In Nomine Satanis - Magna Veritas

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Je me suis mis dans la tête de faire des excercices d'ecriture. J'ai 45 ans, je suis expatrié au coeur des Alpes, en Autriche, depuis bientôt 24 ans. A quinze ans, j'ai lu la saga complète des ... [+]

Harry Cochet a toujours été un garçon médiocre qui, avec le temps, avec développé un sentiment exacerbé d'infériorité. Déjà à l'école primaire, sa myopie ne l'avait pas aidé. Toujours à l'écart des jeux de ballon afin de ne pas casser ses binocles, on l'aura souvent traité de «serpent à lunette». Au collège, les profs d'EPS le répartissaient souvent «Harry le bigleux» dans les groupes des filles. Il était alors en première ligne pour admirer, durant les cours de gym, les mouvements pendulaires des nénés et des fesses des filles, sous leurs vêtements de sport. L'adolescence a ceci de curieux, que certains garçons s'émeuvent facilement à la vue des corps nubiles légèrement vêtus et Harry n'y échappa pas. Il dû souvent cacher, rouge de honte, la bosse qui le gênait dans son caleçon. Indubitablement, ce phénomène pesa beaucoup sur ses futures aventures amoureuses. Son bac en poche, il enchaîna quelques stages en grandes entreprises pour faire joli dans son curriculum vitae. Cela faisait plusieurs années, maintenant, qu'il était employé dans un call-center.
A l'occasion d'examens poussés, les médecins lui diagnostiquèrent une tumeur maligne au cerveau. A quarante ans passés, à moins d'un miracle, il lui restait au mieux neuf mois d'espérance de vie. Sur son lit d'hôpital, Harry repensa à tout : ses hauts, ses bas, sa vie d'employé moyen, ses ambitions inhibées par ses complexes. «Si seulement je pouvais au moins satisfaire mes désirs tant qu'il me reste de jours à vivre... Je vendrais mon âme au diable.»

Dans un restaurant du Bois de Boulogne, deux cents convives faisaient un boucan d'enfer. On dansait, on buvait, on fumait sur des rythmes de salsa endiablés, certains forniquaient sur et sous les tables. Comme chaque année, à l'occasion du bal annuel des princes-démon, on remettait aux étudiants-démon leurs diplômes. Sally Corne, une belle jeune femme, à la longue crinière sauvage rousse, s'était faite particulièrement séduisante pour l'occasion. Elle avais maquillé ses lèvres d'un noir profond et ses paupières d'un fard rouge écarlate. Après avoir été recalée à l'école d'anges-gardien, elle avait été tentée par le diable. Grâce à la session de rattrapage, et peut-être des liens de famille lointains avec Bélial, elle avait obtenu son diplôme. Toute sa scolarité, elle avait subi les brimades. Même chez les démons, les roux n'avaient pas bonne réputation. Mais surtout, elle souffrait d'une grande maladresse. Sally était surnommée par ses congénères « mille-gaffes ».
Belzébuth distribuait les diplômes et les lettres de mission aux jeunes diplômés. Mademoiselle Corne était la dernière à venir devant l'autel. Le maître de cérémonie eut beau réfléchir à la mission qu'il pouvait donner à « mille-gaffes », il n'en avait trouvé aucune, jusqu'à ce que la prière d'Harry Cochet ne se fît entendre. Sally se senti très honorée et promis que les princes-démon pourront être fiers d'elle.

Des éclairs jaillirent lorsque Sally, revêtu d'une blouse d'infirmière, s'introduisit dans sa chambre d'hôpital. Un parfum ensorcelant d'iris mêlés d'héliotrope et de jasmin envahit la pièce. C'est ainsi qu'Harry rencontra Sally. Elle se présenta, il tomba immédiatement sous son charme. Etonné, le malade se senti flatté que le diable lui envoyât la plus belle créature qu'il n'eût jamais rencontré. Sally déroula un parchemin et promis qu'il pourra remplir sept vœux, en échange de son âme. Le contrat, évidemment, devra être signé de son sang. Harry était prêt à vivre chaque jour comme si c'était le dernier. Il s'appliqua et signa le parchemin à l'aide d'une plume d'oie noire.

