Les pompiers ont presque fini d’éteindre le feu au milieu de la pièce en forme de dôme. Michel reste figé devant les cadavres de petits enfants calcinés. À côté de lui, Marie-Ève fait le recensement. Autour d’eux, les autorités s’affairent à menotter et interroger les membres de la secte d’Omakia. Michel entend la voix en colère de Bernard, son patron :
B-Comment ça échappé ?!
Marie-Ève pose une main sur son épaule.
M-È-On en a quand même sauvé trois. Ce n’est pas rien.
Michel hausse les épaules en faisant non de la tête.
Dans le bureau du patron, Michel touche à peine à son café.
M-Je veux l’attraper.
B-Omakia ?
M-Oui. Les enfants ne sont pas complètement saufs tant qu’il est en liberté.
B-On peut les faire surveiller...
M-Je veux les surveiller.
B-Ou les utiliser pour tendre un piège au gourou ?
M-Je ne suis pas si cynique. Il n’est pas question de les mettre en danger.
Bernard l’observe un moment.
B-Si tu fais équipe avec Marie-Ève, on peut organiser quelque chose.

À Québec, 12 ans plus tard
Zoé se fait voler sa calculatrice par son voisin pendant le cours de science. Elle la reprend de force et le petit maudit la lui reprend. Elle appelle sa professeure à l’aide.
P-Bien, sois généreuse. Laisse-la lui un peu. Il a dû oublier la sienne chez lui.
Z-Je la lui aurais prêtée avec plaisir s’il m’avait demandé la permission !
P-T’aurais peut-être pas dû la lui reprendre aussi brusquement. Vous avez 12 ans là, plus 5 ans.
Z-Justement ! On ne lui a pas appris à ne pas voler depuis ses 5 ans ?
P-Et toi, on ne t’as pas appris à être généreuse ?
Le petit voleur sourit méchamment pendant qu’un de ses compagnons le félicite d’une tape amicale dans le dos.
Z-Mais qu’est-ce que vous nous apprenez à l’école ?! Mon droit, vous en faîtes quoi ? Il m’a volée et vous n’intervenez pas. C’est pour ça que j’ai dû la reprendre moi-même !
Clac ! C’est le bruit de sa petite machine déposée violemment sur son pupitre.
P-(Soupir.) Tiens, il vient de te la redonner, ta calculatrice.
La cloche sonne. C’est la récréation.

Deux gars jouent à faire la course dans le jardin sous les yeux de Marie-Ève. Elle est en train de laver la vaisselle tout en les surveillant par la fenêtre. Michel vient l’aider à essuyer les ustensiles.
M-J’ai une proposition. Si on les retirait de l’école normale ?
M-È-Tu ne trouves pas que tu paranoyes un peu, là ? Ils sont en sécurité.
M-Ce n’est pas ça. C’est que la prof de Tim veut lui faire prendre du ritalin.
Marie-Ève fait avec une grimace.
M-Ça n’a pas de sens, hein ?
Tim, celui qui est plus foncé et qui a la silhouette élancée, vient de remporter la première course.
M-È-Il doit s’ennuyer en classe. C’est un élève brillant.
M-Ils le sont tous les trois. Et la professeure de Zoé veut qu’elle cesse de se défendre contre un petit voleur.
M-È-Comment ça ? Est-ce que la prof défend Zoé à sa place?
M-Non. Pas du tout. Elle semble vouloir camoufler sa lâcheté en exemple de générosité et veut que Zoé suive son exemple.
M-È-Quelle conne ! Et Étienne, il va bien ?
Ils entendent Étienne, celui a qui les yeux bridés, lancer un autre défi à son frère.
Michel hausse les épaules.
M-Il dit qu’il rêve plus qu’il n’apprend en classe mais qu’il s’en accommode. (En faisant la moue.)
Après un moment de réflexion en continuant à laver la vaisselle, Marie-Ève s’essuie les mains et dit à Michel :
M-È-Bien, ça ne devrait pas trop attirer l’attention et donc nous permettre de rester discret, bien fondu dans la population.
M-Je sais c’est déjà un peu particulier, un couple qui a adopté trois enfants de nationalité différente, mais...
