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DustDragon

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Chizue remuait nerveusement sur son siège. Elle contemplait par intermittence le paysage défiler derrière les vitres du métro en face d'elle, ne s'hasardant pas à garder le regard posé sur quoi que ce soit plus de quelques secondes. Elle sentait ''ça'' suinter de tous côtés. Surtout d'au-dessus d'elle. Et tout ça commençait à réellement la mettre mal à l'aise. Dans sa famille, plus précisément chez sa mère, à la campagne, là où les cigales ne s'arrêtent jamais de crisser leurs mélopées organiques stridentes, on aurait hurler ''Yurei'' à s'en faire saigner la gorge. Cette sensation, qui serait pour sa famille maternelle, avec son grand-père prêtre shinto, une véritable présence surnaturelle, aurait été un véritable fléau qu'il aurait fallu exorciser le plus vite possible. Mais Chizue n'était pas faite de ce bois-là. Dans son univers à elle, une simple angoisse ne se cristallisait pas en un fantôme effrayant et glauque qui désirait son âme. Tout ne devenait pas esprit bienfaisant, vengeur, yokai, kitsune, et autres créatures de fables. Il n'y avait que l'Homme, le travail, sa peur de ne pouvoir s'accomplir, de l'échec, et l'angoisse qui en découlait. Et il y avait de quoi ! Chizue travaillait à s'en user la santé. Chaque jour était comme laisser son esprit reposer dans un bain d'acide. Elle se sentait de plus en plus fatiguée, de plus en plus incomplète, de plus en plus diminuée... Elle avait voulut rentrer dans un monde qui lui faisait avoir les rêves les plus fous. Depuis qu'elle avait obtenu son diplôme de fin d'études, elle ne rêvait que de travailler dans l'audiovisuel. Pour des pubs, pour des films, pour des dramas, peu lui importait en réalité, tant qu'elle se sentait utile, dans son milieu. On lui avait un jour adressé un mail, en provenance d'une petite maison de production qui lui proposait du travail. Elle n'avait pas réfléchit. Pourquoi aurait-elle réfléchit, après tout ? C'était SA chance. SON accomplissement. Rien ne pouvait cafouiller. Et pourtant... D'abord, un entretien d'embauche. Elle y était allé, le cœur léger, le sourire aux lèvres, dans le métro, dans la rue, communicatif et appréciable, au vue des réactions des autres passants nippons qui lui rendaient sa bonne humeur au travers d'un regard bienveillant ou d'un sourire compréhensif. Ils auraient eu tous en main des crocs de bouchers et leur sourire aurait été des rictus pervers que Chizue ne se serait sentit pas plus mal, après coup, et déshonoré. L'entretien n'avait duré qu'un quart d'heure. Un maigre quart d'heure, qui avait vu défiler des questions de base, puis des questions plus poussées, pour enfin finir avec des questions déplacées, de plus en plus honteuses. Puis une phrase Un ordre. Un coup de fouet.
« Déshabille-toi. »
D'un seul coup, elle avait compris pourquoi l'entretien se déroulait dans une pièce si peu fonctionnelle. Elle avait compris la présence du lit. Elle avait compris pourquoi l'entretien était filmé.
Elle s'était levée. Puis elle était partie. Sans mot dire. On l'avait rappelée dès le lendemain pour lui dire qu'il s'agissait d'une erreur, et qu'elle était embauchée en tant que secrétaire. Secrétaire. Une employée de bureau sous-payée, car une femme, dans une entreprise où on lui avait demandé de donner son corps pour que des yeux pervers la dévorent pour être embauchée. Difficile de faire la fine bouche lorsqu'on doit payer un loyer et que papa est mort, maman est malade, et que personne ne peut aider. Chizue s'était soudain souvenu sa solitude. Pas de frère ou de sœur, pas d'ami, jamais eu d'enfant, et encore moins de véritable petit copain... Avait-elle tout raté ? Elle avait fini par dire oui, et s'était présentée aux studios. La boule au ventre, certes, mais vaillante, et le regard ferme.
