Il faut souffrir pour être belle, il faut souffrir pour être beau.

il y a
7 min
272
lectures
38

J'ai toujours su qu'un jour je dirais NON Ce jour est venu le 1er octobre 2015 Voilà Il ne faut savoir que cela  [+]

J’ai toujours aimé la mer. Tout au long d’une année de travail acharné, je ne rêve que d’une chose : pouvoir enfin faire mon paquetage l’été venu, pour filer la voir, et plus encore, la sentir.

C’est le cas de beaucoup de monde. C’est sûr. Mais pour moi ce n’est pas pareil. La mer, moi, je la vois vraiment. Je ne m’étends pas tel un lézard, sur le sable chaud face à elle, pour colorer ma peau du rouge au brun, en clignant des yeux au soleil brûlant, sans ne rien voir d’autre que le bout d’un chapeau, en guise d'horizon.

Non.

Moi, je vais la voir comme il sied de le faire quand on visite une grande dame, vêtue d’une robe de reine bleu azur, soulignée de légères dentelles blanches, qui dansent et ondulent au gré du vent.

La mer je lui parle aussi. Je lui dis bonjour. Je lui raconte mes petites misères d’homme. Je lui raconte mes amours. Je lui confie mes secrets. C’est une formidable confidente, sûre, fiable, qui ne dira rien à personne. Elle attrape les mots, les fait siffler, et renvoie un souffle de fraîcheur sur le visage, pour laver les peines et dissoudre les angoisses. Vous pouvez tout lui dire. Elle saura vous pardonner. Même les jurons des marins de tous temps se fracassent, inoffensifs, sur son immense souplesse, avant de couler en eau profonde dans ses fosses abyssales.

Me voilà enfin arrivé. A peine descendu de la voiture, je cours à la plage. Je n’ai pas envie de défaire mes bagages. Plus tard. Je dois la voir en premier. Cela presse.

Enfin. La voilà. Face à moi. Fidèle.

Tous mes sens s’éveillent.

D’abord je respire. Son air me pénètre et emplit mes poumons de ville. Il me purifie. Puis je me penche. Je la prends. Son eau coule entre mes doigts. Je la goûte. C’est subtilement salé. Soudain, je me rends compte que je l’entends. Elle chante son éternel refrain, une musique douce et envoûtante, qui berce de note en note, dans une même tonalité, mais avec, à chaque couplet, d’imperceptibles nuances. Enfin, je la regarde. Je l’embrasse des yeux. De haut en bas, de gauche à droite, elle est partout, si grande, si majestueuse.

Demain j’irai me promener sur elle. Seul. Je louerai un bateau, et vogue la galère !

A peine rassasié d’elle, je retourne à la voiture. Il faut bien décharger les valises. Il faut bien ouvrir la maison. Mettre l’électricité. Ouvrir l’eau. Brancher le frigo. Sortir les conteneurs à ordures sur le trottoir, en prévision de la collecte dont j’ai oublié le jour. De toute façon, cela change d’une année à l’autre. Que font les voisins ? Oui, ils les ont sortis, c’est bon.

La maison est propre. Tout juste quelques herbes folles dans la cour qui la teintent d’un vert tendre, au milieu des feuilles desséchées des lauriers-roses, de l’année passée.

Vivement demain.

Il fait beau ce matin. Beau et déjà chaud. Ce sera parfait pour un tour en mer. Combien dites-vous ? 150 euros la journée de location ? Eh bien dites donc, vous ne vous mouchez pas avec le dos de la cuillère. Mais je m’en fous. Le jeu en vaut largement la chandelle. Le loueur de bateau m’explique comment sortir du port, où sont les gilets de sauvetage, me demande ce que je vais faire au large.

Au large oui ! Au large les contagieux ! Elle m’appelle déjà. Je n’écoute rien. Je lui réponds à peine. D’un bond, je suis à bord. Le moteur démarre. Le bateau s’ébroue. Je suis parti.

Faites attention quand même ! Ils ont annoncé du marin pour ce soir, il devrait se renforc...
Il crie. Et je ne l’entends déjà plus.

La proue la fend. Elle n’aime pas être griffée. J’en suis désolé. Mais pour être belle il faut savoir souffrir, lui dis-je pour m’excuser de ce mal que je lui fais. Je ne vois déjà plus la côte. Ce doit être suffisant. Je coupe le moteur. Le silence. Je m’assois. Je me laisse pénétrer. Un léger clapotis sur la coque me rappelle que je ne suis pas seul. Elle est là. Partout. Je m’envole en elle.

Une secousse soudaine me tire de l’extase. Elle a failli me faire tomber à l’eau. Quelle heure est-il ? Quoi ? Déjà 18 heures ! Je n’ai pas vu le temps passer. J’ai dû m’endormir dans ce berceau bleu, dans les bras de ma reine.

