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Gore cas 01 : l’ingénue.

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Liseuse, liseur ou autre amateur de textes courts, si tu aimes les histoires bucoliques aux fins heureuses, et/ou, si tu es une âme sensible, passe ton chemin, je ne te préviendrai plus ! Tu es encore là ? Parfait, merci, je te laisse cinq minutes pour t’installer confortablement, avec quelque chose de sympathique à boire à petites gorgées, diabolo mente bien frais, thé noir Russian Earl Grey frappé, café corsé fumant, chocolat-cannelle chaud, Lagavulin chambré, Merlot à température, jus de tomate de circonstance… ce qu’il te plaira. Prête, prêt ?

Action !

Marie Leroy était une jeune étudiante de son temps, pas vraiment girlie mais girl power tout de même, et en Dr. Martens jaune fluo s’il vous plaît ! Elle faisait de la boxe française. Fan de JLo et des BB Brunes (si c’est possible !), elle adorait les dauphins et les quenelles à la Lyonnaise, menait avec brio des études d’Histoire de l’art, avait un cercle d’amis très restreint, mais vachement bien, travaillait de nuit comme serveuse dans un fast pour s’assurer son indépendance, car elle vivait loin de papa et maman… bref, une jeune femme libérée façon Cookie Dingler. Vous me direz, chère lectrice, lecteur quel intérêt ? Si tout va pour le mieux dans son monde rose guimauve, laissons-la triper avec les Bisounours et passons à l’histoire suivante… que nenni mes amis, car ce soir-là, elle avait rendez-vous avec… mais j’anticipe.

Elle vivait dans une résidence qui avait la particularité d’être constituée d’un ensemble de petites maisons individuelles assez anciennes pour la plupart. Non, ne partez pas continuez à lire, s’il vous plaît, il est vraiment bien ce récit avec de l’hémoglobine et tout et tout, je vous le promets. En fait… c’était un petit lotissement pour étudiants entouré d’un mur d’enceinte en pierres, fermé par une lourde grille de fer forgé à digicode, avec son couple de gardiens, ses deux responsables d’entretiens, et son jardinier. Les temps étant durs il n’accueillait pas que de studieux universitaires de carte postale, mais aussi beaucoup d’apprentis, de jeunes gens au chômage ou tout simplement de célibataires aux fins de mois difficiles. C’était un petit microcosme à l’ambiance villageoise, enclavé dans la grande ville, que Marie occupait déjà depuis trois ans. D’un naturel social, et débordante autant d’enthousiasme que de gentillesse, elle avait su se faire aimer de quasiment tout ce petit monde. Elle était même devenue la coqueluche d’Ernest Legrand, le jardinier et une deuxième fille de cœur pour Mathilde Garcia , la concierge, vieille dame gâteau qui s’occupait entre autre du courrier. Mais si Marie était choyée pour son air candide de chérubin avec ses bouclelines blondes comme les chaumes, ses yeux bleus comme l’azur et sa bonhomie, tous ceux qui l’appréciaient dans ce petit royaume urbain ne manquaient pas de s’inquiéter de ce qui semblait être son seul travers : son insouciante bienveillance. C’est que Marie ne fermait jamais sa porte ou ses fenêtres, ouvrait quand on sonnait sans regarder dans son judas, était assez confiante pour laisser entrer chez elle tous ceux qui le demandaient poliment, bref : c’était une inconditionnelle de la bonté humaine.

Ce soir-là, donc, après être rentrée poser ses cours, prendre une douche et se changer, elle entreprenait son pèlerinage quotidien vers le bus qui la mènerait près du port de plaisance, à la gargote sauce américaine qui l’employait. Elle portait déjà sa tenue tout droit sortie d’American Graffiti pour gagner du temps, ce genre de détail était aux antipodes de susciter chez elle la moindre honte, elle assumait à fond. Pourtant en prenant la direction de la grille, elle sentit que quelque chose d’inhabituel bouillonnait. Mathilde, et José Louis son vieux papy de mari flanqué d’un gourdin semblaient en proie à une conversation très animée avec Ernest et… merde, Julien ! Juju le voisin d’en face, gentil mais pégueu, transi d’amour mais résolument dégueu, volontaire mais huileux. Ils firent tous silence la voyant arriver avec sa tenue de carnavaleuse des burgers.

— « Alors lequel a gagné au loto ? » dit-elle d’un air détaché. « José, c’est vous qui assurez la protection du bienheureux pour qu’il aille toucher ses gains ? »

— « Sarcasme » pouffa Julien, l’air plus bovin que jamais.

— « Ne plaisante pas ma petite Marie », réprimanda avec douceur Ernest, « c’est très sérieux, tu as bien vu que ces dernières semaines il y a eu une recrudescence d’agressions de jeunes filles dans le coin, en particulier hier encore dans la citée borgne pas si loin d’ici. »

— « Ah, peut-être, je me fiche des infos, il n’y a que des trucs déprimants dedans » répondit Marie d’un air distrait sans se laisser effrayer pas le ton grave et sentencieux du jardinier.

— « Et José se propose de patrouiller et faire plusieurs rondes la nuit dans les allées de la résidence », poursuivit Ernest

— « Impressionnant ! » ponctua-t-elle opinant du chef en direction du gardien d’air fort respectueux. Elle sourit. José en bomba le torse.

