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Furtivité

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Saloa Sautier

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Il y a des moments où je me demande comment j’ai atterri dans ce fauteuil? J’ai ma mémoire qui me joue des tours, peut-être pour m’éviter de sombrer, de crouler sous des souvenirs parasites, nocifs, toxiques, mon bon vieux cerveau n’est peut-être pas si néfaste que cela ? Peut-être est-il mon meilleur allié.
- oh ! bonjour docteur, j’étais dans mes pensées, au loin, vous dire où je ne sais pas, encore à me poser mille questions qui m’évitent l’action, d’ailleurs j’ai même peut-être dû m’endormir, c’est épuisant d’être le bon petit soldat de ce mental tyrannique, de ce mental qui dicte mes sensations selon son bon vouloir, selon son point de vu, vous savez je ne suis pas une mauvaise personne, mais j’ai plein de mauvaises sensations, émotions, et là c’en est trop je suis tout le temps en colère, c’est ENORME cette colère, c’est ENORME. ça me bouffe, vous comprenez, j’ai envie de tout faire péter, vous ne dites rien, c’est normal, mais bon ça m’aiderait si vous disiez quelque chose, je me sens tellement isolé, tellement terrifié par tant de sensations fortes, je croise des gens, je croise des moments, je croise des lieux, je croise des scènes de vie, qui devraient me paraitre insignifiants, et NON je trouve le moyen d’être en colère, oui !oui ! En colère !
- Savez vous pourquoi cette colère ?
- non je sais pas, tout cela est si nul, oui nul, ces gens que je croise ces instants... tout cela est si attendu, si dicté par des codes, ou se trouve la sincérité ! Les gens ! Pour en revenir à eux, mais à quel moment ils sont eux, vous allez me dire « qu’est ce que cela peut vous faire », et bien ça me gène, j’aimerai pouvoir sentir un peu de dignité quant à leur être, oh oui qui suis-je pour dire cela, Dieu ? Je n’en suis même pas son apôtre, DIEU belle invention pour culpabiliser et asservir, et puis vu la connerie ambiante ! Enfin QUOI !!, vous vous rendez compte à quel point les individus se repaissent du malheur des autres, des défauts des autres, des défauts ! résultante de tristes expériences. Pourquoi, ne peut-on pas tout simplement vivre tranquillement ensemble en acceptant nos différences, MERDE.
- En effet votre colère est bien là !
Sacha se penche en avant, dans sa posture, on sent l’agacement, ces gestes sont nerveux, saccadés il secoue ses mains tout en parlant, secoue la tête rapidement de gauche à droite.
- Oui, c’est clair, pas besoin d’être psy pour le sentir, mais tous ces gens se tirent dans la gueule et pourtant ils sont liés, tiens d’ailleurs à ce propos, le mot lier me fait penser à quelque chose, vous voyez ce qui est drôle docteur, c’est le principe du GROUPE, liés, groupe, vous voyez le lien ? pas le lien respectueux des unités, mais ce lien qui nous fait renoncer à notre propre substance, oui je sais je passe du coq à l’âne, le groupe ou les groupes, et les rôles de chacun dans ceux-ci, j’ai observer les individus en société, comme on observe des fourmis, incroyable ce lien tissé autour d’un rôle bien définit, ce rôle qui permet de se sentir appartenir à notre société, des miettes plutôt que rien, on peut aussi nommer cela la tribu, tiens, j’ai d’ailleurs sur moi un petit mémo sur l’analyse d’un groupe que j’ai pu faire, je vous en lit une partie :

Sacha se lève marche de gauche à droite, la main droite balaye l’air au rythme de sa lecture.
