J'enlève le O

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La nuit n’apporta pas de fraîcheur. Toutes températures en toutes excessives, chacun au bord de soi, prêt au débord, recherchait un contact où déverser son feu.
Le mien exsudait, excentrique, depuis mon ventre, et irradiait mes seins, ma vulve, mon cul, ma peau. Chaque zone rendue érogène au contact de l’air brûlant intimait d’être voluptée, qu’on la touchât, pressât, léchât, ravît : que dans un cri primal tout se fût résolu.
Et comme les regards alentours, d’hommes et de femmes mêmement, restaient impuissants à m’embraser, soudain, nécessité ; j’enlevai le O.
L’électricité crût !
Les yeux se firent mains et je hurlais, saisie, giflée, incandescente. Ma chatte ravagea quelques membres mendiant, d’autres priapes se liquéfièrent sur mes seins, cul, lèvres. Il y eut des hurlements inentendus, des mélanges séminaux envahirent l’asphalte, en naquirent des fleuves : certains y virent l’augure de la fin, s’inclinèrent et furent calcinés, d’aucuns y distinguèrent des puissances à naître et, ivres de feu, s’amalgamèrent gaillardement.
De chaque grain de l’air s’amplifia un grand cri, un immense râle : rrAAAAHHHH ! rrAAAAHHHH !
Rien ne semblait à même de l’arrêter, il enflait et je sus sa puissance prête à avaler l’Univers.
« Il est temps d’agir » m’intimai-je.
D’un geste précis, qui fige êtres et paysages, ma main saisit sensuellement mes seins, l’air au lieu de se taire se mue en cri strident, déchirant les esprits, les âmes et les tympans. Ma main ne faiblit pas qui descend plexus, ventre tendre et chaud, et la vulve enfin, qu’elle entreprend de masturber, des gestes amples, antienne de bruits humides, de vagues chaudes, d’électriques tressauts, la transe s’installe et le hurlement s’en abreuve, saisit sa puissance lancinante et la mêle à la sienne.
Je n’ai plus d’alternative. C’est dit, je m’y abîme !
Les deux paumes tendues, j’exécute ce geste séculaire, que je réinvente sans pudeur en ce temple inédit, l’air sentant la menace se fige : sans faiblir et d’un trait, je retire le A !
Ne reste plus qu’un rrHHHH et qui vite se dissipe. Les yeux se cherchent, perdus, repus. Et puis inertes.
Le réel peut se perpétuer.
Terne réel...

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