— « Non, mais non, n’encourage pas ce fada, T’imagines ce vieux débris timbré, manquerait plus qu’ils me le tuent. Ou pire qu’ils me l’esquintent, c’est que j’y suis attachée malgré tout après toutes ces années… »

Marie éclata de son rire désarmant : « oui, et il n’est plus sous garantie ».

— « Ne prends pas la menace à la légère » désapprouva Ernest « et pour une fois ferme tes portes et fenêtres s’il te plaît ».

D’un pied léger, sans leur accorder plus d’importance, elle reprit sa course lançant par-dessus son épaule, paume de main brandie, « Oui, oui ! C’est ça, toujours la même rengaine de rabats-joies. Moi aussi je vous aime ! »

— « Cette petite… Elle est folle ! » Se lamenta Mathilde

— « Je peux t’accompagner, moi », s’écria Julien.

— « Non ça va aller » coupa-t-elle avec empressement.

— « Sois prudente » dit le jardinier, les mots se perdirent dans la lumière tamisée de fin d’après midi. Pourquoi tout cela ? Patience.

***

Ce même jour, ou plutôt cette nuit-là, une heure du mat, d’un pas feutré, Marie passait en tapinois devant le repère de Julien, visiblement endormi, et c’était tant mieux. Elle remonta l’allée menant à sa maisonnette. La blondinette contempla ses fenêtres de devant éternellement ouvertes sur la pelouse pour aérer, surtout qu’il faisait chaud ce début Juin. Elle haussa les épaules, un instant amusée de ce que dirait son petit monde. Après une deuxième douche revigorante, elle passa un vieux tee shirt « Fifi Brindacier», un sloggy, un hollister short en tissus éponge rose qui avait vraiment vécu. Elle se sentait l’humeur larvaire. Demain était jeudi, elle avait pas cours et s’occuperait alors de travailler, là, elle avait envie de chips, de Panaché frais, du canapé, et un d’un bon film en VOD pour s’éteindre devant. Elle jeta son dévolu sur un X-Men, je sais plus combien, et se cala avec délectation. Trop sexy, ce Wolverine !

C’est le courant d’air bienfaisant dans les rideaux des portes fenêtres, derrière le vieux sofa, qui la réveilla, elle avait dû s’endormir devant Hugh Jackman, la honte… Et c’est là qu’elle sentit la caresse froide de la lame sur sa carotide, le poids du coude sur sa clavicule droite, l’avant-bras sous son menton… la voix sourde ajouta dans le creux de son oreille : « bouge petite pute et tu es morte ». Elle laissa la panique la traverser avec stoïcisme, depuis combien de temps ce malade attendait patiemment son réveil comme une bête malfaisante. La lame semblait petite mais fine, comme celle d’un scalpel. Elle ferma ses yeux une myriade de visions de ce que cette petite chose pourrait lui faire l’envahie. Elle sentit une main sur son épaule gauche, il était accroupi derrière le divan.

— « Si c’est de l’argent que tu veux ; tu tombes mal, je suis étudiante et j’ai peau de balles, hormis le PC portable sur la table basse, c’est con j’aurais bien aimé voir la fin du film. Sinon, j’ai deux ou trois bijoux de famille dans le coffre de la cave, je peux aller les chercher, tu risques rien elle a pas de sortie, et… »

— « Ta gueule connasse tu parles trop ! Tombe tes fringues, on va jouer ! » La voix excitée était étouffée comme à travers de plusieurs épaisseurs de laine. Marie était perturbée, très perturbée par celle-ci. « Je vais te ravager, mais avant je vais me vidanger comme jamais » haletait l’animal au bord de l’apoplexie. C’est à peine si elle sentit l’autre bras de l’agresseur passer par-dessus son épaule gauche, la paume de sa main calleuse se plaquer à travers son haut sur l’aréole de son sein. C’est lorsqu’il entreprit de la malaxer comme de la pâte à modeler qu’elle grimaça autant de douleur que de dégoût, qu’elle eut le déclic.

— « Ernest, c’est toi le violeur du coin ? » s’était sorti tout seul, lumineux !

La main se figea sur sa poitrine, elle ne voyait pas de visage du jardinier, mais sa surprise et son indécision semblaient palpable à Marie. Mettant ce court répit à sa faveur, elle se redressa d’un bond repoussant brutalement la main figée qui tenait la lame, pivota et assenât un coup de pied magistral dans la face encagoulée qui dépassait du dossier. Marie ne savait pas si le craquement qu’elle avait entendu provenait de ses orteils nus qui irradiaient la douleur, ou du sourire derrière ce masque, peu lui importait, seul lui importait de survivre ! Elle eut conscience de la chaleur douce de son sang sur son cou et dans sa paume droite, le scalpel avait dû faire son ouvrage, pas grave c’était juste des estafilades. Les plantes moites de ses pieds glissant sur le parquet, sans attendre son reste, elle se rua vers la porte de la cave, gardant son équilibre à grand peine. Dans sa vision périphérique, elle vit que l’homme tombé derrière le sofa plaquait ses mains sur son visage. Elle reporta son regard sur la porte, si proche et pourtant si loin. C’est alors que le fier destrier lui mit un coup de sabot dans la nuque d’un autre monde, c’est du moins ce qu’elle s’imagina en s’étalant de tout son long sur les lattes, embrassant le sol. Elle essaya de se relever tant bien que mal totalement dans le cirage, sa tête tournait, une de ses incisives bougeait, il avait dû lui lancer quelque chose de métallique et lourd. Elle fut à nouveau plaquée au sol par le fauve furieux qui venait de bondir sur son dos. Il la fit pivoter comme une chose insignifiante et se plaqua sur elle, essayant de l’écraser sous son poids. Il fit de son mieux pour immobiliser ses membres supérieurs de sa main droite et simultanément lui arracher le bas d’une poigne ferme. Il avait assuré sa prise à hauteur de la hanche en passant ses doigts par le bas du short, se saisissant autant du sloggy que du hollister. Il tirait comme un sourd, soufflant comme un dératé.

