11
min

Gestapo section IV. Histoire de Monsieur Paul.

Image de Sellig

Sellig

151 lectures

10

Je suis presque nu, assis sur une chaise, les mains attachées dans le dos, devant les bourreaux de la Wehrmacht. Nous sommes le 12 novembre 1943, dans une cellule de la Gestapo. J’ai pu donner à Anne dans le fourgon cellulaire qui nous amenait sur notre lieu de torture, la seule pilule de cyanure que j’avais. Ma pauvre Anne, si jeune, si fragile, j’espère que tu en feras bon usage au moment opportun pour sauver tes frères d’armes. Quant à moi, je suis perdu tout au fond de mon âme, ressassant l’arrivée soudaine des bottes nazies, guidée certainement par des collaborationnistes. Je me suis souvenu alors, d’une parole qu’avait prononcé Louis, lors d’une de nos nombreuses réunions. Il nous avait dit : « la collaboration est née d’une poignée de main entre Hitler et Pétain à la gare de Montoire, nous allons en payer le prix par notre sang, le sang des justes qui sauveront la France ». Aujourd’hui, c’était à mon tour de verser le mien.

Ils sont trois. Un officier assis derrière un bureau qui triture d’impatience son stylo au-dessus d’un sous-main en cuir. Il est prêt à noter les noms qu’il veut me soutirer sur un carnet ouvert devant lui. Les deux autres, qui se tiennent comme des chiens de garde de chaque côté de ma chaise, sont ceux qui je suppose vont me frapper.
Je suis déjà très affaibli par quatre longues journées passées dans une cellule de huit mètres carrés, entassé avec une dizaine de détenus. J’ai de grosses brûlures d’estomac, conséquence des rations insignifiantes qu’on nous a données, c’est-à-dire, presque rien. Il règne dans cette cellule exiguë une forte odeur de fèces, d’urine et de transpiration qui est insupportable. On se soutient comme on peut, tous rongés par la peur, la fatigue et la faim. On a fait tourner les dernières cigarettes, une dernière bouffée de plaisir avant l’effroyable. Je garderai jusqu’à la fin de mes jours, l’image de cet homme en costume, qui s’époussetait à chaque fois qu’il se relevait pour éliminer la poussière blanche sur ses vêtements. En réponse à mon regard étonné il avait répondu. « Il ne faut rien céder aux bourreaux de la Wehrmacht »

Ils sont venus me chercher aux premières lueurs du matin. Je grelottais de froid, mais aussi de peur et de fatigue. J’ai rempli mes poumons d’air frais pour tenter d’éliminer cette odeur fétide qui s’était immiscée au plus profond de mon corps. J’ai pensé à cet instant, que c’était la première fois que j’appréciais autant l’air que je respirais. Dans le fourgon cellulaire qui laissait derrière nous la prison de Montluc rue Jeanne Hachette, je sentais monter progressivement la peur parmi les autres hommes qu’on emmenait comme moi, mais tous ces compagnons de misère restaient dignes. Je savais qu’on nous amenait avenue Berthelot à l’école de santé militaire, siège de la section IV de la Gestapo. C’était cette section qui s’occupait de traquer les juifs, celle aussi qui s’occupait du renseignement et du contre-espionnage, celle aussi qui torturait et qui déportait. Toutes ces horreurs étaient dirigées sous l’égide de Klaus Barbie, cet abominable être qui participait à la mise en œuvre de la «solution finale », sous la logistique d’Adolf Eichmann, un haut fonctionnaire du troisième Reich.