Je dois rentrer avant que ce voleur de loueur de bateau ne ferme ses portes ! Mais où suis-je ? Pas de point de repère, pas d’horizon, ai-je dérivé ? Je me rends compte que j’ai oublié de jeter l’ancre. Pas même le soleil pour m’orienter. Le ciel est gris, presque noir. Une goutte tombe sur mon front. Il ne manquait plus que ça. Une goutte, puis deux, puis d’autres que je ne peux plus compter. Et sur ce petit bateau il n’y a pas de quoi s’abriter. Je suis déjà trempé. La pluie se ligue aux vagues. C’est un complot. Le bateau tangue de plus en plus.

Et ce vent...
A présent, il hurle.

La gentille houle qui me berçait se transforme. Elle devient creux. Montagne. Si le bateau prend les vagues de travers, il va se retourner. Je dois redémarrer le moteur et me mettre de face, pour affronter ce qui maintenant s’apparente à des déferlantes. Ces bateaux-là n’ont pas de quille. Un misérable fond plat pour glisser, et donner des sensations à ces idiots de touristes qui accélèrent béatement quand elle est calme, pensant la dominer de leur puissance dérisoire.

Le bateau vire difficilement, mais il vire tout de même. Il prend maintenant les vagues de plein fouet. Chacune d’elles explose à la proue. Elle se venge de ma griffure, et me trempe de son sel qui me brûle les yeux et la peau. J’ai grillé au soleil toute la journée. Lui aussi s’est ligué contre moi. Il s’est allié à elle pour me faire sentir le goût du feu. Son goût à lui, qui vient parachever l’œuvre des rayons.

Mes jambes se mettent à trembler. Je n’ose pas me le dire. Mais j’ai peur. Et je suis seul. Perdu. Ce n’est pas le moment de paniquer. Il faut retrouver son calme. Réussir à s’orienter. Le vent souffle à en faire pleurer mes yeux. Je les plisse pour pouvoir voir. Et je me souviens que ce salaud de loueur de bateau ne m’avait rien dit sur la météo.

Mais si ! Je me rappelle... Il m’avait crié quelque chose. Et c’est moi qui n’ai rien écouté. Mais que m’avait-il dit le bougre ?

Une vague énorme percute l’avant du bateau. Je n’ai pas le temps de me tenir à la barre. Elle me balaie comme un fétu de paille et je tombe à la renverse. Ma tête heurte le bastingage. Une douleur fulgurante me cloue en fond de cale. Je touche l’arrière de ma tête. Je regarde ma main. Elle est rouge vif. Cette couleur contraste avec le pastel de gris tout autour de moi. J’ai terriblement mal. Mais je me dis que par chance je n’ai pas perdu connaissance.

Je me relève tant bien que mal. Plus mal que bien en réalité. Je reprends la barre en main. Le sang dégouline sur mes épaules. En palpant mon cuir chevelu, je me rends compte que l’estafilade est grande mais peu profonde. Mais bon sang que ça fait mal.

Que m’avait-il dit ce maudit loueur ? Je crois qu’il parlait de marin... Oui, c’est bien ça, il a dit marin. Enfin je crois.

Je dois réfléchir.

Ce vent souffle de la mer vers... la terre ! Oui c’est ça ! Je dois suivre le vent. Aller dans sa direction. Retrouver la côte. Mais d’où vient le vent ? Il vient de partout ! Comme les vagues ! Elles me balancent de partout elles aussi ! Marin... marin..., marin d’eau douce oui ! Maudit loueur !

Une deuxième vague me percute. Le bateau se cabre et...
Oh non ! Pas ça !

Je tombe à l’eau. Le bateau au-dessus de moi. L’eau est noire. Froide. Elle me glace. Et la douleur au crâne explose elle aussi. Je n’ai pas d’air. Je dois me dégager. Je vais couler si je reste dessous. Je m’en extirpe. Le bateau flotte, retourné. C’est un miracle. Je m’accroche à lui, comme un enfant s’accrocherait à sa mère. Chaque vague me submerge, mais je tiens bon. Je crache l’eau salée que j’avale, elle est terriblement salée. J’ai envie de vomir. Je ne dois pas l’avaler. Elle fait délirer cette eau. Alors les apnées succèdent aux inspirations, à chaque haut, à chaque bas. Mes bras se fatiguent. J’ai froid. Je m’engourdis. Mes muscles se tétanisent.

Il m’a parlé de gilet de sauvetage je crois.
Oui...