— « Je ferai ce que tu veux », supplia Marie en larmes, « je ne dirai rien, rien à personne ». Elle perçut l’hésitation de l’homme malgré sa propre panique, « pourquoi est ce que ça devrait mal se passer, tu sais Ernest, je t’ai toujours trouvé mignon… » L’homme lâcha ses avants bras et, étouffant visiblement, arracha sa cagoule rageusement de sa main libre. La chaussette pliée devant le bas de son visage tomba, il était écarlate et visiblement suffoquait de fureur.

— « Tu me prends pour un con ! » beugla Ernest a plein poumon postillonnant généreusement sur le visage de sa victime.

— « Je savais que c’était toi ! Cafard ! » Cracha Marie avec un détachement qui la surprit-elle même.

— « Oui pauvre petite dinde, et c’est pas faute de t’avoir prévenue, maintenant tu vas avoir ce que tu as mérité ! » Si la colère des mots était solide, ceux-ci auraient causé à la pièce plus de dégâts qu’une grenade.

Marie avait sa main droite libre, et elle en profita, tâtant frénétiquement le sol autours d’elle, ses doigts trouvèrent le fer à repasser qui traînait près de son flanc, c’était donc ça le destrier… toujours rendre la politesse ! Saisissant le câble électrique, et le faisant rapidement tournoyer à la façon d’une masse d’arme elle abattit la semelle d’acier dans la face du violeur. Il hurla comme un fauve blessé, couvrit son faciès de ses mains. Elle en profita pour se dégager et sauter sur ses pieds, prenant son élan, sa course fut stoppée net. Elle décolla littéralement du plancher pour percuter de plein fouet la commode accolée au mur menant à la porte salvatrice. L’homme au sol, tenant toujours son visage, venait de lui asséner une ruade monumentale sur son côté gauche avec son brodequin coqué. Respirant avec peine, elle pensait avoir le trois quarts de ses côtes en miettes, elle repoussa instinctivement le meuble de ses deux mains, bondissant de côté comme une gazelle esquive un lion dans la savane. Parvenant à grand peine à rester debout, ses orteils ripant sur le sol vernis, en quelques enjambées, elle atteignit la poignée convoitée. Encore fallait-il l’ouvrir, dieu merci, le battant pivotait vers l’intérieur de la cave. Elle eut à peine le temps de saisir le pommeau de ses deux mains fébriles, qu’elle sentit le souffle chaud de l’agresseur sur sa nuque. Avec un cri de frayeur, elle poussa le vantail s’engouffrant sur le pas de l’escalier ; mais fut rappelée brutalement en arrière par son médaillon, comme elle sentit les ongles carrés du jardinier lui labourer la nuque jusqu’au milieu du dos. L’étranglant un court instant, la chaîne céda, elle partit en avant.

Au bruit, elle avait dû déballer les marches en roulant jusqu’en bas. Excédé, le forcené lança au loin le reste des maillons restés dans sa poigne, c’était éteint. Soufflant comme un morse en rut, hors d’haleine, le pervers tâta nerveusement le linteau de la porte de part et d’autre, rien, pas d’interrupteur. Il grommela quelques injures à faire tomber les cheveux d’une mamie et se précipita dans le noir à la suite de la jouvencelle insaisissable. Parvenu dans la cave, dans une pénombre quasi totale, un petit fenestron laissait filtrer assez de lune pour qu’il remarque en scrutant la ligne noire d’une chaînette pendant du plafond, étouffant un juron, il la tira et la lumière fut.

— « Te cacher ne te sauvera pas ! » Ragea l’homme. « Tu vas avoir mal poufias… seu… heu… » sa voix s’éteignit dans un trémolo de stupeur, le poursuivant resta bouche bée.

Cette cave ne ressemblait pas du tout à ce à quoi il s’attendait. Il y avait une très grande chaudière vénérable tout droit sortie d’un cartoon, un coin cuisine façon kitchenette, un box atelier avec tout son lot d’attirail de garagiste, et au milieu du fatras trônaient un harnais suspendu a un palan et un étrange bureau biscornu. On aurait dit les décors minimalistes d’un studio de tournage de séries Z. Interdit Ernest s’offrit le luxe d’un instant d’inattention de trop. Il sentit incrédule la morsure froide du pistolet hypodermique sur son coup. « Merde » furent ses derniers mots. Derrière lui, tassée dans l’ombre des charpentes attenantes au côté gauche de l’escalier, Marie sourit : « Je te le fais pas dire. »

Alors, estimable bouquineur et bouquineuse… palpitant, non ?

