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Human Piñata

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Jeylapadite

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Chapitre premier.

C’était un matin comme les autres. Un de ces matins où tout semble promis à celui qui se lève souhaitant atteindre ses objectifs. 8h à peine, soleil d’été déjà brillant mais pas encore assommant, l’odeur de l’herbe fraîchement tondue, la joie respirait dans le charmant pavillon des Vallette.
Les Vallette, une famille bien tranquille, bien parfaite, directement sortie d’une publicité américaine des années 50 vantant les mérites des premiers lave-vaisselle. Une famille modèle, comme l’a tant cherché Franck, le patriarche, élevé dans un certain confort depuis sa tendre enfance et qui souhaitait s’élever à un rang encore plus proche de l’apogée sociale. Il n’avait, en apparence, aucune faiblesse, malgré une morphologie endomorphique plutôt banale. Cheveux toujours impeccables, moustache fine posée sur une lèvre supérieure offrant des sourires charmeurs. Certains lui trouvaient une ressemblance avec Clark Gable, ce géant du cinéma des temps passés ; d’autres, sûrement parmi les plus jeunes, ou du moins, geeks d’entre eux, avec Gomez Adams, antihéros patriarcale de la sombre famille bien-nommée. Il arborait fièrement, sur ses costumes complets d’un célèbre tailleur des beaux quartiers parisiens, un petit pin’s tricolore en signe de patriotisme envers un pays qui lui a tout donné, afin de se rendre au bureau de l’entreprise que son père a créé et qu’il a repris en mains depuis.
Marine, la matriarche, « La mama » tel était le sobriquet que lui avaient donné ses proches, tant sa cuisine raffinée mais copieuse rappellent la splendeur des tables traditionnelles italiennes, était une femme d’une douceur absolue. Le parfait cliché de la dame de maison, s’occupant de A à Z de son foyer sans pour autant s’immiscer dans les affaires familiales que son cher époux avait coutume de gérer en privé à la Michael Corleone.
De leur union, deux enfants furent conçus. Une fille, et un garçon, un vrai cliché de la famille parfaite je vous ai dit. La plus grande, parce que oui, c’est une ado, presque une adulte, en somme une enfulte, se prénomme Laura, un choix de Franck, qui s’est exclamé à la naissance « Elle s’appellera Laura, puisqu’elle aura tout ce qu’elle voudra ». Faut pas chercher plus loin. Une vraie petite fille qui souhaite être une princesse mais qui déchantera bien vite lorsque ses premières désillusions sentimentales pointeront le bout de leur nez.
Le plus jeune, c’est un p’tit gars, Maximilien, Max pour les intimes comme on dit. Un collégien ordinaire. Pas très sportif, pas l’intelligence ni la motricité de Stephen Hawking, un physique ingrat comme beaucoup à son âge. Bref, un jeune geek qui fait tout ce qui est en son pouvoir pour flatter l’égo de papa. Ce n’est pas le vilain petit canard, puisque seules ses capacités artistiques suffisaient à lui offrir un avenir radieux.
Au passage, après quelques lignes pompeuses et d’une banalité abyssale, vous remarquerez que je suis passé sur un registre plus direct, plus intime, plus simple, comme si de rien n’était. Bah oui, en fait, je vous raconte une histoire, les figures de style, je les garde pour les X-Games.
Revenons aux Vallette, notre chère petite famille papier-glacé.
C’était, donc, un matin comme les autres, enfin aujourd’hui, presque comme les autres.
En effet, le p’tit Max fêtait son anniversaire. Je ne sais plus combien de bougies il comptait souffler, mais je peux vous dire que ça faisait plus que les dix doigts des mains. Enfin, sauf si vous êtes manchot ou que vous avez été victime d’un dramatique accident, dans ce cas-là, ça fait moins. Ou même si vous êtes né en Ukraine en 1986, dans ce cas, ça fait plus, bref...
La matinée débutait sous les meilleurs auspices, la maîtresse de maison avait préparé un petit-déjeuner gargantuesque, où viennoiseries bien beurrées côtoyaient confitures, pâte à tartiner, café, jus d’orange, et autres saloperies bourrées de sucres qui vous ravissent au moment de les déguster mais qui vous détruisent n’importe quel régime diététique d’un pseudo-sportif.
Les enfants n’étaient pas encore debout, il faut dire que c’était les vacances estivales, à cet âge, ça dort, et pas qu’un peu. De surcroit, c’était un Dimanche, le jour du seigneur, qui bien qu’étant une famille modèle, les Vallette ne portaient pas une grande importance aux joies de la messe dominicale.
Les festivités devaient débuter aux alentours de 13h, heure à laquelle, le reste de la famille, un peu moins gâtée par la nature, devait débarquer afin de célébrer et de pourrir de cadeaux le bien heureux Maxou.
Cependant, malgré l’échéance à venir, l’image paternelle de la famille devait quittait le domicile afin de se rendre à son bureau afin de régler quelques affaires. Enfin, c’est ce qu’il confia à sa charmante épouse, qui, sans un regard accusateur ni question inquisitrice, laissa filer Franck, toujours impeccable.



