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Je m'appelle Lise, si vous lisez ceci, cela signifie, que je suis morte... Mais avant de connaître les raisons exactes de ma disparition, laissez-moi vous raconter mon histoire...
Tout a commencé durant l'été, un an avant mon départ. Je venais de débarquer de la Grosse pomme avec mes parents. Cette nouvelle vie à Los Angeles, s'annonçait joyeuse et pleine de belles rencontres, enfin c'est que je me disais... La maison où nous allions vivre était grande, perchée sur les hauteurs de la ville, un endroit idéal pour entamer une nouvelle existence. Oublié les mésaventures passées, mais j'allais très vite déchanter. Une semaine après notre arrivée, j'ai fait la connaissance de Jessica. À partir de ce moment-là, le pire allait se produire... Je ne la connaissais pas auparavant, mais des filles comme elles, j'en avais connu dans mon ancien lycée. J'aurais dû m'en méfier comme de la peste, mais j'étais bien trop heureuse de pouvoir me faire une copine. Cette voisine dont le sourire angélique masquait ses véritables intentions, a été la cause de tous mes malheurs. Une semaine après notre rencontre, je dormais chez elle, pour la première fois. Mes parents en été heureux, après ce qui s'était passé, j'en avais bien besoin, selon eux. Ce devait être une soirée pyjama juste entre nous, mais ça n'a pas été le cas. Elle a profité que ses parents étaient de sortie, pour inviter des garçons. Trois garçons, dont Brent, son petit copain. Ce beau garçon brun, musclé, était le capitaine de l'équipe de basket-ball du bahut, d'après ce que Jessica m'avait raconté. Dès le premier regard, je me suis sentie mal à l'aise en sa présence. Jessica avait certainement remarqué mes réticences, puisqu'elle était venue auprès de moi, me chuchoter quelques mots. Quelques instants plus tard, la musique résonnait dans la demeure. Les garçons picolaient comme des trous et elle, dansait en cercle autour d'eux, comme si elle cherchait à les aguicher. Je les fixais du salon, avec l'envie de m'en aller, mais je ne l'ai pas fait, j'ai eu tort... Emportés par l'alcool qui coulait à flots dans leurs veines, les trois garçons se sont approchés de moi. Plus je les repoussais et plus ils se collaient à moi comme de la glu. Jessica ne disait rien, elle se contentait de sourire, un verre à la main, comme si ce qui allait se produire par la suite, était ce qu'elle avait prévu depuis notre rencontre. Tout à partir de là, se produit rapidement. Deux garçons me tenaient les mains fermement, tandis que l'autre enfilait un préservatif et me pénétrait de force. J'avais beau crier, me débattre, les suppliais d’arrêter, ils continuaient de plus belle. Lorsque l'un avait terminé, l'autre prenait sa place et vice versa, jusqu'à ce que je m'évanouisse. Tout me paraissait irréel. Pourquoi cela m'arrivait à moi ?! Lorsque j'ai repris connaissance, ma culotte gisait sur le sol de la terrasse, je me suis vite rhabillée et j'ai couru jusqu'à la porte d'entrée. C'est à ce moment-là que les trois garçons se sont rués sur moi et m'ont agrippé la gorge avec force, me menaçant de mort, si j'en parlais à quelqu'un. Jessica était là elle aussi, ce sourire niais au bout des lèvres, alors que je venais de me faire violer.
— A partir de maintenant, s'était-elle écriée, tu nous appartiens. Ou que ce soit, si mes gars ont envie de te sauter, tu ne diras rien et tu te laisseras faire, ou je te promets de te couper ton joli cou.
