Histoire d'une histoire

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Ils ont passé de longues heures, des jours et des nuits à s’écrire, à échanger leurs pensées, leurs sourires, leurs envies.
Ensemble, ils ont donné naissance à « Elle et Lui ».
Le temps. Il était temps. Du moins le pensaient-ils chacun dans leur solitude.
Encore des lettres, des messages. Des conversations au téléphone.
Le jour arriva :

ELLE est là. ELLE va rentrer.
Plus d’échappatoire.
Un gros soupir et ELLE entre... Allez courage !

Pourvu qu’ELLE ne s’emmêle pas les pieds sur le tapis.
Pourvu... Et là un film qu’ELLE avait trouvé attendrissant, joli... un conte pour adultes.
Une comédie sans prétention mais qui fait remonter des tas de sensations.
L’histoire: Elle, belle geisha, oui... occasionnelle dirions-nous... ELLE a aussi envie de dire cela d’ELLE... pas belle dans le sens physique mais « pute » oui.
Comme pour se donner du courage.
Lui, un Pygmalion mûr et sûr. Sûr de ce qu’il sait, de ce qu’il a, de ce qu’il est...
Elle, sublime : Roberts était sublime. Richard Gere, séduisant bien sûr, surtout son regard, et son sourire qui ne s’ouvre pas complètement.
Sinon, non. En y pensant, il a une « beauté » un peu trop convenue, dessinée.
ELLE n’aime pas.
Et alors ? Là n’est pas le sujet.
Pourquoi pense-t-ELLE, là dans ce hall d’hôtel, à ce film... C’est vrai. ELLE a aimé quand Richard G. a emmenée Julia R. à l’opéra et que la voyant pleurer d’émotion, il a senti en lui cette bouffée.
Comme s’il était à l’origine de quelque chose qui naissait enfin, comme une source qui semblait tarie et qui venait là, couler, sans qu’elle en ait conscience.
ELLE a follement aimé ce passage. Et même ELLE a éprouvé des émotions doubles au même moment.
ELLE était "la" superbe Julia R., enfin ses émotions, pas « elle », qui pouvaient se déverser là. Et, ELLE était à la fois Richard G.
ELLE ressentait sa fierté à faire naître ces émotions, en avoir permis leur expression.
La sensation d’un artiste devant son oeuvre. Mais jamais finie, toujours à parfaire, à retoucher...

Re-toucher... Encore un gémissement.

Il faut qu’ELLE avance. Plus de faiblesses.
Mais pourquoi pensait-ELLE à cela maintenant ?
Une fulgurance.
ELLE sait : Sa voix. Sa musique.
Et ce n’est vraiment pas le moment qu’ELLE pleure ou que ses yeux semblent s’être noyés.

ELLE gémit intérieurement. Enfin, ELLE espère que c’est intérieurement. ELLE regarde devant ELLE.

IL lui a dit... vous viendrez à moi, Ma Salope.
Et ELLE, ni pute, ni soumise s’est rendue au rendez-vous.
IL lui a dit... je vous attendrai au bar.
Et ELLE savait que ce « je vous attendrai » voulait dire : « ne vous avisez pas, vous, de me faire attendre. »
ELLE allait obéir car ELLE ne pouvait résister à cette voix.
Rien que sa voix. ELLE lui était source de délices si charnels.
ELLE était sûre qu’IL savait en jouer.
Comme ELLE était sûre qu’à travers sa voix à ELLE, IL l’avait devinée.
ELLE se sentait « nue » et étrangement ELLE aimait ça.
Même si son esprit se rebellait encore. A le sentir régenter ses pensées à distance.

Là, ELLE se dirigeait vers ce bar d’hôtel.
ELLE ne savait ce qui l’attendait.
ELLE savait ses exigences. IL les lui avait fait connaître.
ELLE savait aussi qu’IL ne lui avait pas tout dit encore.
ELLE avait osé lui dire ce qu’ELLE n’accepterait pas.
Pas très certaine d'ailleurs d'avoir envie de refuser quoi que ce soit...
LUI a fait comme s’IL n’entendait pas.
Mais ELLE sait que pour certaines choses, ELLE tiendra bon...enfin elle aime à se rassurer ainsi.
A moins qu’IL ne lui fasse subir un envoûtement.
Crainte et désirs mêlés, ELLE allait.

