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II.Le Cantique de Syméon

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Osolaris

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II. Aristarque de Samos et le Compteur de Sable de Bologne


Le lendemain matin je fus mandé pour effectuer une course. Je devais m'enquérir d'un luthier de Ferrare. On prépara une monture affreuse, une rosse bistre, souffreteuse mais placide, de quelques-unes qui pourraient inspirer la plume de l'écrivain féru du trait grotesque...je me mis donc en route au pas de la bête en me disant selon l'adage local « chi va piano va sano.. » effectivement, une bonne heure plus tard je poussais la porte du maître facteur qui comprit immédiatement le motif de ma venue.

Il me conduisit dans l'arrière boutique, ouvrit un étui, en sortit un violon magnifique, je ne suis point musicien mais l'instrument aux lignes de miel ciré, me charma. L'homme y déposa le menton, l'archet effleura les cordes avec délicatesse. Le son mélodieux m'arracha le cœur tant la note fut langoureuse, l'aquilon se jouant de fils de soie, la plainte d'une sirène n'eût été plus envoûtante. J'écarquillai les yeux tandis qu'immédiatement après, le luthier le rangea, me le tendit en précisant « E una anima scelta, prego ! », je ne compris pas un traître mot, je m'inclinai longuement. Je rentrai au château heureux d'avoir accompli ma première mission ne sachant pas ce que venait faire un violon dans nos secrètes intrigues.

Je vis un carrosse noir arrêté dans la cour, je reconnus monsieur de Laans, je passai devant lui, mon étui sous le bras, il me toisa d'un air suspicieux, je montai les marches sans sourciller comprenant que notre mystérieux visiteur était arrivé. La porte du boudoir était fermée, un valet posté. Je fis de même.
La duchesse sortit la première suivie de deux hommes en conversation. Il se séparèrent, mon maître me fit signe de le suivre. Arrivés dans nos appartements, il me demanda le violon.

-Gabriel, ce que tu vas voir ce soir personne ne doit le savoir, sous aucun prétexte.
-J'en fais serment.
-Tu sais que j'ai entrepris la traduction des textes de la Bible, psaumes et cantiques ?
-Oui maître vous y consacrez forces heures ! Est-ce là cause de votre inclinaison réformiste?
-C'est une commande !
-Ces Saintes Ecritures ont révélé quelque énigme formidable ?
-Fort justement Gabriel elles m'ont conduit en Grèce !
-Une découverte ?
-Oui-da ! grâce au « Nunc dimittis »... Le connais-tu ?
-C'est la prière du Cantique de Syméon ? Nous le chantions à complies...
-Curieux jeune page tu m'étonnes de jour en jour...
-J'ai reçu jadis quelque éducation, en cela et le reste...
- Tu m'en vois intrigué ! En saurais-je davantage ? et « Laisse partir ton serviteur.. », insaisissable Gabriel !
-Ce sont histoires de futiles concaténations....laissons ces coquetteries, dites, qu'avez-vous découvert?
-Des pages qui intéresseront un érudit de premier plan...
-Qui ?
-Je ne peux te le mentionner.. mes traductions font expertise, l'on s'inquiète de connaître où se dirigent mes travaux dans certaines sphères.
-Vous espionnerait-on ?
-Je le crains, ces messieurs censeurs me l'ont déjà notifié...
-Etes-vous en danger ?
-Dame ! à cause de notre époque de religions contraires...
-Cela aurait-il à voir avec la Réforme ?
-Absolument Gabriel !
-Maître êtes-vous de ces hugenots ?
-Je suis en sympathie avec nombres de leurs idées...
-Pour quelles raisons ?
-Pour leur vérité d'hommes qui combattent les pruderies de l'Eglise Catholique quant à la Connaissance, au Savoir...
-Une liberté ?
-Une liberté d'étudier, de dire, d'écrire, d'être un homme « au centre » de son monde, mais je ne partage pas leurs rigueurs, Gabriel, en toute chose garder « libre arbitre »...nous en reparlerons, à présent, regarde attentivement, nous allons être les seuls à connaître le prodige que tu vas voir...