***

— « Bonne nuit ? »

Émergeant les pensées toutes engourdies, Ernest eut immédiatement conscience d’être entravé au point de ne pouvoir même pas remuer un orteil, ou peu s’en faut. Il se balança avec rage, sans parvenir à se libérer faisant branler l’espèce de coffre où il était emprisonné ne laissant dépasser que sa tête.

— « Détache-moi salope ! » beugla-t-il fou de haine, tout en réalisant avec angoisse que quelque chose semblait bloquer sa tête.

— « Amusante requête véhémente de la part de mon ex-tortionnaire, avec la maladresse tonitruante d’une impolitesse mal venue de surcroît ! Il est fondamentalement paradoxal d’insulter son geôlier pour quémander une faveur… Tu ne crois pas ? » la voix calme et sereine de Marie dans son dos marqua une pose. « Remuer ne te servira à rien, c’est mieux qu’une camisole à l’intérieur de ta boite, tu n’imagines même pas tous les bricolages ingénieux que l’on peut faire avec le catalogue SM d’un sex-shop par VPC. »

— « Je savais bien que tu étais une salope ! »

— « C’est ça, désopilant. »

Le prisonnier d’un soir essaya sans succès de tourner les yeux vers l’arrière pour voir Marie. Elle pénétra son champ de vision, une règle métallique à la main, comme si elle l’avait pressenti. Elle avait de nombreux pansements : à la main droite, au-dessous de sa mâchoire gauche, et dans l’alignement sur sa joue. Ernest souri avec pudeur, son œuvre. Les traits de la jeune fille étaient tirés, mais elle semblait plus volontaire que jamais !

— « Tu vois quand j’ai vu le cellier de cette petite masure, j’ai su de suite que j’allais l’adorer, que c’était elle que j’allais louer ! » Elle agita énergiquement sa baguette improvisée pour scander chacun de ses mots, puis s’en servit comme une institutrice pour désigner pédagogiquement chaque endroit de la grande pièce : « Des murs épais avec un tout petit soupirail poussiéreux pour qu’on ne te voie pas ni ne t’entende crier, ça tu peux y aller, crois-moi, une chaufferie pour faire disparaître ce qui restera de toi, quand j’en aurai fini, et un sol en terre battue pour faire disparaître ce qui restera dans la chaufferie, quand tu seras fini, tout ce que j’aime, »

Ernest se dit avec un tremblement nerveux à la lèvre supérieure qu’il allait sûrement devoir changer de caleçon. « Détache-moi, ma jolie et je ne te ferai rien ! » Gémi pathétiquement le jardinier sans grande conviction.

— « Tu plaisantes ? » Marie le regarda comme s’il venait de lui vomir en pleine figure, en détachant froidement chaque syllabe, « tu n’as pas écouté un traître mot de ce que je viens de te dire. »

Elle se rendit compte alors, que sa proie avait gardé son regard terrifié fixé sur la partie du sol proche de la chaudière, présentant de nombreux monticules de terre remuée plus ou moins vieux. Elle sourit avec l’indulgence qu’on accorde à un jeune enfant : « Et oui, cambrioleurs, voleurs, rôdeurs, squatters, emmerdeurs de tout poil, tous ont toujours été les bien venus ici, mais je dois avouer que tu es mon premier violeur, mon exaltation n’en est que plus grande, bientôt tu seras une vermine de moins dans cette ville. C’est vrai qu’il y a déjà du monde, mais j’improviserai quand il n’y aura plus de place »

Ernest avait la bouche sèche, son cœur cognait douloureusement dans sa poitrine, tout cela ne pouvait être qu’un épouvantable cauchemar… Marie, à nouveaux hors de vue, continuait de lui parler d’un ton enjoué, sans discontinuer, mais il n’écoutait plus ses yeux tournaient dans ses orbites dans toutes les directions comme un animal traqué à la recherche d’un espoir. Le bruit des ustensiles qu’elle semblait manipuler dans son dos mettait ses nerfs à vif.

— « … en fait, je vois très bien la question que tu te poses, ne t’imagine pas que seule la cave contient du somnifère pour éléphant ! Non, j’ai caché un pistolet avec une dose dans chaque pièce. Mais j’avoue que je préfère attirer mes victimes dans la cave, le rôle que tu tiens ce matin, c’est plus pratique pour transbahuter les corps. Tu vois j’ai beau être sportive, un gaillard comme toi ça fait son poids, surtout inconscient… ou mort ! »

Le prisonnier caqueta d’un rire nerveux qui le désorienta lui-même, comme s’il se rattachait à son équilibre mental, jouant les funambules sur la corde raide de ses pensées. Il faisait de son mieux pour rester maître de lui-même, pour ne pas être une proie. Après tout ce n’était qu’une minotte, tarée ça c’est sûr, mais une minotte tout de même.