On lui fit bien comprendre dès le départ que son refus de se dénuder et de sans doute se faire violer en vidéo n'avait pas été très apprécié, et elle devint la bonne à tout faire, mais surtout à faire les tâches de grouillot.
« Apportez le café, Takashi-san », « Photocopiez-moi ça, Takashi-san », « Veuillez m'appeler un taxi, Takashi-san, et vite ».
Elle aurait bien voulu protester, si elle avait eu le temps de le faire. Puis, oubliant sa mauvaise foi, elle admit en elle-même que, de toute manière, rien de ce qu'elle aurait pu dire ou faire ne l'aurait sauvée... On le lui avait bien dit. Au Japon, la femme obéit. Qu'elle travaille est déjà un grand honneur que l'homme lui fait. Alors mieux vaut pour elle de garder le silence. Elle s'était longtemps dit que son pays ne pouvait réellement être comme ça. Mais une fois adulte, elle avait bien du, par la force des choses, le comprendre, et l'accepter...
Dans le métro, elle sentit comme une main glaciale lui caresser le dos. Elle se retourna d'un bloc, prête à appeler à l'aide face au pervers qui tentait de la tripoter. Mais il n'y avait personne à côté d'elle. Le voyageur le plus proche était un vieil homme lisant un livre à la couverture verte passée, et il était à l'autre bout du wagon.
« L'angoisse, c'est l'angoisse. Il a des griffes glaciales, et il me nargue, voilà tout... »
Elle se souvint alors de Tatsuya Anazaki. Anazaki-san, le monteur. Il était sympa, et plutôt beau garçon. Et bizarrement, il était le seul à ne pas la regarder de haut, ou comme un bout de viande. Cela venait peut-être du fait qu'elle et lui faisait rigoureusement la même taille, mais là n'était pas sa pensée. Chizue avait trouvé en lui un visage apaisant, une voix calme et tranquille, qui la faisait oublier qu'elle était dans un bel enfer. Il était métisse, un sang-mêlé, sino-japonais, et ça se voyait dans des traits un peu plus ronds et moins rigides que ceux des japonais lambda. Il avait des cheveux mi-longs, lui conférant un aspect un peu rebelle, des lunettes noires, carrées et épaisses, devant un regard amusé, et surtout amusant. Il était bon, et lui tendait la main sans arrière-pensée. Elle avait trouvé un ami, et son cœur un désir. Jusqu'au jour où il lui présenta sa femme, dont il ne savait lui-même expliquer sa présence aux studios. Chizue avait vite compris, dans le regard froid et fou de cette femme grande et maigre à faire peur, que la jalousie avait trouvé forme humaine. Pas une simple jalousie adolescente. Plutôt celle qui ronge, celle qui brûle. Celle qui n'admet rien et ne recule devant rien. Les présentations furent faites, tandis que Tatsuya-san semblait on ne peut plus gêné, et elle, sa femme, Mizuo-san, on ne peut plus sûre d'avoir trouver une cible à abattre.
Tatsuya-san n'était plus revenu au travail pendant quelques temps, après ça. Chizue déglutit difficilement dans le métro, repensant à sa détresse d'avoir perdu son seul allié, la seule personne amicale à son travail.
Trois semaines après que Tatsuya ait cessé de venir au travail, les premiers phénomènes étranges étaient survenus... Un soir, elle entendit comme un objet lourd se fracasser contre sa porte, qui craqua sous le choc. Les gonds tinrent bon, mais Chizue avait eu la peur de sa vie. Il était 3 h du matin, et elle était seul dans son petit appartement en ville. Elle avait ouvert la porte, tremblante, et était tombé sur un spectacle terrible. Sur le pas de la porte, il y avait du sang.
« Sale pute »
Quelqu'un avait écrit ça avec du sang. Elle avait cru alors sentir quelque chose non loin d'elle, sur sa droite. Comme une présence qui lui avait donné la chair de poule, faisant se dresser ses cheveux et les poils sur ses bras. Elle s'était empressé de s'enfermer chez elle en hurlant, n'osant pas regarder ce qui se trouvait non loin d'elle, dehors...