M-È-Mais ça devient de plus en plus à la mode, l’école à la maison. Tant que les parents ne jouent pas les professeurs omniscients, ça marche bien d’après ce que j’ai entendu dire.

2 ans plus tard
Marie-Ève tond le gazon, en passant autour de l’hélicoptère miniature. Depuis qu’Étienne, Zoé et Tim se sont intéressés à l’énergie solaire, ils passent beaucoup de temps avec Sylvain, professeur d’ingénierie à l’Université. Ils ne sont pas encore assez sûrs que l’appareil soit suffisamment sécuritaire, alors en attendant de le tester, il sert de statue décorative dans le jardin.
Revenant d’un cours de navigation sur le fleuve St-Laurent, Sylvain (S) débarque du petit bateau à énergie solaire avec les trois ados.
É-Il a passé le test ! Yahoo !
Z-C’était super !
Ils se débarrassent tous de leur ceinture de sauvetage.
S-Vous ne le conduirez pas sans un adulte avec un permis, hein ?
T-T’inquiètes pas, on est prudent. Merci Sylvain !
S-Je vous remercie, vous aussi. Grâce à vous, je vais m’en servir de cette expérience pour mes prochains cours à l’Université.

Tim et Étienne se promènent sur leur terrain en faisant dribler un ballon. Étienne porte une camisole à l’effigie de leur équipe de basketball. En levant les bras pour viser un arbre avec le ballon, Tim remarque une tache en bas de l’aisselle d’Étienne, près de son omoplate. Étienne fait rebondir le ballon sur l’arbre et Tim le rattrape. Il s’approche et touche du doigt la tache de son frère.
T-C’est quoi que t’as là ?
É-Je ne sais pas, je ne sens rien.
T-Attends, je prends une photo avec mon cellulaire.
É-Montre.
En agrandissant la photo, les deux observent ce qui ressemble à un minuscule tatouage. Ça représente un soleil qui entoure une lune, et la Terre est dessinée au milieu de la lune.
T-Tu ne savais pas ?
É-Non... Toi ? T’en n’as pas ?
Tim enlève son t-shirt et demande à Étienne de l’examiner au même endroit. Ce dernier pousse une exclamation de surprise.
É-C’est le même !
Les deux sont stupéfaits. Ils aperçoivent Zoé qui marche vers eux.
Z-Salut ! J’suis revenue.
É-C’était bien le concours de karaté ?
Z-C’est la semaine prochaine. Aujourd’hui, on se pratiquait en groupe. Vous jouez? (En pointant le ballon.)
Tim lui montre la photo du mini tatouage sur son cellulaire. Zoé le regarde sans comprendre. Les gars lui expliquent ce qu’ils ont découvert.
Z-C’est... franchement bizarre. (En regardant sous l’omoplate de chacun.) Attendez, je vais à la salle de bain et je reviens.
Étienne et Tim l’attendent derrière la porte. En sortant, elle leur montre la photo qu’elle a prise avec son cellulaire, elle confirme qu’elle a exactement le même tatouage au même endroit.
Michel et Marie-Ève flânent dans le salon, lisant un livre et regardant les oiseaux dehors en prenant un café.
É-Papa, maman ? On est un peu curieux à propos d’où on vient.
Leurs parents échangent un regard entendu avant de fermer leur livre. Ils placent leur chaise face aux ados et les invitent à s’assoir sur le divan.
M-Qu’est-ce que vous voulez savoir ?
Z-Nos tatouages. Est-ce qu’ils étaient déjà là quand vous nous avez adoptés ?
Michel et Marie-Ève soupirent en baissant les yeux pas terre. Puis ils se regardent, l’air résigné.
M-Ça serait pire maintenant si on ne leur dit rien. N’est-ce pas ?
Marie-Ève hoche la tête.
M-È-Écoutez, on va vous expliquer. Mais il faut que vous compreniez que vous devrez rester très discrets, même de ne pas faire de recherche tout seul.
Les trois ados ont l’air captés par ses mots et appréhendent la suite.
M-È-La vérité, c’est que nous sommes des espions et que vous êtes des témoins protégés.
Silence total pendant 5 secondes. Tim pouffe de rire le premier, suivit des deux autres. Les adultes restent sérieux.
