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Quand il éteignit la télévision, midi était passé de quelques minutes. Au programme, il y avait eu un documentaire sur l'émancipation des femmes. Il l'avait regardé d'un œil totalement indifférent parce qu'il s'en foutait, dans le fond, de l'émancipation des femmes. Tout ça, c'était des foutaises, des jolies paroles pour bercer l’ego de quelques poules enfoncées dans leur canapé. Il n'avait connu que quelques femmes dans sa vie et elles lui avait laissé des souvenirs amers comme des citrons bien frais...

A commencer par sa mère, femme au foyer, douce et soumise. Il n'avait jamais vraiment compris pourquoi sa génitrice s'était entêtée à rester avec un homme qui la considérait comme une moins que rien, tout au plus comme une poupée sur pattes qu'on engrosse de temps à autre pour apaiser ses instincts. Le marmot docile qu'il était se questionnait déjà sur le plaisir qu'il pouvait bien y avoir à astiquer, dépoussiérer, éponger et attendre des journées durant sans s'opposer à l'ordre immuable des choses. L'adolescent, lui, s'interrogea sur l'intérêt qu'il y avait à enfanter encore et toujours. Plus il vieillissait, plus il percevait sa mère comme un objet usé. De l'amour alors, il passa à la pitié. Arrivé à Paris, il rencontra, comme on sait, la créature. Des années plus tard, il s'interrogeait encore sur la raison de ce coup de foudre... et le pourquoi de ce mariage. Oh ! Il l'avait aimée. Il avait chéri ces yeux pétillants, ces cheveux roux, cette paire de seins...Il était tombé fou d'elle. Enfin une femme, une vraie ! Au début, ils crurent que leur union serait une romance perpétuelle. Elle abandonna la prostitution pour vivre une vie de femme bien comme il faut.. Il était fier d'elle. L'avenir s'annonçait radieux...et puis plus rien. Tout se figea. La routine s'installa et commença son travail de démolition . Elle rongea son corps, sa cervelle, ses sens comme une grappe d'asticots s'attaque à un cadavre fraîchement enterré. Pédéraste déchu, il avait prit l'habitude vicieuse d'aller observer le soir les jeunes garçons à la sortie des écoles. Il arpentait les parcs aussi. Et elle, seule dans leur appartement, se persuada qu'il avait une maîtresse. Tout bascula. Désormais, il n'y eut plus une soirée sans qu'elle le harcela de questions et de remarques désagréables. Pour la rassurer, il s'empressait de la sauter. La tempête retombait quelques jours mais finissait pas ressurgir de nouveau. C'était inévitable. A force, ses pauvres reins n'en pouvaient plus. Il opta alors, bien naïvement, pour les bouquets de fleurs. Après tout, c'est classique et ça ne fatigue pas. '' Tu me fais chier avec tes bouquets ! '' lui lança-t-elle un soir. Alors il ne lui offrit plus rien que son silence. Elle sombra dans de redoutables crises d'hystérie, menaça de le tuer. Il ne dit mot. Elle se mit à boire, devint presque folle. Sa chair était devenue, en quelques années, flasque tandis que sa chevelure rousse ne formait plus désormais qu'une masse éparpillée et immonde. Résolu, il la quitta un soir d'octobre en laissant ce mot sur la table de la cuisine : '' Adieu ''. Que dire de plus ? Le divorce se fit. Après sa mère, il abandonna sa femme. L'amour cette fois s'était transformé en haine. C'est à ce moment-là qu'il comprit son mépris incurable pour les femelles. Il n'avait jamais rien gagné avec elles. Sa voisine, la vieille carne du pavillon 17, ne faisait que confirmer ce sentiment.

Il avait faim. Il se dirigea vers la cuisine, ouvrit le frigo. Il n'y avait plus grand-chose à ingurgiter. Cuisiner ? Et puis quoi encore ? Non, il faudra qu'il sorte faire les courses. Tant pis. Ça lui pesait mais tant pis. Il n'aimait pas sortir. Voir les hommes, c'était les vomir un peu plus chaque fois. En attendant, il prit une barre chocolatée qui traînait par là. '' Sans doute périmée celle-là '' se dit-il. De guerre lasse, il retourna devant la télévision.

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