"Il était une fois, l'amour"

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Toute histoire commence un jour, quelque part. Sans plus tarder, en voilà une qui s’annonce, lorsque l’on prétend tout contrôler, le destin s’amène, comme une aubaine dont on ne peut mesurer les impacts. Puis, l’on se trouvera stagner dans ses pas au cœur de l’inaction.

Ne faisant pas parti des mêmes sectes, des mêmes groupes d’attribution. N’ayant pas les mêmes regards vis-à-vis du monde, les mêmes motivations pour le lendemain ; les idées, parfois se ressemblent, se croisant, mais ne s’allient que rarement. La colère et la désapprobation ont vu naître tant de contentieux. Les disputes se succèdent et taraudent parfois l’amour de l’entraide voire l’esprit du côtoiement de l’autre. Mais, j’avoue que quand l’amour s’en mêle et que la compatibilité des cœurs est au rendez-vous, la vie donne souvent lieu à des épisodes au-delà du spectre de l’imagination.
Du coup, l'on marquera une pause aux vieilles habitudes pour s’en approprier d’autres. L’envie de se mettre dans la peau de l’autre et l’héroïsme s’afficheront sur presque tous les murs des rencards. L’extravagance de la sensibilité se fera alors ressentir et atteindra son summum. Même lorsque le cavalier serait loin d’être un paladin, leur histoire pourrait bougrement réfléter les couloirs du Cid, où l’on pourrait même voir l’aisance de Don Rodrigue dans chacun de ses mouvements.

À deux doigts de quitter le lycée, à deux semaines des bacs, Hermane, par son comportement dément, fit déjà ses adieux à ses copains de classe. Il songeait déjà à ses petites journées au cœur de la folie où la fredaine buvait l’extase, où il ne suffisait que du rire pour enivrer la journée. Dans ses yeux, une peur morbide venait s’installer et la nostalgie flânait dans son regard. Depuis bien des jours, ses potes ont pu remarquer qu’il ne s’asseyait plus auprès des siens et ne leur tenait plus compagnie. Le jeune garçon venait en classe et s’en allait sans lâcher un mot. Ses amis commençaient par s’en lamenter et se confondaient en émoi.
Un jour, Tony, qui, à l’époque, habitait le même quartier que lui, l’interrogea sur cet abrupt changement d’attitude qui ne lui semblait pas. Hermane quant à lui, refusa à tout bout de champ d’entamer une telle conversation. Ils passèrent des heures à essayer de se contenir, ils n’ont pas pu trouver mieux qu’avant. Aux yeux de son ami, il avait perdu la raison. Quelques jours plus tard, au réfectoire, ses amis s’asseyaient en formant une boucle. Ils discutaient sans doute à propos d’une stratégie pour sauver leur amitié avec Hermane. Voyant leur trouble, c’est à ce moment qu’il s’amena soudainement et leur dit cette phrase poétique et vibrante : « Je ne puis me lasser de vous, vous êtes encore là lorsque je me zieute dans le miroir ! » À entendre ces mots sortant du gosier de leur ami, ils se précipitèrent vers lui, le prirent dans leurs bras et ne cessèrent de le bécoter qu'après que la cloche ait sonné. Hermane voulait tout simplement se montrer empathique envers eux. Il voulait sans doute faire diversion, mais dans son ventre gargouillaient encore tous ses maux.

Il passait ses journées à essayer de se remettre avec eux, il voulait cacher cette part d’ombre qui prenait le dessus sur ses habitudes, mais, il devait savoir qu’en grandissant le loup ne pourrait plus se servir de la fourrure de l’agneau. Un jour ou l'autre, il sauterait sur une proie et tout le monde verrait qu’ils étaient à côté de la plaque et qu’il leur avait caché son vrai manteau. C’est le cas pour Hermane à la fête de fin d’année, celle organisée en l’honneur des élèves sortants où l’on décernait des prix aux élèves modèles tant sur le plan académique et suivant leur performance dans leurs différentes catégories d’activités. On avait prévu de l’organiser le dernier samedi avant les bacs, mais certains s'en plaignirent, disant qu’il fallait éviter toute situation pouvant influer sur leurs performances, telles : la fatigue, gueule de bois... À cet effet, ils durent plutôt l’organiser le dernier vendredi.
À la vue des préparatifs, la soirée s’annonça déjà inédite et aucun lycéen ne voulut, pour rien au monde, manquer à cette énorme occasion, l’ultime, et pour certains, c’était le carrefour entre la luxueuse vie lycéenne et les périples que leur auraient réservé les quotidiens universitaires, lamentent-ils.