M-Prenez le temps de digérer.
Les ados cessent de rire et deviennent très sérieux, même septiques.
M-È-Quand on vous a pris sous notre aile, on ne savait pas combien de temps ça durerait. Alors, par quoi commencer...
M-Il y a une secte terroriste planétaire dirigée par quelqu’un qu’on appelle Omakia. Il y a 14 ans, il avait réuni quelques diplomates et ministres de chaque continent. Le gourou les a convaincus de sacrifier leur progéniture dans un feu sacré, soit disant pour sauver le globe terrestre.
M-È-Vous faisiez partie de ces enfants. Celui d’Australie avait 5 ans, celle d’Europe, une italienne de 4 ans. Celui de l’Arctique en avait 3. Pour remplacer l’Antarctique, il a sacrifié une Indienne de 3 ans. Les trois autres, vous, n’avaient même pas 1 an. Zoé, tu es une Algonquienne qui avait été adoptée par des Québécois, tu représentais l’Amérique. Étienne, tu viens de Chine, tu représentais l’Asie. Et Tim, tu viens d’Égypte, tu représentais le continent Africain.
É-Ça a dû faire la une des journaux.
M-È-Oui, mais on a fait croire que vous étiez morts vous aussi. Seul Omakia sait que vous êtes vivants, lui et quelques membres des services secrets bien sûr.
M-On est pas arrivé à temps pour tout le monde. Mais vous, on a tout fait pour vous protéger jusqu’au bout. Et on continu.
É-Comment ça ? C’est pas fini ?
M-On cherche encore Omakia et on a peur qu’il recommence ou qu’il veuille finir ce qu’il a commencé avec vous.
É-Nos tatouages ?
M-È-D’après ce qu’on sait, Omakia anesthésiait les enfants avant de leur faire ce tatouage pendant la cérémonie. Ceux qui ont été jetés au feu n’ont rien ressenti.
T-Nos vrais parents ? Où ils sont ?
M-J’suis désolé de vous le dire, ils ont été assassinés par Omakia. Mais il faut que vous sachiez, que c’est grâce à eux si on vous a sauvés à temps. Ils ont regrettés à la dernière minute d’avoir été embarqués dans cette secte et ils ont fait appel aux forces de l’ordre.
Un moment de silence s’appesantie dans le salon. Sur le visage de Zoé se dessine un petit sourire en coin. Michel la questionne du regard.
Z-Vous n’êtes pas un vrai couple. Vous êtes sous couverture. Ça explique pourquoi vous avez toujours fait chambre à part. Vous n’êtes même pas libertin.
Michel et Marie-Ève rit un peu en confirmant d’un signe de tête.
T-Mais ça fait quoi de nous ? On n’est pas vos enfants pour de vrai, c’est ça ?
M-En quelques sorte oui. On vous a élevés, pas seulement sauvés.
É-En ce qui me concerne, ça ne change pas ma relation avec vous.
T-Pour moi non plus.
Zoé hoche la tête.
M-È-Tout ce qu’on vient de vous raconter ne doit pas sortir d’ici. Ça ne doit rien changer à nos vies tant qu’il n’y a pas du nouveau.
É-Vous nous tiendrez au courant?
Michel et Marie-Ève acquiescent.
M-C’est beaucoup d’informations lourdes pour vous, on le sait. Si vous avez des questions, chacun de vous trois, on vous répondra.

Des membres du gouvernement reçoivent un courriel impossible à retracer. On peut y lire :
«br /> Objet : Tanné des réunions internationales qui n’aboutissent à rien? Une solution efficace et drastique.
Omakia invite les parents responsables dans la politique internationale à joindre sa cérémonie mensuelle. Il recrute aussi leur précieux sang. Qui sait ? Ça pourrait être votre bébé qui sauvera le monde!
Comment faire pour que votre petit soit un des élus? D’abord, il faut qu’Omakia demande aux dieux qui relient le Ciel et la Terre si l’esprit de votre bébé se qualifie comme guide intermédiaire pour les humains. Si c’est le cas, il se verra octroyer le privilège de porter le Tatouage, signe suprême de sauveur de monde.
