Il faut marier maman

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Lauréat
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" Ecrire, c'est une respiration " (Julien Green) "Ecrire, c'est se taire. C'est hurler sans bruit." ( Marguerite Duras) " J'ai décidé d'être heureux parce que c'est bon pour la santé." (  [+]

Image de Hiver 2021
Le mercredi après-midi, la mère de Romain voulait le calme.
— Le calme ! qu’elle criait. Tout le monde dehors ! Allez, oust, du balai ! Prenez l’air !

Elle travaillait de nuit au tri postal, alors faut la comprendre. Tous les soirs, elle prenait le train qui la menait à N, une heure de trajet. Elle rentrait le lendemain matin à sept heures, une autre heure de trajet... Elle n’avait pas le choix, c’était un tortillard qui s’arrêtait à chacune des quatorze stations de la ligne.
Elle se cramponnait chaque matin pour garder les yeux ouverts, s’occuper des gosses, des repas, du linge, d’un minimum de ménage et de l’intendance.

— Faut faire ce qu’il y a à faire, qu’elle disait.
Alors, faut la comprendre. À une heure de l’après-midi, elle ne tenait plus debout. Usée, vannée, épuisée, avant de s’effondrer, elle répétait :
— Dehors tout le monde ! Je veux le calme, le silence, la tranquillité. Dormir quelques heures avant de reprendre l’omnibus qui couine et secoue les voyageurs.

À dix ans, Romain comprenait. Sa sœur, Flavie qui venait de fêter ses neuf ans, comprenait aussi. Leur petit frère, Théo, ne cherchait pas à comprendre : il suivait ses aînés.

C’était le mercredi qui posait problème. Les autres jours, il y avait l’école et puis l’aide aux devoirs et à midi, la cantine, « Heureusement ! » soupirait leur mère qui les récupérait à dix-huit heures.
Une bise. « Vous avez fait vos devoirs ? Vous avez été sages ? »
Une demi-heure devant des dessins animés ou à lire une BD. « À table ! »
Huit heures. Une bise : « Tous au lit ! »
C’était à ce moment qu’arrivait mamie Jeannette : elle dormait dans le lit de sa fille pour que les enfants ne soient pas seuls la nuit.
Huit heures et demie. « Il faut que je file ! À demain, mes amours ! »

Et c’était comme ça depuis que leur père les avait laissé tomber. Un soir, il était allé chercher des cigarettes et n’était jamais revenu.

Romain et Flavie se regardaient.
« C’est pas une vie, ça ! » Cette phrase, ils ne la disaient pas. C’est pas une phrase de gamin de dix ans, ni de gamine de neuf ans.
Mais c’est ce que leurs yeux pleins d’interrogations disaient quand leurs regards se croisaient.

Alors le mercredi, c’était finalement pas si terrible d’être ainsi mis à la porte. Ils retrouvaient Victor Trofort et Arthur et Gervais. Et quelquefois, d’autres aussi.
Leurs copains, ils étaient dehors parce qu’ils avaient épuisé les deux heures passées devant leur écran de jeux. Oui, eux n’avaient droit qu’à deux heures par jour pour occire des monstres ou pulvériser des robots. Leurs parents avaient décrété :
« Deux heures, pas davantage ! Allez plutôt prendre l’air, ça vous fera du bien ! » Ils se souciaient de leur santé et de leur équilibre. Tandis que la mère de Théo, de Flavie et de Romain, elle avait pas le temps d’y penser, elle était toujours au bord de la crise de nerfs.
— Nous, à ton âge, on jouait aux Indiens et aux cow-boys ! Et on construisait des cabanes dans la forêt, disait à son fils le papa de Victor.
Son papa, il était super sympa, c’était le boulanger du village. Et un peu pâtissier aussi, mais seulement le dimanche. Lui aussi, il se noyait dans le boulot.
« Le fournil, j’le connais mieux que ma chambre ! » qu’il disait à ses clientes. Les dames, elles disaient oui, sans trop insister mais en soupirant tristement : elles savaient bien que l’Antoine Martin, il bossait comme un cinglé pour oublier sa femme, la maman de Victor.
Mais elle, elle était pas partie acheter des cigarettes, ni n’importe quoi, elle était partie, mais pas comme le père à Flavie et à ses frères. « Partie » quelquefois, ça veut dire morte, décédée.