En juin, on commençait déjà à flairer le parfum caniculaire de l’été. La nuit, la fragrance des brises, aux origines anonymes, changeait l’ambiance et l’envie ne fut autre que de se mettre à nue et à déambuler à travers les sentiers perdus sous les arbres. Mais, ce soir-là, le soir de la fête, le vent s’amena sous les feux des projecteurs et l'on percevait des lunes se fourmillant sur les joues pommées des demoiselles. Les jeunes garçons, tirés à quatre épingles, avaient l’étoffe de damoiseaux voulant conquérir les cœurs des princesses. Dans la salle, toutes les couleurs s’emmêlaient ; d’abord, les rouges à lèvres qui débordaient d'étincelles, les robes claires de lune et quant aux ballons de baudruche, ils étaient pour le plafond ce que les étoiles sont au firmament. L’ensemble fut vraiment nickel, on aurait dit une constellation qui venait assister à une soirée de fées.

Après que le proviseur eut fini de prononcer son allocution annuelle ainsi que tant d'autres responsables, l’heure fut au président des fêtards de se présenter et chacun des élèves de la promotion durent, à tour de rôle, venir sur scène et faire une petite illustration de leur passé ensemble et des choses qui leur ont marqués tout au long de leur parcours scolaire. Pendant ce temps, les cuisinières se remuaient afin d’apporter le petit mocktail, comme prévu, pas d’alcool avant le départ des dirigeants. C’est alors que vint le tour de Hermane, avec des pas chancelants, il finit par gravir la scène. À l’instant où il se tenait devant le micro, un silence froid s’abattait sur la salle. Deux minutes plus tard, il n’a toujours pas décroché un mot, le suspens s'augmentait. Toujours silencieux, il aspira une grande bouffée d’air, puisqu’il se tenait prêt du micro, on pouvait l’entendre sangloter. Soudain, trêve du silence ! Il enclencha : « Le lycée m’a fait autant de mal que de voir ma mère succomber à la mort, sous mes yeux. » Il poursuivit : vous faites semblant de ne rien comprendre, de ne rien voir ; vous ne faites pas attention à ce qui se passe dans votre entourage ; vous faites semblant de m’aimer, de prendre mon parti, pourtant c’est archi faux ; vous n’avez jamais rien ressenti de telle, je vais partir ! Il enchaîna : je vais le laisser et plus jamais je n’y remettrai les pieds ; j’ai fini par comprendre que cela est destiné à tourner en boucle, personne ne peut l'arrêter, personne ! Même vous qui êtes ici présents ni même M. le proviseur. Puis, il repartit avec le visage noyer de pleurs. Certains le poursuivirent, d’autres, terrorisés, restèrent blottis dans leur siège. Lui, il refusa tout côtoiement. À cet instant tout l’auditoire fut consterné et d’aucun ne put comprendre ce qu’il racontait, même Tony, son binôme, ne put élucider ce comportement extravagant de la part de son meilleur ami. Dans le présent moment, si l’on pouvait réunir tous les chuchotements qui y champignonnaient en un seul écho, l'on aurait pu obtenir un énorme vacarme, ce fut une véritable ruche bourdonnante.