Il sortit de sa sacoche noire des rouleaux de lettres manuscrites, je ne pus lire que le titre du fameux Cantique de Syméon, il déroula trois folios à plats sur la table me demandant d'appuyer de la paume pendant qu'il retournait le violon avec dextérité, actionnant une tirette qui éjecta, net, un fin tiroir. Il le dégagea entièrement, puis, délicatement, déposa les trois feuilles l'une sur l'autre, avec application, il repoussa l'incroyable double-fond, je le compris, qui était l'oeuvre de l'habile maître luthier.

-Ainsi voyagera notre instrument Gabriel ! Et nous l' allons l'escorter, car son destinataire risque d'avoir besoin de nos services. Ces documents sont mes traductions de traités anciens, d'une valeur inestimable.
-Quel est donc ce destinataire ? Monsieur d'Espeville ?
-Non, le génie d'une époque Gabriel, brillant sinon plus que les étoiles qu'il observe !
-Voilà encore fumants arcanes...où devrons-nous conduire notre savant trucage ?
-A l'Université de Bologne où nous y attend notre hôte.
-Et monsieur d'Espeville ?
-Il nous accompagne, monsieur de Laans pour bonne garde !
-Pour bonne garde ! ce reptile à sang froid ?
-L'estimez-vous si peu ?
-Il ne m'inspire point confiance....
-...Nous partons demain, prenez soin du nécessaire ! À demain Gabriel.
-Bon soir monsieur.

Nous voici en route depuis une bonne heure dans la voiture noire, mon maître, moi face à monsieur d'Espeville et à son dévoué. Le silence m'incommodait, particulièrement les regards à la dérobée de Laans.
Nous étions à mi-parcourt quand nous entendîmes des bruits de sabots furieux arriver à notre hauteur, puis le cri du cocher tandis que notre berline ralentit brusquement, aussitôt Laans la main à l'épée, ouvrit la portière, donna un violent coup de pied dans les flancs de la monture qui nous harponnait, son cavalier désarçonné, avec une agilité féline enfourcha le destrier, se mit à croiser le fer contre les assaillants, les trois hommes de l'embuscade menaient cavalcade ce qui relança notre carrosse à vive allure dans un dévers où nous allions nous briser.
Monsieur de Laans se battait comme un tigre, parant, tranchant, esquivant, il était venu à bout de deux de ces bandits, le duel était acharné, son ultime adversaire étant redoutable, je me décidai à tenter une sortie pour reprendre les rênes au postillon hors d'état, affaissé sur son siège. Par la fenêtre, j'empoignai la corniche du coche, me hissai sur le toit :
-Gabriel ! Que diable faites-vous ?
-De l'exercice, n'ayez crainte maître !
A quatre pattes, j'avançai cahin-caha au milieu des bagages, les cahots s'accentuaient, je sautai sur place comme pois chiche véreux ! Je regardai où en étaient les duellistes, toujours aux prises, sans pouvoir déterminer qui l'emporterait, monsieur de Laans détourna la tête vers moi me criant :
-Jeune nigaud ! Tentez-vous de vous faire occire ?
-C'est ce qui arrivera si personne n'arrête le carrosse ! Je ne me sens pas d'attendre vos succès !

Il me jeta un œil rageur, il reprit l'escrime de plus belle ne pouvant en rien changer à mes plans de sauvetage. Je rampais si bien que j'arrivais à m'installer aisément à côté du cocher inconscient. Je réalisai une acrobatie pour récupérer les brides de l'attelage.
Les quatre chevaux s'étaient emballés, je donnai un coup sec, ils renâclèrent, se cabrant, les ruades jugulèrent momentanément notre course effrénée, je répétai la manœuvre en y mettant toutes mes forces, les pieds calés, solidement arque-bouté au levier de frein, je le tirai longuement en poussant un hurlement, notre équipage était sur le point de s'immobiliser, je vis deux corps rouler dans l'herbe, monsieur de Laans sauta, bloqua le dernier malandrin à califourchon sur sa carcasse, lui asséna un crochet décisif, nous étions venus à bout de nos malfaiteurs.
Pour sa part, l'aurige reprenait ses esprits, je le rassurai d'un mot, d'un bond je rejoignis notre fine lame et m'informer de ces messieurs restés en voiture.