— « … j’ai vu que tu as bloqué sur le harnais et le palan, dès que tu es entré dans ton caveau, c’est pour mieux te porter dans ton réceptacle mon enfant… »

Dans un effort dont il ne se croyait pas capable, le violeur réussit à se donner un semblant de contenance, du moins à lui-même, pour sa tentative désespérée :

— « Marie ma toute douce, maintenant ça suffit, arrête de déconner, j’ai été bien puni… détache-moi ! » Elle revint devant lui et le dévisagea sidérée. « Marie, je t’en prie tu me connais » ajouta doucereusement l’homme d’un ton mal assuré qui se voulait paternaliste. « Je reconnais que j’ai poussé le bouchon un peu loin, c’est vrai, le coup de pied dans les côtes et tout ça, mais je t’assure que je voulais juste te faire peur. » Marie ne daigna même pas cligner des yeux, il poursuivit incertain « te donner une leçon, tu comprends, je ne t’aurais jamais vraiment fait du mal… tu me crois bien-sûr ? »

— « Non mais cet aplomb ! Tu brûles les planches ! Mais ma parole, là c’est toi qui me prends pour une conne. » Elle exhiba nerveusement sa main pansée, pointa sa gorge, sa joue. « Je viens de passer un petit moment aux urgences de l’Hôpital Européen vois-tu ? Et sans parler des deux côtes que tu m’as fêlées et de la dent que tu m’as déchaussée ! Tu me prends pour une blonde ? »

Ernest minauda, c’était plus fort que lui : « Ben à vrai dire… » Marie interloquée étouffa un rire.

— « C’est pas faux, je te l’accorde, tu marques un point ! »

Sans plus de cérémonie, semblant inspirée d’un bonheur subtil, yeux mis clos, bras ballants le long du corps, légèrement décollés comme pour laisser place à une longue robe volumineuse, elle partit d’un pas chassé gracieux, tout en fredonnant un air entêtant. Déconfit, il l’observa voguant comme portée par le vent, évoluant avec le vaporeux d’un ange, tout à sa rengaine, tantôt pirouettant devant lui, tantôt faisant tinter quelque vaisselle derrière lui, comme si elle battait un appareil de cuisine. Ernest à court d’idées, de patience, d’espoir, de tout en fait, se mit à l’écouter comme une souris envoûtée par un boa… il se dit qu’il connaissait bien cette chanson mièvre de merde… la mélodie… la mélodie… son sang se glaça dans les veines : la chanson des collines de la mélodie du bonheur !

— « Putain mais joue pas ta timbrée, ça t’amuse ? C’est bon, laisse-moi, et je te filerai du pognon, plein de pognon, autant que tu m’en demanderas ! » En fait Ernest se sentait prêt à acquiescer à tout pourvu qu’il puisse sortir de là.

— « Je me contenterai de ce que tu as sur toi, comme je le fais toujours, il faut être mesurée en toute chose. » Elle continua de virevolter de-ci, de-là, apparaissant, disparaissant en chantonnant cette foutue rengaine.

— « Mais bordel, mais tu veux quoi à la fin ? » cria le prisonnier au désespoir.

Elle s’arrêta aussitôt devant lui, approcha tout doucement son visage du celui d’Ernest et posant doucement son index sur le front du paniquard, susurra tendrement : « c’est toi que je veux. »

Puis sans crier gare, elle débloqua quelque chose avec son pied et pivota brutalement le meuble pour placer Ernest face à un miroir, en fait une psyché. Il était prisonnier d’une espèce de meuble bas en bois précieux, comme un savant mélange dépouillé de coffre et de table, dont seule sa tête dépassait. Une curieuse armature faisant partie intégrante de l’ensemble immobilisait cette dernière aussi sûrement qu’un étau. La colère le submergeât tout d’abord en voyant l’énorme bleu triangulaire au-dessus de sa paupière gauche tuméfié, et son arcade fendue couverte d’une croûte de sang séché. Puis, son ire retomba comme un soufflet, il réalisa le malsain de sa situation, et son regard resta dans une fascination horrifiée sur sa superbe tonsure toute neuve.

— « C’est quoi, c’est quoi ça ? » s’écria-t-il personnifiant l’angoisse.

— « L’œuvre de qualité d’un artisan ébéniste. Il a concrétisé mes plans à merveille même si lui non plus ne comprenait pas très bien. Tu vois, j’aime les traditions. Je t’ai déjà dit que mon père était diplomate en Asie quand j’étais petite. Il m’a insufflé sa passion pour la cuisine et l’art de la consommation du singe… »

— « Tu vas pas me bouffer ? » hurla le jardiner avec terreur.

— « Ne sois pas stupide, tu crois quoi ? Que je vais te rôtir au four comme une oie bien grasse ? Je ne mange pas n’importe quoi mon bon monsieur ! »

Désinvolte, la demoiselle ouvrit un tiroir et en sorti une scie chirurgicale pneumatique avec un petit disque mince, comme on tire un lapin du haut de forme d’un prestidigitateur. Elle présenta l’ustensile entre ses deux mains telle une ménagère blonde de cinquante ans dans une vieille publicité kitch des sixties :

— « Tada, ce qui se fait de mieux pour découper comme une artiste ! », d’un ton enjoué et espiègle.

— « Pitié » bavassa Ernest en pleurant.