Les individus évoluent de façons différentes selon qu’ils soient en groupe ou seuls, la facette de ceux-ci varie : Ce Groupe, a sa propre hiérarchie :
Tout d’abord le leader, le fédérateur du groupe, avec une position qui peut-être bienveillante quand il s’agit de mener les autres vers leur propre autonomie, tout en servant de référant de par son aura et sa force de conviction, par contre il peut s’agir d’un leader égocentré, en quête de pouvoir, là c’est tout autre chose son but rendre les autres dépendants de lui et surtout son crédo « diviser pour mieux régner » afin de nourrir son égo. Voyons le groupe constitué par le LEADER EGOCENTRIQUE NARCICIQUE Voir Pervers : nous y trouvons :
- le toutou :
c’est le gentil petit faire valoir du leader, son marchepied, il pense être son meilleur ami, je dis pense, la réalité étant tout autre, Le leader ne s’abaissant jamais à aller querir les informations qui lui semblent utiles il enverra ce toutou le faire pour lui, très docile, corvéable à merci, par désir d’être reconnu par le leader, il pourra basculer dans la délation, cependant il lui arrive parfois de tenir des propos terribles à l’égard du leader, le traitant de tyran injuste et égoïste, racontant à qui veut l’entendre à quel point c’est une personne critique et sans cœur, il tiendra ce discours dans les moments ou le leader aura eu une réflexion réveillant de façon douloureuse le complexe d’infériorité dont il souffre, alors il endossera le rôle de victime, bien évidemment il ne tiendra jamais ce type de propos face au leader.
En sa présence il reprendra son rôle de prédilection. Son adage « Avoir des miettes plutôt que rien » !

- Les curieux, passifs :
Sont très agréables pris à part, ils le sont tout autant au sein du groupe, de nature très peu expansive, ils ont une relation polie et selon leur statut social ils sont plus ou moins cordiaux voire amicaux avec le leader, il est évident que cela n’est que de l’ordre de l’intérêt, unilatéral bien évidemment. Ce sont les satellites du Leader.

- Les suiveurs (à ne pas confondre avec les sots)
Sont des agents dormants, ils peuvent se transformer en toutou, en rebelle, en curieux, ou rester suiveurs, pris à part, ils sont intéressants, ils semblent prendre conscience du fait que le respect de soi est essentiel, ainsi que le respect des autres, ils prônent l’échange le dialogue afin de permettre à chacun de prendre position d’avoir sa place, ils prônent aussi et surtout a quel point il est important d’Etre ! Avant que de paraître ! Mais une fois intégrés au Groupe avec ce leader égocentrique leurs belles pensées s’évanouissent, le groupe à raison quoiqu’il en soit...et l’Etre naissant se tait, nous pourrions dire que son vêtement favori reste la veste réversible.

- L’Observateur
Personnage intéressant, de part son sens aigu du détail il pourrait entreprendre une étude sociologique tant il est attentif aux divers mouvements de ce groupe, cela dit son but 1er, se gausser ! L’observateur est caustique voire cynique, il écoute, il regarde, il pourrait même être pamphlétaire à ses heures perdues, car comment ne pas comparer ce groupe à une ménagerie (coq, renard, poule, cochon...), drôle mais par instant pathétique.
- Voilà, alors pas mal mon analyse, bon c’est juste une petite partie, j’ai pas fini de la développer, mais j’avoue que j en suis assez satisfait, vous dire que cela apaise ma COLERE, mon IRE... NON ! caustique, je sais, faut que je me calme, je le sais aussi, faut que je respire, faut que je me recentre sur l’essentiel, bon encore faut-il savoir ce qu’est l’essentiel.
Le temps passe, Sacha respire profondément, lentement, souffle, renifle, un léger mouvement des épaules laisse penser qu’il pleure, qu’il pleure de l’intérieur, puis se reprend se redresse, s’agite de nouveau.
- vous savez docteur, j’aime pas tout ça, j’aime pas dire des choses comme ça, parce que ma colère c’est quoi, c’est ma peur, oui j’ai peur, tout le temps, j’ai peur des autres, j’ai peur de leur regard, j’ai peur de leur indifférence, j’ai peur d’être seul, zut , merde, vous pouvez entendre ça, vous être là sans rien dire, à m’écouter, à me juger surement, à vous dire que je ne suis qu’un pauvre hère, ben oui c’est ça je suis un pauvre hère, qui s’est planté, tout le temps, planté dans l’époque, planté dans ses sentiments, planté dans la façon de les dire et de ne pas les dire quand il le fallait, je suis fatigué, fa !ti ! gué !, j’ai été élevé par deux blockhaus, deux morceaux de béton, vide d’amour, un vide sidéral, c’est à peine si ils m’ont regardé, c’est à peine si ils m’ont touché, c’est à peine si.... Et puis merde, ils sont plus là, je devrais passer à autre chose, mais j’y arrive pas, alors je suis en colère parce que les autres n’ont pas pu me rassurer, j’ai peur du noir, j’ai peur du vide, j’ai peur du silence, alors je m’agite, je ris fort, je parle fort, je veux que l’on me voit, parce que moi j’arrive pas à me voir, j’arrive pas à m’entendre, j’arrive pas à faire taire ces larmes qui coulent sans cesse à l’intérieur de mon être, moi aussi je suis un blockhaus, un blockhaus inondé de chagrin......