La mère de Romain et de Flavie avait été obligée de leur expliquer parce qu’à l’époque où Antonia était « partie », ils s’étaient imaginé, effrayés, que les parents tour à tour quittaient leur rôle de parents pour acheter des chocolats, des bonbons ou je ne sais quoi. Leur mère, Louise, ne fumait pas, alors, évidemment, elle irait pas au bureau de tabac !
— C’que t’es bête, avait déclaré Flavie.
Ça n’avait pas plu à son frère et une bagarre était sur le point d’éclater, c’est pour ça que leur mère avait dû donner des explications. Des explications qui font froid dans le dos.

Ce mercredi, les copains s’étaient donc retrouvés sur la place, devant l’école et la mairie.
Et c’est Victor qui expliquait à sa bande les jeux d’autrefois.
Son nom, c’était Martin, je vous l’ai dit, mais il était super doué en classe ; en calcul, il cassait la baraque.
— 72 x 44 ?
— 3168 qu’il répondait presque aussitôt.
— Trop fort, Victor !
C’est pour ça qu’on avait fini par oublier son vrai nom de famille. Et Trofort lui allait comme un gant.

La cabane, c’était une bonne idée. Alors cet après-midi-là, ils filèrent vers la forêt et grimpèrent la pente à flanc de coteau. Ils eurent vite fait de dénicher le lieu idéal au fond d’une clairière ensoleillée. C’était une cavité abritée sous une table de roche.
— C’est un point de départ, acquiesça Romain, mais il va falloir l’aménager.
— Fermer l’entrée, ce serait bien, ajouta Gervais.
Comme d’habitude, Victor prit les choses en main et déclara :
— Que chacun écrive ses idées sur une feuille ! Mercredi prochain, on choisira ensemble les meilleures solutions. En attendant, mangeons ! Gervais a amené un gâteau fait par sa maman.

On sentait bien que Victor, il aurait aimé dire que c’était son père, le boulanger, qui l’avait fait ce gâteau, mais comme on n’était pas dimanche et qu’il était pâtissier que le dimanche... Mais encore plus sûr qu’il aurait préféré dire que c’était sa maman à lui qui l’avait préparé ce gâteau avec plein de chocolat et encore plus d’amour. Mais cette idée-là, elle lui faisait venir des larmes dans les yeux. Alors, c’est pour ça qu’il parlait beaucoup : pour pas penser à ce qui rend triste.

Le goûter étant sacré, on oublia les projets de construction et chacun savoura le biscuit préparé avec amour par la maman de Gervais.
Ensuite, on découvrit les lieux, on grimpa aux arbres, on se bagarra un peu ; Flavie papotait avec sa copine Lili qui s’était jointe au groupe. Elle voyait bien que Théo s’ennuyait : c’était le plus petit de la bande, les grands lui répétaient sans arrêt :
— Non, Théo, pas toi, t’es trop petit.
Puis, la lumière déclinant, ce fut elle, Flavie la raisonnable, qui déclara :
« Il est temps de rentrer ! »
Alors que les autres chahutaient, son petit frère lui tenait la main et ne prononça pas un mot pendant le trajet du retour.

Ce n’est qu’arrivé à la maison qu’il pleura pour de bon. Sa grande sœur lui demanda ce qu’il avait, pourquoi ce gros chagrin.
— Pourquoi que tu pleures, petit Théo ?
Son grand frère s’inquiéta : — T’as mal quelque part ?
— Maman, elle en fait jamais, des gâteaux ! Et j’aime pas les tartes à la rhubarbe de mamie Jeannette.
— Moi non plus, j’aime pas, déclara Flavie.
— Et moi, je déteste ! ajouta Romain. Mais maman, elle a pas le temps !
— Faudrait que maman et monsieur Martin, ils se marient, fit la petite voix de Théo.

Ses frère et sœur se regardèrent, ébahis.
— Mais pour se marier, il faut être amoureux ! déclara Flavie.
— Ils peuvent pas être amoureux, ils se voient jamais, c’est mamie qui ramène le pain
tous les soirs...
— C’est quand même une bonne idée... osa Romain en regardant sa sœur.
— Mais c’est pas nos oignons ! trancha-t-elle
— Dimanche, c’est l’anniversaire de maman, on va encore avoir de la tarte à la rhubarbe et pas de gâteau... se mit à pleurnicher leur petit frère.
— Et on peut même pas lui faire un cadeau, moi, j’ai cinquante centimes.
— Et moi, deux euros dans la tirelire que m’a donnée mamie, reconnut Flavie.
— Peut-être que si on commandait un gâteau à monsieur Martin, il nous ferait crédit, on lui paierait au fur et à mesure...
— À mesure de quoi ? On n’a jamais d’argent !
— Grand-mère... peut-être que...
— Non ! décréta le plus petit. Faut inviter monsieur Martin ! Comme ça, il fera un gâteau au chocolat. Il en fait tous les dimanches...

