IX - L'impasse

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" Ce monde n'est qu'une immense entreprise à se foutre du monde. " Louis-Ferdinand Céline Pour me retrouver : noirceur652092088.wordpress.com  [+]

Durant tout le chemin du retour, ce fut comme un superbe rêve. Quelle audace il avait eu... En pénétrant dans sa chambre, il sentit une formidable érection le saisir. Elle retomba vite. Qu’importe. Il s’interrogea longuement. Il faudrait remettre ça. Vraiment. Ce type...Quel enchantement ! Il avançait masqué et le carnaval promettait des artifices. Oui, demain soir, il faudrait carrément remettre ça. Sortir le grand jeu. Redevenir un étalon fringant dans cet univers de séniles ! Il rêva. L’amour, ça rendait con. On devenait aveugle et quand le bus vous fauchait, on ne se remettait jamais des blessures, pour peu qu’on fut encore vivant. Trop de pensées. Trop de spasmes. Il s’extirpa difficilement du lit et prit un somnifère. Encore. Il s’endormit et ne rêva plus.

Le réveil fut pénible. Il courut aux toilettes et vomit, torturé par l’angoisse et l’incertitude habituelle. Il était d’humeur exécrable malgré les surprises de la veille. Il erra quelques heures, entre la salle de bain et le salon avant d’avaler une tartine et de se jeter sur la télévision. Généralement, ses matinées entières se passaient à ronfler. Les après-midi étaient mornes, silencieux, pesants. Il s’abrutissait au son des nouvelles technologies (ça vous en fiche un coup, le progrès...) ou bien il méditait, enfoncé dans son lit. Il se voyait, parasite incapable dans la mécanique du monde et, inlassablement, il déféquait en pensée sur la société. Parfois aussi, il se saoulait. Grisé, il empilait les bouteilles comme les perles d’un collier. Il avait fallu qu’il se pisse dessus et qu’il frôle le coma éthylique pour que la vue de l’alcool lui provoque une certaine répugnance. Il était parvenu à arrêter, temporairement. C’était toujours ça de pris pour sa dignité caduque. La mélancolie, elle, était toujours là, insistante, oppressante, avec ses caresses obscènes de vieille putain. Il cédait trop facilement. On se battait d’abord puis on finissait par capituler. Elle avait toujours le dessus. Bien des fois, il pensa que la mélancolie était la sœur de la mort. Une frangine fidèle qui venait saper l’esprit des pauvres types comme lui avant de laisser place à son aînée. Ça le ramenait inexorablement à sa propre fratrie qu’il n’avait pas revu depuis une éternité et qui ne ferait jamais rien pour l’extraire du bourbier. La famille, c’était bien chez le photographe mais du reste, c’était trop bas, trop vache, trop laid, trop couillon pour qu’on puisse s’y attacher éternellement. On faisait des mômes et après ? C’était pour les jeter dans ce monde-là qu’on copulait, qu’on attendait neuf mois et qu’on en suait près de vingt ans à les éduquer. Finalement, ils vous reniaient toujours les voyous, animés de quelques passions violentes, au-delà même de toute explication. Et toujours, il fallait sacrifier, généreux, à cette marmaille grouillante et capricieuse. Il avait été jeune, évidemment, il avait été voyou, il avait cru comme un fou en explorant cette hideuse jungle bétonnée qu’on appelle Paris. Paris est sa plus belle avenue du monde qui revêtait davantage l’aspect d’une immense foire à empoigne pour bagnoles tandis que les automobilistes, angoissés et conscient de leur importance (‘’ Je suis preeesssé MOA ! ‘’), fonçaient comme des tarés sur les touristes intrépides. Il avait compris, petite larve dans un océan de connerie. Finalement, la jeunesse apprenait toujours à déchanter et ça, c’était une bonne chose. Être fixé sur le monde et les homme, il n’y avait rien de mieux pour se sentir serein et affronter les soucis avec le ‘’ Merde ‘’ aux lèvres. Envoyer chier les gens, voilà qui était bon aussi. Les salauds, c’est qu’ils vous enfonçaient six pieds sous terre si vous preniez leur babillage au sérieux !
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