Malgré un interrogatoire persuasive le prisonnier ne nous révéla rien de identité ni de celle de son commanditaire, néanmoins, l'arsouille portait une chevalière ornée des initiales F.V.H, parlait avec un fort accent hollandais. Ceci nous mettait sur une piste très préoccupante, monsieur d'Espeville blêmit, je crus comprendre qu'il connaissait le nom que cachaient ses initiales, il nous confessa qu'il redoutait que ce ne fut le terrible François Vander Hulst, ce laïc peu recommandable que Charles-Quint avait nommé inquisiteur général aux Pays-Bas, membre du Conseil du Brabant garant des droits de l’Eglise romaine, du pape Adrien VI, par dérogation exceptionnelle au droit canon contre la Réforme en la personne Martin Luther.

Sans autre forme de procès nous dépouillâmes notre prise, nous le ligotâmes à un arbre, le laissant là à sa mauvaise fortune nu comme vermisseau. Nous allions reprendre la route, au moment de remonter monsieur de Laans me retint, me tirant à l'écart :

-Etait-il nécessaire de vous prendre pour je ne sais quel bécasson au risque de vous rompre les os ? Je n'avais nul besoin de votre aide de bachelier, je suis engagé pour veiller sur ces messieurs je m'en acquitte parfaitement, je n'entends pas recevoir de leçon de stratégie d'un petit varlet ! Garez-vous à l'avenir !
Je dégageai aussitôt mon bras, d'un coup sec.

-Attendu que j'ai stoppé notre voiture avant qu'elle ne se fracasse et ces messieurs avec, sachez que si je suis vil menin à vos yeux, mon maître, monsieur Marot m'a inculqué quelques principes de jugeote, de libre entreprise quant à mes décisions ! Ne vous offusquez pas si mon esprit est plus « réformateur » que ne le sont celui de votre maître et le vôtre réunis !
-Tiens ! En quoi je vous prierais ?
-En ce que je n'ai point utilité d'un intermédiaire entre moi et mon esprit, ils agissent de concert, au diapason, ne vous en déplaise n'ayant besoin d'une ultime instance ! Quant à mes abattis, j'en suis garant, ne vous en souciez point !
-Et ça ? Avez-vous vu votre bras, petit avorton? Vous êtes saigné comme...

Je retournais mon bras, en relevant ma chemise tachée de sang, je vis une entaille nette et profonde qui courait du poignet jusqu' au pli du coude. Il me saisit la main, je me dégageai :

-Est-ce là « Votre jugeote de libre entreprise » ? Fichtre ! Et puis, qu'est-ce cela, une patte de poulet malingre ou de fillette à son ouvrage ?
Il voulut m'empoigner. J'esquivai de nouveau.

-Rompez-là monsieur que je ne supporte votre désobligeance !... veuillez garder vos aiguillons, rentrez votre dard, l'incident est clos !
-Plaît-il marmouset ?

Je tournai les talons, malheureusement je tournai également de l'oeil pour me retrouver à la renverse dans ses bras. Monsieur se retourna.
-Gabriel ? Mon petit ! Que vous arrive-t-il ?
-..Ce...rien...
-Nous verrons cela à Bologne...allons venez il vous faut du repos !

Il me prit par le bras, me fit grimper sur le siège, je ne bougeais plus, étourdi, la tête embrumée. Laans en face de moi, me fixait, ses yeux rivés me fustigeant âprement pendant que monsieur me tapotait la joue en précisant que je venais de réaliser un exploit admirable d'une intrépide ardeur pour mon jeune âge...