Et aujourd'hui, elle était là, à nouveau. Cette présence. Plusieurs choses étranges étaient survenues avant cela. Des objets qui bougeaient chez elle, des sensations bizarres au travail, les gens qui l'évitaient, les bruits étranges la nuit, les grattements incessant à la porte, les appels téléphoniques étranges en pleine nuit, sans aucun son. Elle avait craint entendre une respiration, ou même quelqu'un hurler dans le combiné, mais non, rien... Tout ça, c'était dans sa tête. Le travail, l'angoisse, et depuis peu le retour des avances perpétuelles de certains de ses collègues. Ces porcs n'avaient que ça en tête... Pourtant, Chizue ne se trouvait pas si jolie. Elle était petite, fine sans être maigre, avait des yeux quelconques, une poitrine normale... Rien de bien excitant à ses yeux. Qu'est-ce qui la rendait tant désirable pour ces hommes ?
« C'est parce que tu n'es qu'une sale pute... »
Elle se jeta instantanément sur le côté, heurtant une barre en métal avec sa tête. Mais elle avait entendu quelque chose ! C'était là ! Elle devenait cinglée ! Cette voix... Et avant elle ces apparitions, ces hallucinations... Elle voyait une femme. Une femme terrifiante, dont elle ne voyait jamais le visage. Mais avec une bouche terrible, pleine de crocs, et totalement disproportionnée. Une femme qui apparaissait soudainement et repartait aussi sec, comme des images subliminales ! Chizue en avait assez...
« J'ai compris... J'ai compris... Je suis folle. Il faut que j'aille me soigner... Oui, loin d'ici, quelque part ! N'importe où ! »
Le vieil homme lisant son livre, choqué par le mouvement si brusque et le cri de Chizue, s'approcha d'elle, les mains en avant, inquiet pour elle. Elle n'osa pas le regarder en face, tant elle avait honte. Il demanda de sa voix frêle de grand-père si elle allait bien, et lui tendit une main secourable, pour la relever. Elle tendit sa main et prit la sienne, tremblante, pour lever les yeux vers le vieil homme, un début de sourire gêné et sincère se dessinant sur sa bouche. Son regard rencontra le néant. Deux océans noirs, deux trous comme des gouffres sans fin, où tourbillonnaient les pires tourments, surplombant une bouche au rictus démentiel, fou, nihiliste.
« Non, tu n'es pas folle, morue ! »
La bouche avait parlé sans bouger ne serait-ce qu'un muscle. C'était comme si les mots étaient entré en collision avec le cerveau de Chizue, qui se mit à hurler comme une démente, repoussant brusquement la main de ce qui était redevenu un vieil homme surpris. Elle sauta sur ses pieds, et profita que le métro s'était arrêté au même moment à une station pour en sortir, courant à en perdre haleine. Elle déambula en hurlant dans la rue, terrorisant sur son passage une mère tenant ses deux enfants par la main, et continua de courir sans regarder derrière elle. Tout le monde la regardait avec des yeux vitreux et étonnés, mais à mesure qu'elle courait, il lui semblait que ces yeux devenaient sombres, puis colériques, puis haineux. Les gens devinrent un tourment de plus, une horreur de plus, et, pour s'en protéger, elle jugea opportun de se jeter dans une ruelle sombre, échappant aux regards scrutateurs et meurtriers que le monde entier lui jetait.
« Allons, allons, petite truie... Qui fuis-tu ? Il n'y a personne derrière toi. Personne ne te veut du mal ! Car je ne suis plus personne, et ça, c'est grâce à toi! »
C'est alors que Chizue, qui jamais n'avait haussé le ton de sa vie, que beaucoup aurait pu croire muette tant sa voix restait toujours enfermer derrière ses jolies dents blanches ou derrière ses lèvres indéfiniment closes, parla enfin.
– Mais qu'est-ce que tu veux ? Tu es qui, bordel de merde ?!
Un rire étrange, presque aérien, qui semblait voleter de-ci de-là, tournoyant autour de sa tête, s'éleva. Un rire dément, mais qui semblait osciller entre le monde réel et un autre, plus distant, plus ténébreux...
