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Torpeur

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Je donnais entière satisfaction. Je remplissais tous les critères possibles. On n'attendait de moi d'être bon à l'école, de savoir lire, écrire et compter. J'aimais lire, j'avais une très très belle écriture, presque calligraphiée. Et pour compter, j'étais champion. Toujours le premier à avoir terminé les multiplications, toujours neuf ou dix sur dix. Les appréciations étaient : très bien, mais très réservé, ne participe pas. Timide et réservé. Elève effacé. Toujours à l'écart des autres. M'enfin, avec des notes pareilles, les adultes de l'entourage étaient fiers.


Collège.


Oh, comme il a grandi, ça grandit vite, à ces âges-là. Déjà ? En sixième ? C'est très bien, et ta maman m'a dit que tu étais très fort en maths, c'est très bien. C'est facile à cet âge là, il n'y a aucun problème.


Hier, un grand du collège m'a pris à partie, avec sa bande, dans la salle des casiers. Il m'a crié de dessus de toutes ses forces en me braquant un flingues à billes contre la tempe et en appuyant très fort.


Donne moi ton tour de cou et ton tour de taille, je vais te tricoter un pull pour ton anniversaire, ce sera une belle surprise.


Je fais profil bas en sortant, l'hiver il fait déjà presque nuit, les grands fument sur le trottoir d'en face et me lancent des mots pour les rejoindre. Je ressens des grosses montées d'adrénaline, continue à fixer le sol en marchant. L'un d'entre eux, beaucoup plus vieux, leur vend des trucs bizarre.


Dis moi est ce que tu t'intéresses encore aux petites voitures ? Ça va bientôt être Noël, on ne sait pas quoi t'offrir. Une grande Porsche, pour mettre sur ton étagère ?


Hier un sixième d'une autre classe s'est fait injecté un truc d'une seringue par le mec plus vieux. Le flic qui fait la circulation a deux pas à tourné le regard dans l'autre direction.


Si tu veux, je préfères que tu restes à la maison encore un jour ou deux, tu as raison de ne pas vouloir refiler ton rhume à tes camarades de classe.


Et bien merci, ça m'évitera de croiser le chemin d'un collègien plus gros, plus fort, qui cherche à me racketter, toujours en vain pour le moment.


Au fait, cela fait longtemps que tu ne nous parle plus, à peu près depuis l'entrée au collège. Tout va bien ? Tu as des amis ? Jamais personne ne vient à la maison, et tu n'es jamais invité pour les anniversaires ? Dépêche toi de mettre la table, ton père va rentrer d'une minute à l'autre, et s'il voit que tu n'as encore rien fait, ça va encore barder tu sais comme il est.










Je sais qui est qui, sans avoir besoin de vous regarder. Je sais qui est qui, car je connais par cœur les chaussures des gens. Je vous reconnais par vos chaussures. J'aime pas tellement vous regarder dans les yeux, encore moins communiquer avec vous. Parler, oui, je sais à peu près faire, mais pour de ce qui est de communiquer, et d'interagir, ça va être plus compliqué. En gros, je n'y arrive pas, ou bien au prix de longs efforts.


Le matin, avant de me rendre au lycée, je stresse j'angoisse, j'ai la boule au ventre. Physiquement, rien ne peut me distinguer de mes semblables, à peu de choses près. Mais c'est pour tout le reste. J'y arriverais pas. Le prof d'histoire géo a demandé que l'on fasse des exposés, et en petits groupes. C'est le "petits groupes" qui m'a fait bizarre. Même chose en français. Travail en groupe. Repartissions des taches, mise en commun, collaborations diverses en variées, peut être même devoir se rejoindre des dans lieux inconnus.


J'ai pas la tête aux études, un truc s'est mis à clocher, en moi. Ça devient flagrant. C'est une immense difficulté à interagir dans ce monde. Je ne suis pas dans mon élément. Travail en groupe, nouvelles amitiés, nouvelles attentes, moi à la traine. En mode observation, en immersion dans un nouveau monde. Tout est différent, je comprends rien, je n'ai pas le manuel et personne ne me voit ainsi désemparé. La moquerie est facile. Mise au ban. Les professeurs pointent ma 'chute libre' mais ne me proposent rien.



Paf, c'est tombé : prochain trimestre en sport, ce sera piscine. J'ai pas de mots. Début de l'absentéisme. Un cours, puis deux, puis trois. J'n'étais pas moins bête qu'un autre, mais malgré moi, tout a changé. Je me dis que je suis peut être pas comme eux, pas d'ici. Je me sens différent, je traine mon malheur. A pas pouvoir m'adapter, je cherche des échappatoires.