— « Oui, c’est ça, et la marmotte plie le chocolat dans le papier alu pendant que le castor dépiaute les noisettes », railla Marie, « oh ! Regarde-toi petit goret, ta morvelle dégouline, c’est dégouttant, tu vas me donner un haut le cœur » réprimanda-t-elle en tirant un kleenex de la poche arrière de son mini-short et en l’essuyant méticuleusement comme l’eut fait une jeune maman avec son marmot pleurnichard. « Voilà, qui est mieux ! Tu ne veux pas que j’aie un haut le cœur, bien sûr. »

— « Putain… mais tu es un monstre… » ânonna Ernest.

— « Merci. »

Elle reprit son instrument de mort qu’elle avait posé sur l’établi le temps de l’opération, le connecta au circuit pneumatique enfilant négligemment un raccord rapide, comme on boutonne une veste, alluma le compresseur. Il ronronna comme une bête sournoise :

— « Désolé pour le bruit, il est censé être insonorisé », chuchota-t-elle théâtralement en aparté à l’attention d’Ernest, comme si la machine allait entendre et en prendre outrage.

Reposant la disqueuse, elle reprit la mélodie, et l’homme incrédule la suivit des yeux dans le miroir, déambulant comme en dansant à travers la pièce.

— « Tu vois, mon Tchoupinet… je peux t’appeler mon Tchoupinet ? » reprit-elle brusquement. « C’est triste que tu ne sois pas psy. Tu aurais sûrement plein de choses passionnantes à me raconter sur mon enfance malheureuse, mes énurésies nocturnes, mon émulation avec les personnages de contes de fée, mon rapport conflictuel avec mon père… dommage ! » Elle soupira haussant les épaules et affectant un air déçu.

Sa victime avait déjà craqué depuis longtemps et se fissurait un peu plus à chaque seconde, « Pitié » chevrota-t-il.

— « Tant pis, pas d’analyse palpitante… » reprit-elle avec entrain.

Appuyant par à-coups compulsifs sur la gâchette, elle fit rugir ou plutôt siffler son jouet : « hélas, j’aurais préféré un bruit plus agressif comme une bonne vieille meuleuse de chantier, question de bien planter l’ambiance, tu le mérites, mais ce truc est aussi sauvage qu’un criquet. Confort d’utilisation dans un bloc opératoire… silencieux… mais je papote, je papote, tu veux peut-être dire quelque chose ? »

Criant « au secours » comme un aliéné, Ernest secoua tel un forcené son sarcophage.

— « Tu te fatigues pour rien, d’autres plus costauds que toi ont essayé. »

— « Tu es folle ! » Hurla Ernest à bout.

Marie cessa de sourire, posa rageusement son outil et l’espace d’un instant prit un air mauvais :

— « Ah ! Tu m’énerves, tu vois pas que tu gâches la magie de l’instant, met y du tien ! » Se saisissant de part et d’autre de la table d’entrave, elle débloqua ses roulettes, et la fit rapidement tournoyer comme un tourniquet de jardin d’enfant, dansant autour avec un rire cristallin. Elle l’arrêta brusquement quand celle-ci fut à nouveau face au miroir, bloquant les freins du bout du pied.

— « Ne fais pas ça, Marie, ne fais pas ça, ne fais pas ça… » bredouillait le jardinier.

Elle planta son visage devant celui de l’homme, poings sur les hanches, et avec une moue moqueuse fit lentement « non » de la tête. Il crachota, pleura, bavassa toutes les larmes de son corps.

— « Hé ! J’ai l’air d’être une orthophoniste ? » elle marqua une pose, « alors pourquoi tu me postillonnes dessus ? Ça suffit, sois fort, tu verras ça va aller ».

Détournant son attention de sa victime, elle se remit à humhumer sa chanson fétiche, puis récupéra son engin joyeusement, et fit mine d’approcher la scie bourdonnante de la tête D’Ernest. Le jardinier tourna de l’œil. Alors, candide bibliomane, ne t’avais-je pas promis de l’ambiance ?

***

Ernest refit surface, après ce qui lui sembla être quelques minutes et resta sans voix, là, son reflet était proprement décalotté. Dans le miroir Marie s’attabla souriante devant l’étrange meuble arborant un petit bavoir brodé « bon appétit ». Guillerette, elle se saisit délicatement de l’une des petites fioles posées autour de la tête et en aspergea copieusement le contenu du crâne devant elle.

— « Des condiments, autant que ce soit bon ! Je t’attendais. Je voulais que tu profites pleinement de notre petit déjeuner frugal mais savoureux… toi aussi, tu vas avoir ce que tu as mérité… »

Ernest le regard tétanisé sur le miroir eut des spasmes nerveux et gémit comme un dément.

— « Allons, allons, un peu de dignité s’il te plaît mon Tchoupinet. Tu voulais pénétrer dans mon intimité… eh bien, c’est chose faite ! »

Elle se saisit lestement d’une petite cuillère en argent, le petit doigt dressé. Elle lécha ses babines, plongea son regard dans le reflet des yeux terrifiés d’Ernest, et lentement, avec délectation, délicatesse, comme on écrème du lait, entrepris de cueillir sa première bouchée.

***

Il rouvrit les yeux, moite et transpirant ! Soit l’enfer était aussi glauque que cette cave pourrie, soit il était… Vivant, et, à en croire le miroir, avec sa calotte bien en place, un mauvais rêve… ceci dit il restait mal barré.