Ce contretemps réglé, nous arrivâmes à l'Université de Bologne une heure plus tard.
Nous entrâmes par une porte dérobée, le bâtiment proposait un labyrinthe de galeries mal éclairées, monsieur d'Espeville en tête du cortège nous guidait, Laans fermait la marche me talonnant.
Nous pénétrâmes dans une pièce, un laboratoire, un homme grand, robuste malgré son âge fort avancé, parut, sa vitalité contrastait avec sa chevelure chenue, sa haute corpulence voûtée.

-Cher maître Nicolaus Copernicus c'est honneur que de m'adresser à l' éminent savant que vous êtes!
-Jean, mon ami, j'avais hâte de vous rencontrer, nous touchons au but, nous allons vérifier nos hypothèses...
-A ce titre je vous présente l'homme sans qui nous n'aurions pu fonder notre interprétation, Maître Clément Marot, poète, traducteur de nos pères grecs à la sagesse occultée par l' Eglise !
-Quel plaisir de pouvoir serrer la main de l'homme qui me rendra à mes certitudes.
-Maître Copernic, je suis ému de mêler mes mots aux vôtres, il m'est l'impression que de m'adresser à un homme du futur, du temps des sciences, que je qualifierais nouvellement de «  moderne » !
-Que dirais-je du talent de votre plume, madrigaux et épigrammes, monsieur, qui font fi des frontières connaissant renommée !
-Homme de Lettres si précieux à notre cause comme vous le savez...Je vous invite sans tarder à divulguer sous nos yeux, les pièces maîtresses à nos œuvres communes. Monsieur Marot procédez...

Mon maître sortit le fameux violon trafiqué, en dégagea les trois feuillets de la manière que vous savez.
Hormis le Cantique de Syméon, nous découvrîmes des Psaumes, la troisième feuille, miraculeusement attendue se composait de deux traités de physiciens grecs. La première rédigée par l' ingénieur Archimède, la seconde, d' Aristarque de Samos.

-Voici les merveilles ! Un des feuillets du précieux « Parallaxes » ouvrage d'Aristarque qui vous le constatez a résisté à la destruction de la grande Bibliothèque d'Alexandrie, un ouvrage dans lequel l'astronome établit sa théorie sur « l'héliocentrisme » datant de 280 av. J.C, ce qui va conforter vos suppositions maître, ainsi que cette pièce à conviction en la présence de la préface de « L'Arénaire » d'Archimède, lequel, vous le savez s'est proposé de mesurer la taille de l'univers à l'aide des grains de sable...

-Maître pouvez-vous m'en faire lecture instamment, plus tard, j'en prendrai connaissance en détails à ma table de calculs... ces textes sont le fondement de mes recherches. Messieurs, un moment historique !
-Volontiers ! Voici en mes termes la Préface du Compteur de Sable d'Archimède :

«  Vous n'êtes pas sans savoir que par l'Univers, la plupart des Astronomes signifient une sphère ayant son centre au centre de la Terre. Toutefois, Aristarque de Samos a publié des écrits sur des hypothèses astronomiques différentes. Les présuppositions qu'on trouve dans ses écrits (grâce à l'étude du phénomène de parallaxe des étoiles et donc de leur déplacement contigu ) suggèrent un univers beaucoup plus grand que celui mentionné plus haut. Il commence en fait avec l'hypothèse que les étoiles fixes et le Soleil sont immobiles. Quant à la Terre, elle se déplace autour du Soleil
sur la circonférence d'un cercle ayant son centre dans le Soleil. »

Il s'agirait non plus d'un système de révolution « géocentrique » mais «  héliocentrique » des planètes, dont vous êtes, monsieur Copernic, l'éminent prophète...