Jeux vidéos très addictifs. Barres aux céréales et au chocolat, par dizaines et dizaines.


Et à la maison ça se passe mal, ils disent que j'ai un poil dans la main, que je suis limité, que j'ai droit à rien vu mes résultats. L'autre est parti de la maison, et personne ne m'a prévenu qu'il changeait de ville pour ses études. Ca fait un vide, je comprends pas pourquoi on ne me dit jamais rien à moi. Et je me suis disputé avec le seul copain que j'avais au lycée. Je n'ai jamais pu tenir une relation longtemps, les gens se lassent ou vous voir ailleurs. Vivement que tout ça se termine, hâte de continuer ma partie de jeu vidéo, je ne pense qu'à ça, et l'ordinateur ne m'a jamais rejeté, lui. Tout n'est pas si noir, mon oncle va m'emmener à une exposition de voitures anciennes, il me laissera peut être conduire sa citroen ds quelques mètres.



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Non, je n'ai pas d'ami. En arrivant, je ne connaissais personne. Je fais mes jours, ne cherche ni les histoires ni les embrouilles. Toujours profil bas, jamais un mot plus haut que l'autre. Je suis encore seul. J'ai mis tes photos sur les murs, tes lettres aussi. Tu m'aides à tenir.


Le lit est fait tous les matins. On descend pour le petit déjeuner, tous ensemble. Je ne parle à personne et n'ai toujours pas réussi à me faire de connaissances. Je n'y arrive pas, de ce côté. Comme toujours. En rentrant dans ma 'chambre', je préfère appeler ça comme ça, je fais mes séries de pompes et d'abdos, ça aide à tenir le quotidien.


J'arrive à imaginer une partie de jeux vidéos, j'arrive à me rappeler le goût du pain frais et du jus d'orange. J'essaye de ressentir le vent sur moi, je ferme les yeux, je me crois dans la forêt, dans mon coin. Je serre les poings, l'autre jour, j'ai donné un gros coup dans le mur, j'ai eu mal au poignet pendant trois jours. Je plie une feuille de papier en quatre pour me griffer fort la peau avec.


La nuit c'est soit les cauchemars, soit l'insomnie. Je me réveille toutes les deux heures. Demain, après demain, toujours pareil. Chaque jour, je me prends les pieds dans le tapis, je me suis dégôté un crayon et j'écris encore et toujours. Je rêve de revenir en arrière, pour faire les choses différemment. Est ce que tu m'attendras. Je rêve de chocolat chaud, en regardant des films idiots. A part le crayon, je n'ai qu'un sac de frappe pour m'exprimer.


Les oreilles qui bourdonnent, les yeux un peu rougis. Y'a que des chiens, ici. Ça peut péter d'un instant à l'autre, il suffit d'un rien. J'arrive à me souvenir des paroles de musique que j'écoutais. Toujours les mêmes. Je me souviens aussi de l'éclairage vert de ma vraie chambre. Envie d'une partie de foot, regarder les étoiles à la plage, toute une nuit durant. Peut être un jour, j'apprendrais leurs noms ?


Je fais que de lire, pour passer ce maudit temps. Pour combler mes lacunes, j'apprends, je potasse, je lis. Pour oublier que j'ai chaud, que ça boue, que des fois, j'aimerais, tu sais. Je dis pas. Ça tient tellement à rien, cet ensemble repose sur une immense fragilité. Un château de cartes. Ces trucs là ne tiennent jamais vraiment longtemps, hein. C'en est à peu près là, que j'en suis, encore.


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Les bipèdes, ici, trainent tous
leurs soucis sur les épaules
et
on lit l'épuisement en chacun d'eux
personne ne s'aventurerait par ici
on est tous mal placés
on se dérange pas
quand les lumières sont tamisées
seules les lames brillent
le fond des yeux est terne
le fond des verres est vide
car
le fond des choses les a tous démolis
même prévenus,
ils ont tous foncé dans les pièges
froncé les sourcils
et
foncé dans le tas
rêve de revenir à la surface
mais pour quoi faire
l'air et pollué et
nos pieds ne nous portent plus
chacun ses zones d'ombres
respecter l'espace personnel
on s'accepte tacitement
on ne croise aucun regard
esquive les sales coups
mise tout sur les gros coups
le silence d'abord réconfortant
tôt ou tard
deviendra pesant
un jour peut être, tout bousculer
sortir de l'apathie
dans laquelle les vies sont plongées
mais à quoi bon,
à quoi bon,
puisque non
on n'est pas d'ici

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