Une fois l’an, durant la pleine lune après une journée ensoleillée, chaque bébé représentant une partie de la Terre essayera de convaincre, par la force de leur esprit, les peuples de s’unir au Ciel et d’arrêter les guerres partout dans le monde.
Une vidéo, sur internet en direct et non retraçable et traduite dans toutes les langues, facilitera l’acheminement du message vers tous les humains. De là, le choix n’en tiendra plus qu’à eux. Si la paix n’est pas unanime avant la fin de la nuit, les bébés iront rejoindre les dieux du Ciel en passant par le feu, ce dont tous les humains témoigneront en regardant la vidéo sur internet. Si les élus ne peuvent pas guider les humains sur la Terre, ils pourront alors guider depuis le Ciel.
Et ce cycle sera à recommencer chaque année, au lieu de rendez-vous qu’Omakia aura décidé, jusqu’à ce que la fin de la guerre dans le monde soit définitive.
Ne vous inquiétez pas, advenant que votre bébé aille rejoindre les dieux du Ciel, vous serez, vous parents, toujours en contact avec lui.
Rejoignez Omakia si vous croyez à la paix dans le monde entier ! Vous n’avez qu’à répondre à ce courriel, il ira vous chercher lui-même.
>
Michel se trouve à la patinoire pendant une grosse partie de hockey. Il s’installe derrière Pierre (P) et Samuel (S), deux comparses mordus de sport.
M-Mes informateurs préférés !
P-Hey ! Michel ! Tu viens parier pour quelle équipe ?
M-Celle qui me fera perdre.
Ils regardent la partie un moment. Autour d’eux, les gens crient et encouragent les joueurs. Puis, Samuel profite d’une pause pour glisser subtilement :
S-Chacun de nos boss a reçu le même courriel qui semble venir d’Omakia. J’en ai imprimé une copie. (En lui tendant une feuille que Michel cache immédiatement dans sa poche en le remerciant.)
P-(Se tournant vers l’arrière.) T’as perdu ! (En réclamant de sa main paume vers le haut.)
Michel donne la liasse de billets à Pierre qui partage la moitié avec Samuel.
La partie continue. À la fin, comme attendu, les plus pourris depuis des années perdent encore une fois. Samuel et Pierre sont déçus et chialent.
P-Ils se sont encore fait moucher ! Et on paye pour eux ! J’aurais pu m’acheter ma moto cette année si j’n’avais pas misé autant !
M-Vous ne changez jamais d’équipe sur qui parier ?
S-Jamais ! On est fidèle !
M-Vous n’améliorerai pas vos vies comme ça... ni votre portefeuille.
S-Tu penses que ça serait mieux d’encourager une équipe qui a déjà tout pour elle ?
P-Ouais ? Si tout le monde pensait comme toi, elle s’améliorerait comment notre équipe poche alors ?
M-Bien, elle n’aurait pas le choix de faire les bons choix pour rattraper le niveau de son concurrent.
S-Et si elle en est incapable ? Hein ? Tu y as pensé à ça ? Elle disparaîtrait ! Elle a le droit de vivre notre équipe poche !
P-Peut-être qu’on ne l’aide juste pas de la bonne façon ? Tu sais comme... c’n’était pas brillant de repêcher...
Interruption brusque de Samuel.
S-(À Pierre. Ton courroucé.) De quel du bord tu es toi au juste ?
P-(Ton hésitant.) Peut-être qu’un jour, elle sera la meilleure, si on y croit assez fort !
Michel hausse les épaules.
M-Merci pour les infos. Bonne fin de soirée !
Le soir même, Marie-Ève reçoit courriel d’Omakia. Surprise, elle lit :
«br /> Bonjour Sophie, ou Marie-Ève si tu préfères. Mon logiciel espion a fait merveille en s’insérant dans les cellulaires de presque tout le monde, y compris ceux de tes protégés. Mon tatouage étant détecté par mon logiciel, ça n’a pas été difficile de tous vous retracer. Viens me porter les ados, je te récompenserai d’une retraite luxueuse. Ils ne souffriront pas, promis, je ne vais pas les tuer. Ils deviendront mes disciples. Promis, le prochain monde en paix sera trop commode pour l’utilité de ton travail d’espionne.