Chapitre deux.

Après un rapide ristretto et la moitié d’un croissant, il s’engouffra, sifflotant, dans sa splendide Chevrolet Corvette Stingray 68, qu’il avait lui-même restauré grâce aux bénéfices de sa prospère entreprise.
Il connaissait l’itinéraire mieux qu’un GPS, mais pourtant, cette fois-ci, il utilisa son système de navigation. Car oui, pour changer, il se rendit à un tout autre endroit. Il se rendait à un rendez-vous.
Pas un simple rendez-vous d’affaire, enfin du moins, pas des affaires en rapport avec le boulot, mais plutôt une sombre affaire.
Après quelques kilomètres rapidement absorbés par son bolide, il arriva dans un quartier résidentiel, plus précisément, aux pieds d’un petit immeuble cossu. Là, il prit fébrilement son smartphone dernier cri, fond d’écran de la famille, et appela un certain Monsieur G.
Bon, je pense qu’il est temps que je vous dise la vérité, et que je vous en dise un peu plus sur notre bon Monsieur Vallette.
Derrière l’image de Monsieur Zéro défaut qu’il présente, Franck cachait en réalité un trouble « surmoi ». Il s’adonnait, depuis la naissance de ses deux marmots, à des joutes sexuelles entre hommes. D’abord tâtonnant, il avait profité de l’avènement des sites de rencontres sur le web, pour multiplier les liaisons extraconjugales avec de jeunes hommes en quête d’expériences inédites.
Son homosexualité latente n’était pas si récente. Cela remonte à son adolescence, au moment où il découvrit que les vestiaires post-cour d’EPS étaient bien plus excitants, à ses yeux, que les VHS d’Emmanuelle. Peut-être que ce désir venait d’encore plus loin, où, à l’âge de son rejeton adoré, il avait subi les sévices sexuels de son oncle, tout en y prenant un certain plaisir.
Passé enfoui, vérité cachée à sa famille, il n’avait pourtant pas refoulé ses pulsions animales envers la gente masculine. Il avait un intérêt tout particulier pour le sadomasochisme, pas comme ces conneries de Monsieur Grey, mais plutôt comme dans des pornos bien hardcore.
La chapelle Fistine aurait été son paradis, s’il l’avait connue, tant il adorait insérer toutes sortes d’objets plus ou moins insolites dans le rectum de ses partenaires de chair.
Bref, à peine avait-il composé le numéro de son correspondant de fortune, que celui-ci, d’une voix suave, l’invita à le rejoindre dans son appartement situé au rez-de-chaussée d’une petite et obscure résidence en briques rouges du Nord, une camionnette de livraison loin d’être neuve garée sous le porche.
Arrivé devant la porte, le sourire aux lèvres, un seul petit coup (de main) sur la porte, et le charmant Monsieur G ouvrit, l’invitant immédiatement à entrer et à se mettre à l’aise.
Un jeune homme au physique parfait, plutôt grand, au corps fin mais dessiné, sourire ravageur et regard profond.
Je dois vous dire que l’échange verbal fut très sommaire. Ce qu’ils souhaitaient n’était pas que les mots sortent de leurs bouches mais plutôt que d’autre choses, bien plus évocatrices y entrent. Après quelques verres, la tension sexuelle était palpable, les deux hommes se mettant à leur aise.
Soudain, prit de vertiges, la vision de Franck se troubla. Il avait l’impression d’avoir passé la soirée en compagnie de Mick Jagger, notre Johnny nationale, et les défunts Sid Vicious et Lemmy Killmister, du beau monde.
En l’espace de quelques minutes, Monsieur Vallette était parti dans l’obscurité la plus totale, complètement KO.
Pendant que ce papa à la sexualité débridée s’était envolé pour le monde des songes, le jeune homme en profitant pour le palper du bout des orteils jusqu’aux cheveux en insistant sur les attributs charnus de sa proie qu’il prenait plaisir d’abuser.
J’vous passe les détails, vous imaginez bien, qu’il s’est délecté du gros paquet de papa, imitant, au passage, le dindon. Bref, moult selfies furent pris, peut-être pour alimenter une collection personnelle un peu particulière.
En fouillant dans le portefeuille en cuir glissé dans la poche intérieur du blazer de l’homme inanimé, il tomba sur ses papiers d’identité, indiquant, âge, situation familiale, adresse,... du classique. Un petit bout de papier rédigé par son épouse indiquait à Franck de ne pas oublier d’être au domicile pour le tout début d’après-midi pour les festivités de l’anniversaire du petit dernier de la famille.
J’imagine qu’à ce moment-même, vous vous demandez, judicieusement, qu’est-ce qu’il est advenu de notre père formidablement trouble. Eh bien, pas grand-chose...
Pas grand-chose, dans le sens où il ne restait guère d’humanité dans ce qu’a fait le fou à la voix d’ange au corps inanimé de Monsieur Vallette.
Monsieur G était un artiste, un artiste vraiment particulier. Guidé par des obsessions malsaines, il avait pour projet de goûter à un corps démembré et d’en faire une œuvre pour le moins originale, un véritable projet d’arts-plastiques qui aurait mérité un 20/20 en termes de création tout en lui assurant une place dorée dans un asile de haute sécurité.
Vous voyez où je veux en venir ? Non ? Il aimait concevoir des piñatas, cette boîte de papier mâché représentant un cheval, un trésor, un personnage, ou n’importe quoi d’autre en fait, que l’on remplit de bonbons et de petites surprises que l’on offre à la destruction à un enfant aveuglé lors de son anniversaire. Après avoir soigneusement démembré le corps de sa victime, sans avoir pris la peine de le faire trépasser, il ouvra son ventre au cutter pour en retirer les entrailles et disposa le tout dans une piñata représentant une licorne, car oui, les licornes ça troue le cul.
Son chef-d’œuvre était presque terminé, la confection d’une pinãta humaine.