Le temps s’écoule encore, Sacha ferme les yeux, les rouvrent, prend une grande inspiration, laisse sa tête partir en arrière, puis pose ses mains sur chacune des ses tempes.
- ça bourdonne dans ma tête tout le temps, et plus le temps passe plus mes mâchoires se crispent, eh ! Vous m’écoutez, ou quoi, j’vous vois bien dans le groupe, vous seriez l’observateur, le critique, celui qui dit rien, parce que quand on dit rien on a l’air intelligent, c’est ça, quand on dit rien, que l’on regarde les autres, que l’on compati d’un hochement de tête toute les trois phrases, on a l’air supérieurement intelligent, on a l’air de savoir, de savoir ce qui est bien, et votre ventre ça va ? Il est bien distendu ? Parce que le mien c’est une pierre c’est un nœud sourd.
- Sacha, il faut prendre du recul, faire la paix maintenant, vous vous autodétruisez, vous vous excluez, vous êtes dure avec vous-même, toute cette colère est surtout le reflet d’une profonde tristesse, en effet vous n’avez pas été reconnu dans votre enfance, mais maintenant vous avez votre vie entre vos mains, vous ne pouvez pas gâcher tout cela.
Sacha laisse apparaître un rictus, ses yeux s’étrécissent, la méfiance se dessine sur son visage.
- Sacha, vous êtes constamment activé par les autres et leurs interactions, pourquoi, peut-être souhaitez vous être reconnu à tout prix, mais encore faudrait il commencer par vous reconnaitre vous-même, il serait intéressant d’analyser cette sensation de rejet, il me semble qu’elle vient de très loin, vous ne vous êtes pas senti accueilli, donc pas aimé, de ce fait, il est difficile pour vous de vous aimer de vous reconnaitre en tant qu’individu avec sa personnalité, sa richesse, son potentiel, vous vous sentez à côté, à côté de vous, à côté des autres, mais pas avec. Il n’y a pas de bonnes ou mauvaises façon d’être, il y a Etre, vos actions vos prises de décisions votre chemin ne doivent pas être dictées par le regard des autres, ni par leurs approbations, être dans le plaire dans le faire plaisir pour avoir la sensation d’exister, est une façon de se nier, cela est épuisant pour l’esprit et demande beaucoup d’énergie, il est probable que ces différentes personnalités du Groupe vous fassent miroir, ce sont des bribes de vos comportements qui ne vous plaisent pas, car vous sentez des dissonances avec vous-même quand vous adoptez certains rôles, cependant il ne faut pas vous en vouloir à ce point, il faut arriver à trouver votre place sans vous départir de votre personnalité qui fait votre force, votre humanité, car pour être touché à ce point, cela signifie que vous avez une grande humanité, une belle sensibilité, pour le moment cette hypersensibilité vous encombre, votre personnalité vous pousse à vivre de relations émotionnelles négatives ou positives de manière plus intense que la moyenne, votre conscience est aiguisée, votre propension à la justice attisée, la vérité est exacerbée, ceci mis en frontal avec votre mental qui cherche à maitriser, contrôler, afin d’éviter toute déconvenue, déclenche des émotions tel que la peur, la tristesse, et enfin la colère qui est la troisième étape du processus, il faut rassurer votre mental, l’apaiser, afin de laisser votre hypersensibilité vous guider, car quand nous parlons d’hypersensibilité nous parlons aussi d’instinct, vous devez laisser votre instinct vous guider car il est particulièrement développé.
