourtant, jour après jour, mois après mois, ils partaient tous pour une nouvelle vie avec une nouvelle famille. On s'oubliait et moi le vide au fond de moi grandissait. La petite fille renfermée, solitaire, froide, au caractère imprévisible n'arrivait pas à s'adapter dans les familles d'accueils, et au final, je suis restée jusqu'à 16 ans à l'orphelinat puis dans un foyer. Je n'y étais pas à ma place, je le savais, alors j'ai pris ma décision.

J'ai eu mon émancipation et j'ai pu commencer à me débrouiller seule, j'ai travaillé quelques temps dans une pizzeria, j'ai gagné quelques euros que j'ai économisé. Quand je l'ai décidé, j'ai juste pris mon sac à dos et je me suis tirée de cette vie monotone et triste.
Oui, je suis partie avec un objectif, découvrir qui j'étais, quelque soit le temps que ça prendrait, je finirais par trouver ma voix. Et l'aventurière fauchée m'avait donné le courage et l'influence qui me manquaient.
J'ai fais du stop au hasard, je suis partie sans destination précise, je voulais juste atteindre la frontière à l'Est.
J'ai atteint l'Italie au bout de cinq jours de stop, j'ai dormi dans des ruelles inconfortables, à l'orée de forêt priant pour qu'il n'y ai pas de loup. Une fois en Italie, j'ai continué le stop. Je suis arrivée en Croatie au bout de six jours, j'ai bossé à la journée dans des fast-food pour mériter mon repas, je dormais dans le vestiaire ou chez l'habitant.

Comme cette petite mamie qui m'a vu dans la rue, devant chez elle, alors que je frottais mes pieds endoloris par la marche. La première nuit que j'ai passé dans un vrai lit et où j'ai pu prendre une vraie douche. Elle m'a demandé quel âge j'avais, bien entendu j'ai menti, dix neuf ans rassure les gens, alors je lui ai dis. Elle voulait savoir pourquoi j'étais seule, ce que je voulais dans la vie. J'ai réfléchi mais je n'avais rien à lui répondre alors je me suis contentée de lui dire la vérité, je voulais juste apprendre à me connaître, savoir qui j'étais et d'où je venais. Elle a trouvé ça étrange mais elle n'a pas insisté. Elle m'a donné de la nourriture, de quoi tenir plusieurs jours, puis je suis partie.

J'ai continué le stop, je ne savais même plus où je me trouvais. J'ai passé plusieurs frontières, j'ai marché des journées entières sans trouver d'endroit où me réfugier lorsque la pluie me surprenait. J'ai atterris dans un village deux jours plus tard, les gens m'ont regardé comme une curiosité, surpris qu'une si jeune fille se balade seule par ici. J'ai eu la chance qu'un jeune homme connaisse un peu l'anglais, il a fait le guide et le traducteur. Je n'ai pas compris où j'étais, mais j'avais quitté la Croatie, je pense même que j'étais arrivée en Serbie, pas vraiment le trajet le plus court.
Mes nouveaux hôtes m'ont permis de laver mes vêtements, ils m'ont donné un foulard pour me protéger de la chaleur qui pouvait frapper vite la tête et j'ai repris le chemin le lendemain. Curieusement, les gens me faisaient une confiance aveugle, ils ne posaient pas énormément de questions et me donnaient beaucoup pour me permettre de continuer mon voyage.

J'ai atteins la Bulgarie où j'ai atterri devant la Mer Noire, j'ai bien cru que j'allais avoir un gros problème sur mon parcours et devoir faire un gros détour ne me plaisait pas. Puis j'ai croisé la route d'un jeune garçon qui se faisait agresser, j'ai mis en fuite les autres scélérats. Mais il se trouve que le père du jeune garçon travaillait sur un bateau qui se rendait en Russie. Je n'ai pas fait ma difficile quand il m'a proposé de faire taxi, du moins si je bossais sur le bateau en échange. J'ai aussitôt accepté, une chance que le hasard était de mon côté. J'ai fait la plonge, nettoyé les chambres, les pièces communes, fait le guet sur la proue en soirée et j'en passe. J'ai adoré ce voyage et j'aurais bien voulu qu'il ne se termine jamais. Mais j'ai vu la terre au loin, signe que mon voyage sur la mer noire se terminait et que la Russie m'ouvrait ses bras.