Chapitre trois.

Retour chez les Vallette, où tout ce petit monde se réjouissait des festivités à venir.
Toute la famille arrivait quasi-simultanément, laissant apparaître un va et vient des plus érotiques de véhicules.
Nana, la mère de Franck, même pas usée par la vie, malgré son grand âge, tellement elle n’a jamais vraiment bougé son gros cul à part pour satisfaire les incessantes pulsions sexuelles de son mari, Gérard, un sacré cochon. Vous voyez le pépé qui fait des blagues salaces, bien raciste, qui se goinfre à la moindre occasion en reprenant plusieurs fois du gâteau un dimanche devant Drucker ? Et bien, c’est lui, l’archétype du gros dégueulasse.
D’autres cousins, cousines, oncles, tantes arrivèrent mais bon, ils ne méritent pas la moindre intention sinon de les relier à la banalité. Ah si, j’oubliais tonton Jicey, le trentenaire métalleux, porté sur la boisson, d’extrême gauche, amateur de merguez, célibataire depuis que sa mère l’a plaqué. Bref, une crème.
Alors que tout le monde se saluait et passait dans le jardin afin de commencer à ouvrir quelques bouteilles, on frappa à la porte.
Madame Vallette, toute heureuse pensant voir arriver son époux, venait juste de recevoir la livraison de la piñata pour l’anniversaire de son fils. Contre la violence, elle avait pourtant supplié son homme de ne plus acheter ce symbole de l’adolescence mexicaine à son fils. Le livreur de « PiñatAss », le nom de la société, installa rapidement dans le jardin, à l’aide de Jicey, qui insista pour aider le frêle employé.
Nana fit remarquer au tonton, ringard sur les bords, que des bonbons avaient dû fondre sur ses mains, à la vue des tâches rouges sur la peau.
C’est alors que Max débarqua, triomphant sous une haie d’honneur tel le petit poucet perdant de la finale de la coupe de France de football. On sait que ce n’est pas glorieux, qu’on est supérieur à ce gamin, mais on a juste envie de lui dire «c’est ton soir ! ».
Après un repas gras à souhait bien arrosé aux mathusalems de champagne, une mégadose de sucre enfoui dans la pièce-montée de gâteaux qui aurait pu faire succomber n’importe quel diabétique, s’invita à table.
Le goinfrage passé, le héros de la journée, du haut de son mètre quarante, se fit bander les yeux par Jicey, ce qui lui rappela son enfance, époque à laquelle son père avait coutume de lui faire la même mais pas pour taper dans un cheval de carton-pâte.
Quelques tours sur lui-même afin d’être désorienté, le gamin, armé de sa batte de baseball qu’il maniait maladroitement ressemblait drôlement à un chevalier Jedi attardé qui cherchait à griller les mouches avec son sabrolaser. Les minutes passaient et le malaise s’installait tant Maxou s’éloignait de sa cible laissant retomber l’euphorie ambiante sous les ronflements de ce gros lard de Gérard.
Sa mère, la douce Marine eut pitié de son petit champion en le plaçant juste devant la piñata, il n’avait plus qu’à frapper de toutes ses forces.
Le temps s’arrêtait, tout le monde retenait son souffle pour ainsi exulter lorsque le bois de la batte heurtera avec fracas la carcasse de papier de la piñata. En position, comme s’il s’apprêtait à effectuer un home run à la Babe Ruth.
Premier coup, premier choc, l’âne de papier restait intact. Ayant atteint sa cible, Maxi prit confiance et assena de violentes frappes et créa une brèche dans l’animal multicolore accroché à l’arbre centenaire trônant au milieu du jardin.