>
Peu de temps après, Michel ferme son cellulaire à ligne sécurisée après avoir mis au courant Bernard, le patron des services secrets, des nouveaux développements. La nuit est presque finie. Un signalement apparaît. Il a un nouveau message, dans un stationnement, Samuel et Pierre attendent Michel.
S-Tu es prêt ?
P-Ho oui ! Pour l’argent, prêt à tout !
Michel arrive. Samuel tire sur lui le premier, suivit de Pierre qui tire deux coups. Mais l’espion est plus rapide qu’eux et a su éviter ce piège grossier. Il rapplique avec son pistolet, blessant Samuel aux deux pieds et Pierre à la cuisse. Les deux comparses affalés par terre gémissent et supplient de les laisser en vie.
M-Pour qui travaillez-vous ?
S-(Gémissant.) Pour toi voyons... Ce n’était pas toi qu’on visait.
M-Mon cul ! Vous m’avez laissé un message sur mon répondeur comme quoi que vous m’attendiez ici.
P-Ha! On s’est trompé de numéro de téléphone. Qu’est-ce qu’on est cons.
Michel le menace à nouveau avec son pistolet.
P-Non! (Criant.) D’accord ! On va tout te dire !
S-(À Pierre.) Lâche !
Pierre sert sa cuisse qui saigne abondamment.
P-C’est une certaine Sophie qui nous a contactée. Elle nous a promis un demi-million si on te blessait. Il fallait juste te mettre hors d’état de lui nuire pendant quelques jours, qu’elle disait. Rien de personnel, tu sais. (En gémissant et en pleurant.)
M-Sophie ?
P-Oui.
M-Sophie qui ?
P-Elle ne l’a pas dit.
M-Par téléphone ?
P-Oui. Elle savait beaucoup de chose sur nous, notamment qu’on était tes informateurs.
Michel s’enfui en courant.

Une demi-heure plus tard, le soleil est déjà levé. Zoé écoute de la musique, étendue sur son lit. Marie-Ève, depuis le pan de la porte, l’interpelle.
M-È-Tu vas bien ?
Z-Oui... Toi ?
M-È-Mais oui. Il fait beau dehors ce matin. Ça ne vous tente pas, toi et tes frères, d’aller tester votre bateau sur une longue distance ?
Z-Tu viens avec nous ?
M-È-Non. Je crois que vous êtes capable d’aller jusqu’à l’île et de revenir tous seuls.
Z-Sérieux ?
Marie-Ève fait signe que oui en souriant.
M-È-Vous êtes plus autonomes que la plupart des ados de votre âge. Je ne suis pas inquiète.
Z-Notre première traversé tous seuls !
Zoé saute en bas de son lit et cours chercher Étienne et Tim. Marie-Ève va retrouver les trois ados excités comme des gamins.
M-È-N’oubliez pas de mettre votre ceinture de sauvetage !
Elle leur tend chacun leur déjeuner dans une boîte. Ils l’a prennent.
E-Merci maman ! À tout à l’heure !
Les jeunes se ruent vers leur bateau.
Michel stationne son camion dans la cours, sors du véhicule en claquant rageusement la porte et se dirige vers la maison en courant. Il aperçoit, au loin sur le fleuve, ce qui ressemble au bateau des ados. Dans la maison, il surprend Marie-Ève en train de faire ses bagages. Elle semble surprise de le voir.
M-Qui est sur le bateau ?
M-È-Les ados. T’étais où cette nuit?
M-Seuls ? Où est-ce qu’ils s’en vont ?
Michel a la main sur l’arme à sa ceinture derrière son dos. Marie-Ève s’en aperçoit mais ne s’en formalise pas.
M-È-Je me fiche où ils s’en vont. Ce n’est plus mon problème. Ça pourrait ne plus être le tien non plus.
M-Tu les as élevés.
M-È-Bon sens ! Leur avenir est foutu ! Tu ne vois pas ? Ils n’ont jamais eu d’amis ! Rien que des camarades qui ont besoin de leur aide pour faire leurs devoirs et leur emprunter des gadgets qu’ils brisent avant de les leur rendre ! Ils ne sont même pas diplômés ! Et même s’ils auraient trouvé du travail un jour, ils auraient été répudiés par les bonnes entreprises! Tu le sais que tout ce que le monde veut, ce sont des gens dociles et pas trop intelligents !