— « Tu m’as bien fait rire, cannibale c’est pas mon truc ! Tu t’es pâmé comme une gonzesse. T’as marché à fond avec le délire Hannibal », railla Marie « remarque tous tes futurs colocs, là-bas au pied de la chaufferie aussi. »

Elle ralluma le compresseur, appuya sur un levier et le meuble bascula vers l’arrière laissant Ernest aussi impuissant qu’une tortue sur le dos. Il la vit vêtue d’un tablier de cuir et portant une visière de protection sur son visage. Elle devina ses pensées, « pour les éclaboussures ».

Il sentit l’air frais sur son fondement : cette saloperie était une chaise obstétrique mutante. Elle releva lourdement sa main droite tenant un marteau-piqueur qu’elle assura avec sa gauche. Ernest n’avait jamais vu de gode si énorme.

— « Maintenant tu vas payer… jusqu’à la mort ! »

[pour Alain Lonzela car tu aimes bien le genre, joyeux anniversaire 2018]
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MCV · il y a
J'ai adoré les injonctions faites au lecteur. Mais pour le reste, toute sensiblerie mal placée mise à part, et malgré quelques surprises, je trouve que c'est un peu longuet. Mais je ne suis pas familière du genre, alors...
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Saint Eusèbes Poulpix · il y a
Merci pour cet avis constructif, j'ai en effet cherché à ménager des surprises dans le texte, et si je m'en suis pas trop mal tiré là dessus alors je suis ravi. "Longuet?" oui, hélas, sûrement, c'est mon gros défaut quand je pars au galop sur mes pensées échevelées plus rien ne m'arrête, et parfois je fais un détours par Albuquerque pour faire Marseille-Paris (les fans de Bugs Bunny comprendront)... Bref, je m'égare, j'en fais trop, j'endors l'intérêt du lecteur (et ça c'est le mal absolu)... et le pire, je ne m'en rend pas compte: moi je trouve le texte super! Du coup j'ai plein de récits trop longs de quelques milliers de signes pour la plus part des appels à textes de nouvelles, ou pour Shortédition, qui restent dans mes fonds de tiroir, ce qui me frustre beaucoup. Et paradoxalement, je n'ai pas du tout ce problème de verbiages soporifiques pour les poèmes... étrange non? Merci en tout cas de mettre le doigt sur mon talon d'Achille, ça fait avancer. :D
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MCV · il y a
Connaissez vous "Vie et opinions de Tristram Shandy, gentilhomme" de Laurence Sterne? 9 volumes (réduits actuellement à un seul volume de poche) de digressions et adresses au lecteur. ça date du 18ième siècle et c'est jubilatoire.
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Saint Eusèbes Poulpix · il y a
J'avais raté ce message. Non, je n'ai pas la joie de connaitre... je va creuser le sujet pour mourir moins benêt...
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MCV · il y a
Il me semble que le pb ce ne sont pas les digressions, mais la répétition de péripéties qui se ressemblent. Mais il faudrait que je relise.
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Saint Eusèbes Poulpix · il y a
Quoi qu'il en soit, vous avez raison, répétitions ou action au rythme fusillé de lourdeurs, je sais que je pêche par mes longueurs, rien n'est plus sûr. Le plus souvent, mes proches me reprochent les similarités et répétitions qui lassent, mais surtout l'action trépidante que je fais retomber à plat comme un soufflet par du verbiage inutile, quand ce n(est pas un phrasé kilométrique épuisant à lire (n'est pas Dumas qui veut). On est bien peu de chose.
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MCV · il y a
Bon, mais ça se corrige, non? Et (voir plus haut Tritram Shandy) il y a moyen de faire d'un défaut un super avantage.
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Cruzamor · il y a
je reconnais que c'est hyper bien, à tous les points de vue mais bon, ok : je suis chochotte et j'ai ici expérimenté la lecture hyper rapide de traverse et autres pour échapper aux visions trop précises suggérées ... c'n"est pas ta faute t'à toi : je n'ai jamais pu voir Massacre à la tronçonneuse et encore moins rire de ça : j'en conçois de la gêne et surtout de la honte : je ne suis pas mode ni moderne ! je n'ai jamais pu lire et encore moins voir tout ce qu'on a fait subir aux êtres humains depuis la nuit des temps ... je sais bien que je suis ridicule et qu'il serait au moins intelligent, de relativiser, et de ne pas jouer les vierges effarouchées ou ici les violeurs sadiques terrorisés mais de l' inquisition, à la chasse aux sorcières en passant par l'esclavage et autres gégènes ; pardon, un peu : comme Vian s'en moquait je vis les mots aux pied de la lettre et je bute ... et je tombe et j'ai mal... je vous admire de dépasser tout cela. J'en suis incapable. Pourtant je crois que c'est bien de pouvoir contrôler ça... devant l'horreur j'ai su au moins une fois réagir pour porter secours mais je n'en serai jamais remise... Au fond cette incapacité me met en situation terrible d'infériorité et de nullité. Tu ne prendras forcément pas la peine de me ... consoler car je n'étais pas obligée de lire (lol), je sais. Je reconnais en + que souvent ceux qui aiment ce genre de récits, un certain Fantastique, Justine de Sade, etc. sont tjrs les + cultivés, performants. Souvent aussi et c'est ce qui est stupéfiant :ce sont les + sympas, les moins cruels dans la vraie vie. Alors Le Saint, "potes" quand même ? je sais que vous êtes coça pour vous amuser et je suis si terriblement jalouse de ne pas dépasser ma fragilité sensitive.
