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J'ai écrit au Procureur

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TITCHOTE

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Voici un courrier écrit à Monsieur Le Procureur
au Tribunal de Grande Instance de Béthune
OBJET : Demande d’enquête sur les circonstances de la mort de ma fille Céline FABRE.
Monsieur le Procureur,
Je ne suis qu’une mère qui souffre et se révolte face aux dysfonctionnements des services de santé publique. Je sollicite de votre bienveillance l’examen des faits suivants :

Depuis ce début d’année, ma fille qui souffrait de mal être depuis longtemps, devenait de plus en plus dépressive, s’autodétruisant par des attitudes boulimiques et par la consommation de cannabis. Majeure, je ne pouvais que l’enjoindre à accepter de se faire soigner. A force de persuasion elle débute une prise en charge psychologique au CMP d’*** et accepte de prendre un rendez-vous chez le docteur ***, psychiatre à Douai.
Je l’ai accompagnée à ce rendez-vous le 16 mai. Le rapport transmis à notre médecin traitant commun le Docteur ***, et que ce dernier m’a remis après sa mort, m’informe d’un trouble grave de la personnalité de Céline. Une 2éme visite chez ce psychiatre aura lieu à la fin du mois de juin mais cette fois, bien que bénéficiaire de la CMU il est demandé à ma fille un paiement de 60 € que bien sûr ma fille ne pouvait assurer (j’étais hospitalisée à cette époque là). J’ai fait un chèque au docteur *** le 7 juillet. Ce docteur ne lui avait pas fixé de nouveau rendez-vous.

L’aggravation de l’état suicidaire de ma fille m’a conduite à l’orienter vers une prise en charge plus lourde. Avec son accord nous nous sommes rendues à la clinique de *** où j’ai pu rencontré le docteur *** avec ma fille le 20 juillet lors de l’entretien de préadmission. Il m’a ainsi pour la 1ére fois été donné d’exprimer toutes mes craintes sur l’évolution dramatique de son état général.
Ma fille est entrée en clinique le 27 juillet, et pendant prés d’un mois je reprenais espoir chaque jour, la sentant plus calme au téléphone et lors de mes visites. C’est terrible l’espoir quand d’un seul coup le couperet tombe ; le Docteur ***m’a appelé le 23 août pour venir rechercher immédiatement ma fille qui faisait l’objet d’un renvoi par mesure disciplinaire.

Aucun contact ne m’a été permis auprès du corps médical, la directrice que j’ai rencontrée a eu l’attitude fermée des responsables qui ne veulent rien entendre en se retranchant à plusieurs reprises derrière la décision médicale.
Le vendredi 26 août, ma fille m’appelait de chez elle en pleine crise de désespoir, elle se claquait contre les murs. J’ai réussi tant bien que mal à la calmer et à lui faire admettre qu’il lui fallait revoir notre médecin traitant. Elle m’a averti le soir même qu’elle avait obtenu un rendez-vous pour le lendemain 16H et mon conjoint qui était en congé lui a promis de l’accompagner.

Le docteur *** n’a aucune hésitation et informe mon conjoint qu’il demande son placement d’office car Céline est dangereuse pour elle-même et pour autrui.
Sectoriellement, la compétence géographique dans la situation de ma fille revient au Centre Hospitalier de LENS
Mon conjoint est informé à son arrivée avec ma fille dans l’unité psychiatrique qu’il faut d’abord passer par les urgences.
Une voix féminine (la neuro psychiatre des urgences) m’appelle par téléphone et me demande mon avis en qualité de mère. Je lui exprime mon désarroi face à la détérioration de l’état de santé de Céline. Je donne mon accord ce soir là sur le placement de Céline et la neuro psychiatre des urgences m’informe que je pourrai passer au 5éme étage de l’unité psychiatrique pour amener à ma fille ses affaires.

Le lendemain, samedi 27 août, j’appelle le service : on m’informe que ma fille est au 4éme étage, elle n’a pas encore vu le psychiatre, elle ne veut pas rester et me demande d’intervenir auprès de la Clinique où elle avait séjourné. J’appelle donc, réponse m’est donnée que le docteur *** ne sera pas là avant lundi.

Je rappelle l’hôpital de LENS en les informant de la réponse faite par la clinique. J’évoque ma détermination à laisser ma fille en lieu sûr allant jusqu’à proposer de signer une demande de tiers. Il m’est simplement répondu que le psychiatre examinera ma fille. Vers 12H 15, je rappelle à nouveau le service, le psychiatre a jugé ma fille calme et il m’est demandé de venir la reprendre.
Lorsque j’arrive au 4éme étage du Pavillon *** (unité psychiatrique), une personne veut me conduire vers ma fille en me disant « vous pouvez l’emmener ».

