II - L'église

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Chapitre II – L’Église

J’entends au loin des bruits d’oiseaux, cette douce mélodie s’éloigne de ce que nous avons l’habitude d’entendre sur Terre, là-bas il ne reste que très peu d’espèces encore capables de supporter les caprices de l’humanité. Ces chants me rappellent ceux de mon enfance lorsque j’allais passer mes vacances dans la ferme de mon oncle Abraham. C’est précisément là-bas que j’ai reçu mon premier baiser. Rose Olivers, je me demande ce qu’elle devient, j’ai entendu dire qu’elle militait contre le Parti mais ça fait bien longtemps que personne n’a eu de nouvelles de Rose...

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L’impact insistant de gouttes d’eaux sur mon visage achèvent de me réveiller. Il est 6h du matin, les rayons du soleil traversent sans difficulté la fine couche de tissu recouvrant la seule fenêtre de la chambre et parviennent jusqu’à mon lit. Lorsque je tourne la tête en direction de la couchette de Vassili, je vois une couverture délicatement repliée et son barda est absent. Je me lève, me rince le visage à l’eau souillée et m’habille de vêtements en coton fournis par le Parti. Lorsque je descends à la pièce principale rejoindre le groupe, je retrouve Vassili accoudé au bar en train de discuter avec la fille du propriétaire de l’auberge. La jeune demoiselle aux longs cheveux blonds ambrés était entrain d'essuyer des chopes de bière et semblait plutôt inattentive à la présence de Vassili.

Cet homme était un bon vivant qui ne crachait pas devant une conquête, mais derrière ses airs de charmeur russe, se cachait une histoire bien moins réjouissante. C’était la première fois qu’il venait sur cette planète, lorsqu'il vivait encore sur Terre, sa vie se résumait à celle d'un homme dépourvu de rêve, ayant quitté l'école très tôt, il travaillait comme videur dans les clubs populaires des vieux quartiers de Bucano. Sa belle gueule quelque peu amochée par un passif de boxeur lui assurait de nombreuses conquêtes, il ne manqua d’ailleurs pas de m'en partager tous les détails durant notre voyage spatial. La seule chose auquel il était attaché, c'était sa famille, bien qu'il ne restait que son père pour être honnête.
Son père était un homme très connu et respecté, il était faisait partie du groupe Discovery 5: l'un des premiers groupe de colons à avoir contribué à la découverte des mines d’Artos quelques années avant que le Parti n’achète la planète toute entière. S’il était là, c’était précisément pour son père n’ayant plus donné de nouvelles de vie depuis cinq ans. Le haut commandement d’Artos annonça sa mort par radio, selon les déclarations officielles il péri dans les mines lors d’un éboulement causé par une éruption solaire. La nouvelle fut brutale, sa dernière mission devait se finir six mois après le drame et son rapatriement su Terre était déjà planifié depuis près de un an. La cérémonie d’enterrement eu un goût amer pour Vassili, le cercueil fût rempli de briques pour remplacer la présence du corps disparu à jamais dans les mines. Après cette tragédie Vassili se rendis tous les dimanches matins auprès du cercueil situé au pieds d’un saule pleureur séculaire. Un matin comme les autres, un homme vêtu d’un long manteau gris l’attendait, il avait en ses mains une enveloppe noire qu’il déposa sur la tombe avant de disparaitre dans l’épais brouillard du cimetière. Cette enveloppe contenait une simple lettre écrite à la plume. Ces mots disaient : « Votre père Yourri n’est pas mort, le Parti ment, j'étais dans le groupe de l’expédition évoqué dans le message radiophonique, ce jour-là il n’y eu aucun éboulement, ça faisait d’ailleurs bien longtemps que votre père ne mettait plus les pieds dans les mines. J’aurais bien aimé discuter avec vous de vive voix mais je ne sens pas en sécurité ici. J’espère que vous le retrouverez, je lui dois tout. » C’est après ces révélations que Vassili décida d’embarquer dans le premier vaisseau en direction d’Artos, pour officiellement travailler dans les mines. C’est à ce moment-là que nous nous sommes rencontrés. Nous partagions ensemble la même cabine durant ces 6 mois de voyage. Ces 6 mois furent longs nous rapprochèrent lui et moi. Au 4ième mois je lui parlais de Sarah et au 5ième il m’avoua pour son père.

