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Introsexpo

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Nakoann

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X et Y se rendaient à leur énième exposition. Pour eux, ce n'était qu'une expo supplémentaire, de laquelle ils pourraient discuter, et ils ne se faisaient pas trop d'illusions sur ce qu'ils allaient y trouver. Cela serait suffisant pour occuper leur après-midi autour d'une activité que seuls des " initiés " pouvaient apprécier. Ils n'y allaient pas tant pour un enrichissement personnel que pour communier avec d autres, dans le partage de valeurs qu'ils pensaient communes, un peu comme certains catholiques se rendent à la messe. Appartenir à un groupe, à une idée d'un certain art de vivre. Cette grand-messe avait lieu dans un endroit inconnu et insolite. L'idée de quitter les musées ou salles d'expos dont ils avaient l'habitude ne leur déplaisait pas, et correspondait à l'image anticonformiste de la nouvelle vague, qui tentait une réflexion sur la manière nouvelle de consommer de l'art.
Une grande salle les accueillirent, haute de plafond et coupée par un dédale de cloisons donnant à la fois une impression d'espace mais également d'intimité, favorisant la confidence.
Lors de leur entrée, après s'être engagés à respecter l'interdiction d'utiliser leur téléphone portable pour filmer ou photograpnier, on leur confia des oreillettes ainsi qu'une tablette tactile incluant un accès internet permettant d'obtenir un maximum de données sur les oeuvres exposées.
-Tu sais Y cette expo est agréable mais je la trouve parfois maladroite , grossière, tombant parfois dans la facilité. Je ne connais pas l'artiste mais je dirais qu'il manque à mon sens de maturité.
-Oui je suis assez d acord avec toi, ça semble parfois artificiel. Même s'il y a de bonnes idées comme la conversation improbable que nous avons eue avec un inconnu via la tablette tactile. C'est étrange comme nous sommes conditionnés, il a suffi d un bruit de sonnerie, un icône de téléphone clignotant pour qu'instinctivement tu décroches et s'entame la discussion.
- Il m'a fallu quelque temps pour comprendre que la personne visitait la même expo, et quel soulagement quand j'ai racroché, bien qu'un désir infantile m'encourageait vivement à recommencer.
- Je trouve que la population n'était pas la méme que dans les manifestations habituelles. Quand même, tu as vu la bonne femme qui a fait tomber une oeuvre !
- ça tu n'as pas compris ! pourtant, tu as été gêné lorsqu'après avoir trebuché tu as renversé la fontaine à eau.
- Oui mais ce n'était pas une oeuvre. Ou l'autre hystérique incapable de gérer ses mômes qui suppliait presque les visiteurs de lui venir en aide. J'en aurais bien mis une à un de ses morveux.
- On voit bien que pour certains c'était leur première visite culturelle mais il faut bien commencer, et cet art est beaucoup plus accessible que la performance que nous sommes allés voir la semaine dernière.
- mais ducoup l ambience est particuliere,je ne me sans pas a ma place .Mémé au toilette une jeune fille a trouver le moyen de passer devant tout le monde, quel manque d éducation.
- Les émotions que l'on a vécues ici sont plus dûes aux personnes qu'aux oeuvres exposées.
- Tu as bien raison, mais nous sommes dans une expo, pas dans une salle de spectacle.
Ils échangèrent un sourire et se dirigèrent vers la sortie.
Quelle ne fut pas leur surprise lorsque passant le rideau, ils découvrirent un silot d'un diamètre impressionnant, un grand escalator étroit descendant au centre, de telle manière qu'une seul' personne pouvait descendre à la fois. En contrebas, sur la paroi du silot, se trouvaient de grands écrans, où l'on pouvait voir chaque personne descendant filmée en gros plan.
Quelle désagréable expérience, pensérent X et Y. Mais ils essayèrent de faire bonne figure car il y avait du monde dans le silot qui observait les écrans. Une fois en bas, il était agréable de voir les réactions variées des personnes descendant l'escalator.
Stupeur ! Le couple s'engage dans le couloir central où étaient plaqués sur les murs encore une multidude d écrans. On se serait cru dans un poste de surveillance de la police nationale. Toute l'exposition était filmée, on pouvait suivre chaque visiteur du début a la fin de sa présence dans les lieux. Des caméras étaient placées partout dans la salle. L'intelligence artificielle était très performante, avec une remarquable reconnaissance faciale. La tablette fournie au début de la manifestation, qui n'avait presque pas servi, prenait alors tout son rôle. La reconnaissance faciale associait un numéro au visage des spectateurs. Quand X et Y tapaient ce numéro, ils avaient accès à tout ce qu'ils disaient, les écouteurs fournis au début de l'expo bénéficiant également d'un système d enregistrement. De plus, ils avaient également accès aux recherches effectuées via la tablette.
x repensait à toutes les recherches débiles et parfois érotiques qu'il avait pu faire durant l'expo, pour tester le logiciel (c'était du moins l'esprit dans lequel il effectuait ces recherches). Il craignait maintenant d'être jugé pour quelque chose qu'il n'était pas, par les mots qu'il avait pu dire ou les recherches effectuées, il ne se résumait pas à cela ; il était bien plus complexe ! Il était déçu par le personnage qu'il avait pu être durant cette expo, s'il avait su!
X et Y déambulaient dans ce long couloir, hébétés mais curieux. ILs jouaient, écoutaient, espionnaient. Par bien des aspects cela relativisait leur propre prestation durant la visite. Ils se rendirent compte de toutes les expériences étaient mises en scène, cette expo était remplie de figurants, d'acteurs qui se mettaient en scène. Tout dans l'expo était fait pour que le visiteur se dévoile. Les expériences pouvaient générer du stress : ce petit moment dans l'ascenseur où il y avait eu une panne, l'énervement cette jeune fille coupant la file, la gêne ressentie lorsque l'on fait tomber une oeuvre ou une fontaine à eau, l'étonnement de l'appel téléphonique...tout était prémédité pour générer des réactions, des discussions, des jugements, bons ou mauvais peu importe ! Il fallait juste créer quelque chose. Au final, les oeuvres de cette expo c'était bien eux !
X se demanda si l'artiste avait eu comme ambition de faire réfléchir sur le contrôle technologique de nos sociétés modernes ou si son obkectif était autre. Si ce n'était pas plutôt un questionnement sur la nature de ce que nous sommes, en s'interrogeant sur l'image que l'on a de nous-même et celle que l'on aimerait renvoyer au reste du monde. Apprendre à se détacher de cette image ; l'acceptation de ce que l'on est non pas comme fatalité mais comme voyage à travers différents personnages, différentes facettes d'un même objet. Accepter nos fluctuations et notre manque de constance. L'analyse des comportements passe par nous avec des critères qui nous sont propres.

FIN
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