J’allais devoir protéger tous ceux qui avaient lutté à mes côtés, tous ceux qui comme moi avaient pris la décision de se battre contre l’occupation Allemande. J’ai repensé alors aux nombreuses journées passées à masquer à l’ennemi nos occupations de résistant. Il nous fallait agir dans la plus grande discrétion, donner l’impression d’une vie ordinaire pour ne pas éveiller les soupçons des SS, mais aussi de notre entourage. Combien de mots d’ordre et de messages ais-je pu dissimuler dans le cadre de ma bicyclette ou dans les pneus ? A combien de rendez-vous me suis-je rendu dans des cafés ou des restaurants de Lyon afin d’y préparer des missions ? A combien d’actions terroristes ai-je participé pour détruire les réserves de l’ennemi ? Je ne saurais le dire. Et, il aura fallu simplement quelques heures passées sur une Ronéo à diffuser des tracts pour que tout bascule, quelques heures qui semblaient sans danger. Pourtant, ils ont surgi du fond de la remise, certainement bien renseignés, et nous sommes restés figés, terrorisés par cette intrusion des hommes de la Gestapo. Nous avions été dénoncé et il allait être difficile de nier devant les piles de tracts qui demandaient au peuple de se soulever.

A la première réponse donnée à mes bourreaux, j’ai reçu trois coups de poing. Deux dans le ventre, qui m’ont coupé le souffle et un en plein visage qui a éclaté ma lèvre. La violence des impacts était bien supérieure à ce que j’imaginais. Alors que je m’étais replié sur les genoux par réflexe pour tenter de retrouver un peu d’air, l’homme qui était sur ma droite me tira violemment par les cheveux pour me redresser.
- Alors Monsieur Paul, vous venez de voir que votre réponse n’a pas été satisfaisante. Je vous rappelle que faire de la propagande contre des soldats allemands est un grand crime. Je ne veux plus entendre des « Je ne sais pas ». Donnez-moi des noms ? Nous allons faire un petit jeu constructif Monsieur Paul. À chaque fois que j’entendrai une réponse non satisfaisante, on rajoutera un coup de poing supplémentaire à la série qui vient de débuter. Donc nous avons trois plus un qui font quatre. Écoutez bien ma question : « Qui sont vos chefs d’organisation terroriste, Donnez-moi des noms ? »
- Je ne sais pas.
Les quatre coups de poing suivants sont arrivés aussi vite que la réponse que je venais de formuler. J’ai été déséquilibré par la violence du dernier qui m’a projeté à terre. J’ai pris en plus du compte, un coup de botte ferrée dans les côtes avant que les deux sbires me relèvent pour me remettre sur ma chaise. J’avais l’arcade gauche ouverte, et du sang coulait le long de ma joue.
- J’ai oublié de vous dire Monsieur Paul. Il y a un bonus pour les mauvais élèves qui ne veulent pas comprendre.
Et cet incommensurable sadique qui s’était levé de son fauteuil écrasa alors sa cigarette sur mon torse avec un sourire jouissif. J’ai tellement hurlé de douleur, que je m’en suis presque déchiré les cordes vocales. Combien de temps allais-je pouvoir tenir. J’avais mal partout. Je sentais mon visage tuméfié qui gonflait, du sang coulait toujours de mon arcade, j’avais mal à une côte, et maintenant la douleur de la brûlure martelait mon cerveau sans aucun répit. Je n’en pouvais plus et il n’y avait pas d’issue. J’allais mourir ou parler, c’était inéluctable. Je ne croyais pas en Dieu, mais j’ai quand même prié, prié de toute mon âme pour que la torture s’arrête.
Comme je ne répondais pas, perdu entre mes souffrances et mes pensées, les deux bourreaux ont recommencé à frapper. J’ai perdu connaissance à la troisième séance. Je ne sais pas combien de temps, je suis resté à terre au milieu de mon sang. Quand je suis revenu à moi, les trois hommes fumaient devant la fenêtre. J’ai refermé les yeux espérant prolonger ce répit. J’étais à bout de force, seul, sans espoir, abandonné. Il n’y avait que moi, personne d’autre sur qui compter dans ce local qui puait la souffrance et le mal. Alors il m’est venu une idée à l’esprit, plutôt une évidence. J’étais tellement amoché que j’avais un avantage sur mes bourreaux. Au vu de mon état, je pouvais immiscer un subterfuge. Si je parlais maintenant, je pouvais alors espérer être crédible dans le mensonge. C’était une porte de sortie possible. Puis tout est devenu évident, limpide. Les idées se bousculaient à mon esprit à une vitesse vertigineuse. J’entrevoyais un stratège, une lueur d’espoir. Il me fallait alors tenter cette échappatoire pour tromper les bourreaux de la Gestapo.