J’élève le ton en réclamant de voir le psychiatre qui a examiné ma fille. On me répond qu’elle n’est pas là pour l’instant. J’insiste pour attendre dans le service. Quelques instants plus tard, ma fille arrive et me serre dans ses bras. Je lui dis que je ne veux pas la reprendre, que pour sa sécurité il faut qu’elle reste quelques jours, le temps de trouver une autre solution.

Ma fille s’énerve, devient agressive. Une dame qu’on m’informe être le psychiatre intervient en m’accusant ; ma fille était calme jusqu’alors. Elle ne comprend pas mon obstination mais quand je lui demande de me signer un bon de sortie attestant que ma fille est mentalement apte à sortir, il m’est répondu qu’on ne délivre pas de bon de sortie et que c’est une affaire à régler entre ma fille et moi.

Mon conjoint, qui m’a accompagné, est envoyé au rez de chaussée et moi je suis invitée à dialoguer avec ma fille dans sa chambre.

Je m’exécute et j’entreprends de calmer ma fille, de lui demander un peu de patience, de me laisser le temps d’intervenir auprès de la clinique, qu’on trouverait une solution. Mais ma fille n’entend déjà plus rien, elle est en crise et me bouscule. Je lui prend les mains ; elles sont couvertes de bleus tant elle a du serrer les poings lorsqu’elle était en crise et tapait dans le mur de son appartement. Je retourne en pleurant vers le bureau des infirmières et je crie : « vous pouvez me donner le mauvais rôle mais vous ne pouvez pas la laisser comme cela ». Et je m’enfuis dans l’ascenseur en pleurant à la recherche de mon conjoint.

Je le rejoins et m’effondre dans ses bras à la cafétéria. Jean-luc me fait prendre un xanax et parvient doucement à me calmer.

Lorsqu’une jeune fille de salle du personnel du service que je venais de quitter intervient pour me demander de remonter car ils ne parviennent pas à calmer ma fille.

Je remonte, ma fille est entrain de hurler, personne ne peut la contenir. En me voyant elle se jette dans mes bras et me serre en disant « je croyais que tu étais partie sans me dire au revoir ». J’interpelle la psychiatre en lui demandant si elle oserait la laisser sortir dans cet état, elle convient que non et me demande de venir la reprendre le lendemain. Céline se calme dans mes bras et accepte avec difficulté de me laisser partir.

Le lendemain, c’est mon conjoint, seul, qui se présente dans le service. Il a avec lui deux sacs ; un sac de vêtements si Céline reste, dans l’autre sac de la nourriture, de la boisson et de l’argent. Il informe qu’il n’est pas habilité à reprendre Céline, puisque la veille on lui avait fait remarquer qu’il n’était rien pour elle et que c’est à l’hôpital de prendre médicalement la responsabilité de la sortie de Céline.

Ma fille m’appellera pour me dire qu’elle est rentrée chez elle, qu’elle va bien et qu’elle a deux pistes qui lui ont été données par l’hôpital ; son retour à la clinique de *** ou sa prise en charge au *** autre établissement privé de la région. Comme je lui répond qu’elle n’aurait pas dû quitter l’hôpital, elle me dit de ne pas m’inquiéter, qu’elle s’occupe de tout et que je serai fière d’elle.
J’étais en déplacement professionnel pour quelques jours sur Calais quand le voisin de Céline m’a appelée sur mon portable parce qu’il n’entendait plus de bruit depuis 2 jours. Désespérée d’être au loin, j’ai aussitôt appelé la police. Elle a ainsi été découverte, pendue, dans son appartement le 31 août 2005. Elle était vraisemblablement morte depuis la veille.

Après mon passage au Commissariat de *** où, effondrée, j’ai été dans l’incapacité de revoir ma fille pour une dernière fois à la morgue, je suis rentrée chez moi où un message m’attendait sur mon répondeur : le dernier message de Céline laissé le mardi 30 août 2005 à 15H03 était : « Maman La clinique ne veut pas me reprendre, interviens je t’en supplie ! ».
Je me permets d’exprimer ma révolte : seul notre médecin traitant a assumé ses responsabilités mais il n’a pas été entendu.

Je m’en remets à vous, Monsieur le Procureur, pour tenter de comprendre les défaillances de notre système de santé. Je ne veux pas m’engager « dans la bataille du pot de terre contre le pot de fer ». Je réclame seulement le droit de savoir si moi, sa mère, suit l’unique responsable de son suicide.

Ce courrier n'est pas resté sans réponse. Une enquête a été diligentée à la demande du Procureur. Mais cette enquête n'a pu démontrer une quelconque défaillance des professionnels de santé qui ont suivi mon enfant.
Oh, je ne veux accuser personne; je veux seulement comprendre. Mon enfant était malade, d'une maladie qui ne se voyait pas au premier regard et ceux qui auraient pu l'aider l'ont abandonnée.

Alors je demande seulement une chose, face au nombre croissant de suicide parmi nos jeunes :
PLUS JAMAIS CELA PAR PITIE !
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