Il était une fois la Terre (2ème version)

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J'ai toujours été passionnée de lecture et de danse puis j'ai découvert quelques temps plus tard que j'adorais écrire. Pour moi, écrire est un voyage. Je me lance donc dans ce voyage dont la  [+]

Il était une fois la Terre. On l'appelait aussi la Planète Bleue. C'était une petite sphère, une boule à des kilomètres d'une étoile qu'on nommait le Soleil, ces deux-là perdus au beau milieu de l'Univers, quelque part dans le Multivers, aussi insignifiants qu'un grain de sable sur la plage, qu'une goutte d'eau dans l'océan, qu'une météorite dans le ciel. C'était un endroit, un monde qui abritait la vie, tout comme des milliers d'autres. C'était un coin de l'Espace où demeuraient des Humains. Ces Humains, colonisateurs de la Terre, avaient développé la fraternité, le terrorisme, la musique, la haine, la danse, la pollution, la littérature, le mensonge, l'amour, et tant d'autres notions éphémères.

Il était une fois la Terre. Elle était sans importance. Sa présence ou son absence ne changerait rien, ou une minorité de choses. L'Univers, le Multivers, n'avaient pas besoin d'elle. Le Soleil non plus. A croire qu'elle ne servait à rien ni à personne, excepté à ses habitants ; les plantes, les insectes, les champignons, les animaux dont les Hommes. Maintenant, imaginez, voyez cette Terre dérisoire...

Imaginez. Une glace brillant au Soleil. Un peu de verdure, cachée sous la neige. Un ciel d'un bleu si clair qu'il pourrait paraître blanc. Des ours de cette dernière teinte chassant des phoques. La nuit, les étoiles, scintillant de toute leur force et éclairant le paysage, aidées de la Lune.
Imaginez. Une plage de sable fin. Des figuiers plantés de-ci, de-là. Des coquillages éparpillés. L'océan. Les vagues, nous murmurant des secrets oubliés. Les reflets du Soleil sur la surface de l'eau et dans le ciel, rosés, dorés, orangés, merveilleux. Une eau si limpide qu'on peut y distinguer les poissons exotiques.
Imaginez. Une ville remplie de lumières. Des édifices montant vers le ciel. De la vie dans les rues pavées. Des concerts, de la musique jusque tard dans la nuit. Des rires, de l'émotion.

Imaginez. Nous sommes quelques années plus tard. La glace ne brille plus au Soleil, simplement parce qu'il n'y en a plus, ni de neige, ni de froid réellement polaire ; les détritus se mêlent aux coquillages sur la plage de sable fin tandis que l'eau perd de sa transparence ; les gens portent des masques dans la ville, tant la pollution est présente, sans omettre la peur qui est reine, peur de l'épidémie, peur de l'attentat, peur de la mort, sans omettre les robots, les usines, les écrans qui forment le nouveau peuple du Monde. Tant le changement climatique est présent, tant la folie est en chasse.
Allons dans cette ville, la mienne. Imaginez. Nous avons avancé de quelques années encore. Je me nomme Lisielle Elvis, 14 ans, petite hybride moitié humaine-moitié clone perdue dans sa galaxie. Autant dire que je ne suis rien, et même moins que rien. Mais qu'importe mon identité ? Je périrai comme mes semblables.
Je vis dans une société pervertie, où la technologie a renversé les relations sociales, où l'égoïsme a vaincu le semblant de générosité qui ait jamais existé, où les connaissances, les volontés idoines à sauver la Terre se sont perdues, se sont faites oubliées, ignorées plutôt. Je vis dans une société qui a cessé de se battre contre l'injustice, de se montrer raisonnable. En témoignent les manufactures crachant leurs fumées infectes nous obligeant à porter des masques, en témoignent ces populations qui achètent sans compter, en témoignent les dizaines de robots et clones sans expressions marchant tout comme moi sur l'asphalte. Eux aussi trépasseront.
Je m'arrête devant mon immeuble, monte à l'étage grâce à l'ascenseur vitesse-lumière, passe le seuil de mon appartement, non sans avoir passé mon iris au détecteur laser. Mon père, moitié clone moitié humain, regarde une série holographique. Ma mère, une humaine quant à elle, fait de même. Non, ils ne sont pas au chômage, c'est seulement que le travail des humains ou hybrides possédant du sang humain n'est plus nécessaire. Les robots, les clones, les diverses inventions programmées les ont remplacé. Mon petit frère, 1 ans, joue à un jeux vidéo avec son casque de réalité virtuelle. Derrière, il a les mêmes yeux que moi ; d'un brun si sombre qu'il paraissent noirs. Je passe mon chemin, lasse.
Je gagne ma chambre. Cette nuit, j'ai encore cru que j'allais mourir dans mon rêve, dans mon cauchemar. Toujours le même ; la Terre prend feu, consume tout ce qu'elle abrite. Dont moi. Je meurs avant de me réveiller. Mais chaque fois, j'ai peur que cela soit réel, j'ai peur de ne jamais m'éveiller, peur que ce moment se conjugue au présent. Je n'aime pas grand chose, mais la vie si. Bien qu'elle ne soit plus que virtuelle. Bien qu'elle ne vaille plus grand chose. Bien qu'elle ne tienne plus qu'à un fil. Oui, comme vous pouvez le constater, ma folie est le seul amour que j'embrasse.