Il m’a montré où ils étaient. Une caisse fermée. Au fond du bateau. Mais le bateau est retourné ! On fait comment alors ? Hein ? Espèce de loueur de merde !
Non, c’est de ma faute...
J’aurais dû le mettre avant. Il faut que je plonge dessous pour chercher la caisse. Mais je ne vois rien. Et si je lâche cette barre de fer qui me retient à la vie et que le bateau s’éloigne ? Et si je n’arrive pas à me dégager du dessous ? Et si la mer l’avalait ? Je ne tiens plus. C’est le gilet ou la mort. Pas d’autre alternative.

Je pense à ma famille. Personne ne sait où je suis. Je suis parti seul. Je n’ai rien dit. Il n’y a que ce loueur qui sait. Il a sûrement dû déclencher les secours, ne me voyant pas revenir. Mais je n’en sais rien. Les touristes s’en foutent du matériel. Je suis sûr que certains ne doivent même pas rentrer le soir pour rendre les bateaux. Il doit en avoir l’habitude. Donc s’il ne me voit pas revenir ce soir, il ne s’en souciera pas plus que ça, et ne réagira pas avant... demain matin !

Il commence à faire nuit, je dois me préparer à passer la nuit en mer, dans cette tempête, en priant pour que le bateau ne coule pas. Il me faut ce gilet. Je n’ai pas le choix. Je prends quelques bouffées d’air, je lâche la barre, et je plonge.
Quel contraste. Plus de son. Le calme absolu. Juste les secousses.

Et si j’abandonnais... Là, pour toujours, dans le calme, en son sein, au plus profond de ma bien-aimée...

Je reste ainsi quelques secondes, immergé, à hésiter.

Mais mes poumons commencent à me brûler eux aussi. Et cette brûlure-là, on n’y résiste pas. Alors je cherche furieusement la caisse, à tâtons, dans le noir de cette eau gelée. Mes doigts engourdis ne sentent pas grand-chose.

Ça y est ! Je crois que c’est ça ! Je tire de toutes mes forces. La caisse ne bouge pas. Je tâte tout autour. Une sangle. Oui c’est une sangle. La caisse est attachée par une sangle. Mes poumons me brûlent de plus en plus. J’ai envie de respirer.

Non, retiens-toi encore. Détache la sangle. Je trouve la boucle, j’appuie dessus au hasard, elle cède. J’attrape la caisse et je cherche la surface au plus vite.
Ma tête surgit de l’eau, je respire la bouffée la plus grande qui n’est jamais entrée en moi. J’ai la caisse en main. A nouveau ce hurlement de tempête qui vous glace. C’est assourdissant.

Vite il me faut rattraper le bateau. Il n’a toujours pas coulé. Ouf. Je nage comme je peux jusqu’au bateau qui s’était déjà enfui de quelques mètres, en m’abandonnant. J’essaie d’ouvrir la caisse d’une main en la coinçant entre lui et moi. Elle s’ouvre. A l’intérieur, je vois des machins jaunes. Ce doit être ces foutus gilets. J’en prends un, et lâche la caisse qui disparaît immédiatement sans demander son reste. Mais j’en ai un !
Pour l’enfiler, il faut à nouveau que je lâche le bateau. J’hésite. Allez fais-le bon sang ! Lâche ! Je lâche. Je parviens à mettre le gilet. Encore un miracle.

Oh Mer ! Pourquoi me fais-tu ça ?

Je tire sur la cordelette, le gilet se gonfle. Je suis sauvé. Enfin je crois. Pour un temps au moins. Je sens une portance nouvelle qui soulage mes membres transis. J’attrape à nouveau la barre du bastingage. Je suis épuisé. Epuisé. Je m’accroche tant bien que mal, dans une position de moindre fatigue. Et j’attends.

J’entends la furie autour de moi. Et je lui souris, fort de mon gilet. Tu ne m’auras pas aujourd’hui. Elle me bouscule, mais sent son impuissance à me faire chavirer. Et moi, je ris. Tu vois, je suis encore vivant ! Je ris au vent, je ris aux vagues, je ris avec elle, et personne d’autre ne nous entend.

Je ne sais pas depuis combien d’heures je suis ainsi. Le vent tombe, la mer se calme. Elle redevient douce, presqu’aimante. Finalement son sel a anesthésié ma plaie au crâne. Je ne la sens plus.

Une pâle lueur pointe à l’horizon. Le ciel se dégage. Quelques étoiles résistent encore. Je les reconnais. Elles s’effacent lentement, pour laisser la place à un spectacle incroyable. Un spot apparaît, rouge, flamboyant. Il inonde la surface de sa chaleur. Il calme les eaux, comme le dieu qu’il est. Elles s’effacent elles aussi et le saluent de mille reflets scintillants, répondant aux étoiles mourantes. Je suis au milieu de ce nouveau miracle, accroché à ma coque comme une arapède à son rocher.
Rien au monde ne vaut ce spectacle.

Soudain, j’ai pied.

Il faut souffrir pour être beau. Quelle évidence !

