Hasard(s) - Suite 2

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Ses doigts enserrent les miens, ses lèvres brillent, son regard illumine le mien.
Etrange hasard autour d'une fricassée de champignons !

« Aimez-vous Marivaux et ses marivaudages ?
L'amour a toujours été un jeu de hasard,
on se regarde parfois avec un air hagard.
Tout cela parce qu'on ne choisit pas,
la personne ici-bas qui fera battre notre cœur,
celui ou celle qui s'offrira un petit ou grand bonheur,
celui ou celle qui osera revendiquer son plaisir sans pudeur. »

« Vous m'étourdissez, vos mots envahissent mon imaginaire,
votre voix résonne en moi, vos yeux sur mon décolleté me donnent chaud, j'éprouve des sensations étranges, étonnantes, au tréfonds de mon corps.
Mais quel sorcier êtes-vous ? Qui êtes-vous vraiment ? »

Ses deux mains étreignaient la mienne, comme si elle voulait sortir d'elle-même. Son émotion manifeste entraînait la mienne.

« Je suis un honnête homme, mais aussi un homme honnête ;
c'est pourquoi je vous confesse, Madame, plus que je ne vous en fais l'aveu,
que je suis affligé d'une affection incurable, plus grave qu'une infection ;
depuis longtemps je souffre d'une romantite aigüe.
J'ai essayé plusieurs remèdes, en vain.
Cette affection est parfois amplifiée par mon goût pour les jeux amoureux, ces jeux qui ne peuvent se concevoir que dans la complicité mentale et des sens.
Par contre, je ne dispose d'aucune sorcellerie, et je le regrette. »

Je la sentis émue, profondément étonné par la brillance de ses yeux.
Le hasard de cette rencontre inattendue prenait de la vitesse, me prenait de vitesse.
Je ne parvenais pas à décrypter clairement ce que disait son regard.

« Vous me regardez avec une telle acuité, une telle intensité, je ne suis pas habituée...
Que pensez-vous ? Vraiment. Que voulez-vous ? »

« Par moments, je pense sans penser, je vous regarde, je lis dans vos yeux.
Dans mes mains, votre main se réchauffe. Votre respiration est plus rapide.
Je pense, à tort peut-être, que vous êtes une femme se sentant esseulée.
Vous êtes impulsive, m'avez-vous confié, et je le sens bien.
Vous avez confusément envie de vous abandonner à votre émotion, à cette pulsion, cela m'émeut, cela me plaît, plus que vous n'imaginez. »

« Oui, je suis impulsive, souvent trop, mais je ne suis pas habituée à me laisser déborder par mes émotions.
Je ne suis pas hypocrite, je ne nie pas que vous me faîtes éprouver des sensations...
des sensations que je ne peux qualifier, mais qui... qui me prennent la tête...
qui éveillent ma sensualité... Et cela fait si longtemps... Apprivoisez-moi...»

Elle me demande de l'apprivoiser, en confiance et sans brusquerie... Mais l'apprivoiser à quoi ?
Troublante évocation que l'apprivoiser doucement mais sans faiblesse, sentant déjà son corps tendu de femme enflammée, ce qui est en soi une perspective d'envahissement qui me ravit et m'effraierait presque tout à la fois !

« Cela fait si longtemps ? Votre sensualité était endormie ? Vous apprivoiser ?
Seriez-vous sauvage ? Ou est-ce le Petit Prince qui vous inspire ? »

« Trop de désillusions, trop de déceptions. Trop de vaines espérances.
Mon cœur bat par automatisme, mon corps s'est assoupi, j'ai perdu le goût de l'amour. »

« L'amour ! L'amour... est enfant de bohême ! C'est un oiseau rebelle !
Ne parlons pas inconsidérément de l'amour, parlons et vivons l'émotion, sans se préoccuper des conventions. Vivons Le désir.
Aimez-vous le sexe ? »

La question la décontenança, d'évidence. J'accentuai mon sourire.
Elle passa sa langue sur ses lèvre, plusieurs fois.
« Vous avez la bouche sèche... Buvez un peu, laissez les bulles vous émoustiller... »