Quand les deux nervis m’ont redressé sur ma chaise après m’avoir jeté un seau d’eau en plein visage, je me suis uriné dessus, conséquence de l’état physique et psychologique dans lequel je me trouvais. C’était pour moi un signe de plus, un signe bienfaiteur qui allait s’ajouter à la vraisemblance de mes propos, une bénédiction.
- Je vais chercher une fois par mois les textes que je dois imprimer sur la Ronéo.
- Ah, Monsieur Paul, enfin une bonne réponse. Cela tombe à pic, je n’avais pas envie d’écraser tout de suite une nouvelle cigarette.
- Alors Monsieur Paul, donnez-moi ces noms.
Il fallait que je réfléchisse vite, je devais inventer une supercherie qui tiendrait la route et qui me permettrait de m’en sortir. Ils attendaient des noms, je ne voulais pas leur en donner, tout du moins, il m’était possible d’en donner un pour montrer mes bonnes intentions, un de nos frères d’armes qui avait été tué l’avant-veille de mon arrestation.
- Cela ne fait que trois mois que j’imprime des tracts. Ils sont venus m’approcher car j’étais coureur cycliste avant la guerre, et ils ont eu l’idée de me briguer pour que je puisse servir de liaison. Un cycliste, cela n’attire pas l’attention, et moi j’étais rapide et je pouvais faire beaucoup de kilomètres.
- Qui vous a approché ?
Cela marchait, j’allais pouvoir donner le seul nom qu’il m’était possible de nommer.
- Jean Villard, pour le moment c’est le seul contact que j’ai eu. Ils font toujours cela au début pour tester les gens. Mon travail consiste à aller chercher les tracts pour les dupliquer. Quelquefois aussi des pistolets que je dois déposer dans certains lieux.
- Quels sont ces lieux ?
- Des poubelles, souvent en banlieue, toujours à des adresses différentes. Je dois les déposer à des heures très précises.
- Qui vous donne l’information ?
- Je dois me rendre en dehors de la ville une fois par.....
A ce moment-là, j’ai eu un haut-le-coeur et j’ai vomi un mélange de sang et de bile, et je me suis mis à avoir une quinte de toux. L’officier ordonna qu’on me donne un verre d’eau, et je le bus à petites gorgées. Après quelques minutes de récupération, j’ai repris mon incroyable mensonge qui prenait forme. Mes aventures de gosses dans les mines de Chessy allaient peut- être me sauver.
- Je vais chercher des messages et des armes dans une cache qui se situe dans la galerie d’une mine qui n’est plus exploitée. Je dois y aller dans quatre jours. Je récupère les instructions dans un tube qui est caché à un endroit bien précis.
- Ou se trouvent ces mines ?
- A une quinzaine de kilomètres de Lyon.
- Où ?
- A Chessy
A ce moment-là, un gardien est entré dans la pièce, et est venu murmurer quelque chose à l’oreille de l’officier qui m’interrogeait. Ce à quoi il a répondu par un simple hochement de tête sans pour autant détourner son regard.
- Comment rejoint t-on cette cache d’armes ? a-t-il repris
- Ce n’est pas possible à décrire, il y a une multitude de galeries, il faut connaître les lieux.
- Alors Monsieur Paul, aboya-t-il, vous allez nous y conduire.
- Mais, je ne peux presque plus marcher, voyez dans quel état je suis, je ne tiens même plus debout tout seul.
C’est alors que l’officier s’est levé d’un bon, et il a crié à ses subalternes « Amenez-le à l’infirmerie, je veux qu’il soit debout dans trois jours ». J’ai été alors empoigné par les bourreaux, mais l’officier nazi nous interpella avant que l’on se retrouve dans le couloir.
- Attendez. Emmenez-le dans la cellule 54.
Ils m’ont alors traîné le long d’un couloir jusqu’à une cellule dans laquelle reposait un corps sous une couverture. J’ai eu l’impression à chacun de mes pas, qu’on m’enfonçait des centaines d’aiguilles. J’avais la sensation d’avoir des liaisons d’organes sous-jacentes. Puis l’officier a soulevé la couverture pour laisser apparaître un corps de femme. Son visage était tellement défiguré que je n’ai pas compris tout de suite qu’il s’agissait d’Anne. J’ai eu un haut-le-cœur en voyant son visage déformé par les boursouflures. Tout son corps était couvert de marques de coup. J’ai vomi une seconde fois. L’officier content de l’effet produit me toisa et me dit :
- Vous avez de la chance que votre amie ait confirmé vos dires Monsieur Paul, tous les deux des petits nouveaux, approché par ce Monsieur Jean Villard. Malheureusement elle a succombé quand nous avons voulu avoir son adresse et.....
J’ai eu alors la vitesse d’esprit pour répondre, peut être soufflé par ce bon Dieu auquel je ne croyais pas.
- Personne ne connaît les adresses de nos compatriotes, surtout les nouveaux qui entrent dans la résistance. C’est un principe de précaution, on se rencontre uniquement dans des lieux publics.
Il s’est approché à quelques centimètres de mon visage, j’ai bien cru qu’il allait me frapper encore, et par réflexe, j’ai contracté mes abdominaux.
- Vous avez grand intérêt à ne pas nous décevoir dans trois jours Monsieur Paul, sinon vous subirez le même sort que votre amie. Elle aurait pu éviter tout cela. J’espère que ce petit détour vous aura convaincu. Emmenez-le.