Ce soir-là, la terreur dans sa robe d’éprouvante avait jeté son dévolu et était apparue, on pourrait même dire, comme une chevelure sur la soupe, et a tout chamboulé, ce fut une flagrante mésaventure. Les enfants diraient même que Hermane serait le prototype des personnages dans des petites histoires que leur contaient leurs mamounettes pour qu’ils hésitent à faire des gaffes, de peur qu’ils viennent les chercher, un croque-mitaine, oui !
Cette fois, Tony n’était pas sûr de se servir de sa témérité débordante. Mais, Lolita, la fille aux cheveux soyeux et aux pommettes rosées, puisque c’est ce qu’on remarquait le premier lorsqu’on la voyait, daigna le faire. Dans sa rayonnante robe dans laquelle sa taille déborde lors de ses déhanchements, je parie qu’à voir même son reflet, bien des garçons commencèrent déjà à fantasmer. Les plus hardis du lycée l’appelaient « great pin-up », comme on pouvait dire en français « bonne pétasse ». On lui reprocha souvent d’avoir été trop sûre d'elle-même, condescendante, suffisante et surtout tachée d'un snobisme délirant. Aucun garçon de l'établissement n'avait eu l'audace de l'approcher, elle avait l'abord fragile, et d'ailleurs, elle ne sortait qu’avec sa bande, les filles, surtout les plus jolies des plus influentes de l’enceinte. On les appelait à l’époque « the tarts » qui signifie « les garces » en français.

Le jeune garçon, esseulé, offusqué, s’assit de l'autre côté dans la clarté de l'ombre sur un quai surplombant la mer, il se baignait d’un peu d’air frais ; dans l’âme, c’était un véritable mordu de la nature, du vent, du vide... Il aperçut, soudain, que la brise qui l’embrassait avait pris une autre tournure et qu’un nuage de parfum se mettait à roder autour de lui, il se retourna illico presto et ne me demande pas sur qui il sursauta. Ce fut une vraie soirée de faits marquants ! Tic tac, tic tac... Leur taux d’adrénaline s’accroissait de manière fulgurante, leurs cœurs battaient la chamade, ils se mettaient à se dévisager sans arrêt. Trois minutes plus tard, ils stagnèrent encore dans leur mutisme. Lorsqu’on entendit Hermane racler sa gorge, on crut qu’il alla mettre fin à ce rituel silencieux. Au temps pour lui ! Ce sont les jolies lèvres de Lolita qui se mirent à remuer en premier en esquissant : « Euh ! Tu n’aurais pas besoin d’un peu de compagnie ? » Hermane, se lassa dans son indifférence, ricana et sorta avec admiration : « Comment oserais-je dire non lorsque le oui avait déjà pris mon cœur d’assaut ! » Peu après, la conversation prit chair, il paressait qu’ils ne faisaient pas grand cas du drame qui leur pendait aux narines. Ils passèrent presque toute la nuit à jaser et à s'esclaffer. Il se régalait de l’instant qui leur était offert. Hermane, le mec studieux, timide et victime du complexe d'infériorité que lui infligeait certains de ses classards... Lolita, la fille du lycée, inimaginable mais vrai ! Comme je l’ai dit tantôt, ce fut la soirée aux mille faits en dehors de l’imagination.