Romain éclata de rire. — Tu sais que t’as plein de bonnes idées ! Et regardant sa sœur :
— Il a raison, on vient pas à un anniversaire sans cadeau !
— Ou bien aux fraises, le gâteau... j’aime bien aussi...
— Mais... vous dites n’importe quoi ! s’agaça Flavie, c’est les parents qui invitent, pas les enfants...
— Ce serait une vraie surprise pour maman, insista Romain, imaginant déjà la scène... Pas question de mettre grand-mère au courant ! C’est bien compris, Théo ? Elle est toujours en train de bavarder avec ses copines !
— ... Tu as une idée ? Comment on va faire ? s’inquiéta sa sœur.
— Faut mettre Victor dans le coup, il est aussi concerné. Je m’en charge ; toi, Flavie, tu vas dessiner une belle carte d’invitation.

Quand Victor fut mis au courant du plan de ses copains, il afficha un grand sourire.
— Ce serait... magnifique ! Ma famille, c’est seulement papa. Grand-père et grand-mère, ils sont en Ehpad, ils ont la maladie... Tu sais, celle qui fait tout oublier...
— Alzheimer, l’aida Romain
— Oui, et mes autres grands-parents, j’les ai jamais connus, ils sont morts il y a longtemps...
Pour une fois, il ne put cacher ses larmes, mais il se reprit vite.
— Dimanche, je vais commencer à préparer le gâteau, comme ça, papa, il me dira : « Mais qu’est-ce que tu fiches dans mes jambes ? » Et je lui dirai que c’est pour l’anniversaire de ta maman, que vous m’avez invité, qu’on ne vient pas à un anniversaire sans cadeau... Et, je suis sûr que le gâteau, il le fera lui-même. Mais, j’en ferai un autre, aux fraises ! Comme ça, il sera bien obligé d’en porter un, moi, je ne pourrai pas porter les deux !
Puis, après réflexion, il ajouta :
— Et puis, tu sais, je crois bien que papa, il sera content de faire plaisir à ta maman... Je l’ai déjà entendu dire que la vie qu’elle menait, eh bien ! c’était pas une vie !

Le dimanche, Victor mit son plan à exécution. Dès six heures du matin, il rejoignit son père au fournil et entreprit de casser des œufs. Depuis le temps qu’il observait le savoir-faire paternel, il avait acquis quelques notions.
Son père, Antoine, surveillait sa pâte, mais quand il remarqua son gamin, il s’étonna :
— Mais qu’est-ce que tu fiches dans mes pattes ! Si tôt, un dimanche !
Victor sourit, cette phrase, il était certain de l’entendre.
— C’est pour la maman à Romain, à Flavie et Théo. Aujourd’hui, c’est son anniversaire et ils m’ont invité.
Le père était un peu surpris, Victor en profita pour enchaîner :
— Et puis toi aussi ! Flavie m’a dit de te donner cette belle carte.

Surpris et amusé, Antoine découvrit une carte surchargée de fleurs et de papillons colorés de rose et de doré, sucrée comme les gâteaux qu’il réussissait si bien.
— C’est drôlement gentil ! sourit-il, sa maman est au courant ?
— Ben oui, bien sûr !

Sa réponse avait fusé sans même qu’il y ait réfléchi. Mais il y a des circonstances où mentir est un devoir.
Le dimanche matin s’écoula avec une lenteur insupportable aux quatre organisateurs ; et le repas fut un supplice pour Romain, Flavie et Théo.
— Mais que vous arrive-t-il ? Vous n’avez rien mangé !
— Ils se réservent pour ma tarte à la rhubarbe, glissa leur grand-mère.
À ces mots, Théo faillit dévoiler le pot aux roses. C’est le regard autoritaire de sa sœur qui l’en empêcha. Tous avaient hâte qu’on sonne à la porte. Il fallut trouver une astuce pour retarder le moment du dessert. Pas avant trois heures, avait prévenu Victor. Le dimanche, c’est le grand nettoyage.
— Grand-mère, il y a un concert d’accordéon à la télé, ça t’intéresse ?
La grand-mère se réjouit de cette attention.
— Ça me rappelle les bals avec votre grand-père !