Harry avait tant d'envies, de rêves et souhaits à formuler qu'il trouvât dommage de les prononcer sur un lit d'hôpital. Il repensa à une chanson de Johnny. Harry eut envie d'avoir envie, il eut envie qu'on allumât sa vie. La première chose qu'il décida fut donc d'arrêter tout traitement, de rentrer chez lui. Sally fit craquer les doigts de ses deux mains et l'aida à débrancher les appareils médicaux. Il eut immédiatement l'impression de se sentir beaucoup mieux. Harry et Sally quittèrent bras-dessous, bras-dessus la chambre, puis le centre hospitalier. Dans les couloirs, le personnel semblait très agité. Infirmières, infirmiers, chirurgiens, internes couraient dans tous les sens. Tous les systèmes étaient en alerte : lits, machines médicales, ordinateurs, serveurs informatiques. Dès le soir venu, les chaînes nationales ouvraient leur journal de vingt heures sur la panne générale au sein de l'unité d'oncologie de la Pitié-Salpêtrière. Fort heureusement, aucun décès ne fut déploré, si ce n'était la disparition miraculeuse d'un patient. Sally avait été si entreprenante et imprudente, que l'Archange Raphaël, paniqué par tant de raffut, dû dépêcher quelques anges-gardien pour venir en aide aux malades.

Harry ne s'intéressa pas à cette mésaventure. Pour fêter son pacte, il s'était acheté quelques bouteilles de bons vins et des cigares, qu'il consommait tous les jours sans modération. Il déambulait nu dans son appartement, du matin au soir, chantant à tue-tête « La Fiesta » de Patrick Sébastien. Après une semaine de ce régime intensif, ses voisins de palier répliquèrent en chantant tous les soirs « Ah si tu pouvais fermer ta gueule », un autre succès de l'animateur télé. Harry que tout opposait à ses voisins de palier pria qu'on le laissât en paix. Il avait le droit de chanter quand il voulait, où il voulait et tant pis pour les voisins. Du reste, il les avait bien assez souvent invités, jamais aucun ne prît la peine d'y répondre. Aussitôt prié, aussitôt réalisé, les voisins se turent. Les jours suivant, au grand dam des téléspectateurs, Patrick Sébastien disparut des petits écrans, il était devenu aphone lui aussi. Cet événement passa toutefois assez inaperçu dans la Voute Céleste.

Harry avait finalement épuisé son stock d'alcool. Un soir de solitude, il avait pensé à Jennifer, la bimbo du collège. Si adolescent, il avait eu plus d'assurance, il aurait pu, lui aussi, faire chavirer le cœur de la belle. Sally trouva rapidement une solution pour son protégé. C'est ainsi qu'au petit matin, devant sa glace, Harry écarquilla les yeux. Son miroir renvoyait l'image de Cristiano Ronaldo, son sourire ravageur, ses dents blanches étincelantes. Même Sally n'en resta pas indifférente et se senti fière de sa réussite. «Harry-Ronaldo» alla faire un tour du côté du Camp des Loges et rencontra Danilo et Neymar. Dans la foulée, le brésilien organisa une petite virée parisienne et ce fût l'équipe première au complet qui fit la tournée des boites de nuit branchées. C'était la veille d'un match de Ligue des Champions. «Harry-Ronaldo», torse-nu, exhiba ses abdominaux et choppa d'un sourire ravageur les plus belles filles. La fin de soirée fut brésilienne. Le lendemain il y eut deux mauvaises nouvelles. La première fut qu'Harry trouva un travelo dans son lit. La deuxième ne fut pas une surprise, Le PSG avait lamentablement perdu son match. Bien qu'il appréciât la luxure, Belphégor, grand fan du PSG, fut très contrarié. Il ne put s'empêcher de convoquer Mademoiselle Corne, dont la mission était de corrompre l'âme de sa cible, mais pas de saboter les performances du PSG, qui avaient déjà assez de mal à décoller. Sally s'en retourna sur terre avec un blâme, mais se perdit en chemin dans les limbes. Harry se languit et désespéra plusieurs semaines de cette absence insolite. Il laissa son âme guidée par l'ennui et la paresse. Puis, souffrant de ce long éloignement et de pensées négatives, il planifia de se jeter dans la Seine. En équilibre sur le parapet du Pont Neuf, il pleurait sa peine tout en criant « Sally », pour qu'elle revînt. Elle revint juste à temps, chassant un ange tentant de sauver l'âme du damné.

Pour le consoler, la petite diablesse tenta de lire dans les pensées de son client et assouvit un de ses vœux encore inavoués. Ils firent l'amour comme des bêtes pendant six jours, six heures et six minutes. Les soixante-quatre positions du Kamasutra n'eurent dorénavant plus aucun secret pour eux. L'appartement empestait tellement la luxure, que bientôt son odeur envahit tout l'immeuble. Les voisins, qui avaient retrouvés la voix, se plaignirent du vacarme, mais lorsque l'agent de police et l'huissier vinrent constater l'infraction, les voisins avaient déjà organisé une orgie. Même si Harry avait bien rigolé, il décida de quitter son appartement et ses encombrants voisins, pour emménager dans une cabane à quelque part dans le Larzac. Cette-fois les ébats durèrent six semaines, six jours et six heures. La septième semaine, Sally mis au monde six-cent-soixante-six brebis, qui malheureusement devinrent toutes galeuses.