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Soudain, un violent bruit me tira de mes pensées, la jeune femme venait de gifler violemment la joue de Vassili, et d’un élan de fureur elle s’en alla dans l’arrière cuisine retrouver son père. Vassili me regarda d’un air gêné et j’esquissai un léger sourire amusé par la situation. Le vieil homme sorti en furie, et Vassili bien qu’habitué aux échauffourées pris ses jambes à son coup et détala de l’auberge en prenant son bardage sous l’épaule. Je m’excusai bien évidement pour lui et remercia le vieil homme pour son hospitalité, puis je rejoignis à mon tour Vassili.

L’orage de la veille avait laissé un sol humide et boueux sur lequel j’avais de la peine à marcher, et les chaussures en cuir fournis par la Parti ne rendez pas la tâche facile. Malgré la difficulté je parvins à rejoindre Vassili qui m’attendait assis à l’angle d’une rue près d’un poteau électrique. Le rendez-vous fixé par le commandant était à 8h, nous avions donc un peu d’avance et d’un commun accord nous décidions de visiter la ville. Depuis le module j’avais repéré un peu à l’écart de Clark, situé sur une colline une jolie bâtisse qui pouvait s’apparenter à une église. J'étais quelqu'un d'amoureux d'architecture et la vue depuis ce point devait être imprenable, nous décidions donc de nous y rendre . Sur le chemin le silence est de mise, la ville semblait morte, c’est tout juste si nous croisions quelques chats errants et le seul visage que rencontré fût celui d’une vielle dame, tranquillement assise sur sa chaise à bascule en train de chiquer ce qui s’apparentait à du tabac. Le silence était tellement présent que nous parvenions à entendre au loin les bruits de la forêt primaire au-delà des enceintes de Clarke. Nous arrivons enfin devant le portillon terne qui marque le début de l’ascension vers l’église. Au-delà de cette limite nous parvenons à voir le bout du clocher en bois de l’église dont la devanture semblait autrefois ravivée d’un blanc immaculé. Un chemin abandonné en terre permet de rejoindre l’entrée de l’église. Je tends ma main vers la poignée en fer, puis pousse le portail vers l’avant quand nous sommes alertés par un bruit sourd provenant d’un buisson. Le bruit se rapproche de plus en plus et d’un réflexe presque automatique Vassili sort de sa chemise une arme à feu et pointe sa mire en direction du buisson. C’est là que nous entendons soudain tout droit sorti de cette direction un grognement aigüe, puis une fois fini, d’un élan de fureur nous voyons sortir du buisson une petite bête au pelage dense et brun. La petite bête se déplaçait en roulant sur elle-même et tentait d’échapper à un chat. Ce dernier à l'agilité surprenante la rattrapa, et d’un coup de crocs l’empoigna par le col et l’emmena avec elle en haut d’un arbre. Vassili et moi-même étions ébahi, c’était la première fois que nous voyons cette créature. Le calme retombe et je réalise que Vassili portait une arme. J’avais moi-même tenté de m’en procurer une mais seuls les soldats étaient autorisés à en porter ! Je lui demandai d’où venait cette arme et il m’expliqua qu’il l’avait échangé avec un client de l’auberge pour quelques pièces terriennes. Je fus à la fois agacé de ne pas y avoir pensé et soulagé d’avoir un ami beaucoup plus débrouillard que moi. Curieusement, nous entendons de nouveau un bruit, cette fois ci plus timide en direction du buisson dont provenait la créature. Je m’approche alors, déplie les branches et j’aperçois là, allongé délicatement sur un tas de feuille une petite boule de poils articulant des gémissements. Il s’agissait probablement du petit dont la mère venait tout juste de se faire dévorer par ce chat... Son regard était apeuré, ses yeux ronds remplis de larme et ses petits doigts délicatement repliés sur sa paume déclenchèrent en moi une sensation de pitié. Mon instinct primaire me poussa à le prendre dans mes bras et lorsque je rejoignis montrer cette douce créature à Vassili, son visage tourna au blanc, il arma son arme et lui décocha une balle en pleine tête ! Un léger filament de sang éclaboussa contre mon visage, la créature tomba de mes bras et son corps se fracassa violemment sur le sol. D'étranges tentacules rosâtres presque glabres semblaient s’extraire de son dos et leur extrémités se connectaient à ma colonne vertébrale au niveau de l’atlas. Vassili accouru vers moi et décrochât l’appendice de mon corps. Il me fallût quelques minutes pour reprendre mes esprits, et lorsque je vis la créature allongée sur le sol, son apparence agréable avait changé pour laisser place à celle d’une créature hideuse aux poils gras et aux fines dents tranchantes.

