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Gardiens des Âmes

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Sandrine

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" C'est un comique le vieux. Même six pieds sous terre il arrive encore à me faire tourner en bourrique. "

Liam tenta de faire un brin d'humour pour atténuer la tristesse qui le hantait toujours et refouler la colère qui le tiraillait malgré lui. Après l'enterrement de son grand-père, le notaire lui avait remis une enveloppe ainsi qu'une clé en fer forgé. Il avait longuement observé l'objet avant de déchirer le papier et d'en extraire une lettre. Le jeune homme avait immédiatement reconnu l'écriture pattes de mouche de son aïeul, qu'il avait auparavant tant de mal à décrypter. Dans cette lettre, son grand-père lui avait donné tous les détails quand à la nouvelle vie que son petit-fils allait mener, seul. Orphelin de naissance, Liam n'avait jamais connu que son grand-père qui l'avait élevé comme son propre fils. Mais, plus étrange encore, la lettre lui indiquait l'adresse d'une école, à laquelle il avait été inscrit.

" Une banale fac de psycho, c'est tout ce qu'il a trouvé à me faire faire ? Je croyais pourtant qu'on s'était mis d'accord sur le fait que je devais intégrer une prépa littéraire après mon bac. "

Liam ne se sentait pas à sa place dans cette école. Lui, d'ordinaire sociable, s'était renfermé sur lui-même et avait décidé de ne fréquenter personne. Il avait des cours particuliers, un professeur particulier... Et autant que lui-même, les autres se tenaient à l'écart.

" Votre grand-père a mis les moyens pour que vous puissiez suivre les cours à un rythme plus soutenu, lui avait expliqué la directrice. Ne vous en faites pas, tout est parfaitement planifié ! "

De nombreuses fois, Liam aurait voulu tout plaquer. Mais son grand-père ne l'avait inscrit que pour quatre mois, lui laissant ensuite la possibilité de continuer ou de changer de voie et le jeune homme tenait profondément à respecter l'engagement qu'il avait pris en se rendant à l'école le premier jour. De plus, même s'il n'osait pas se l'avouer, le contenu des leçons auxquelles il se rendait le passionnait.

Et à présent que les quatre mois s'étaient écoulés et qu'était venu le temps de prendre une décision, une seconde lettre lui avait été remise. Celle-ci indiquait l'utilité de la clé. C'est ainsi que Liam s'est retrouvé à plusieurs centaines de kilomètres de chez lui, dans un minuscule village devant une minuscule maison aux allures de forteresse. Le battant de bois sombre qui servait de porte était orné d'une splendide serrure en fer forgé dont le style correspondait tout à fait à celui de la clé.

" J'ai la désagréable impression d'être au beau milieu d'un film d'épouvante ou de science-fiction. " marmonna Liam en introduisant la clé dans le trou de la serrure.
Il fit pivoter l'objet métallique et poussa la porte après qu'elle se fut déverrouillée. Celle-ci grinça sur ses gonds dans un bruit assourdissant et fit se soulever un nuage de poussière en raclant le sol dallé.

Excepté un vieux meuble contre le mur de gauche, le vestibule était vide. Les toiles d'araignée tapissaient le plafond et la lumière qui passait par l'unique fenêtre était ternie par la crasse accumulée sur les vitres. Un corridor longeait le mur de droite. Liam referma la porte derrière lui avant de s'y aventurer. À de nombreux endroits, la tapisserie décolorée pendait par lambeaux, décollée du mur sur lequel on pouvait observer de multiples fissures. Il était clair que cette maison n'avait pas été construite de le but de servir d'habitation.

À gauche au fond du couloir, Liam trouva une nouvelle porte, en bois elle aussi. Il appuya sur la poignée et tira, découvrant ainsi une volée de marches qui s'enfonçaient dans l'obscurité. Il tâtonna un instant avant de trouver un interrupteur. La lumière blanche qui jaillit soudainement l'obligea à fermer les paupières. Lorsqu'il se fut habitué à la luminosité, il descendit le petit escalier et resta figé par la stupéfaction. À sa gauche, un bureau sur lequel trônaient plusieurs ordinateurs ainsi que de nombreuses feuilles de papier et des stylos de différentes couleurs. Contre le mur de droite, un établi et de multiples outils et matériaux. Recouvrant presque l'intégralité du mur tout à gauche, un immense tableau de liège sur lequel étaient punaisées nombres de notes, de photos ou de croquis. Entreposé dans un coin, un objet apparemment plat aux larges dimensions recouvert par un drap blanc.

Le regard de Liam se posa ensuite sur les deux portes qui ornaient le mur du fond. Intrigué, il voulu s'en approcher mais une nouvelle enveloppe blanche posée en évidence sur l'établi attira son attention. Il l'ouvrit et l'écriture de son grand-père lui apparut de nouveau.

" Liam ,
Je sais que tout ceci doit te paraître bien étrange. Ta nouvelle école (qui est loin d'être une fac de psycho !), ta soudaine indépendance, cette maison dont tu ignores encore tous les secrets et où je t'envoie sans te donner d'explications... Je devine les questions que tu dois te poser à l'heure qu'il est mais y répondre me demanderait plus de temps et d'encre que je n'en ai. Le plus simple pour nous deux serait donc que tu jettes un œil aux nombreuses heures de travail qui t'entourent. Car, mon cher petit-fils, tu te trouves à cet instant précis dans ce que j'aime appeler mon laboratoire. J'ai toujours eu une âme de scientifique bien que mes travaux relèvent d'avantage de la science-fiction que de la science à proprement parlé.

Bref ! Je m'égare donc revenons au sujet qui, je l'espère de tout cœur, te passionnera autant que moi. Si je t'ai confié la clé de cette maison, c'est parce que tu es la seule personne capable de rétablir l'ordre qui a été brisé. Enfin, plus exactement, vous êtes trois à devoir vous en charger. J'ai conscience que tout ceci te paraisse incompréhensible mais sache que tout te semblera plus clair lorsque tu te seras plongé dans toute ma paperasse. J'ai bien entendu laissé d'autres notes à ton intention que tu trouveras en temps voulu.
N'oublie pas que, de là où je suis, je veille sur toi.
Je t'embrasse.
Ton Grand-père "

D'un revers de la main, Liam essuya les larmes qui avaient coulé sur ses joues. Quel genre d'idiotie le vieux avait-il bien pu inventer ? Il avait un don pour les histoires exubérantes. Tant et si bien que le jeune homme crut un instant à une mise en scène. Mais la passion, la patience et l'ardeur qu'il sentait vibrer autour de lui le poussa à penser le contraire. Cette minuscule maison renfermait ici l'œuvre de toute une vie. Liam ne pouvait qu'être admiratif.

Il reposa alors la lettre sur l'établi et avança en direction des deux portes. Le bois sculpté avec finesse le laissa ébahit. Les portes, agrémentées de reliefs différents, étaient plus somptueuses l'une que l'autre. Liam remarqua alors une inscription qui agrémentait le haut de chacune d'elle. Il semblait s'agir d'un nom. Il s'approcha un peu plus de celle de droite pour tenter de le déchiffrer.

" Ariah. "

Ce mot ne lui évoquait absolument rien. Le jeune homme regarda derrière la porte et remarqua qu'elle n'était pas collée au mur, tout comme la seconde. Étrange. Que pouvaient bien faire ces deux portes dans le laboratoire de son grand-père si elle n'avaient aucune utilité ? Intrigué, Liam décida de tirer sur le battant de droite. Il fit un bon en arrière, stupéfait, lorsqu'un vent automnal fit virevolter quelques feuilles mortes jusqu'à ses pieds.

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