Comme je l’ai toujours su dire, même des situations les plus pathétiques, des gens ont pu en tirer profit. De l’autre côté, on assista à une soirée gâchée, un auditoire dépassé, des gens qui partaient avec des apparences maussades... Ils vinrent juste pour trinquer des verres, sabrer des bouteilles, déguster des mets les uns après les autres, mais leur soirée avait terminé en queue-de-poisson ! Le président de la promotion, Simpson, mutilé de honte en constatant la débâcle, reprit enfin la parole et mit officiellement fin à la fête. Les gens se ruèrent vers la sortie et jusque-là, personne n'a évoqué le nom de Hermane. Tony, avant de s'en aller, voulut s'assurer que son ami allait bien ; il se dirigea vers cette partie obscure et à mesure qu'il s'en approchait, il entendait des voix et des éclats de rire qui retentissaient et lorsqu'ils l'ont enfin remarqué, ils frémirent et changèrent de ton. Ils eurent l'air des gens qui conspiraient. Il leur lança un regard disgracieux et se retourna. Lorsqu'il vit que son meilleur ami le quittait, Hermane, d'une voix rauque et troublée, décrétait vivement : Tony, ne part pas ; frérot, ne me laisse pas ! Tony hésita un instant puis se retourna. Hermane poursuivit : en classe, tu as toujours été mon binôme ; tous les jours, après les cours, tu m'escortais chez moi ; tu as toujours été irremplaçable, irréprochable ! Tony ne put s'en passer, ces propos lui arrivèrent droit au cœur. À son tour, il prit la parole : Hermane, j'ai toujours été loyal envers toi, tu as beaucoup de potentiels, je sais ; tu as su faire de moi l'ami dont tu voulais, veiller l'un sur l'autre, c'est ce qu'on faisait mieux que quiconque, et ne pas commettre de bêtises était notre devise ; mais, te voir, d'un moment à l'autre, changer ton fusil d'épaule, franchir des barèmes qu'on a nous-même imposés, m'a trituré la cervelle. Franchement, j'ai pété un câble en pensant à ce que j'allais perdre mon double, celui qui m'inspirait la confiance en moi lorsque le doute m'envahissait, celui qui m'a appris à aimer les gens qui m'engueulaient, celui qui me défendait lorsque les autres voulaient s'en prendre à moi ; je n’ai jamais eu de frère, je n'en aurai jamais, pardi ; ma mère atteint déjà la cinquantaine et mon père, dans l'au-delà, mais j'ai toujours vu en toi un frangin ; je n’ai jamais voulu te perdre, on est le meilleur tandem du monde ! Sous le coup de l’action, Hermane ne pouvait retenir ses glandes lacrymales, ses yeux furent le théâtre d’une violente averse. Bien qu’elle n’y eut été qu’une simple spectatrice, Lolita trouva joie d’assister à ce beau spectacle d’aveux. Ce soir-là, elle a pu comprendre qu’il ne suffisait pas seulement d’être illustre, d’avoir tout le lycée à ses pieds ou bien de répandre sa suprématie pour se faire une place dans la tête de tout le monde. Elle s’était vite rendu compte, jusque-là, qu’elle n’était rien qu’une simple vague de terreur dont les gens s'obstinaient à s’en débarrasser, elle n’apportait que des haut-le-cœur même à ceux qui voulaient nourrir le sien. « Je n’ai jamais été aussi proche des cœurs des gens, vous touchez à peine le mien ! », confia-t-elle d’une voix tremblotante.

À présent ce ne sont plus deux cœurs en manque d’affections qui cherchaient à se faire entendre, celui de Lolita était en manque d'humilité, d'indulgence et d’amour.
Ils eurent passé toute la nuit à se conter des histoires, certaines furent vraies, d’autres utopiques, ils baignèrent dans un fleuve de fantasques à une époque fantasmagorique. Cette nuit-là, il n’y avait pas seulement eu des échanges d’aveux entre les deux copains, Lolita, elle aussi, ne pouvait rester indifférente. Qu’arrivera-t-il ? Va-t-elle, vraiment, faire les siens ? À qui ? Ce sont les questions qu’on devrait en train de se poser en ce moment, je sais. Mais que s’est-il vraiment passé ?

Laisse-moi vous dire, ce qui s'est véritablement passé cette nuit-là est dans la tête de tout un chacun qui s'est livré à déchiffrer les quelques lignes d'avant et qui aurait survécu, eu en connaissance ou assisté à un pareil chronique. Je vous laisse donc imaginer une fin, celle qui vous convient le mieux. De toute façon ce n'est pas ce qui importe. Il faut savoir que l'amour n'a pas seulement déverrouillé que des cœurs ce soir-là, mais aussi un monde. Et ce monde appartient à ceux qui lisent et relisent "Il était une fois, l'amour".

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Marc Rubens Marc Rubens · il y a
Une histoire vraie se répète dans le temps, continue dans l'espace. On s'aime dans le temps et dans l'espace. Pas moyen d'imaginer une fin.

Ta plume laisse des marques. Bravo ! continue !

Image de Djim Le SlamoThérapeute
Djim Le SlamoThérapeute · il y a
Mais c'en une !
Bravo à toi également Marc Rubens. J'attends d'autres fins possibles.

Je t'en remercie fort.