Je ne sais pas combien de temps s'est passé depuis mon départ. Même avec mon journal de bord j'ai perdu la notion du temps et des jours. J'ai dépensé pas mal de mon argent pour payer un billet de train. La Russie est vaste, sauvage dans certain coin, surtout pour une fille seule, alors je gagne du temps et de la sécurité.
Ce train traverse une partie du pays, mais j'ai une destination plus proche qui me laisse tout de même le temps de me lier d'amitié avec des étudiants qui se rendent de l'autre côté du pays. Ils sont impressionnés par mon voyage et moi par leur vie et leur bonne humeur. Puis mon terminus de train arrive.
Me voilà au Turkmenistan, un fermier accepte de me conduire à la frontière du Tadjikistan, j'ai fait la balade dans une calèche de foin avec brebis et chiens, mais ça ne me dérangeait pas, je ne voulais pas trop m'aventurer dans le coin. Le foulard ne me servit pas qu'à me protéger du soleil et de la chaleur, je m'en servis aussi pour cacher mon visage, ma tête en général, car j'ai attiré le regard de plusieurs agents de police. Ce n'est pas le moment de se faire remarquer, même si j'ai passé les frontières normalement avec mon passeport, du moins, là où je suis passée par les frontières, ce qui n'est pas évident.

Finalement, j'ai atterri en Inde, magnifique pays coloré de vie et de bonne humeur. J'ai assisté à une fête traditionnelle où il pleuvait des couleurs, je me suis retrouvée verte, bleue, rouge, jaune, un magnifique arc en ciel. Je n'ai pas très bien compris ce qui se passait, mais j'ai fais la fête avec tout le monde, j'ai mangé, puis je me suis trouvée une amie indienne qui m'a accueilli chez elle sans que j'ai eu à lui demander. Elle m'a donné quelques conseils de voyage puis j'ai repris ma route.
J'ai mis du temps, mais après quelques rencontres amicales, quelques rencontres fortuites avec des chiens sauvages affamés, je suis finalement arrivée au Bangladesh, puis au Myanmar. Là j'ai découvert un village en difficulté après un tremblement de terre. J'y suis restée, j'ai offert le peu que je pouvais. Ma jeunesse et ma force physique pour nettoyer ce qui pouvait l'être, dégager les routes, aider les infirmières et médecins aux premiers secours.
J'ai été hébergée par une infirmière, veuve et sans enfant, qui a pris soin de moi comme sa fille. Je suis restée deux semaines, j'ai vraiment créé un lien avec elle, et c'est la première personne à qui j'ai dis toute la vérité.
Puis finalement, je suis repartie, j'ai atteint la Thaïlande, j'ai pris un train de nuit à Chiang Mai en direction de Bangkok, ça a été long, mais j'ai appris des jeux de cartes locales avec des jeunes voyageurs internationaux. Ils m'ont conseillé de bien profiter de mon voyage car je n'avais qu'une jeunesse. Ils l'ignoraient, mais pour moi, je n'avais que la jeunesse, je ne connaitrais jamais ce que c'était de vieillir.

Ha oui, ce détail, je ne vous en ai pas parlé non plus. J'ai une maladie génétique rare, les médecins n'ont aucun traitement, et pour l'instant je n'ai toujours pas les symptômes qui sont apparus. Mais le médecin a été claire avec la dame de l'orphelinat, j'ai peu de chance d'atteindre mes trente ans, alors autant en profiter un maximum.

Revenons à mon voyage, je suis arrivée au Parc Erawan, oui j'ai fais un petit détour, il paraît que c'est un endroit magique, et c'est le cas! J'ai vu ses sources naturelles, cette eau translucide où j'ai pu me baigner, les poissons viennent te picorer les pieds, c'est désagréable mais amusant. Un singe a voulu me voler mon goûter, finalement on l'a partagé et j'ai compris pourquoi c'était interdit normalement d'avoir de la nourriture, mais je ne pouvais me débarrasser de ma survie.

