Grâce

il y a
1 min
345
lectures
94
Qualifié

De formation philosophique, j'écris par ailleurs des textes littéraires, fragments et nouvelles. Mon site Internet : http://www.humus-plume.fr Parutions : - "Conscience tragique. Penser le ... [+]

Image de Livres en Tête - 2016

© Short Édition - Toute reproduction interdite sans autorisation

Je m’étais réveillée tard, après une nuit particulièrement liquide et sonore. Nuit au cours de laquelle j’avais tenté de calmer l’angoisse qui m’étreignait alors. J’en ressortais guère mieux portante que la veille : la même envie de demeurer repliée sur moi-même, de couper le fil de notre marche vaine. En somme, de crever sous mon drap.

Pourtant, poussée par un mal de crâne tenace, je me fis violence et sortis faire quelques pas du côté du petit canal dont j’appréciais la paisible atmosphère. Après finalement une bonne heure de marche, je décidai d’entrer dans une taverne du quartier.

Je m’étais assise dans un coin sombre de la salle, de façon à ne pas être dérangée. Pourtant, alors que mon attention se noyait peu à peu dans la mousse de ma pression, je sentis un regard peser sur moi. M’attendant à découvrir le visage d’un pénible de service auquel j’étais tout disposée à manifester mon hostilité, je fus au contraire happée par un regard d’une douceur infinie. Un homme me fixait, semblant apprécier les traits de mon visage avec la minutie d’un sculpteur de marbre. Dans ses yeux, dans l’inflexion tendre de son sourire, j’ai tout vu passer : la bienveillance, la considération, l’envie de soutenir et d’apaiser le mouvement chaotique de ma respiration. Comme s’il voyait en moi ce que j’avais encore du mal à discerner : une capacité à se relever, à résister à l’aspiration du vide pour tenter d’exister. Sortir de moi et affronter la noirceur de mon humeur. Écrire ma partition avant de me trouver réellement à bout de souffle. J’ai senti me traverser la force de ce regard confiant et aimant. Tandis que je restais immobile, l’homme s’est levé, est passé tout près de ma table et m’a souri une dernière fois.

Vingt ans plus tard : de retour pour quelques jours dans ma ville natale, je passe près du petit canal et pénètre dans la même taverne. Assise au centre de la pièce, je porte mon attention autour de moi. Je vois un jeune homme ployé sur sa table. Et je le regarde...
94

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,