Silence. Marie-Ève reprend sa respiration. Michel est abasourdi.
M-Tu ne les as jamais aimés.
Silence. Marie-Ève continu à toiser Michel pendant qu’il s’avance prudemment.
M-Pourquoi as-tu joué cette comédie pendant toute ses années si leur vie ne valait rien pour toi ?
M-È-Parce que c’était payant avant !
Marie-Ève lance un couteau vers le ventre de Michel qui l’esquive de justesse. Michel tire un coup de pistolet vers elle mais elle a eu le temps de se planquer derrière le divan. Un homme inconnu (H) entre dans la maison.
H-Marie-Ève ? Le bateau est prêt, Omakia t’attend au chalet sur l’île, comme promis.
Michel lui tire dans les jambes mais le rate. L’homme tire sur Michel à son tour mais le rate aussi. Marie-Ève cours vers son comparse. Celui-ci la couvre pendant qu’ils s’enfuient dehors. Michel décide de prendre l’hélicoptère.
M-J’arriverai avant son bateau. Pourvu qu’il marche... vole je veux dire!
Il démarre et s’envole.
Arrivé à l’île, Michel surplombe le terrain à quelques pas d’un chalet. Il voit les ados tomber par terre sur la plage où le bateau est accosté.
Omakia s’approche d’eux, les pointant toujours avec ce qui ressemble à un pistolet, qu’il rengaine quelques secondes après.
O-Avec cette dose tranquillisant, ils ne réveilleront pas avant une bonne heure.
Des hommes soulèvent les jeunes et les emportent à l’intérieur d’un chalet. En les suivant, Omakia lève les yeux vers le ciel, inquiet, apercevant l’hélicoptère.
Michel, atterrit un peu plus loin, avertis Bernard de sa position et de ce qu’il se passe. Après vérification de son arme et des balles qui lui restent, il coure vers le chalet.
Marie-Ève arrive quelques minutes plus tard, prend l’argent et la nouvelle identité qu’Omakia lui a promis et s’enfuit.
Étienne se réveille le premier. Il remarque le gourou assis face à lui, ainsi que plusieurs hommes et femmes inconnus habillés en uniforme.
É-C’est vous qui nous avez demandé de l’aide sur la plage tout à l’heure ?
Omakia acquiesce. Étienne regarde Zoé et Tim étendu à côté de lui.
É-Qu’est-ce qui se passe ? Où on est ? Vous êtes qui ?
Les deux autres ados se réveillent au son de sa voix. Étienne sort rapidement de sa poche du poivre de cayenne et le vaporise direct dans les yeux d’Omakia et s’enfuit. Omakia ordonne de fouiller les deux autres ados pour être sûr d’éviter d’autres mauvaises surprises. Quelqu’un l’amène à la salle de bain pour se laver les yeux.
Quelques minutes plus tard, dans le salon, les gardes ont fait déjeuner Zoé et Tim, mais n’ont pas retrouvé Étienne. Les gardiens à l’extérieur assurent à Omakia qu’il n’est pas sorti dehors. Les ados assis côte à côte ont l’air inquiet.
T-Vous êtes la secte d’Omakia, c’est ça ? On nous a tout raconté.
Z-Qu’est-ce que vous voulez faire de nous ?
O-Vous engagez dans ma mission de sauver le monde.
Michel, escorté par deux gardes, entre dans la pièce.
M-Vos perspectives d’emploi n’ont pas l’air enviable. À ce qui paraît, plusieurs se sont tués au travail.
Les jeunes ont l’air soulagés de voir arriver leur père. Omakia frotte ses yeux irrités.
O-Bonjour Michel... Ou plutôt Bill.
Zoé et Tim regardent leur père en faisant la grimace et répétant à l’unisson .
T-Ça ne te va pas du tout.
M-Merci les jeunes. Votre hélicoptère fonctionne plutôt bien en général, quoiqu’il soit en panne en ce moment.
O-Bernard va bien ?
M-En pleine forme.