J'avais répondu oui à plusieurs reprises, effrayée et prise au dépourvu de ce qui venait se produire. Lorsque je rentrai à la maison, je montai directement dans ma chambre, sans me faire remarquer et fila sous la douche. Mon pubis me faisait mal à en crever. Je me sentais sale. Comment arriver à ne rien dire à mes parents ? Je n'ai rien dit ce soir-là, encore moins les mois qui ont suivi. J'étais devenue leur trou officiel, celle avec laquelle ils pouvaient faire ce qu'ils voulaient, sans que je ne bronche. Durant deux mois, j'ai été leur salope, Jessica en maquerelle, ne manquait aucune scène, comme si mes souffrances, mes cris, la faisaient jouir. Lorsque le retour au lycée arriva, j'ai eu la mauvaise surprise d'entendre les ragots qui circulaient à mon encontre. Les jeunes savaient ce qui m'arrivait, mais personne n'a jamais rien dit. Au contraire, tous se réjouissaient de ma situation. Les toilettes des vestiaires étaient devenues l'un des lieux de leurs méfaits. Le bureau du coach tout près ne suffisait pas à les réprimer de leurs gestes odieux, au contraire, cela semblait les exciter. Au mois d'octobre, je ne sortais plus de ma chambre. Il fallait en finir une bonne fois pour toutes. Je me suis alors taillé les veines pour la toute première fois. Ce sang qui s'écoulait sur le tapis, était ma vie qui s'en allait. Mais cette fois-ci, mes parents ont senti qu'il se passait quelque chose. Cet enfermement dont ils s’inquiétaient, mais que j'avais laissé entendre, que ce n'était rien, ils n'étaient pas dupes et savaient que je cachait une souffrance. J'ai été transportée d'urgence à l’hôpital, mon pronostic vital était engagé, mais je m'en suis sorti ce coup-là, malheureusement. Suite à cette tentative de suicide, mes parents m'ont questionné, sur mon mal-être, mais je n'ai rien dit, j'avais honte et peur de ce que les autres pouvaient me faire subir. Je savais qu'ils en étaient capables. J'ai alors suivi tout un programme, psychologue, examens, mais dans ma tête, je savais que rien ne changerait, j'étais pourrie de l'intérieur. Ce qu'ils m'avaient fait subir m'avait détruite. Je n'avais plus goût à rien. Je n'étais plus qu'une carapace vide dénuée de tout sens logique. Je savais d'ores et déjà que je tenterais de nouveau de mettre un terme à mon existence . La seule chose qui me manquait, c'était quand ! J'étais surveillée, questionnée, je n'allais plus au lycée, c'était déjà bien, mais rien n’empêchait mon portable de vibrer toutes les heures. C'était eux... eux qui se demandaient pourquoi je ne venais plus. Eux encore qui me harcelaient de ne rien divulguer. Pourquoi ne pouvaient-ils pas me foutre la paix ! J'étais devenue leur chose, celle dont ils ne pouvaient plus se passer, parce que selon leurs dires, j'étais trop bonne. Bonne à quoi au juste, à me faire violer, à hurler, à brûler de l'intérieur !
Je ne pouvais pas être tranquille, même à la maison ils étaient là. Au bout d'un certain temps, j'ai eu l'impression malsaine que je n'ai eu que ce que je méritais. New York, puis ici, à croire qu'il était annoté sur mon front, « violez là, autant de fois que vous le souhaitez, elle ne dira jamais rien !
Six mois avant que je ne parvienne à mes fins, j'ai découvert que Brent et Edward, celui qui m'avait violé à New York, étaient cousins. A croire que c'était de famille. Je ne me rappelle plus comment je l'ai découvert, mais en fin de compte, cela n'a rien changé à mon désir de partir de cette terre. La vie s'était acharnée sur moi. Je n'avais que 15 ans, j'avais envie de devenir avocate comme mes parents, mais tout ce que j'ai obtenu, c'est une âme meurtrie et déchirée. Un mois avant de m'envoler, je suis retournée au lycée pour récupérer mes affaires dans mon casier. On aurait dit que les profs et le directeur étaient au courant, sinon pourquoi m'auraient-ils regardé avec pitié et dégoût ?! Tous ces visages tournés dans ma direction avaient suffi, pour que je prenne mes jambes à mon cou et quitte ce lieu maudit. Je n'ai plus jamais remis les pieds au lycée.