La sonnette retentit en même temps que s’égayaient les cloches de l’église. Romain se précipita pour ouvrir. Flavie observait les réactions de sa mère.
— Tiens ! Qui peut bien venir ? s’étonna celle-ci.
Quand les Martin, père et fils, chacun encombré d’un gros carton à gâteau, firent irruption dans la salle à manger, Louise et sa mère restèrent bouche bée. C’est Flavie qui accueillit ses invités avec un grand sourire et la phrase d’accueil qu’elle avait mûrement préparée :
— Oh ! Victor et son papa, quelle bonne surprise !
— Bon anniversaire, Louise ! Les enfants m’ont rappelé que c’était ton anniversaire, fit Antoine le pâtissier, en offrant un bouquet de fleurs à la jeune femme.
Louise piqua un fard et quelques secondes s’écoulèrent avant que les deux adultes, embarrassés, échangent une bise.
Mamie Jeannette, le premier moment de surprise passé, et attentive aux chuchotis du quatuor comploteur, eut la bonne idée de rappeler que ces « deux-là » se connaissaient depuis l’école maternelle, ce qui lança un sujet de conversation. Elle sourit, amusée, aux enfants, se faisant ainsi leur complice. Maligne, Flavie vit un soutien dans ce sourire.
Louise, elle, restait interdite, visiblement perturbée. Il aurait été malpoli de demander aux Martin ce qu’ils faisaient là, qui donc les avait invités ! Et elle était trop troublée pour imaginer le rôle de ses enfants. Sa mère intervint :
— Mets donc ces fleurs dans un vase ! Quant à ces cartons, je crois deviner ce qu’ils contiennent.
On laissa Théo couper le bolduc et découvrir deux gâteaux appétissants.
— Des fraises ! Et du chocolat ! s’exclama l’enfant.
Dès que l’on mangea, les conversations se firent plus naturelles.
— Cette mousse est d’une légèreté... Mais quel est ton secret, Antoine ?
— Si vous voulez le connaître, Jeannette, rendez-vous à mon atelier dimanche prochain à six heures ! C’est l’heure où je mets en route la pâtisserie.
— C’est un peu tôt, mais j’y serai ! En attendant, vous allez goûter ma tarte à la rhubarbe !
— Très volontiers, il y a des années que je n’en ai pas mangé.

Et puis l’on parla d’autrefois, de la ville qui avait perdu ses commerces. Louise s’était détendue et se mêlait à la conversation. Le tutoiement leur était revenu avec les bribes de l’enfance.
— Tu dois être éreintée avec la vie que tu mènes. Et sans jamais la moindre distraction...
— Et toi ? Au four et au moulin, ou peu s’en faut...
Ils se sourirent. Mamie Jeannette s’éclipsa discrètement à la cuisine pour faire la vaisselle.
— Une séance de ciné ce soir, ça te dit ?
— C’est tentant... pas de trajet pénible le dimanche, et demain, je suis libre jusqu’à l’omnibus de vingt-et-une heures.

Flavie, l’oreille aux aguets, furetait discrètement en haut de l’escalier menant aux chambres. Elle transmit l’information aux garçons.
— Alors, ils vont se marier ? l’interrogea Théo.
— Eh ! pas si vite... On a fait ce qu’on a pu. La suite, c’est pas nos oignons.
— C’était quand même pas compliqué de se rencontrer, conclut Romain. On se demande à quoi ça pense, les adultes !
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Eva Dayer  Commentaire de l'auteur · il y a
En souvenir du Petit Nicolas ( Goscinny )...
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M. Iraje · il y a
Il y a peut-être bien aussi des airs de Daniel Pennac derrière ce complot ...
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Eva Dayer · il y a
Oui, peut-être, et de beaucoup de gens qui ont voulu revivre l'enfance... J'exclus Jules Renard, Hervé Bazin ...
Bonne journée !

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Marie Juliane DAVID · il y a
Félicitations pour le prix !
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Eva Dayer · il y a
Merci, Marie-Juliane !
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Fred Panassac · il y a
Bravo Eva pour ce beau Prix !
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Eva Dayer · il y a
Merci, Fred:)
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Trebor · il y a
Felicitations Eva...
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Eva Dayer · il y a
Merci beaucoup, Trebor !
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Isabelle Lambin · il y a
Félicitations Eva !
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Eva Dayer · il y a
Merci, Isabelle:)
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Félicitations !!! Un beau succès !
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Eva Dayer · il y a
C'est très gentil, Patricia, encore merci :)))
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Sarah Moonlight · il y a
Bravo ! 👏
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Eva Dayer · il y a
Merci, Sarah !
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Sylvie Neveu · il y a
Bravo Eva !
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Eva Dayer · il y a
Merci Sylvie !
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Sylvie Legendre · il y a
Bravo à vous !!
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Eva Dayer · il y a
merci bien !

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