J’ai passé les trois jours suivants à l’infirmerie, à penser qu’à une seule chose : bouger le moins possible pour éviter de réveiller mes douleurs. Je me suis demandé comment Anne avait pu avoir la même idée que moi. Cela semblait complètement fou. C’était certainement grâce à cela que j’étais encore en vie, mais aussi grâce à ma vie de sportif, car j’avais gardé la musculature de mon passé de compétiteur qui m’avait certainement protégé des coups. Le troisième jour, j’avais récupéré un peu, aidé par le repos, les soins et des rations de nourriture correctes. Malgré le nez fracturé ainsi que certainement une ou deux côtes, malgré les dix-sept points de suture sur mon visage et mon crâne, j’étais prêt pour suivre mon plan.

Nous sommes donc partis le 19 novembre 1943, par un petit matin brumeux. La ville s’éveillait doucement. A cette heure ci, le camion qui m’amenait n’allait mettre que 30 à 40 minutes pour être sur les lieux. Il y avait 6 soldats allemands avec moi sous la bâche du camion, plus le chauffeur et l’officier responsable de la mission. Menotté au garde-corps, je peaufinais mon évasion en regardant les rues qui défilaient derrière nous. Cela faisait trois jours que j’imaginais toutes les hypothèses, trois jours que je repassais dans ma tête chaque détail, essayant de ne rien oublier, de ne rien déprécier. Chaque pièce de mon puzzle avait son importance, une importance essentielle : la vie.

J’avais pour moi l’expérience du terrain, et je remerciais Gabriel et Joseph qui m’avaient entraîné durant toute mon adolescence dans les galeries abandonnées des mines de cuivre de Chessy. J’avais passé des journées entières avec mes amis à jouer les aventuriers. Nous connaissions à force les galeries par cœur, les moindres recoins susceptibles de nous fournir une cachette, les connexions entre les tunnels, les différents niveaux avec leurs interminables échelles de bois. Le terrain de jeu était immense. Pendant les trois jours passés à l’infirmerie, je m’étais remémoré le chemin d’accès, je ne pouvais pas me tromper même après toutes ces années, toutes ces galeries étaient là, dans ma tête. Il n’y avait qu’un bémol, un risque sérieux pour que je me tue, mais c’était le prix à payer et j’étais prêt, mais surtout je n’avais plus le choix.