La vie de berger n'avait rien de passionnante et Harry avait dépensé ses dernières économies pour soigner son troupeau. Il avait donc besoin de se refaire. Harry avait envisagé de braquer une banque ou une bijouterie, mais Sally le lui déconseilla fortement, elle était encore novice en la matière, sans compter les dangers que ce genre d'aventures représentaient. La solution fut donc de jouer à l'euro-million. Sally disparut quelques heures, le temps d'aller consulter Asmodée-le-boiteux, prince-démon du jeu. Celui-ci lui promit de faire basculer le destin. C'est ainsi que Monsieur Cochet fut surpris et heureux d'apprendre qu'il avait coché les bons numéros du Lotto. Avec les millions, il décida de louer un yacht et de partir en vacances.
Le soleil et l'air marin avait tanné la peau d'Harry, qui prenait la vie à pleines dents, qui d'ailleurs, étincelaient sous son sourire. De Marbella à Saint-Tropez, en passant par Ibiza, Harry côtoya la jet set. Il se nourrissait de caviar, de truffes et s'acoquinait avec des starlettes à la mode et des top-modèles. Dans son insouciance, il cumulait les conquêtes au fur et à mesure que les lignes de coke s'allongeaient et les bouteilles de champagne s'accumulaient. C'est en arrivant à une Soirée Blanche donnée sur la Croisette que, par un concours de circonstances, il coula le yacht de Puff Daddy. Il s'excusa avec force conviction auprès du rappeur, qui en retour lui colla un poing dans la gueule et un procès. Harry était un piètre navigateur et il n'en n'était pas fier. « Une petite erreur de mouillage » expliquera-t-il devant le juge. Par miracle, le procès se termina par un non-lieu.

En voilà une besogne ! Harry avait, jour après jour, joui de la vie. Faire un petit pacte avec le diable n'avait rien de mal, pour peu qu'il fît du bien. Cependant le soir où sa diablesse le quittera, approchait à grands pas. S'étaient-ils préparés aux aurevoirs ? Harry était, par la force du contrat, attaché à Sally ; Mademoiselle Corne s'était-elle, avec le temps, elle aussi attachée à son client ? Ni Satan, ni Saint-Pierre n'en dirent mots. Sally disparut telle qu'elle était apparue, dans un jaillissement d'éclairs. A la place, un parchemin virevolta léger, tel une feuille d'automne, et se consuma lentement avant de toucher le sol. Un parfum ensorcelant d'iris mêlés d'héliotrope et de jasmin flotta encore un long moment avant de s'estomper.
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Simultané Mordescu · il y a
Ah ben bravo ! Vous avez fumé quoi ?
Je crois que la touche de l'accent circonflexe est restée enfoncée :)

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Alexandre Sonntag · il y a
Alors il est temps de relâcher la touche avant que le ressors ne perde sa flexibilité^_^
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Fred Panassac · il y a
Faust est battu à plate couture ! On dirait que le pacte signé rend très performant ! 😃
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M. Iraje · il y a
Ne manque que la "Salsa du Démon" pour compléter la danse ...
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Alexandre Sonntag · il y a
Pourtant l'allusion y est ;)
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Viviane Fournier · il y a
Un récit surprenant qui englobe le monde présent, les références passées et le demain murmuré ... j'ai beaucoup beaucoup aimé ces vagues de vies et l'imaginaire qui se tisse dans la réalité ... ben, bravo ... simplement !
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Phil Bottle · il y a
On a bien fait d'en demander encore. Le drame se noue ligne après ligne, et on débarque dans un univers faustien où les borgnes s'amusent à faire des clins d’œil. Alors, forcément, on se détend et on rigole... Mon dieu que Goethe a changé! *

* traduction de la phrase pour au cas y en aurait qui ne me connaîtrait pas... et Dieu sait s'il y en a... : Ha ha ha!

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Victor L'homme du Rail · il y a
Cette histoire m'a évoqué Arkel, une ancienne série de BD
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Alexandre Sonntag · il y a
Je ne connais pas cette BD, toutefois elle est peut être à l'origine de la création d'un jeu de rôles dont je me suis inspiré, et qui a pour nom le titre de la nouvelle.

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