-Et cela au péril d'une condamnation de l' Eglise pour hérésie sujette à la Question, l'Inquisition rôde !
-Mon ami Martin à distance, vous ici Jean, contribuez à la victoire de la science sur l'obscurantisme ! Ces feuillets consument mes derniers doutes, il y a plus de vingt ans, l'astronome Novara de Ferrare, mon vénéré professeur m'a encouragé dans mes observations me formant en homme complet à lire les philosophes anciens, cependant sans vos offices monsieur Marot, qui dépassent mes espérances, je n'aurais rien su de ces textes !
-Un heureux hasard de traduction maître Copernic m'a conduit à ces découvertes...
-A présent je vais pouvoir achever mon De revolutionibus orbium cœlestium...
-Et nous emploierons cette chance à sa publication par ce nouveau procédé qu'est l'imprimerie. Ma mission est ici de protéger votre œuvre des censeurs maître Copernic, soyez-en assuré, je gage que votre « Somme magistrale » sera publique, feu Gutenberg nous rend le succès possible, son invention, par ma foi, a bousculé les esprits et quant à vos essais, je suis en lien avec un mien ami imprimeur luthérien de Nuremberg qui se ralliera bientôt à notre cause.


Nous allions nous retirer laissant le sort des travaux de Copernic à l'histoire de l' Humanité qui je l'espérais en ferait bon usage, lorsqu' une verrière servant de plafond céda sous le poids de trois intrus qui dégringolèrent avec perte et fracas parmi les débris coupants, ils se réceptionnèrent lestement l'un après l'autre sur pieds, nous menaçant de leurs lames, hargneux, prêts à éliminer tout opposant à leur projet. Je reconnus nos agresseurs. Ils s' enquérirent des trois manuscrits, en exigeant le supplément du « De Révolutionibus.. » de Copernic ainsi que la totalité de ses carnets de notes, calculs et mesures.

Nous ne pûmes rien tenter, cernés, bel et bien pris au piège. Nicolas Copernic, se résolut à remettre ses inestimables papiers, nous assistâmes impuissants à la transaction, avant que nous n' ayons compris, les fripouilles s'enfuirent disparaissant comme spectres maléfiques, emportant nos espoirs de grandeurs dans leur souffle.
-Messieurs, c'est là grand dommage !
-Une catastrophe !
-Des années d'études qui se voient dérobées à mes sacrifices !

Je m'écriai révolté :
-Allons-nous rester comme moutons tondus ! Et vous bretteur de grand chemin, n'allez-vous donc pas réagir ?


Atterrés, nous nous tûmes à cours d'arguments. Cependant, je dis que nous connaissions nos adversaires, que comme monsieur d'Espeville le pensait, il s'agissait de crapules à la solde du lâche Van Hulst, nous devrions tenter de retrouver leur trace, ou mieux aller réclamer notre bien au vil inquisiteur. Laans s'avança opinant du chef me regardant agréablement surpris par ma fougue.

-Je m'engage à courser ces félons, à vous ramener vos documents dans les plus brefs délais.
-En ma compagnie car il vous faudra un contrepoids habile !
-Je n'ai nulle utilité d'un laquais aussi frêle que oiselle sortant de l'oeuf !
-Et moi je vous dis que mon aide dégourdie vaut mieux que vos airs finasseurs !
-Corbleu de mauviette !
-Messieurs, allons, raisonnons posément....Gabriel êtes-vous certain de relever ce défi ?
-Oui maître ! Sans nul doute ! J'ai croisé le fer par le passé, je suis au faîte du rudiment des armes !
-Diable ! Notre avorton est «  au faîte du rudiment des armes »  !
-...Monsieur de Laans, ne pensez-vous pas qu'une équipe serait sage résolution ?
-L'union ne fait-elle pas la force ?
-Que ne le dites-vous maître Copernic !
-....Soit... à une condition...C'est que ce petit palefrenier m'obéisse, à ma façon, sous peine de perdre notre temps et de nous mettre en danger !
-Gabriel ? Serez-vous attentif et prudent ?...
-....Oui monsieur, foi de Viverols !
-Revenez-nous prestement en bonnes nouvelles !
-Morbleu !....Allons gringalet, suivez-moi !

Nous nous mîmes à courir aux trousses des scélérats, Laans m'invita à nous séparer, chacun dans un couloir nous comptions les ceinturer avant qu'ils ne sortent de l'aile de l'édifice. Au bout de quelques minutes, au sortir du dédale nous nous retrouvâmes nez à nez avec l'une de ces fripouilles, mon coéquipier le réduisit à un sévère interrogatoire, sa rage eut raison de lui, l'escroc avoua que ses acolytes s'étaient échappés emportant leur butin à brides abattues vers « la taverne de Malaparte » où une robe cardinalice attendait leurs pilleries.
-Gringalet ! Enfourchons nos montures sur le champ, une course nocturne nous attend...