De plus, s’IL lui avait dit tout de ses exigences à LUI.
ELLE ne sait même pas ce qui lui plaît en ELLE.
Il n’a daigné lui dire. Et cette incertitude le lui ferait détester presque.
Après tout, ELLE n’en sera quitte... de quoi ?
ELLE le désire tellement.
Tout lui plaît déjà en LUI.
Ses « je le veux », impérieux.
Et ses aveux qui ne veulent pas en être.
Ses « ma petite fille » semés incidemment,
Ses « ma sublime salope » claquant comme des coups des fouets sur ses reins.
Et qui la faisaient mouiller à ne plus savoir comment étancher ce désir.
Ses aveux faits comme à contre cœur quand , les premiers temps, où tout avait basculé,
ELLE lui répétait qu’ELLE était partout avec LUI, moments futiles ou importants ou très intimes.
IL lui a dit qu’IL en était troublé.
Au travers de leurs échanges, malgré ELLE, ELLE s’est entendue gémir. ELLE a aimé qu’IL sorte cela d’ELLE.
De cette façon, de cette voix.
ELLE jouissait de ses mots, de ses silences où ELLE ne savait plus si ELLE allait en mourir ou si ELLE allait en renaître.

Et alors, ELLE a pleuré, ELLE n’a pu empêcher ses larmes de jaillir, ELLE a joui de ses larmes en se disant, en s’avouant :

« J’ai aimé. Le jeu. Les regards.
Le genre de regard qui dit.
Et puis le sourire.
Les yeux qui voulant attraper, je ne sais quel mot... qu’il connaissait déjà.

Si ce n’était le lieu... j’aurais aimé jouer longtemps... à prendre ses mains.
Les mettre sur ma bouche. J’aurais tant voulu qu’elles viennent sur ma nuque et m’ordonner silencieusement de m’agenouiller.
J’aurais voulu aussi encore jouer.
Il m’horripile car il semble connaître avant que je n’exprime, ce que je ressens.
Son sourire entendu, légèrement moqueur. Comme s’il me disait : c’est cela, joue, joue.

A moins qu’il ne vérifie avec moi ce qu’il a déjà pressenti ou vérifié chez d’autres ?
J’y songeais. A chaque sourire. Je déteste délicieusement.
A chaque mot qu’il allait chercher dans l’espace sans que ses yeux ne rencontrent les miens.
Si ce n’était LUI, je l’aurais déjà fait griller, retourné et retourné encore. Mais ce regard.
Le regard des hommes, flatteur. Celui qui regarde au fond des yeux.
Celui qui va chercher autre chose que simplement une peau sur laquelle se rassurer. Un pont entre deux pensées, deux désirs, deux attentes qui s’épousent dans l’espace avant que de se joindre du bout des doigts.
Oui, ça, ça me transporte, me fait vouloir aller plus loin, encore plus loin.
Qu’il ose, mais qu’il ose donc !

Je lui en veux de ne pas oser. »

Flash back :
Une respiration saccadée. C'est ELLE. ELLE sait que c'est LUI mais ELLE ne LE voit pas.
Est-ce LUI qui la fait chavirer ainsi ou seulement l'émergence de ses désirs de sensualité enfouis?
Pourquoi est-ELLE certaine de se sentir bien ainsi perdue dans ses bras ?

IL songe que ce sera une fabuleuse idée de lui laisser ses quatre sens en la privant de la vue; la première caresse offerte, celle de la soie sur ses yeux. ELLE sera aveuglée sans l'être.

"Que me soufflera-t-il à l'oreille ? Comment me caressera-t-il ? Comment nos corps s'épouseront-ils ? Mon âme aura-t-elle rejoint la sienne ?" se demande-t-ELLE sûrement.

Pas d'autre réponse que le noir encore et toujours, et ses soupirs persistants.
Des flashs lui reviennent, se succèdent devant ELLE comme sur un écran de cinéma, sur l'écran de ses yeux clos.

Où qu'ELLE aille, ils sont là. Et c'est précisément cette présence constante qui l'irrite, lui fait peur, l'affole; ELLE ne veut pas de cette invasion, ELLE se complait dans la légèreté teintée d'éphémère, ignorant encore que c'est justement dans l'invasion de notre forteresse qu'on trouve le sourire de la dérision nécessaire.

Pas d'échappatoire, pas d'issue, même en fermant les yeux ils sont là, partout, devant, autour, dedans.
Une main sur sa poitrine, un frémissement de sa peau, bouche entrouverte, pied glissant sur le drap, cœur palpitant, téton dressé entre pouce et index, soupir, croupe qui se cambre, épaule où se blottir, fesses en mouvement, larme qui s'écoule au velouté de la joue, cuisses entrouvertes, verge dressée, rires, muscles qui jouent sous mes mains agrippées à son dos, jambes écartées, sexe ouvert, offrande brûlante d'une vulve gonflée de mille désirs, murmures, doigts emmêlés, bouches qui se cherchent, c'est bon, envie, plaisir, reins pailletés de sueur, chaleur, feu, étoiles dans ton ventre bouillonnant, ton sexe en flamme,

"Oh, quand donc va-t-il se décider à prendre mon cul, à me fouiller de fond en comble" se dit- ELLE in petto et, une fois encore, ELLE est effarée de la violence crue de ses envies. et IL devine ses pensées, encore, gémissements, langue à langue, plaisir, baisers, caresses, excitation, viens, enlace, en face, embrasse, embrase, avive, attise, arrive, enfile, crie, épie, suit, poursuit, oh oui, enfouis, jouis, infini, éblouis, vite, en vit, en vit... en... vie... en...

