Il était une femme... - Chapitre 2 (partie 1/3)

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Volutes féminines : Portraits de femmes autour de l’opposition entre la beauté et le poison. Ces textes s’articulent autour d’un geste et des multiples définitions qu’il est possible d’en  [+]

【Mercredi 26 octobre 2011】

Piste numéro trois. Le rythme d’un tic-tac introduit la mélodie, suivi par les choeurs qui, sur des intonations aiguës, installent un lyrisme particulier. L’atmosphère est impérieuse. Mystérieuse. Jusqu’au départ tonitruant des guitares électriques et de la basse, précédé par le roulement d’une batterie qui marque un rythme modéré. La composition prend ensuite des airs mélancoliques lorsqu’une voix placide et somptueuse projette une exaltation hors du commun. S’ensuit le premier refrain où le chant, puissant et maîtrisé, prend toute sa démesure. La quiétude se couple avec l’énergie, offrant une symphonie grandiose qui trouve son point d’orgue dans un pont orchestral éblouissant. Les frissons éveillent la peau en surface, sensation enchanteresse née de cette orgie auditive. Le métal symphonique offre cette musicalité rare où les instruments s’allient pour faire la symbiose entre la subtilité du classique et l’impétuosité du métal. Le chant féminin qui synthétise l’émotion, capable d’alterner entre puissance et délicatesse, emporte l’esprit vers le merveilleux et offre une ardente poésie. Quant à la fougue des guitares, elles savent se mettre en retrait pour laisser entendre les notes de piano ou les cordes frottées d’un violon qui agrémentent la mélodie avec subtilité. Chaque écoute laisse ainsi la possibilité d’entendre des accords ignorés jusque-là, leur offrant un caractère unique. L’ultime refrain résonne dans les oreilles, la voix cristalline de la chanteuse atteint son paroxysme. Le prolongement d’une dernière note de guitare électrique qui s’évanouit dans le silence scelle ainsi ces quatre minutes et quarante-sept secondes hors du temps.

Après cet intermède musical qui me tient en éveil durant les premiers instants de la journée, j’expédie le petit déjeuner pour prendre mes affaires et rejoindre au plus tôt la gare. Une fois sur place, je vagabonde pendant près d’une demi-heure sur le quai, dans l’unique espoir de la croiser. Ma persistance me donne certainement l’air d’un homme désespéré dont la recherche infructueuse ne me rend que plus ridicule. De quoi ai-je l’air à vouloir à tout prix la revoir ? Que penserait-elle si elle lisait mes mots et voyait ma détermination ? D’un psychopathe en mal d’amour perdu dans sa folie ? Je me questionne sur ma propre démarche, sur ce que j’entreprends. Je ne remets pas en question le moindre ressenti provoqué par cette rencontre, mais que me reste-t-il d’autre à faire si ce n’est ce que je fais là ? Peut-être dois-je simplement admettre qu’il est trop tard pour agir et qu’il m’aurait fallu trouver le courage de l’aborder quand ce fut possible. Et quand bien même je venais à la retrouver, je ne suis même pas sûr de trouver l’audace de lui parler. Comment aborde-t-on une inconnue sans faire preuve d’insolence ? Avec le recul, le sens donné à ces derniers jours ressemble à un berceau d’illusions dans lequel je me suis endormi. C’est finalement dans le train de sept heures cinquante que je fini par monter, le moral en berne et la dignité effilochée.

À cette heure-ci, les transports en commun regorgent de monde, un contexte qui donne beaucoup de matière à écrire. Si certains inspirent le dégoût, la peur ou l’indifférence, d’autres éveillent la curiosité, intriguent ou fascinent. C’est dans cet essaim, où personnalités rares et stéréotypes se côtoient, que naissent ce que je considère comme étant des micro affinités. Quelqu’un décide de s’asseoir à côté de nous, d’échanger un regard, de laisser entendre le timbre de sa voix ou de sentir sa légère effluve. Une attitude qui tend à rassurer ou à émouvoir, une nature qui s’aperçoit par des gestes évocateurs. Un lien se tisse parce qu’un chemin se croise, avant de se défaire hélas aussitôt. La plupart du temps, ce ne sont que des impressions, un instinct. Seules les femmes ont ce pouvoir d’influencer mon humeur et mon état d’esprit de façon si positive. J’imagine parfois le sens caché que peut avoir un simple coup d’oeil, ou je crée le film que quelques pas empruntés à l’autre pourraient signifier. J’apprécie de m’asseoir près d’une présence féminine qui tend à rendre la réalité un peu plus romanesque. Même si ce n’est parfois qu’un imaginaire, je me raccroche à ces instants volés auprès d’une belle inconnue et je prends conscience de la chance que cela représente d’être à quelques centimètres ; et que le monde est plus beau parce qu’elle existe. Nulle comparaison n’est possible avec la jeune femme rencontrée au Salon du chocolat, à moins d’intensifier le propos et de multiplier les sensations au centuple. S’il est vrai que j’accorde une grande attention à la gent féminine, que j’aime admirer celles qui ont un charme propre à ma sensibilité, il me faut vraiment préciser qu’il n’y a pas d’amalgame possible. Qu’un ressenti furtif et éphémère, bien qu’il ait son importance et son impact, ne peut rivaliser avec une rencontre qui laisse une empreinte indescriptible. Si cela me paraît toujours aussi difficile de décrire rigoureusement ce sentiment d’amour, je sais que mon coeur est sous l’emprise de cette femme qui hante les pages de ce journal.

Lorsque ton regard se tourne vers moi,
Que ton parfum éveille mon émoi,
Je m'extasie même si je n’ai aperçu,
Que l’esquisse d’une belle inconnue.