Au terme de la traversée d'une forêt inquiétante, nous aperçûmes la lanterne de ce repaire de gibiers de potence, une cambuse animée, on entendait forces chants et manifestations propres aux beuveries de la canaille réunie. Un panier de crabes où il nous faudrait jouer finement.
Le plan était simple : s' introduire, évaluer, ferrailler, récupérer les manuscrits.

J'en conviens à contre cœur, notre duo saugrenu avec de Laans fut une véritable réussite, il se trouva que l'alliance de sa lame à ma spontanéité nous permit de damer le pion à ces ribauds après une empoignade finale dans une chambre à l'étage où les attendait l'envoyé du Vatican.
Rentrés en possession des manuscrits, nous quittâmes ce cabaret infesté d'égorgeurs à la vitesse de l'éclair.

A deux miles, hors d'atteinte, nous sillonnions dans une gorge étroite, lorsque les roches du goulet que nous traversions se mirent à retentir en échos des rires effroyablement caverneux de Laans, et qui n'en finissaient pas ! Les rênes sur les cuisses, les mains sur les oreilles je renchéris, ajoutant la percutante cascade d'un cri aigu :
-Pitié cessez cet esclandre de supplice homérique !
Il continua de plus belle.
-Ha ! Maudite peste !
-Tout doux monsieur le Viverols, moi qui voulais vous complimenter pour votre héroïque obstination, sans vous, il me semble que je ne serai venu à bout de ces chiens !
-Monsieur le paladin, je n'ai nul besoin de vos cabrioles vocales, ravalez vos flagorneries, hâtons-nous !
-Comme vous y allez jeune éphèbe, détendez vos ailes de poussin et faisons la paix. Votre maître Marot avait justes raisons de vous faire confiance ! Palsembleu ! Votre caractère hirsute me supplante, je m'incline et m'en remets à votre « jugeote » clémente!
-Ha ! Est-il le temps pour pareilles plaisanteries de coquin ?
-Je viens en paix monsieur le fripon, allez !... Reconnaissez...

-...Bon... là !... Soit !... puisque vous y tenez, je respecte la trêve...mais ne vous avisez pas de...
-Promis je ne m'aviserai point... bel Adonis...

Il me doubla au trot, face hilare, à ma barbe invisible hérissée de tout mon courroux !

A l'heure radoucie, l'aurore mauve pointait quand nous rentrâmes dans Bologne, harassés mais heureux de rejoindre notre compagnie qui attendait dans l'inquiétude. Nos mines triomphales eurent tôt fait de rassurer.

L'épisode achevé nous prîmes congé de notre hôte, la duchesse de Ferrare, impatiente, avait mandé un messager, il nous devança lui rapportant les meilleures nouvelles.
En voiture, je sombrai dans un profond sommeil bercé par la route, l'esprit libre et serein.
Je venais de contribuer à un changement historique, au cœur de l'événement, j'y avais pris part avec enthousiasme. Les grandes découvertes de l'humanité ne sont pas de tout repos engendrant des séismes insoupçonnables de forces qui luttent et s'affrontent au nom de la vérité, croyez-moi !

Renée d'Este étant pleinement satisfaite de la transaction auprès de maître Copernic, les raisons de notre séjour à Ferrare m'étaient claires, ces trois mois avaient passé comme dans un rêve, cependant que les habitudes studieuses de mon maître reprirent ainsi que les conversations, lectures, promenades en compagnie de madame et de ces messieurs. Monsieur d'Espeville, son dévoué homme d'arme s'étaient joints à notre retraite prolongée. Je goûtais à une paix de l'âme nouvelle , riche d'enseignements, enfin, presque...

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Quand l"obscurantisme est vaincu par les hommes de sagesse, de savoir et de tolérance !
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