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Saint Eusèbes Poulpix · il y a
Hyper bien… ça c’est top gentil, merci, je vais tacher de reprendre contact, léviter à 30 cm du sol ce n’est pas sans risque, (ou alors pour les fourmis qui elles sont super contentes). C’est dommage pour la lecture rapide en diagonale, alors que je préconisais de déguster chaque mot avec un petit verre de quelque chose de sympathique. Bon ceci dit je comprends que l'on soit sensible (pas chochotte, voyons tout de même) et que l'on ai du mal avec les méchantes histoires dégoulinants de violence et malévolence, mais alors pourquoi les lire ? J’avais pourtant prévenu dès les premières lignes, et le titre contient « Gore » ce qui n’est pas un gage de blanches colombes et lapinoux mignonous (ou alors garous et sanguinaires…) enfin, je pense qu’il s’agit en quelque sorte d’un défi courageux, un peu comme la gentille fillette candide aux longues tresses victoriennes à qui les anciens du manoir défendent de se rendre au grenier surtout la nuit, mais qui va tout de même tremblante de toute son âme, à l’heure des sorcières, un chandelier serré dans sa main moite comme une bouée sur le Titanic, regarder ce qui fait du bruit derrière la porte… Il faut arrêter de se dénigrer « honte, ridicule, vierge effarouchée, incapacité, situation terrible d’infériorité et de nullité… » quelle dure et sévère opinion de soit même, tout le monde ne supporte pas l'étalage de la cruauté même fictionnelle, c’est humain et il n’y a aucun mal à cela. De plus, c’est un peu ma faute, je me suis surtout lancé sur Shortedition avec des poèmes gentillets, mais je l'ai précisé dans mon portrait, je suis un poulpe et j'écris vraiment de tout, par exemple des nouvelles de SFFF trop longues pour être publiées ici ou même des feuilletons classés X trop sulfureux même pour la rubrique érotique. Le détachement du bouleversant comme gage de qualité intellectuelle, voilà quelque chose à laquelle je ne pensais pas, mais ceci dit ce n’est pas faux (et je comprends tous les mots) que bon nombres d’artiste évoluant dans une ultra violence sont souvent des personnes délicieuses. Je citerai pour exemple, Malcolm McDowell, l’un de mes acteurs fétiches, hormis un ou deux rôles, fort bons au demeurant, il a toujours incarné à l’écran le fou psychopathe, mégalomane, timbré, tueur impitoyable pétri de cruauté, et pourtant dans sa vie privée il est sensément un père de famille aimant et un mari attentionné. « Devant l'horreur j'ai su au moins une fois réagir pour porter secours, mais je n’en serai jamais remise… », voilà qui est mystérieusement mystérieux, et surtout personnel ; je compatis sincèrement car quoi qu’il en soit pour moi l’horreur doit rester là où est sa place, dans les livres, et surtout pas se vivre au quotidien. Merci d’avoir osé me lire, c’est un gage de courage pour ce que je vois, et citer le divin marquis, prouve que tout n'est pas joué d’avance pour ce qui est d’ouvrir des portes interdites. Merci. (Bon c’est pas tout ça, faut vraiment que je trouve le moyen de reprendre contact avec le sol…)
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Cruzamor · il y a
Ecoute, il existe des gros oiseaux qui sont assez élégants mais qui ont du mal à se poser, à atterrir gracieusement ... dans les documentaires ça peut faire sourire ... alors toi, après m'avoir bouleversée et effrayée : réjouis toi de m'imaginer souriant de ta maladresse à stopper ta lévitation ! lol ! et oui, l'image que tu donnes de la gentille fillette avec ses longues nattes et qui se risque toute tremblante (et ?) avec sa clé d'un grenier de Pandore à la main ... c'est tout à fait moi autrefois ! lol ! d'ailleurs cépamafotàmoi car un de mes prénoms m'y destinait : Bleuette, raccourci en bleu² etc ... trop fleur bleue je crois avoir abandonné cette mue mais au fond : on ne change guère ... coupées les nattes ... lissés et éclaircis les cheveux ... mais à l'intérieur la mue reste optionnelle à jamais (à toujours ?), on est à facettes et on est tous plusieurs... On ne montre souvent que ce qu'on sait qu'on accepte/acceptera de nous ... et c'est sûrement dommage. Merci de ne pas m'avoir condamnée, ni t'être moqué trop cruellement ... là c'est juste KOMILFO, et j'espère qu'on continuera à se commenter même si je trouve maintenant que je fais un peu trop dans le gentil euh... je ne qualifie plus ! lol ! tu as raison ! @+ ! (au fond St Ex le disait : le pire c'est de laisser indifférent, il ne voulait pas d'un 11 auprès de la jeune femme aimée, il voulait un 20 ou presque au moins !!! lol !
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Alain Lonzela · il y a
Merci beaucoup
Top cool comme cadeau d'anniversaire ;-)))
Et c'est excellent comme texte ;-)

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Saint Eusèbes Poulpix · il y a
Merci, je n'en mérite pas tant, tout le plaisir est pour moi. :D
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Alain Lonzela · il y a
Encore merci
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