Garuda

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Désolé ! Invisible  [+]

Il était une fois, Gaston, un jeune adolescent démuni mais déterminé, dont le père était mineur et la mère bûcheronne depuis des générations. Un jour, son père venait d'être pris par la faucheuse, asphyxié par un gaz mortel dans cette maudite mine, laquelle engloutissait avec gloutonnerie les pauvres âmes sans défense du village. Pour seul héritage, il lui légua ses outils de mineur. Ils avaient une relation qu'on ne pouvait qualifier de complice car son père passait le plus clair de son temps à se noircir dans la ténébreuse mine, en quête de sa maigre pitance journalière. Son espérance de vie se réduisait comme une peau de chagrin sous les yeux aussi impuissants que reconnaissants de son fils.

A son seizième hiver, en guise de cadeau d’anniversaire, il devint un parfait orphelin. Mais, avant de pousser son dernier souffle, son adorable mère lui souffla un dernier conseil :

- Va construire, mon garçon, ta vie loin d’ici et surtout n’oublie jamais qui tu es. Je te confie ce coffret qui, jadis, appartenait à ta grand-mère. Cela te portera bonheur ! Et ne t'en sépare jamais!

Ensuite, il donna les derniers sacrements à sa courageuse mère. Il fit au mieux avec le peu de moyens à sa disposition. A peine eut-il ouvert cette vieille boîte, qui semblait défier le temps car une apparence intacte, qu’il fut ébloui par un foudroyant éclat de ce qu'il avait pris pour un vulgaire caillou. Ce dernier s'avéra, en fait, être une améthyste, une pierre précieuse d'une rare beauté... enivrante ; celle-ci sombra presque immédiatement. Il eut l’étrange sensation que quelque chose bougea dans cette mystérieuse pierre. Il crut que c’était son imagination qui lui jouait des tours à cause de la disparition de son adorable mère.

- Me voilà seul contre tous! Que vais-je devenir sans mon auréole de mère?

Pas le temps de pleurnicher, Gaston prit son baluchon dans lequel il glissa un morceau de pain de l’avant-veille, quelques vêtements ou plutôt des haillons, et trois sous que sa mère avait pris soin de mettre de côté. Bon gré mal gré, il embarqua la torche, la rivelaine et sans oublier la barrette, le chapeau de mineur, qui lui donnait une allure de soldat de la Grande Guerre.

- Qui sait, ça pourrait toujours servir !

Cette nuit-là, malgré cette obscurité particulièrement opaque, il mit le cap sur cette forêt affublée de tous les noms par les villageois débordant d'imagination.

- Ce ne sont que des histoires à dormir debout ou pour effrayer les enfants qui se couchent trop tard!

Quoi qu'il en fût, le mot "ou" disparut de son maigre et vulnérable vocabulaire en même temps que la seule femme de sa vie. C'était l'unique issue car cette forêt était noire de monde: les chevaux, les carrioles, les chariots de ravitaillement des militaires engagés contre les Croisés, sans compter ces longs et incessants défilés migratoires à la recherche de cet eldorado fugace.

Après une bonne demi-heure de marche aussi méditative que sportive, il atteignit l'orée de cette impénétrable forêt. Durant tout le trajet, il s'invectiva sans discontinuer.

- Je suis un fils indigne maman ; je ne méritais pas autant de sacrifices!

Ces chougnements furent interrompus par un battement d'ailes assez bruyant. A l'adjacent, se trouvait un espace clairsemé conduisant à un sentier pas trop ténu. Il s'y engagea avec une petite appréhension cependant. Plus il s'enfonçait plus le passage se rétrécissait sans qu'il s'inquiétât outre mesure ; jusqu'à ce qu'il ressentît un imposant volatile voler au-dessus de sa tête. Il ne put l'apercevoir en raison de cette obscurité d'une rare densité. Mais très vite, ces bruits du sommet des arbres le rassurèrent comme une étrangeté bienveillante. Il se mit même à chatonner tout ce qui lui passait par la tête.

Brutalement, le boucan s'estompa annonçant une petite pause bien méritée. Il se trouvait dans un état de fatigue extrême ne lui permettant pas de mettre un pied devant l'autre.

D'un coup, il tomba comme une masse sur cet amas de feuilles qui ne semblait pas être le fruit du hasard. Il marmonnait des choses incompréhensibles dans son sommeil. Des larmes inondèrent ses joues et des "maman, maman" fusaient de temps en temps.

D'un bond, il se mit debout, prêt à cavaler comme un antilope.

- Lève-toi, ils ont besoin de toi! lui aurait-on répété dans son rêve.

Cette phrase tournait dans son crane comme s'il s'agissait d'une mission sacrée. Il fut pas mal perturbé par cela car il cherchait à en comprendre le sens mais en vain.