« Tu as un cœur, petite truie ? Non, tu en es dénuée. Tu me l'aurais volé, je l'ai tout de suite vu dans ton œil. Tu es comme toutes celles que j'ai du égorger pour lui. A commencer par sa mère, cette vieille brebis galeuse... »
Chizue n'y comprenait rien. Qu'est-ce qui pouvait bien se passer... ? Cette voix... Il fallait qu'elle s'arrête, qu'elle se taise, qu'elle disparaisse !
« Une simple paire de ciseaux ont suffit pour déchirer sa gorge de papier ! Ah ! Son sang était délicieux ! »
Elle eut soudain une vision de rouge et de vermeille, et sa bouche s'emplit d'un goût atroce de fer rouillé. Dans la crasse de la ruelle, où s'entassaient les détritus, les poubelles pleines et les cartons, elle rendit tripes et boyaux, pleurant entre chaque haut-le-cœur.
« Puis il y a eu cette catin, à l'école, lorsqu'il enseignait dans cette maison d'attardés... Cette pute qui faisait affoler ses mamelles pour s’attirer tous les hommes ! Heureusement que j'étais là, oui ! Heureusement que j'ai été là pour lui rappeler sa juste place ! Encore avec les ciseaux, oh oui... Je lui ai fait bouffer cette partie d'elle qui la démangeait tant ! »
Une nouvelle vision heurta Chizue de plein fouet, terrible, morbide, dépassant les limites du supportable. Mais Chizue n'avait plus rien à vomir... Une forme qui avait été humaine était là, devant elle, adossée au mur gris taché d'humeurs de détritus. C'était une jeune femme, complètement nue, mais déformée. Déformée par d’innombrables plaies profondes et sanguinolentes, un œil poché, pendant de son orbite tandis que l'autre contemplait le vide, figé, d'une couleur grise, comme s'il avait commencé à pourrir. Sa poitrine était ouverte, ses seins étaient absents, et ses organes apparaissaient, trempant dans un rouge sombre écœurant.
Chizue avisa une paire de ciseaux planté dans l'entrejambe de la jeune femme, et manqua s'évanouir en voyant que l'apparition avait un morceau de chair dans la bouche. Un morceau de sa propre chair.
La voix n'avait pas menti.
–Assez ! Aidez-moi, je vous en supplie !
« Et qui viendra aider une traînée comme toi ? Tu mérites de crever ! Comme sa mère, comme l'autre vache laitière, et comme les autres après elles ! »
La ruelle s’illumina tout à coup, et les apparitions sanglantes disparurent. D'un seul coup, tout était redevenu normal, et le portable de Chizue sonnait. Fébrile, elle l'ouvrit, et répondit en pleurant et gémissant.
–M-moshi, moshi...
–Chizue-san ? C'est bien toi ?
Tatsuya-san... C'était lui, bien lui. Chizue reconnaissait sa voix. Il l'avait sauvée !
–Écoute, Chizue, je dois te parler, je dois te dire quelque chose, il faut qu'on se voit, et vite ! Il est arrivé quelque chose d'affreux...
–Ta... Tatsuya...
–Est-ce que tu vas bien ? Tu n'en as pas l'air... Tu pleures ? Je peux venir si tu en as envie, dis-moi où tu es !
–Shibuya... Près de la gare... Une ruelle...
–Je file ! Surtout, ne bou...
Sa phrase fut interrompue par des grésillements très désagréables qui meurtrirent le tympa de Chizue, qui lâcha un petit cri. Pas de douleur, mais de peur... Elle ne voulait pas rester toute seule un instant de plus ! Le téléphone se remit à sonner, et elle répondit sans même regarder s'il s'agissait bien de Testuya.
« SALE PUTE !! ! »
C'était un hurlement horrible, comme sortant des entrailles d'un monstre fait de haine et de rancœur. Elle ressentit la violence de celui ou celle qui l'avait proféré jusque dans ses os, et son cœur trembla dans sa poitrine... Elle crut se sentir mourir, avant de se ressaisir, mais son téléphone lui explosa dans la main, et elle chuta au sol, chancelante et terrifiée. De l'appareil en mille morceaux commençait à s'élever un brouillard noir agité de volute sombre ressemblant à des doigts crochus. Et c'est là qu'elle le reconnu. Ce regard. Cette froideur. Cette folie dans l’œil. Au-dessus d'une bouche remplie de dents tranchantes.
