GIFT LIFE 2ème épisode

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J'écris pour partager ma joie de vivre, pour partager ma joie d'aimer, j'écris contre les démons du nauséabond, contre les démons du facile et du factice, j'écris aussi pour ceux qui ont peur du  [+]

(2ème épisode) LE DESTIN N'EST PAS ECRIT DANS LES LIVRES











..................................................... Couverture rouge.........................................................
................................................ Là-bas sur une étagère.......................................................
................................................. Manuel d’urgence.............................................................


Simultanément, me sautent au visage l’imperium de ma charge et ma totale incapacité. J’ai trente ans, je n’ai que trente ans, trente ans remplis d’études, de diplômes, de réussites professionnelles et privées. Reconnu surdoué par ma hiérarchie, par mes pairs et par mes père et mère, jamais, non, jamais je n’ai été, jusqu’à ce jour, confronté en direct à une vraie tragédie, sans simulacre, sans préparation...

Mon ventre soudain se contracte, des étoiles filantes prennent possession de ma vue, mes jambes tentent de se dérober à cette éclosion de peur, d’effroi, de défiance envers moi-même. Par miracle ou instinct je m’appuie à quelque chose qui s’avérera être un vulgaire piquet de bois à moitié fendu, comme dans les caricatures d’hommes ivres au sortir d’un tord-boyaux. Puis, plus rien. Oublieux de ma charge, oublieux des cris, des flammes, du drame tout entier qui se joue autour de moi, je vomis. Mes viscères se vident, tous, complétement, totalement. Si je n’avais lu, dans quelque chronique médicale que l’odeur est le seul sens que le cerveau ne sait pas maîtriser, je me demanderais encore, des années plus tard, pourquoi, chaque fois que je songe à cette catastrophe, je suis assailli par le souvenir de l'amertume nauséabonde de ma propre bile déversée là en holocauste à ma petitesse.

Reprenant mes esprits, je lève la tête : Jeannot est devant moi. Il me tend un immense mouchoir à carreaux bleus.

– Essuyez-vous, appelez les pompiers et la gendarmerie, dites-leur les flammes, dites-leur les cris, dites-leur que les wagons sont couchés de ce côté-ci de la voie et qu’ils ne pourront pas accéder depuis la ville, dites leur bien que l’accident s’est produit sur le passage à niveau, que la locomotive s’est encastrée avec un camion-citerne. Et après, dirigez mes collègues : il faut faire de la place dans la salle pour les premiers secours, il faut venir au bas du talus récupérer les gens qu’on va sortir et je commence tout de suite avec Titiou-le-Basque. On est pompiers bénévoles, pas les autres.

Faire ce qu’on doit faire, au moment où on doit le faire, ce n’est pas plus compliqué que ça.

................................................... Vaines catastrophes.....................................................
............................................... Tournent inlassablement..................................................
................................................... Vie, terre et destin.....................................................

Et me voilà, moi, Wilfried, le plus jeune sous-préfet de France qui viens d’avoir l’outrecuidance de m’interroger sur mes incapacités, ramené à la réalité par cet homme au regard franc, cet agriculteur-pompier qui m’a tendu son mouchoir, intimé l’ordre de m’essuyez et d’agir simplement.

Pianotant sur mon téléphone je retrouve le ton et les mots voulus pour lancer des ordres péremptoires, parce qu’urgents. Sans même m’en apercevoir je dresse instinctivement le plan d’action et de sécurité qui s’impose. Faire libérer l’accès routier, abattre un buisson gênant pour le transport manuel des victimes, réquisitionner une cour privée, permettre aux hélicoptères d’atterrir et redécoller, alerter le service d’urgence du C.H.U. de Foix, penser in extremis à rassurer Emeline, écarter les badauds qui commencent à arriver, transmettre l’état des lieux au Préfet, au Commandant de Gendarmerie... et, regarder du côté des wagons, là où disparaît et réapparaît celui qui commence à prendre en mon cœur la place d’un frère.











................................................................................................. A suivre

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