Aussitôt en route, il entendit un bruit qui cette fois-ci provenait plus du sol que des cimes des arbres. Il se cacha derrière un buisson et se faufila ni vu ni connu dans une charrette bourrée de marchandises en quête d’une nouvelle vie qu’il espérait remplie d’aventures des plus rocambolesques. Il voulait croquer la vie à pleines dents bien que celles-ci lui faisaient un peu défaut, expliquant son sourire atroce!

Très vite, il commença à déchanter. Les mésaventures se comptaient à la pelle. Chaque jour, il s’essayait à une nouvelle besogne mais il finit toujours par claquer la porte en boudant allègrement. Etre palefrenier n’était pas assez bien pour lui même s'il appréciait de loin la compagnie des quadrupèdes à celle de ses semblables. Le principal hic était qu'il ne supportait pas l'odeur de la bouse de cheval qui lui collait à la peau toute la journée sans le moindre temps mort. Les filles n'avaient aucun mal à le repérer pour mieux le fuir. Aussi, la distribution de coups de sabots se faisait sans crier gare. C'était comme une double ou triple peine.

- Crotte alors, ce n’est pas une vie pour moi ! Il me faut trouver une occupation un peu plus chevaleresque.

Alors, il se dirigea tout droit vers un soi-disant attrapeur de dragons.

- Comme ça, tu vas m’aider à capturer le vilain méchant dragon qui terrorise toute la région depuis des décennies. Depuis quand tu ne t’es pas regardé dans un miroir ?

Il se fit cependant enrouler par ce prétentieux attrapeur de lézards dans l'espoir d'une vie trépidante tant désirée. Or, il passait le plus clair de son temps à débroussailler les alentours qu’à guerroyer avec la fameuse bestiole. Selon ces camarades d’infortune, la bête serait passée maîtresse dans l’art du camouflage comme si elle les craignait. Il ne put s’empêcher de rire aux éclats sous le regard ulcéré de ses compères contenant tant bien que mal leur fierté quant à leur noble mission.

Mais un beau jour, alors qu’il sortait fou de rage de la boucherie pour la énième fois, il aperçut une grosse bête aussi immonde qu’effrayante chasser tous ceux osant se trouver sur son passage. En une nano-seconde, il surprit le mal incarné foncer sur lui dans un vacarme tant indescriptible qu'hypnotisant. Il ne put rien faire d'autre que lever les mains plus par réflexe que par volonté de se protéger. Sa vie se mit à défiler dans sa tête ; ses pauvres et valeureux parents se préparaient à l’accueillir au paradis. Cela le rassurait dans une certaine mesure quand même.

A sa grande stupéfaction, une lumière jaune orangée formant un bouclier se dressa entre lui et l'effroyable monstre maléfique. Cela n'avait rien d'un duel de western. C'était plutôt le sort de l'humanité qui était en jeu. L'horrible bête gratta le sol en signe d'avertissement et s'élança sur lui mais ricocha violemment contre et finit sa course dans l'écurie des chevaux traumatisés.

Se redressant sur ses pattes arrières, il n'avait pas dit son dernier mot. A vrai dire, cela ne faisait que commencer. Cet animal ne ressemblait à rien d'existant. Paré d'une armure et arborant des cornes tranchantes le rapprochaient des rhinocéros ; des pattes étaient aussi imposantes que celles des éléphants. La partie la plus fascinante voire hypnotisante était sans conteste ses yeux de tarsier aux pupilles écarlates. A la place de la queue, se dressait un serpent tricéphal.

- Voilà, tout ce qu'il y a de plus rassurant! lâcha-t-il.

Le moindre doute sur l'intention du diable n'était plus permis. Gaston, quant à lui, se métamorphosa en un immense et impressionnant oiseau aux pouvoirs herculéens. La lutte fut tant acharnée qu'interminable. Après des heures et des heures de combat quasiment cosmique, le village fut, enfin, délivré de cette malédiction. C'est ainsi qu'il fut surnommé Garuda (l'homme-oiseau) et les villageois retrouvèrent de nouveau cette quiétude qui était la leur dans un passé pas si lointain.
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M. Iraje · il y a
Comme un conte mythologique et moral.
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Les Histoires de RAC · il y a
Original ce récit avec un fin teintée de mythologie...
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Patrick Gibon · il y a
une fablounette déjantée et magique avec morale qui sauve, foutraque mais rigolo!
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Flore A. · il y a
Une certaine magie entoure ton texte, et la lecture est aisée....
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Dimaria Gbénou · il y a
Bien tourné. Du fantasy bien construit. J'adore.
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Marsile Rincedalle · il y a
J'apprécie tout particulièrement la magie et le merveilleux qui enrobent vos histoires.
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Manodge Chowa · il y a
Que pensez-vous sincèrement de la divine justice? Merci.

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