Mais aujourd'hui, c'est différent. Aujourd'hui, tout va changer. Mon meilleur ami, ma sœur et moi allons faire exploser toutes les usines, tous les réseaux téléphoniques. Cela fait des jours que nous préparons notre coup. Nous tuerons sans doute quelques individus par-ci par-là. Nous serons des assassins. Nous n'avons pas le choix. C'est cela, ou la Terre continue de s'effondrer, courant vers sa perte, vers notre perte. Ce matin, je suis allée me promener, histoire de me détendre. Je ne l'avouerai pas, mais j'ai peur. Plus que jamais. Et ça n'est pas peu dire.
Ma sœur, Tayra, arrive avec l'attirail nucléaire : projectiles et armes nouvelle génération. Elle a volé tout ça ce matin.
Elle les dépose à côté de mon bureau. J'ai toujours admiré Tayra. C'est une guerrière, courageuse. Elle sait se battre pour les valeurs qu'elle défend. Avec ses cheveux noirs bouclés, ses yeux verts et sa grande taille, elle a l'air plus implacable encore.
Martin ne tarde pas. Il nous rejoint quelques secondes plus tard. Je croise ses yeux ambres teintés de peur, et il me sourit. Lui aussi, il est brave.
Soudain, des voitures de police encerclent notre appartement. Très vite, on sonne à notre porte. On demande Lisielle et Tayra Elvis, ainsi que Martin Crista, on dit que nous sommes arrêtés pour trahison. Mes parents ne protestent pas. Ils viennent nous chercher, nous conduisent à la porte, et retournent à leur série, mécontents qu'on les y aient arrachés quelques secondes. On nous embarque. On nous conduits à des cellules. On nous apprend que les faits et gestes de tout le monde sont surveillés depuis nos naissances. On nous apprend que les révolutionnaires sont bien vite détectés. On nous apprend que le jour même, nous serons éliminés.
Ils ne comprennent pas. Les usines, le consumérisme, la technologie nous tuent. La planète se meurt. Nous devons agir, réagir. Faire passer la Terre avant notre petit confort.

On nous conduits tous trois dans le laboratoire d'euthanasie. On nous fige à l'aide d'ondes à pétrifier. On nous branche une perfusion. On nous projette un décompte. 30, 29, 28,.... Sommes nous censés comprendre qu'à la fin de celui-ci, on nous injectera le produit qui tue ? C'est ce que je devine.
Je veux vivre, je veux vivre, je veux vivre, quitte à ce que ce soit dans ce monde de déments, je veux vivre, vivre... J'aime Tayra et Martin, je ne veux pas les perdre, je veux encore partager à leurs côtés. 16, 15, 14,.... Je veux vivre, plus que tout au monde, je veux vivre, ne serait-ce qu'exister. Je tente de me débattre, mais les ondes me brûlent, me retiennent paralysée, et je veux vivre, ne pas mourir. 10, 9, 8,.... Qui êtes-vous pour me tuer ainsi ? Je voulais seulement sauver ma Terre, ma Planète Bleue. Je veux vivre, vivre, je veux vivre. 5, 4, 3,.... J'admire une dernière fois le monde réel, je repense une ultime fois à ma vie, ma triste vie, ma cruelle vie, ma petite vie, si belle. Je veux vivre vivre vivre vivre. 2, 1, 0. Je sens quelque chose couler en moi, tandis qu'une autre s'en va hors de moi, me glisse entre les doigts. Mes yeux se ferment. Au moins n'aurai-je pas à voir la fin de la Terre. Car par déduction, que se passe-t-il ensuite ? Prenez quelques secondes pour réfléchir, pour vous imprégner de cette tragédie.

La Terre continue de décrépir. La peur, la haine chassent tout ce qu’il y a jamais eu de bon sur le Globe. Les glaciers fondent, disparaissent jusqu'à ce que les mers et océans engloutissent les villes et les îles. Les Hommes brûlent avec leur planète, celle qu'ils ont détruite, s'anéantissant eux-mêmes. On ne trouvera jamais une autre planète identique à Gaïa. Elle était unique, inestimable. Contrairement à ses assassins. Si ce qui est rare est précieux, alors les Humains ne sont aucun des deux.

Il était une fois la Terre. On l'appelait aussi la Planète Bleue. À l'échelle de l'Espace, elle était sans importance. Elle abritait la vie. La vie l'a tuée.
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