Je m’étais très peu renseigné sur Artos. A en juger l’état de la ville de Clarke, cela fait déjà bien longtemps que l’homme l’exploitait. Au début il s’agissait simplement d’un point de contrôle visant à assurer un plan B à la Terre. Au grès des années, il y eu plusieurs plans B, Artos n’était pas la seule planète habitable, seulement elle était la seule qui contenait un minerai aujourd’hui disparu sur Terre : le clavium. La découverte du minerai par l’équipe du père de Vassili il y a 10 ans suffit à pousser le Parti à acheter la planète. La clavium était un composé 30 fois plus puissant que le plutonium et donc très demandé sur le marché.

Bien que la planète semblait ressembler à celle de la Terre, les jours y étaient plus long ici et l’atmosphère était davantage chargé en oxygène. Malgré son acquisition par le Parti, nous en savions très peu sur cette planète, la majeure partie des régions n'avaient même pas encore été visitées et la présence des scientifiques n’était guère appréciée ici. Les créatures semblaient bien différentes de celles que nous rencontrons sur Terre, il était évident que celles-ci n’avaient encore jamais vraiment interagit avec l’Homme. Peut-être arriveraient-elles cette-fois si à calmer nos ambitions démesurées?

Cette créature avait laissé une légère cavité circulaire sur ma nuque, malgré le préjudice, je ne ressentais pas vraiment de douleur, et l’alcool de la fiole de Vassili accompagné du fer chaud de sa lame suffit à cautériser la plaie. Après un temps, nous décidions tout de même de nous rendre à l’église. Sur le chemin pentu et boueux, nous rencontrons quelques arbres dépourvus de feuilles accompagnés de tombes em pierre abandonnées. A l’arrivé devant l’immense porte en bois de l’église, nous entendons le chant lyrique d’une femme qui semble provenir de l’intérieur. Nous décidons de rentrer. Un long couloir jonché de bancs en bois massifs nous accueille, au bout de ce couloir se trouve un autel en marbre étrangement propre et entretenu. Le chant de la femme continuait à résonner sur les murs de l’église, nous nous approchons de sa source, ce jeu de piste nous amène jusqu’à une pièce isolée au font de l’église. Vassili rentre en premier, à l’intérieur nous voyons là posé sur un table en boit au milieu de la pièce un gramophone en marche. Cet endroit-là de la pièce était le seul éclairé par quelques rayons de soleil provenant d’une fenêtre du toit. L'endroit était sombre et des petits grains de poussières virevoltaient lentement dans l’atmosphère. La musique provenait de cette machine sur laquelle tournait un vinyle. Vassili s’approche pour observer cette relique de plus près, de sa main droite il tente de prendre le disque encore en mouvement quand je vis dans le fond de la pièce une forme noire, plus noire que la pièce elle-même. Cette chose est difficile à distinguer, son apparence déclenche en moi la même sensation qu’hier dans la ruelle. Le corps ankylosé, le regarde fixe, j’observe la scène, tétanisé tandis que cette ombre fixe Vassili et se rapproche silencieusement sur lui.
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