–Mizu... Mizuo-san ?
« Qui te permet de me parler avec tant de familiarité, truie ! Je ne suis pas ton amie, pas ta mère, je ne suis que ta mort. J'ai beau n'être plus qu'un esprit de plus dans le monde, je vais te faire du mal, et te voir saigner »
–Vous êtes morte ? Mais pourquoi ?
« Tais-toi ! »
Chizue ressentit comme un coup brutal dans le ventre, et fut projetée en arrière, se réceptionnant dans les ordures, sonnée.
C'était bien un yurei, finalement... Pouvait-il encore y avoir des doutes ? L'iréel semblait beaucoup trop réel. Mais que c'était-il passé ? Pourquoi Mizuo-san était-elle morte ?
« Tu voulais me le voler, tu voulais me le prendre, je l'ai tout de suite vu ! Je t'ai vu, toi, dans ton œil, tu voulais poser tes sales mains de traînée sur lui, tu voulais le voir tomber pour toi, l'attraper de tes serres de sorcières, l'arracher à moi ! »
–Vous parlez de Tetsuya ?

« NE PRONONCE PAS SON NOM ! »
Un nouveau coup, encore plus brutal, fit craquer brutalement l'épaule de la jeune femme, qui s'effondra pour de bon devant l'esprit vengeur. Son épaule était brisée, et la douleur privait ses poumons d'air. Les cheveux noirs et longs de l'apparition glissèrent sur le sol, comme une brume noire dansant dans l'air, et quatre mèches attrapèrent chacune un membre de Chizue, qui n'avait pas la force de se débattre. La douleur dans son épaule était cuisante, lancinante, et elle ne pouvait plus rien faire.
« Je n'ai même pas encore décidé ce que j'allais faire de ton sale corps de prostituée. J'ai envie de m'amuser, mais une démone dans ton genre pourrait apprécier ce genre de traitement... Et si je t'arrachais les membres un par un, pour ensuite te poignarder avec les débris de tes charmants petits os ? Ouiiiii, qu'en penses-tu ? C'est presque un destin trop doux pour toi... »
Chizue cracha soudainement quelques gouttes de sang. Le premier coup qu'elle avait reçu en pleine poitrine devait lui avoir fracturé des cottes et abîmé les intestins. Sa conscience vacillait, elle ne comprenait plus rien de ce qui l'entourait, du temps qui passait. Seul existait la douleur. Seul existait l'oubli qu'elle souhaitait atteindre. Comment ce qu'elle était en train de vivre pouvait-il être possible ? Les fantômes n'existe pas, c'est ce qu'elle avait toujours pensé. Et pourtant, Mizuo était la preuve du contraire... C'était impossible.
–Tu... N'existes pas...
La Yurei explosa d'un rire terrifiant, duquel semblait couler des cris de douleur et de terreur... Son âme était lourde de meurtres, de violence et de haine.
« Chaque douleur que je vais t'occasionner te prouvera le contraire. Et nous allons commencer maintenant ! »
–Mizuo !
Le cri semblait si lointain à Chizue qu'il lui semblait l'avoir rêvé. Elle entendait la voix de Tetsuya. Le Tetsuya dont elle était tombée accidentellement amoureuse, et qu'elle s'était de toute manière interdit d'approcher après l'avoir vu avec sa femme. Jamais elle n'aurait pu l'avoir. Son honneur l'en aurait toujours empêché, et cette femme qui l'avait haïe dès le premier regard lui prouvait que jamais elle n'aurait pu l'approcher. Et pourtant il était là, il venait à elle. Mizuo la lâcha d'étonnement, et son corps tomba à terre, comme une poupée de chiffon, totalement désarticulée. Elle sentit quelqu'un s'agenouiller à ses côtés, et lui soutenir la tête. Elle ouvrit les yeux avec difficulté, et vit Tetsuya. Son Tetsuya.