Arrivés sur les lieux, nous ne nous sommes pas dirigés directement vers l’entrée principale de la galerie, mais vers une entrée secrète que seul, Gabriel Joseph et moi connaissions. J’avais pensé à ce point de détail, 20 ans avaient passé, tous les accès devaient être condamnés et sécurisés. Entouré de mes gardiens, je me suis hissé au-dessus d’un rocher. Une cavité naturelle permettait de rentrer en rampant dans la première galerie. Les Allemands sortirent des lampes torches et un soldat s’engagea le premier pour permettre de m’encadrer. Rien n’avait vraiment changé. Ni l’air un peu humide des galeries mal ventilées, ni les vieux chariots abandonnés qui rouillaient dans ce silence ténébreux, ni le vieux rail qui les avait supportés tant d’années. J’ai avancé, poussé par le canon d’une karabiner, en guidant mes ennemis avec la torche qu’ils m’avaient donnée. L’endroit de ma possible délivrance était proche et j’avais la peur au ventre. Il nous fallait descendre au deuxième niveau. Pourvu que mon plan puisse fonctionner et surtout, pourvu que rien n’ait changé.

Après 15 minutes de marche silencieuse dans ces tunnels, poussé régulièrement par le canon de la carabine de mon suiveur, nous sommes arrivés devant un cul-de-sac. C’était là que tout allait se jouer. La vie ou la mort ?
- C’est ici que je récupère le rouleau de message, je vais vous montrer la cache.
Aussitôt l’officier pointa son luger dans ma direction.
- Attention à ce que vous faites.
J’ai levé les mains en signe d’approbation.
- Ce n’est pas une cache d’armes, elle est plus loin, c’est simplement les messages des tracts qui sont cachés dans cette cavité.
J’ai déposé ma veste et je l’ai accrochée à un piton, puis j’ai enlevé les lourdes planches pour avoir accès au puit. Alors que je déposai la dernière contre le mur, je me suis baissé et j’ai récupéré la torche que j’avais posée à terre. J’ai tapé dessus comme si je n’arrivais plus à la faire fonctionner et je l’ai tendue à l’officier pour lui faire oublier son arme. J’ai lâché la lampe au moment où il allait la saisir, et j’en ai profité pour sauter dans ce puit qui faisait au moins dix mètres de profondeur en espérant qu’il y avait toujours bien deux mètres d’eau au fond, le fameux bémol qui allait me sauver ou pas.
Je suis ressorti un peu plus loin, le souffle coupé par la température de l’eau, qui devait être de 3 ou 4 degrés. Il faisait complètement noir, mais je savais que je devais nager dans le sens du courant sur une dizaine de mètres. Heureusement j’avais pris la précaution de laisser ma veste afin de faciliter la nage. Deux explosions résonnèrent dans mon dos. Les Allemands avaient jeté des grenades, mais j’étais déjà hors de portée. Nous avions découvert ce lieu en suivant la chienne de Joseph. Je savais donc qu’il n’y avait qu’une galerie assez longue, mais unique jusqu’à la sortie. Il me suffisait de longer la paroi pour me guider dans ce noir abyssal vers la liberté. Quand j’ai commencé à voir une lueur se refléter dans les clapotis de l’eau qui montait jusqu’à mes cuisses, j’ai su que j’avais réussi.

Je ne vous raconterai pas comment j’ai rejoint l’ancienne ferme où vivaient les parents de Joseph, ni comment ils m’ont caché et soigné pendant près de deux mois.

Je ne vous raconterai pas comment les résistants de mon groupe sont venus me chercher, ni comment un matin de février, je suis monté à bord d’un Bloch 220 pour l’Angleterre.

Je ne vous raconterai pas comment un certain 6 juin 44 j’ai débarqué avec la 50ème division d’infanterie sur Gold Beach.