IL est plus vieux qu’ELLE.
Serait- ELLE plus timide qu’effarouchée ?
ELLE a eu besoin de LUI dès les premiers mots.
Ses mains découvriront son buste, ELLE le sait.
Il la prendra dans ses bras, elle oubliera ses craintes
Ses lèvres s’approcheront...les siennes brûleront...
Ce contact la transporte déjà si loin.

ELLE lui en veut de ne pas oser.
Plus vite.
Plus fort.
Plus loin.

IL a rêvé de ses mots
Ou était-ce ELLE qui désirait ses mots
Ils résonnaient en échos

IL a rêvé de son odeur
ELLE l’aurait enivré en douceur

ELLE découvrira sa voix, il ne peut en être autrement
ELLE sait, elle pressent que sa voix la mettra en émoi.
ELLE prend conscience qu’ELLE divague, ELLE connaît déjà sa voix...

Dans le secret de son cœur, ELLE lui parle toutes les nuits
Bien souvent, tendrement, ELLE le nomme mon Ami
Dans le secret de son cœur, Il lui murmure doucement
Que toujours, IL sera là même dans les plus durs moments
Comme une folle litanie ELLE invoque mille fois son nom
Et elle se sent protégée par Lui qui est son démon.
Dans le secret de son cœur, ELLE ne le vouvoie jamais
Parce que c’est ainsi que leur accord est parfait
Cela n’empêche nullement la plus grande des Tendresse
Qui vole vers eux tout le temps comme une douce caresse.
Dans le secret de son cœur, tout le temps ELLE pense à LUI
ELLE se voit bien tranquillement reposant entre ses bras
C’est alors que, simplement, ELLE pourrait dire comme Barbara
« Vous Monsieur, la plus folle histoire d’Amour c’est Nous. »

Mais, ELLE sait qu’ELLE ne peut plus reculer, ELLE ne le veut pas.
ELLE se souvient qu’IL lui a dit... « vous viendrez à moi, Ma Salope. »
Et ELLE, ni pute, ni soumise s’est rendue au rendez-vous...
IL lui a dit... je vous attendrai au bar.

ELLE sait qu’il est plus vieux qu’ELLE.
ELLE n’a jamais osé LUI dire que la différence d’âge lui plaisait.
ELLE en avait trop rencontré, connu, parfois aimé, des hommes de son âge.
Trop souvent immatures, sans grande expérience mais matamores.
ELLE sait qu’elle est en perdition et elle recherche avidement un guide,
un homme qui a vécu, qui connaît la vie mieux qu’elle, un homme capable
de lui montrer le chemin, à la fois attentif, prévenant, mais autoritaire,
n’ayant pas peur de montrer sa tendresse.
ELLE se fout de son âge, elle ne cherche pas un étalon.
IL lui est apparu si mûr, si cultivé, tellement cérébral.

ELLE est là, maintenant...

ELLE lui en veut vraiment de ne lui avoir rien dit.
ELLE lui a demandé comment il souhaitait qu’elle soit habillée, par exemple,
Maquillée un peu ou beaucoup, en robe ou en pantalon.
Rien ! Pas une seule indication. Juste quelques mots anodins mais provocateurs :
« Faîtes donc selon votre inspiration, rendez-vous belle, si vous voulez me séduire »
ELLE l’aurait giflé. En pensée seulement.

ELLE L’aperçoit, tranquillement assis dans un profond fauteuil anglais.
Un très léger sourire aux lèvres, son regard la suit.
« Pourvu que je ne me prenne pas les pieds dans le tapis... Bon pas de tapis.. »

ELLE se sent rougir. Sans rien comprendre, son sexe mouille instantanément.
En quelques secondes, ELLE pas en revue mentale sa tenue.
ELLE voulait ne pas mettre de culotte, le provoquer, enfin prendre l’avantage.
ELLE n’a pas osé, craignant que si... IL devait s’en apercevoir, IL la trouve vulgaire.
Pas après pas, ce bar lui paraît interminable, ELLE s’approche.
Lentement, IL se lève, les yeux fixés dans les siens.
ELLE va pour l’embrasser ; quelle erreur ! IL prend sa main, la fixant intensément,
la porte à ses lèvre ; non, il ne fait pas un baisemains. ELLE découvre ce que peut être un baise-doigts, tout à la fois léger et tonitruant.
A-t-ELLE la teinte d’une cerise, d’une tomate, d’une pivoine ?
C’est ELLE maintenant qui s’en veut de ne pas oser.
Que vont-ils oser ?

Fin 1ère partie
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De margotin · il y a
Une histoire qui me parle.
Je vous invite à découvrir mon Dessin. Merci beaucoup
https://short-edition.com/fr/oeuvre/strips/au-bord-de-la-plage-1

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