L'esprit hurla de rage et de colère, et la ruelle devint un puis de ténèbres.
« Je l'avais dit ! Qu'elle tenterait de le voler à moi ! Je l'avais dit ! Sale truie, avec un traître ! Tetsuya, tu m'as trahi ! Devant mon cadavre, tu as osé me trahir ! »
–Tu t'es suicidée pour ton chantage ! Comment peux-tu parler de trahison ? Après m'avoir avoué avoir tué toutes les femmes qui ont fait irruption dans ma vie... Depuis que nous sommes petits ! Tu les as toutes tuées ! Même ma mère !
« Ces salopes voulaient t'éloigner de moi ! Elles l'ont toutes mérité ! Et maintenant, toi aussi tu le mérites... Après tout ce que j'ai fait pour toi, tu me rejettes à nouveau... Je vais te tuer, Tetsuya. Parce que je t'aime, je vais te tuer, toi... et ta pute ! »
Il y eut de grands bruits, des grands mouvements, et Tetsuya qui tentait de protéger Chizue de son corps, si petit, autant qu'elle, soit-il. La Yurei hurlait à la mort, et ses cordes vocales fantomatiques grinçaient comme deux scies en métal se frottant l'une à l'autre... Puis, un silence étrange, et Tetsuya qui criait.
–Petit, non ! Ne reste pas là !
Chizue vit un enfant rentrer dans son champ de vision. Un petit bonhomme d'à peine six ans. Qui regardait la Yurei, droit dans les yeux, sans trahir ne serait-ce que la moindre peur. Ni la moindre émotion.
« Ah ! Encore de la viande ! Plus de sang ! Tu seras le premier ! »
Mizuo se jeta sur l'enfant, en un enfer de cheveux tranchants comme des rasoirs, de griffes effroyables, de hurlements de bêtes, d’outre-tombes, puis la tension retomba.
Le garçon avait levé un doigt. Un simple doigt. Et ce doigt pourfendit Mizuo, qui, dans un dernier hurlement, qui ressemblait au bruit que faisait un ballon de baudruche en se vidant furieusement de son air, explosa en volutes d'ombre. Le calme se fit à nouveau dans la ruelle. Les bruits de la ville revinrent de plein fouet sur eux, comme si rien ne s'était jamais passé. A à peine vingt pas se trouvaient des gens, qui vaquaient à leurs occupations, sans se soucier de ce qui se passait dans la petite ruelle sombre, où s'entassaient les détritus, les cartons et les poubelles pleines. Tetsuya était abasourdi, et ne savait que dire. Chizue fut la seule qui réagit. Elle réussit à se convaincre de ne pas sauter sur celui qu'elle aimait pour l'embrasser tendrement pour d'abord remercier l'enfant. Ce devait être un ange-gardien, ou un bon esprit ! Il les avait sauvés tous les deux... Et elle devait le remercier.
–Je te remercie, mon pet...
En une seconde, il ne resta plus de Chizue et de Tetsuya que deux énormes traînées rougeâtres, de la bouillie faite de peau, de cervelle et d'organes explosés, éparpillés sur le sol, sur le mur, sur les détritus, les cartons et les poubelles pleines. Les deux amants explosèrent d'un seul coup. Leur yeux éclatèrent en premier, instantanément. Leurs os cédèrent sous une pression étrange, ressemblant à une onde de choc provenant de nulle part. Puis la peau craqua, se déchirant par endroit, se coupant à d'autre, formant des bulles qui explosèrent à encore d'autres endroits. Puis les organes se ratatinèrent, la cervelles gicla, et le sang fut le dernier à s'éjecter hors des deux corps. Dans le calme, dans l'indifférence, ils étaient, puis n'étaient plus.
L'enfant regarda sans le voir son macabre travail, puis se détourna, mettant les mains dans les poches de son petit pull à capuche, râlant d'une voix nasillarde, la démarche nonchalante.
« Ah ! De nos jours, ce que les jeunes Yureis peuvent être bruyants ! »

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