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Histoire de guérison

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Philomène

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Toute histoire commence un jour, quelque part. Mon histoire de guérison a, malheureusement, commencé le jour où je tenais un couteau sur mon avant-bras, embarrée dans la salle de bain. Mon conjoint à l’époque frappait à coup de poing sur la porte alors que je goutais les lames salées et incroyablement douloureuses qui coulaient sur mes joues jusqu’à ma bouche et que j’entendais mon bébé pleurer dans sa chambre. Je n’avais que 19 ans et déjà je me demandais comment j’ai pu aboutir à ce point de désespoir dans ma vie. Qu’avais-je fait de si grave pour mériter une situation de violence conjugale qui m’a fait sentir de façon si insidieuse que je n’étais qu’une vaut-rien? Comment me retrouvai-je si brisée alors que j’avais un enfant à élever? D’ailleurs... comment est-ce que n’importe qui aboutit ici? C’est mon enfant qui m’a sauvé ce jour-là et les jours à venir.
J’ai réussi à quitter cet homme et me sentir libre encore une fois. C’est comme si du jour au lendemain, je retrouvais des ailes. Je vivais seule avec mon enfant et j’ai commencé mes études pour devenir infirmière. J’ai réussi et je suis devenue une professionnelle de la santé qui reflétait en partie mon plus grand désir que j’avais quand j’étais jeune, soit de devenir guérisseuse. Malheureusement, les idées noires sont revenues comme un esprit sournois qui se faufile dans le corps d’une victime. Je voulais encore une fois m’enlever la vie, puisque j’avais peur de tuer un de mes patients. J’étais compétente à mon travail, sans aucun doute, mais mon angoisse me paralysait et m’empêchait de m’améliorer. Je n’ose pas penser à ce que je serais devenue si j’avais cherché de l’aide à ce moment-là, par peur de sombrer dans la tristesse et le sentiment d’échec encore une fois. Qui sait? Je serais possiblement retournée aux études afin de me perfectionner. Malheureusement, cette histoire n’est pas un conte de fées qui se termine par «... et ils vécurent heureux ». Non. Cette fois, je regardais les fioles d’insuline extrarapides au travail et je me disais que ce serait facile. Si facile. Je le ferais, bien sûr, un soir lorsque j’irais me coucher et que ma mère garderait mon enfant et que mon mari travaillerait de nuit (j’avais rencontré l’amour de ma vie, mais ce sera une autre histoire racontée un autre jour). Ainsi, mon corps aurait suffisamment de temps pour mourir. J’envisageais le tout, j’imaginais mon plan, mais chaque fois, je voyais le visage de mon enfant et je pensais que je ne pouvais pas le laisser seul dans la vie sans sa mère. Il était si jeune. J’ai alors changé de profession et mes idées noires, tout comme mon démon, se sont dissipées encore une fois.
J’ai travaillé dans les limbes par la suite avant de me trouver un poste que j’aimais vraiment avec une équipe de travail exceptionnelle. Par contre, mon poste a été aboli parce qu’il n’y avait plus de fonds pour ce genre de projet. Je suis donc retournée aux études en enseignement du français au secondaire. Mes études vont bien et je vis mes deux premiers stages avec succès. Je réussis aussi à travailler dans le domaine de l’éducation et j’aime ça. J’aime mon école, mes élèves, ainsi que les hauts et les bas. Certes, je vis parfois du stress que je réussis quand même à gérer jusqu’à ce que je fasse mon troisième stage. À ce moment-là, je frappe un mur et je frappe le fond. J’étais associée à une enseignante avec laquelle j’avais très peu d’affinités dans un milieu qui ne me ressemblait pas du tout. Mon stress s’est transformé en anxiété. Mon anxiété est devenue de l’angoisse et le démon avec ses idées noires a refait surface. Je quitte mon stage et je commence à m’avancer doucement sur le chemin de la guérison.
Je m’aperçois que mon diable anxiogène doit être vaincu, car il empoisonne tellement ma vie professionnelle, que je ne me vois pas comme étant une personne digne de valeur. Alors que plusieurs me regardent avec admiration, je me regarde avec dédain. Autant que je me trouve belle physiquement, je me trouve nulle psychologiquement. Je ne me vois pas comme étant une personne assez valable pour porter le titre de professionnelle, ce qui est une distorsion cognitive du plus haut niveau, j’en suis consciente (car j’en ai connus desdits « professionnels » qui ne mériteraient jamais untel titre). Cette expérience de vie, puis le soutien de la part de mes amis et ma famille, m’ont fait prendre conscience de deux choses. Tout d’abord, les humains sont horribles envers eux-mêmes et, trop souvent, envers les gens de leur entourage. D’ailleurs, je me demande comment des gens qui travaillent avec des enfants, des malades ou d’autres personnes vulnérables peuvent être si méchants. Ce que j’ai constaté dans la majorité des milieux professionnels où j’ai œuvré est que les gens préfèrent médire sur autrui et rabaisser leurs collègues plutôt que de leur venir en aide. Je dois avouer ici que je ne fais pas exception à la règle, que je ne suis pas meilleure que les autres, parce que ça m’est arrivé de parler en mal des gens. Par contre, je m’en aperçois maintenant, puis je sais que je ne blesserais jamais intentionnellement personne... sauf moi-même... ce qui m’amène à mon autre constatation : tu dois t’occuper de toi avant tout. Je sais que c’est une phrase clichée, mais une, néanmoins, qui doit être mentionnée et renforcée quotidiennement. Avant de pouvoir aider les autres, tu dois t’aider toi-même. J’ai fini de courir et de me sauver de ma vie. J’ai fini de m’en vouloir pour des stupidités ou de me laisser rabaisser par des gens qui ne valent rien dans ma vie. J’ai un problème. Je n’ai pas de diagnostic à présent sauf un soupçon d’anxiété professionnelle légèrement teintée d’anxiété de performance (quelle surprise!) Je cherche de l’aide. Je me sors graduellement de mon trou noir. Et je réussis à combattre mon démon au jour le jour. Je suis consciente que je suis ma pire ennemie. Maintenant, j’essaie de retrouver cet amour envers moi-même afin que je puisse venir en aide aux autres par l’entremise de l’enseignement. Comme le disait l’écrivaine américaine Marianne Williamson « Quand nous sommes libérés de notre propre peur, notre présence libère automatiquement les autres. »

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Fabregas Agblemagnon · il y a
bonne chance.
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