Quelques gouttes de liquide rougeâtre s’en échappèrent, laissant, là encore, croire à des bonbons fondus sous l’accablante chaleur qui régnait, à présent, dans le jardin du pavillon. Toute la petite famille encourageait leur champion, on avait l’impression de voir une belle brochette de gros beaufs américains dans le stade des Yankees, hot dog huileux dans une main, bière sans saveur dans l’autre. La folie.
Les coups se faisaient de plus en plus puissants, et la piñata commença à se décomposer.
C’est alors, qu’un horrible silence s’installa, laissant de marbre les spectateurs médusés. L’impression qu’une équipe de football jouant à domicile venait de se faire doucher par un club de division inférieure.
Quelle en était la raison ? N’avez-vous pas une petite idée ?
En explosant littéralement sous les coups de Max qui prenait un plaisir grandissant, laissant apparaitre son sadisme enfoui, des morceaux de chair humaine, des entrailles, des tripes, s’aplatirent sur le gazon impeccable. Une fontaine de sang giclait sur le batteur fou donnant l’impression qu’une femme fontaine en période de menstruations entrait en action. Le jeune Valette, couvert de sang, continuait frénétiquement, pensant recevoir de l’eau, rafraichissante pour l’occasion.
Un œil vint se glisser dans le sandwich fourré à la merguez de Jicey, qui hésita à croquer cette fantaisie dramatique. Une main heurta la jambe de Laura, la faisant trébucher et s’écrouler dans le tas de boyaux jonchant le sol. Enfin, Max réalisa un coup de circuit à l’aveugle, en envoyant les parties génitales dans le visage de sa mère. Une biffle mémorable. Un réel moment de partage gracieusement offert par le collégien à ses parents. Et dire que la fête des mères était déjà passée !
Les cris d’effroi l’alertèrent, il enleva son bandeau, les yeux injectés de sang, essoufflé par sa partition sanguinolente interprétée majestueusement, regarda autour de lui, contempla le désastreux cauchemar pourtant si réel, baissa son visage vers le sol et se retrouva face à la tête découpée, éborgnée, la langue arrachée, de son tendre papa, laissant ainsi tomber l’arme du bourreau, la chiasse et la pisse dégoulinante sur ses jambes dodues.
A quelques encablures de l’habitation des Valette, installé confortablement dans sa camionnette de livraison, le livreur de piñata était assis devant un écran de contrôle diffusant les images vidéo de la minuscule caméra qu’il avait discrètement installé en même temps que l’âne bourré de morceaux de Franck.
Ce livreur n’était autre que ce mystérieux, mais non moins inquiétant, Monsieur G. Il se rinçait l’œil, la main droite agrippant vigoureusement son pénis en s’adonnant à une masturbation malsaine qui ferait passer Albert Fish pour un enfant de chœur.
Pourquoi avait-il fait ça ? Je vous l’ai dit, c’est un artiste, juste un putain d’artiste qui n’a aucune putain de raison de réaliser ce sordide dessein.
Posé à côté du moniteur de contrôle, se trouvait un carnet, un carnet rempli de noms. Certainement, que ce calepin était tout simplement la funeste liste de prochaines et précédentes victimes de celui qu’on allait surnommer dans un futur proche, Human Piñata...

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Image de Doria Lescure
Doria Lescure · il y a
récit noir à souhait, tant par la teneur de l'histoire que par l'humour qui s'en dégage. la construction est fluide et astucieuse car on se laisse prendre et embarquer dans cette folie destructrice où nulle rédemption ne pointe à l'horizon. Noir jusqu'au bout ! Bravo !
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Jeylapadite · il y a
Bonjour Doria,

Merci beaucoup d'avoir pris de votre temps pour lire ce premier récit.
Je ne manquerai pas de parcourir vos écrits dès que possible.

Bonne journée