O-Qu’est-ce que je vais faire de toi ?
M-Tu peux me donner une compensation pour m’avoir fait perdre ma mission ?
Omakia regarde Michel, étonné. Les jeunes deviennent méfiants.
Z-P’pa?
O-Mais oui, on peut aller discuter au sous-sol ?
Michel suit Omakia dans le corridor. D’un coup de tête, il casse le nez du gardien qui le suivait de trop près derrière, reprend son arme que le gardien lui avait volée, puis il empoigne le gourou en lui plaquant le pistolet sur son cou. En entendant les cris, d’autres gardiens viennent défier Michel en pointant leurs armes vers lui.
M-Reculez sinon je l’achève !
Les gardiens obtempèrent.
M-Lâchez vos armes.
Un des gardiens fait non de la tête.
O-Il ne faut pas sous-estimer leur loyauté, Michel.
Zoé bondit sur le divan et envoi un coup de pied dans la gorge du gardien qui était resté dans le salon. Tim et elle s’enfuit vers l’extérieur. Un des gardiens qui maintenaient en joue Michel tire un coup de feu au plafond en leur criant d’arrêter. Tim s’échappe par un autre couloir tandis que Zoé reste figée de peur. Elle se retourne vers Omakia, son père qui le tient toujours en otage et les gardiens qui les pointent, elle et son père, avec leurs armes. La situation est vrai cul-de-sac.
O-Ça suffit maintenant. Zoé, retourne au salon. Michel, jette ton arme. Michel obtempère rageusement. Zoé, à petit pas crispés, marche vers le salon. Michel s’assoie à côté d’elle et essai de la rassurer.
M-C’était bien essayé, petit ninja.
Z-Toi aussi, c’était malin.
O-(Aux gardiens.) Allez chercher Étienne et Tim maintenant!
Omakia s’assoie en face d’eux en prenant une grande respiration. Deux gardiens montent la garde à l’entrée du salon.
O-Je devrais te tuer, Michel. Mais je doute que les enfants coopèrent avec moi après ça.
Ils se dévisagent silencieusement un moment.
O-Ne soyez pas fâchés après moi, je ne fais pas ça pour faire du mal. Je vais arrêter la guerre d’un seul coup ! S’il reste un sentiment de colère, il se résorbera avec le temps. Plus de colère, plus de guerre.
M-T’es un imbécile. Rien n’empêchera les gens de continuer d’abuser. Donc, la colère perdurera. Et pourquoi les oppressés endurerait ça sans se défendre ? Pour des bébés qu’ils ne connaissent pas ? Ils penseront d’abord à sauver les leurs !
O-Ils apprendront à leurs enfants à servir les plus forts, ou les abuseurs si tu veux. C’est un mal pour un bien.
Z-La nature n’est pas faite comme ça. Il y a toujours des combats pour devenir plus fort. C’est nécessaire de se défendre tant qu’on peut. Sinon, il n’y a pas de sélection naturelle. Ta sélection du plus fort est morale, Omakia.
O-C’est pour en faire un monde meilleur.
M-Tu trouves ça meilleur de se soumettre à un rien plutôt que de rester digne ? Les soumis mourront et des peuples disparaîtront !
Z-On risquerait beaucoup la régression plutôt que l’évolution.
O-Mais au moins, il n’y aurait plus de colère ! Vous ne comprenez donc pas ?! Michel, toi, tu dois comprendre ! Imagine, ne vivre que dans la joie, ce n’est pas une utopie ! C’est possible !
Z-Non. Si on refoule notre colère, on a trop de risque de développer un cancer. Et sans colère, on ne peut pas guérir de la maladie. Cette émotion est étroitement reliée au bon fonctionnement de notre corps. C’est naturel, pas morale.
O-Tu n’as pas de preuve de ça.
M-T’as pas de preuve du contraire non plus.
O-Moi, j’en suis une preuve ! Regardez, je ne suis pas en colère contre vous deux. Et je suis en parfaite santé.
Z-Mentale ?
M-Omakia, tu te bats pour la paix dans le monde, d’accord. Tu ne te trompes pas de combat, mais de bataille.
O-Erreur, mon cher Michel, je ne me bats pas. C’est toi qui se bat contre moi.
