Hasard(s) - 3

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Subjugué par l'intensité de son regard, je me demandai ce que ses yeux auraient dit... si ses yeux parlaient !

« Ici ou ailleurs, maintenant ou plus tard, dans cet hôtel ou chez vous, vous laisserez mes lèvres vous effleurer à leur rythme,
pas gourmandes encore, juste curieuses de vous re-connaitre entière, envieuses de décider où se poser pour baiser, lécher ou mordre.
Quand dans votre corps mon contact aura réveillé suffisamment d'audace, d'envie brute incontrôlable et ravissante
Je vous laisserai, Madame, vous frotter contre moi pour que, de votre nuque à votre sexe, vous ne soyez qu'une attente, vos seins tendus réclamant ma bouche et mes mains...
les mots franchiront-ils votre bouche... utile ou inutile de dire l'évidence du désir ? »

Elle n'arrêtait pas de remuer ses mains, croiser et décroiser ses jambes, seul son regard ne cillait pas, vrillé au mien.
Je perçus la moiteur de sa lèvre supérieure et la coloration de ses joues.

« Avant de partir de ce bar, ne laissons pas ce champagne, Madame... »
« Arrêtez de m'appeler Madame, je m'appelle... non... baptisez-moi, donnez-moi le nom qui vous plaît...
Oui, remplissez nos coupes, je veux boire à la vôtre. »

« Vous baptiser ? Vous baptiser vraiment ? Votre audace m'étonne, Madame Sans Nom... »
Je la vis rougir instantanément.
« Vous détournez mes paroles, je voulais simplement dire que vous pouviez... »
« oui, je sais, belle inconnue rencontrée par hasard, je sais que je peux... vous prénommer, vous baptiser, comme ceci ou comme cela... »

Nous prîmes nos coupes, les échangèrent... les yeux dans les yeux...
« Puisque vous m'honorez en m'invitant chez vous, puisque vous m'offrez ainsi votre confiance, prenons le chemin de votre nid, donnez-moi la main, c'est vous qui me montrerez la route, mais c'est quand même moi qui vous guiderai...
Vous habitez loin d'ici ? »

Elle se leva, me surprenant par sa vivacité, elle me tendit son manteau que je l'aidai à enfiler, je lui pris la main après avoir laissé sur la table de quoi régler le champagne.
« J'habite près du Luxembourg, dans une petite rue, un appartement légué par mes parents où je vis depuis mon divorce, mon fils vivant en Allemagne. Il suffit de monter en haut de la rue qui longe le Lutétia. »

« Venez... le temps des soupirs a sonné...
J'ai sur le bout de la langue
L'envie terrible de vous prendre... »

« J'ai peur... peur de votre romantisme qui me séduit...
Peur de mes envies, de ces envies qui m'assiègent...
J'ai peur de ne pas savoir... d'être maladroite...
Il y a si longtemps... »

« Tais-toi, Ma Dame ! »

La pluie s'était arrêtée, seules quelques gouttes tombaient des toits.
Nous marchâmes main dans la main, je la regardai subrepticement.
Le sentant, elle tourna ses grands yeux brillants vers moi, esquissa un sourire.
« Je dessinerai des rêves à l'écume des mers
Sur les rides de ton sexe frappé d'aphasie
Ferai jaillir de ses grèves des perles diamantaires
En sources furibondes pour ébaucher la vie...
J'aimerai te baptiser Aphrodite, ma déesse,
Ou Euterpe, muse de la musique et joueuse de flûte... »

Sa main serra plus fort la mienne.
« Et moi, comment pourrai-je vous appeler ? »

« Vous n'aurez pas besoin de m'appeler... puisque je suis là !
Mais s'il vous plaît, lorsque ce sera votre tour, de me baptiser...
Je voguerai sur les déserts de ton passé engourdi
Pour retrouver ton âme désœuvrée de douleurs
En palanquin de vers que porteront mes envies
J'attiserai la flamme qui pleurait dans ton cœur...»

« Je pourrai vous appeler mon ménestrel, mon poète fou,
Mon magicien des rimes, mon guide, mon phare, ma boussole...
Mais je perds le nord pour le moment, boussole affolée ! »

Elle s'arrêta, se tourna vers moi, posa sa tête sur mon épaule, murmura que nous étions arrivés.
Je levai les yeux, regardai l'immeuble. Belle porte en bois massif.

« J'habite sous les toits, au sixième étage, l'ascenseur est parfois en panne...
Je suis intimidée... comme à un premier rendez-vous d'ado... intimidée mais... »
« Ne dîtes rien... je ne suis pas intimidé mais ému, comme vous.»

Elle tapa un code, je poussai la lourde porte, la laissai passer. Joli petit hall, marbre et boiseries.
Un tout petit ascenseur, sans doute ajouté en réduisant la cage d'escalier.
Il fallut entrer l'un après l'autre, compte tenu de l'exiguïté de l'ascenseur.
Face à face, l'un contre l'autre, elle me tenait toujours la main ; quasi fiévreusement.
Arrivés à l'étage, elle me tendit un trousseau de clefs avec un bouquet d'étoiles dans les yeux.
« Vous êtes le premier depuis des lustres que j'invite ici. Ouvrez ma porte, c'est un symbole. Sans regarder le bazar... »

Ce que je fis en lui lâchant la main. Elle voulut que j'entre d'abord.
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Marie Galante · il y a
la progression est astucieuse et prenante

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