Les jours avant de passer à l'acte, entre les discussions incessantes avec les parents, le psychologue qui voulait me forcer à tout lui dévoiler, je ne cessais de me renfermer encore plus sur moi-même. Le monde tel que je le connaissais avant n'existait plus. Tout n'était que ténèbres et obscurité. Cette envie de m'en aller loin était toujours là, encore plus présente qu'au tout début. Je devais partir, ce monde ne voulait pas de moi. Personne ne m'écoutait réellement. Tout ce qu'ils voulaient, c'était savoir, sans pour autant prendre la peine de mesurer ce que je m’efforçais de leur cacher. Moi qui étais auparavant, une joie de vivre ambulante, j'étais désormais devenue la marionnette de mon mal-être. Je ne mangeais plus, je n'y arrivais plus d'ailleurs. Tout ce qui rentrait, ressortait instinctivement, comme si mon corps lui aussi, n'avait plus eu envie de se battre. Mes parents étaient sans cesse à la maison. Je ne pouvais pas faire un pas, sans qu'ils ne me suivent partout. Certainement, parce qu'ils avaient peur de me perdre. Mais à un moment, ils ont manqué de vigilance et je suis passée à l'acte. Cette fois-ci ma douleur, ma peine, mon âme allait s'envoler dans un autre univers. Ils ne pourraient plus jamais me faire de mal. Mais alors que l’hémoglobine s'écoulait en abondance dans la salle de bain, les larmes coulèrent sur mes joues. J'ai entendu mes parents tenter d'enfoncer la porte, que j'avais au préalable fermée à clef. Le sang n’arrêtait pas de couler, j'avais mal, mais encore en cet instant, parce que je venais de commettre l'irréparable. Les pleurs de mes parents, m'envahirent les entrailles, je n'avais plus envie de mourir. J'avais envie de survivre à ce cauchemar. Mais... c'était trop tard...Les coupures étaient beaucoup trop profondes. Le flou et l'évanouissement me prirent dans leurs bras, je me sentais partir pour de bon. J'entendais leurs hurlements comme des chuchotements à mes oreilles. J'avais envie de crier que je voulais vivre, mais ma vie venait de m’être prise. J'aurais dû certainement me battre, mais j'ai préféré les laisser gagner, pour ne plus avoir à souffrir. Si j'en avais parlé à mes parents, au psychologue, ils m'auraient tendu la main et soutenu, je le sais maintenant, mais je ne suis plus là désormais. Ceci est mon histoire, si tu la lis et que tu vis ce genre de chose, ou que tu connais quelqu'un dans ton entourage qui endure cette souffrance, apporte-lui ton aide et encourage-la à en parler.
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Lina Rad · il y a
Un témoignage glaçant quand on pense que c'est tiré de nombreux fait réels hélas
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Florence Jouniaux · il y a
Terrible !!!
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Aurelie Valery · il y a
Bravo à l'auteure de cette nouvelle que j'ai adoré lire ! Triste réalité, tellement d'humains pour si peu d'humanité...
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Aurelia Torres · il y a
Cette histoire glaçante m'a secoué dans tout les sens du terme. Bravo pour cette belle plume!
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Babeth Lourenço · il y a
Nouvelle touchante de réalité, écrite avec beaucoup de talent.
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Somaya Moufidha · il y a
C'est très triste malheureusement merci pour cette histoire
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Mel Richard · il y a
Une nouvelle terrifiante de réalisme ! Bravo Joëlle !
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Utilisateur désactivé · il y a
Merci de l'avoir appréciée Mel
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Amel (dark et ténébreux) · il y a
Rien a ajouter
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Méli la petite lectrice · il y a
Quelle horreur ! vous avez raison il faut en parler coute que coute
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Maryouma Youmar · il y a
L'injustice même que de s'en prendre à une enfant innocente et détruire plusieurs vies de cette façon. Un témoignage glaçant et un message criant de vérité et au combien d'actualité qui mérite d'être lu par tous victimes, familles et oppresseurs
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Utilisateur désactivé · il y a
Merci de ton soutien Maryouma.

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