« J'aimerais aimer le sexe. J'aimerais tant. Retrouver mes ardeurs de jeune femme.
Je suis dans le mal-être, en décalage avec moi-même, avec mes aspirations.
Il y a peu de temps encore, j'avais mal, mal de ces désirs brûlants qui m'étreignaient.
Que j'arrivais à ignorer par moment à force de volonté et qui à d'autres instants me laissaient pantelante, désarmée et mélancolique.
Cette lutte intestine amenait son cortège de doutes et de peurs.
J'en étais éprouvée, fatiguée... Besoin de lâcher.
Perdre pied, m'oublier aux désirs que la vie instille en moi.
Fermer les yeux, sortir le négatif de ma tête, de mon âme, puis peu à peu sentir l'apaisement et le calme voluptueux me gagner.
Besoin de conseils, peut-être, d'encouragements, certainement. Et même de reproches.
Besoin du désir d'homme qui me guide vers moi-même et vers lui.
Le lire dans ses yeux et dans ses gestes.
Qu'il me guide jusqu'au plaisir perdu.
Sentir mon corps vibrer, me sentir vivante.
Qu'il me touche doucement, tendrement ou bien avec force et perversion,
besoin de sentir qu'il me veut, qu'il me prend, qu'il me guide en même temps qu'il me protège.
Dans ma chair. Mais surtout dans mon mental.
Qu'il dissipe mes doutes par sa force et sa volonté de m'épanouir.
Sentir sa chaleur m'envelopper et chasser cette peur qui vrille parfois mon ventre. »

« Je suis extrêmement touché par vos confidences, par ces aveux.
Votre spontanéité est émouvante, je la reçois comme un cadeau.
Je crois que vous êtes redevenue vivante, si je puis dire,
je suis certain que votre corps s'est mis à vibrer de nouveau...
Les jeux de l'amour et du hasard, je me répète oui... »

Subrepticement, aussi discrètement que possible, je glissai un doigt dans son décolleté ; il trouva sans difficulté le téton de son sein gauche, tout érigé.
Elle frissonna intensément, se mordant les lèvres.
« La vivacité avec laquelle le bouton de votre sein s'est éveillé démontre avec bonheur... »
« Taisez-vous, je vous en prie... merci... non...
Ne vous taisez pas... »

J'hésitai à ignorer sa pudeur.
J'hésitai devant son trouble manifeste.
Devais-je me taire ou ignorer sa supplique ?
La sensibilité quasi immédiate de sa poitrine me ravit.
Comment l'entraîner à s'abandonner dans ce bar,
même très peu fréquenté ?

« Vous aimeriez aimer le sexe, m'avez-vous confié. Mais votre corps le demande.
Votre sein vient de le clamer, Madame, vos yeux brillants le confirment.
Et le croisement incessant de vos jambes fait non seulement crisser vos bas mais révèle l'exaltation de votre chair, l'excitation de votre sexe.
Ouvrez doucement vos jambes, si je n'ai pas tort, ouvrez vos cuisses si la moiteur a envahi votre intimité. »

Ses joues empourprées, les étincelles dans ses yeux, sa respiration hachée me répondirent.
Je sentis imperceptiblement qu'elle écartait ses jambes, m'étreignant la main.

« Vous m'effrayez, vous m'attirez follement, vous me plongez dans un état de désirs que je n'ai pas ressenti depuis une éternité.
La caresse furtive sur mon sein... sa réaction incontrôlée...
vos mots, votre regard, votre voix m'enflamment, j'éprouve des pulsions... inconnues... ou oubliées...
Je sais que je rougis, je sais que vous le remarquez et que mon trouble vous plaît, je rougis aussi du plaisir... des envies... qui envahissent mon sexe... je sais... »

« Non, vous ne savez pas, pas vraiment, vous ne savez pas encore...
Il va nous falloir quitter ces lieux... trop exposés... sans précipitation...
mais sans hésitation... car il est temps, grand temps que je puisse contempler l'étendue de l'émotion qui étreint votre corps.
Je vais vous entraîner vers les hauteurs... N'ayez pas cet air étonné... vers les hauteurs d'une chambre de cet hôtel... »

« Non... je vous en prie... non, pas dans cet hôtel... Oui, contemplez mon désir...
Oui, regardez à quel point je suis émue, excitée... il y tellement longtemps...
Oui... mais pas ici... allons... s'il vous plaît... allons chez moi... Je vis seule... »
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Marie Galante · il y a
je me prends à espérer que le hasard frappe à mon huis

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