M-Comment t’appelles ça alors tes conspirations, le débat que tu as avec nous en ce moment, tes sacrifices, tes MEURTRES, t’appelles ça comment, Omakia, si ce n’est pas une bataille ?!
O-Je suis obligé de reconnaître mon erreur. Je me bats bel et bien. Dans ce cas, j’aurai du mérite à faire en sorte que ma bataille soit l’ultime et dernière bataille de ce monde. Ce n’est pas pour me vanter, mais je passerai à l’Histoire... pour le bien de l’humanité !
Z-Même si ton plan marchait, admets qu’on a raison : on mourra tous malades dans un monde sans guerre et sans colère parce qu’on n’est plus en santé, ce qui signifie que tu sacrifierais l’humanité tout entière pour ton idéologie.
Tout à coup, on entend les voix d’Étienne et de Tim résonner dans le chalet.
É-Hey, Omakia ? Tu veux une vision d’avenir pour sauver le monde ? Tu veux la solution ? C’est en nous élevant et en nous aimant ! C’est ça qui nous est arrivé, à nous trois.
Omaka interroge les gardiens qui parlent au cellulaire, sans doute en contact avec les autres qui cherchent les ados.
T-Tu as sans doute vu ce qu’on est capable de faire? Le petit hélicoptère et le bateau fonctionnent à l’énergie solaire. L’énergie de tes dieux! C’est comme ça qu’on sauvera le monde : en inventant et partageant équitablement le pouvoir d’être en harmonie avec la nature. On n’aurait pas été capable de participer à cette solution si tu nous avais sacrifiés !
Omakia grogne. Il se lève et crie :
O-Ce n’est pas la solution la plus rapide et drastique !
Un gardien (G) s’approche du gourou.
G-On dit qu’ils sont enfermés dans une pièce adjacente au salon qu’on n’avait pas vue avant...
O-Ce n’est pas possible ! L’entrée est trop bien camouflée ! Comment...? Pourquoi ils sont rentrés là-dedans ?!
La voix de Tim résonne encore dans le bâtiment.
T-Cool ton ordinateur, Omakia. J’ai craqué ton code. Maintenant, tout le monde peut retracer les courriels que t’envoie. Et on peut localiser ta position via ton cellulaire. On n’a plus qu’à attendre que les collègues de p’pa et m’man débarquent.
M-Excellent travail, les jeunes !
O-J’ai encore le temps...
Michel se lève.
M-Non, tu ne l’as plus ! J’avais déjà prévenu Bernard de notre position. Il arrive bientôt. Et à partir de maintenant, même si tu t’enfuyais, tu ne pourrais plus te cacher nulle part. Alors n’empire pas ton cas et dit à tes membres, ou gardiens si tu veux, de se rendre !
Après que Bernard et ses hommes aient procédé à l’arrestation des membres de la secte, il récupère l’ordinateur du gourou. Il félicite Zoé, Étienne et Tim, puis s’entretien en privé avec Michel. Bernard conclu d’un rendez-vous pour finaliser les détails de l’avenir des trois jeunes et de la retraite de son espion. Il promet aussi de les aider à récupérer leur hélicoptère. Quelques minutes plus tard, sur le petit bateau, les enfants et leur père retournent à la maison en naviguant sur le fleuve St-Laurent. À la maison, la famille s’est fait livrer une pizza pour diner. Ils sont assis sur le balcon et regardent le paysage en mangeant.
T-Où est maman ?
M-Je ne sais pas.
É-C’est vrai ?
M-Oui. Elle est partie.
T-Elle revient quand ?
Michel hausse les épaules, les yeux las.
M-Je ne peux pas être au courant de tout.
É-Elle a peut-être un autre contrat pour espionner ailleurs. Mais... Elle ne serait quand même pas partie sans nous dire au revoir... Non ?
Tous pris de désarrois, un silence s’installe entre eux, pesant.
Z-Elle a toujours été froide... distante.
M-Si vous le voulez, moi, je prends ma retraite et je vous adopte officiellement.
Les ados soupirent de soulagement et semblent se requinquer. Ils se regardent et semble enthousiastes à l’idée de continuer comme avant.
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