38

Un petit mot pour l'auteur ? 54 commentaires

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Marie Dauvers
Marie Dauvers · il y a
Haletant ! Très beau récit. Elle a failli t'avoir ton Amoureuse ! Je n'en reviens pas de ton sang-froid. La mer me fascine et m'effraie tout en même temps. Je t'expliquerai.
Image de JPM
JPM · il y a
Comme pour moi
Et gagner le large ...

Image de Marie Dauvers
Marie Dauvers · il y a
Syndrome du "Grand Bleu" ???
Je viens de relire le texte ce matin. C'est curieux, la dernière partie m'évoque maintenant la lutte d'une naissance difficile, vue par le futur nouveau-né. Terribles efforts pour exister = se trouver là. Et exister, on le sait, ce n'est pas encore vivre.

Image de JPM
JPM · il y a
Roberto mio palmo !
La profondeur de l'apnée avant d'inspirer un nouvel air, en musique

Image de Lulla Bell
Lulla Bell · il y a
La mer me manque, je l'aime aussi... Léonardo Di Caprio criait à la proue du Titanic : "Je suis le roi du monde"... Là c'était toi !
Image de JPM
JPM · il y a
À l'imparfait oui
Image de Laetitia Gand
Laetitia Gand · il y a
Bravo, un texte magnifique. Je ne comprends pas qu'il ne soit pas sélectionné. Merci pour la découverte :)
Image de JPM
JPM · il y a
Je ne l'ai pas proposé
Je ne le fais plus

Image de Laetitia Gand
Laetitia Gand · il y a
quel dommage mais je comprends
Image de PBI
PBI · il y a
Bonjour JPM. Je passe par là et je m'arrête sur ce texte, très bien écrit évidemment, comme chacun des textes de ton oeuvre qui a bien grandi depuis un certain 1er octobre. Mais alors, quelle angoisse pour le lecteur ! M'est avis que ça secoue autant dans la tête de l'écrivain que tu es, que sur "ta" mer. Cette dernière qui n'est généralement pas aussi sympathique qu'elle en a l'air. Il n'y a qu'à se remémorer les nombreux drames qui s'y sont joués au fil du temps passé. J'aime voir la mer, la photographier, m'y plonger 5 minutes jusqu'au cou, mais je me méfie des dangers qu'elle cache, elle est plus effrayante que reine de beauté à mon sens. Bravo pour ta façon de décrire ton imagination ! Félicitations !
Image de JPM
JPM · il y a
Merci !
Fais attention, dans la mer il y a des poissons !

Image de deleted
Utilisateur désactivé · il y a
Homme libre, toujours tu chériras la mer.....
Image de JPM
JPM · il y a
Je crois oui
Image de Tanguy W.
Tanguy W. · il y a
Quel récit, on tremble puis on est soulagé ! Bravo ! Mon vote ! Il ne nous reste que 3 jours pour voter et c’est pour cela
que je vous invite à visiter ma page, merci! Mes deux haiku, BAL
POPULAIRE et ÉTÉ EN FLAMMES, sont en lice pour le Grand Prix Été
2016. Je vous invite à venir les lire et les soutenir si le cœur vous en dit!
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/bal-populaire
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/ete-en-flammes

Image de JPM
JPM · il y a
Avec plaisir !
Image de Tanguy W.
Tanguy W. · il y a
(En vérité j'ai beaucoup aimé, et surtout l'indolence du début.)
Image de JPM
JPM · il y a
Je sais ...
Image de Cajocle
Cajocle · il y a
J'ai souri bruyamment à la fin de ton récit.
De soulagement ?
De l'adrénaline que tu as su transmettre ?
Peu importe. C'était drôlement bien.

Image de JPM
JPM · il y a
Merci my friend
Image de Cajocle
Cajocle · il y a
Felice il mio amico
Image de Marguerite A
Marguerite A · il y a
Moi aussi j'aime la mer !
Image de JPM
JPM · il y a
Difficile de lui résister !
Image de JRS
JRS · il y a
Désir et possession , passion dévorante pour cette mer incarnée .... Ouf !! Tu en sors vivant mais j ai cru lire le récit de Florence Arthaud , palpitant ...
Image de JPM
JPM · il y a
Merci dame Jojo
Ne jamais renoncer

Image de Dolotarasse
Dolotarasse · il y a
Quelle aventure ! J'ai eu chaud, j'ai eu froid, j'ai eu peur... et glouglou ! Bel écrit !
Image de JPM
JPM · il y a
Te voilà de retour !
Merci Dolo

Image de Dolotarasse
Dolotarasse · il y a
Oui mais je ne vais pas réussir à lire tout le monde ! Les plus fidèles ;-). et en plus je fais un album photos pour les 30 ans de ma fille... bien occupée là !
Image de JPM
JPM · il y a
Super idée !