Mais, avec beaucoup d’émotion et de larmes plein les yeux, je vais vous raconter ce que j’ai fait pour Anne. De nombreuses années après la guerre, je suis retourné dans le Lot où Anne avait passé toute son enfance. Le cimetière surplombait l’église et le village d’une quarantaine de mètres. J’avais économisé car je voulais faire construire un mausolée à sa mémoire. Et c’est ce que j’ai fait, car je voulais qu’on se souvienne de cette jeune femme, qui malgré les tortures qui l’ont conduites à la mort n’a jamais dénoncé ses frères d’armes.

Aujourd’hui, je suis un vieux monsieur qui a survécu aux tortures et au débarquement. Je n’ai jamais voulu abandonner malgré l’adversité et les obstacles. C’est peut-être aussi pour cela que je suis encore vivant. De mon fauteuil, je regarde au loin à travers la baie vitrée la campagne paisible. Des nuages au-dessus des collines se colorent de rose. Un avion passe et laisse derrière lui un panache blanc qui finit par moutonner dans ce ciel si pur.
Alors je me dis : « Je suis libre et vous aussi ».

Thèmes

Image de Nouvelles
10

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,
Image de deleted
Utilisateur désactivé · il y a
Une très belle nouvelle, ou les émotions sont présentes, j'aime.
·
Image de deleted
Utilisateur désactivé · il y a
Merci, je vais aller voir votre texte
·
Image de deleted
Utilisateur désactivé · il y a
Merci pour le commentaire, je vais aller voir 'le burlesque et l'effrontee"
·
Image de deleted
Utilisateur désactivé · il y a
Merci, c'est gentil.
·
Image de Annelie
Annelie · il y a
J'apprécie cet hommage dont la lecture est captivante. J'ai proposé un texte sur ce même sujet à SHORT mais il a été refusé.
Actuellement, je suis en finale ici, avec un petit poème à ma façon... http://short-edition.com/oeuvre/poetik/humeur-noire A bientôt, peut-être !

·
Image de Mayrig
Mayrig · il y a
J'ai été captivé jusqu'à la dernière ligne. Un bel hommage aux résistants
·
Image de Sellig
Sellig · il y a
Merci pour votre commentaire
·
Image de Gail
Gail · il y a
Magnifique témoignage
·
Image de Sellig
Sellig · il y a
Merci gail pour votre commentaire
·
Image de J.c.
J.c. · il y a
Bravo mon Gillou. Une belle densité émotionnelle. Une grande maîtrise du récit.
Cette nouvelle a sa place dans un quotidien ou un hebdo...

J.c.

·
Image de Sellig
Sellig · il y a
Merci jc pour ce commentaire encourageant.
·
Image de Claude Moorea
Claude Moorea · il y a
J'ai lu ce texte avec une grande urgence tant vous avez su ménager le suspens. Par ailleurs je crois qu'il est toujours très important de témoigner sur cette période de notre histoire afin que personne n'oublie que la Liberté est un cadeau à toujours conquérir.
·
Image de Sellig
Sellig · il y a
Merci Claude pour ce commentaire que j'apprécie beaucoup. Je suis content d'être arrive à maintenir le suspens, et je crois en effet qu'il ne faut pas oublier ceux qui ont souffert ou qui ont donné leur vie nous permettre d'être libre aujourd'hui
·
Image de Emma
Emma · il y a
Votre récit est sobre et bien écrit. J'en ai beaucoup aimé la lecture.
(nb : je crois qu'il manque un s à "dénoncé" à la fin du dernier paragraphe )

·
Image de Sellig
Sellig · il y a
Merci Emma d'avoir pris le temps de lire ce texte. J'ai beaucoup hésite à le mettre en ligne pensant qu'il ne plairait pas. J'apprécie donc votre avis.
·
Image de Emma
Emma · il y a
Je ne représente pas forcément le lectorat de short. Je lis de tout. Les classiques aussi. Votre récit est classique...
C'est un bon texte ! Peu importe qu'il plaise au grand nombre ou pas !

·