J'ai pris un second train après un petit passage à Bangkok et j'ai passé la frontière chinoise une journée plus tard. Je savais que j'approchais enfin de ma destination, les yeux que je croisais se rapprochaient des miens, les cheveux noirs et raides ressemblaient aux miens. Mes origines japonaises, je les connaissais, je ne me rendais pas là bas pour rien. La directrice de l'orphelinat m'avait donné une adresse de l'orphelinat japonais où j'avais passé mes trois premières années. Mes parents adoptifs m'avaient gardé deux ans avant de disparaître tragiquement dans un accident de voiture, me laissant de nouveau seule dans un pays que je ne connaissais pas, pas davantage que mon pays d'origine...
J'ai atteint la Corée et je n'ai pas mis longtemps à trouver un bateau qui pouvait me conduire enfin au Japon. J'ai eu le droit à une petite cabine toute simple mais avec un miroir. Ma tête de japonaise n'avait pas changé, j'avais les joues un peu plus creusé, la peau bien plus bronzée avec le voyage que j'avais déjà accompli. En me regardant en détail, j'avais dû perdre une petite dizaine de kilos, j'étais bien amaigrie, mais je me sentais si bien, j'arrivais à destination.

Une fois au Japon, je savais qu'il me fallait traverser la largeur du pays pour atteindre Tokyo, et j'ai trouvé le meilleur moyen pour y arriver. Je me suis inscrite à un trail treck d'une semaine, j'ai dépensé tout l'argent qui me restait pour ça, on ne m'a pas posé de question, même si j'ai menti une nouvelle fois sur mon âge.
On est parti, à commencé par une grande marche en montagne, on portait un canoë au dessus de notre tête à trois, on était un groupe de six. À la nuit tombée, on montait le camp et on partageait nos expériences de la vie autour du feu. Il y avait deux australiens, deux coréens, le guide et moi. Je leur ai avoué la manière dont j'ai voyagé pour atteindre le Japon, ils ne m'ont pas cru je crois bien, mais pas grave, j'arriverais bientôt à destination.
On arrivait au bout de notre voyage, on était à flot sur des eaux tumulteuses, le guide nous avait prévenu du courant, de la violence des rapides. Ce qu'on avait pas prévu? Le tronc d'arbre venu percuté notre embarcation. J'ai été propulsée en-dehors du bateau et je ne sais plus trop ce qui s'est passé ensuite. J'ai perdu de vue l'embarcation et je me suis retrouvée là...

La chute était rapide, vertigineuse, me dirigeant droit vers l'inconnu. N'était-ce pas ce que j'étais venue chercher dans ce lieu si reculé, loin du confort et de tout ce que je connaissais?

J'ai repris connaissance sur la berge en bas de la cascade, remerciant celui qui avait décidé de ne pas m'emporter loin de son monde sans les réponses que j'étais venue chercher.
Le groupe m'a retrouvé quelques heures plus tard, soulagé de me voir en vie et en un morceau. Finalement, le guide a décidé de me déposer directement à Tokyo, jugeant que j'avais assee morflé. Et je l'en suis reconnaissante à jamais.

Je me suis retrouvée devant cet orphelinat, inquiète de ce que j'allais y trouver, mais je voulais des réponses. Je suis entrée et j'ai trouvé la secrétaire derrière son bureau. Je me suis expliquée dans un anglais que je voulais compréhensif, elle m'a dévisagé pendant un temps puis m'a fait signe de la suivre. Elle m'a conduite dans une pièce d'archive.
Je pense que cette femme a eu pitié de moi, quand elle a vu ma tête après que je lui ai raconté mon voyage.
J'ai trouvé mon dossier assez facilement, j'avais toutes les informations nécessaires et j'ai pu retrouvé le nom de mes parents biologiques, la question étant, allaient-ils me claquer la porte au nez?

J'ai claqué la porte pour de bon de cet orphelinat, je n'avais plus qu'une destination avant de reprendre ma vie en main...
Je suis arrivée devant cette maison, je n'arrivais pas à monter les marches qui menaient à la porte, mais je n'en ai pas eu besoin, elle s'est ouverte quelques minutes plus tard...
Une femme d'une quarantaine d'année se tenait là, devant moi, elle m'a regardé et a ouvert de grands yeux surpris, comme si elle voyait un fantôme. J'ai ouvert la bouche pour commencer à parler ''J'ai voyagé...'' mais la femme me serrait déjà dans ses bras, en larmes, murmurant ''ma fille'' dans un japonais que je ne comprenait pas encore...
J'étais enfin là où je devais être, chez moi, et j'y étais attendue...
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