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Hors d'un rêve

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Bassila Deby

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Toute histoire commence un jour, quelque part dit -on, et la mienne a belle et bien commencé un jour mais je ne sais pas où. 
Je suis née dans un petit village à Ntembo qui se situe près de la frontière sud entre le Congo-Brazzaville et le Congo-Kinshasa. Loin des buildings, loin des palaces et des infrastructures, mon village est ce que l'on pourrait appeler un coin mort.
 Au soleil couchant ce village est perdu dans un dessert de calme, laissant entendre les mélodies sauvages de la nature libre ; un calme à te glacer le sang en pensant à ces mythes que l'on raconte dans les parages.
 Je suis née un jour vers une certaine année, j'ai grandi jours après jours pourtant jusqu'à ce fameux jour je ne savais pas ce que c'était de vivre car j'existais juste.
 Je ne connais pas ma véritable date de naissance comme beaucoup d'Africains mais cela ne m'affecte pas, vue que je ne suis pas la seule dans ce cas. Ma vie a basculé ce jour-là, oui ce jour inconnu hélas, pourtant je n'oublierai jamais ce jour, ces événements car aussi tragique qu'elle fut cette journée, ce fut une renaissance pour vivre pour eux, oui les habitants de mon village.Cet endroit au calme perturbant venait réellement de se transformer en cheminée puis en désert sans vie.
 J'ai tout perdu ce jour-là et trouvé l'envie de vivre ce jour-là. Ils avaient mis feu à nos maisons, violé des filles et des femmes ; tabassé des pères de famille et tués des jeunes hommes sans aucune humanité, tout ceci en une après-midi.
 J'ai été épargné grâce à mon éloignement à l'égard de ma communauté, car j'allais tous les jours au marigot où je passais toute ma journée. Vous vous demandez si mes parents acceptaient cela, malheureusement oui, vue qu'il n'avait pas le choix ; étant la seule albinos de mon village je n'étais que peu acceptée par la communauté.
Je me rendais au marigot espérant qu'un jour Mami-Wata voudrait bien conclure un pacte avec moi, je la suppliais de me noircir la peau, j'en avais marre de cette différence qui ce jour, oui ce jour-là m'a sauvé à vie ou presque. 
En voyant le ravage qui a été fait, je suis resté scotcher, juste mes larmes qui coulaient, tout mon village, toute ma famille, toute ma vie, tous et pas moi ; pourquoi ? Etait le seul mot qui sortait de ma bouche ; pourquoi eux, pourquoi moi, pourquoi mon village, pourquoi cet après-midi ; pourquoi l'homme est aussi cruel.
Suite à cela, j'ai marché plus d'une semaine, avec des survivants dont ceux venant de la ville, je fus très surprise de les voir, ce qui me poussa à demander ce qui se passait véritablement.
  Je ne posais pas de questions, je n'osais pas, j'avais peur de la réponse ou peut-être trop traumatisé pour penser, écouter ou parler.
Plus d'une semaine plus tard, nous arrivions à Pointe-Noire, la nuit tombée, j'allais m'assoir auprès d'un Monsieur comparable à mon père, cinq minutes de silence plus tard, je me décidais enfin à parler, je lui dis, c'est ce qui s'est passé en ville pour que nous soyons dans cette situation ?
Il me répondit : « tous ces problèmes sont les conséquences de nos gouvernements qui épargnent les coupables, et s'acharnent sur les innocents », tu es très jeune ma fille, ne cherche pas à savoir parce que je ne veux pas que tu sèmes une mauvaise graine dans ton cœur, à compter de ce jour vis ta vie pour tous ceux qui ont péris ce jour-là, sans haine c'est ainsi que tu avanceras et surtout arrivée au sommet n'oublie pas de changer les choses.
De ce jour à aujourd'hui, je suis une femme mariée, mère de famille de cinq enfants dont trois garçons et deux filles comme ma chère mère, et je travaille en tant que consultante à l'ONU dans le cadre des ODD pour accompagner les deux Congo à une émergence en 2030.

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