Après une longue journée de travail, me voici de nouveau à pianoter sur le clavier de mon ordinateur au beau milieu d’un parc déserté. Si la grisaille et le froid n’incitent pas à la promenade en cette fin d’après-midi, c’est pourtant ici que j’avais envie d’être, et ce malgré les doigts tremblotants et les idées malmenées par le vent. J’ai beaucoup réfléchi à la considération que je porte à la gent féminine, l’admiration et la fascination qu’il me tient à coeur de mettre en avant. Je ne veux pas justifier mon point de vue ni même l’imposer - quand bien même il soit possible de le faire à travers un texte personnel - mais appuyer par le poids des mots ce que les femmes évoquent à mes yeux. Un lyrisme qui pourrait débuter par de nombreux qualificatifs, allant de mystérieuse à étonnante en passant par gracieuse et délicate. Ses émotions, sa sensibilité, son caractère, son allure, son visage, sa coiffure, son corps, sa tenue vestimentaire, son maquillage, son odeur ou sa voix sont autant d’éléments qui me donnent le souhait sincère d’être emprisonné dans leur regard, pour y déceler ce qui fait leur charme. Aussi, je me sens plus proche de leur conception du sensible, de leur perception des choses, considérant avec humour qu’une femme est enfermée dans mon corps d’homme. Je pense cultiver une véritable admiration pour ce qui a attrait à la féminité sans me prétendre féministe ou fanatique, ce qui tend à rassurer sur mes intentions, qui restent celles d’un spectateur respectueux. Mais après tant d’éloges, il serait cependant maladroit de généraliser le propos en considérant que toutes les femmes méritent des louanges. La féminité telle que je tente de la formaliser est une vision personnelle, au même titre que la beauté n’est pas une notion universelle. Chacun à sa définition du charme, qui tend à n’être qu’un critère physique chez les hommes. Pour ma part, si je n’exclus évidemment pas les attraits propres à la beauté extérieure - je reste un homme malgré tout - le charme est lié à l’empathie, à ce magnétisme inhabituel qui éveille un sentiment sincère et profond. C’est ce visage qui s’illumine dans la foule, ce regard singulier qui nous prend en captivité et nous détourne l’attention au point d’oublier le reste du monde. C’est une émotion puissante ressentie par la seule présence d’une femme. La laideur elle, est un terme un peu brutal pour définir le désintérêt que l’on porte à d’autres. Je pense qu’une attitude vulgaire ou un maquillage dénaturant un visage peut s’apparenter à une forme de laideur. Mais d’autres hommes, dont les critères de beauté divergeront des miens, considérerons ces aspects-là autrement puisque c’est avant tout une question de goût et de point de vue. Il me semble donc injuste de juger qu’une femme est laide sous prétexte qu’elle ne répond pas à nos exigences. Si mes louanges ne se destinent pas à toutes les femmes, celles qui font exception trouveront d’autres hommes pour leur accorder l’attention qu’elles méritent.

Trois quarts d’heures se sont écoulés et il n’y a plus un chat dans les environs. Mes doigts commencent à être gelés, signe irréfutable qu’il est temps de rentrer. À part les silhouettes aperçues au loin ou quelques chiens promenés par leur maître, je n’ai eu pour compagnie que les feuilles mortes s’entassant à mes pieds. En fin de soirée, peu avant de trouver le sommeil, l’envie d’écrire se manifeste à nouveau suite à la lecture d’un article assez représentatif de l’image et de l’estime que j’accorde aux hommes en général. Celui-ci provient d’un magazine où les propos tenus par l’un des rédacteurs ont provoqué un tollé sur la toile. Ce dernier y fait étalage d’une évidente misogynie en plus de faire l’apologie du viol, sous couvert d’une perversité jouée et assumée dans un article destiné à un jeune public. Des maladresses ou de mauvaises interprétations diront certains, un ton volontairement racoleur ou de l’humour oseront en affirmer d’autres, mais le plus flagrant reste la triste mise en lumière d’un tel écrit, qui montre combien l’image de la femme peut susciter des propos déplacés et inacceptables. Un cas loin d’être isolé à l’heure où la liberté de s’exprimer ouvertement tend à démontrer que les mentalités n’évoluent pas dans le bon sens. J’ai évoqué cet exemple pour introduire mon point de vue sur la gent masculine, bien qu’il ne faille pas croire que tous les hommes méritent d’être dans le même panier. Seulement voilà, les « mâles » ne m’inspirent pas de bons sentiments, plutôt de la colère devant leur mentalité et le degré de perversité pouvant les animer. La considération portée à la femme, lorsqu’ils la réduisent à n’être qu’un fantasme ou une esclave sexuelle, me révolte au plus haut point. La société elle-même se sert de la féminité pour vendre, pour exposer une beauté confondue avec la superficialité, manipulant les images pour standardiser une féminitude réduite à devenir femme-objet. J’aime à penser que la femme mérite d’exposer sa beauté à travers le talent de photographes qui sauront capturer leur identité, ou d’une mode qui saura les sublimer. Je réfute l’idée qu’elles puissent servir d’argument marketing sur des affiches publicitaires, qu’on les dénude pour affoler le thermomètre des mâles. Je pense également qu’utiliser le charme des hôtesses au Salon de l’automobile pour attirer l’attention, c’est réduire la femme en carotte pour attirer les ânes. Je regrette que peu d’hommes respectent la femme et la relèguent à des rôles réducteurs, à un idéal éphémère qui n’est là que pour assouvir leurs besoins primitifs.
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