- Ouah !! je suis donc super doué ? Docteur, vous croyez que c’est aussi simple que cela, je me plante à tout les coups, plantage dans ma vie amoureuse, ma femme me regarde comme un looser, dans mon rôle de père, mes fils, ah mes fils je ne lis que du mépris dans leurs yeux, et ma vie professionnelle, elle m’emmerde... j’y suis surement pour beaucoup.. mais je n’assume pas, et je n’arrive plus à prendre le moindre recul, vous comprenez
- Sacha, je comprends, et je pense que rien n’est perdu, vous êtes là ici, ce n’est pas par hasard, c’est qu’au fond de vous il y a un réel désir de bien faire, un réel désir de vivre pleinement votre vie, certes consciemment vous n’en êtes pas persuadé, mais votre instinct si vous l’écoutez, vous aidera à trouver la voie, votre voie, écoutez Sacha, aucun individu sur cette terre n’est mauvais à l’origine, ce sont les choix dictés par des frustrations qui conduisent certains à prendre des chemins de noirceur. Sacha, il faut croire, il faut que vous ayez foi en vous, en la vie, en votre vie, ce n’est par si simple, il faut arriver à faire la paix avec l’enfant qui est en vous, qui s’est senti seul, floué, incompris, mal aimé, Sacha fermez les yeux, allez-y faites moi confiance, fermez les yeux..
Sacha se laisse conduire dans un long moment d’introspection, de relaxation, d’hypnose, afin de l’aider à apaiser cette colère, le temps s’écoule lentement, très lentement, tout semble doucement se figer....enfin Sacha revient doucement
- Bien, comment vous sentez vous, attendez avant de me répondre, ressentez en pleine conscience ce que vous avez ressenti en état d’hypnose, sourire aux lèvres, qu’est ce que cela vous procure ?
Sacha pleur, doucement, puis de plus en plus profondément, le visage enfoui dans ses mains, il respire bruyamment, courbé presque recroquevillé sur ses genoux.
- Allez y Sacha c’est votre espace, c’est votre moment, laissez tout cela s’évacuer, ce sont des pleurs salvateurs, ne les retenez pas.
Quelques minutes se passent, Sacha relève la tête, redresse son corps, son visage à une toute autre expression, la lassitude a remplacée la colère sur son visage.
- Voilà vous lachez prise, vous lachez votre mental, vous savez il est à la fois votre meilleur allié et votre pire conseiller, maintenant dites moi Sacha, dites moi quels sont les instants dans votre vie, dans votre quotidien, qui vous apaisent ?
Sacha, réfléchi, regarde sur le côté, semble cherchez dans sa tête, dans corps, dans ses souvenirs, puis un léger sourire aux lèvres, il plonge son regard dans celui de son interlocuteur, il le fixe, mais ce sont ses souvenirs qu’ils fixent.
- et bien, il y a un moment tout particulièrement qui m’apaise, c’est l’instant précis ou j’épluche les légumes,
- Les légumes ?
- Oui c’est bien ça, je suis là dans ma cuisine, face à mon plan de travail, je regarde les légumes devant moi, ils sont posés généreusement, la pomme de terre ronde belle, les poivrons et leurs délicieuses couleurs parfumées, chaque couleur à un parfum, la tomate, voluptueuse tomate gorgée de soleil qui dans un instant va délivrer son jus, sa pulpe, son nectar, les oignons et ses multiples couches, qui révèlent autant de facettes de sa personnalité à la fois sucrée, piquante, forte, douce, alors après les avoir regardé, je les prends un par un, les épluches, les coupes, je me regarde faire, c’est drôle c’est comme si je sortais de mon corps et que je me voyais faire, c’est un instant tellement intense, c’est un instant qui me fait me sentir là, ici, maintenant, par le touché, l’odeur, la saveur, les goûts que j’imagine émaner de ce mélange de formes de couleurs de saveurs, je suis là, je me sens profondément ancré, profondément à l’intérieur, c’est tellement bon. Ensuite, je pose mes légumes dans une poêle ensoleillée par l’huile d’olive, j’y pose mes légumes, et là ils se mettent à chanter à vibrer, comme c’est beau, tout se mélange, ça sent tellement bon, c’est un moment d’éternité. Ces instants à mes yeux valent de l’or, cet instant si simple et d’une incroyable plénitude, cela peut paraître naïf et pourtant.
- y-a-t-il d’autres instants dans votre vie, qui vous apportent cette plénitude ?
- je sais pas, oui je crois, le vent dans les arbres semblent parfois faire s’envoler mes peurs, juste le temps d’un souffle...
Sacha semble parti ailleurs, son regard s’adoucit, devient profond, sa posture change, il se pose vraiment sur le fauteuil, il semble s’étaler et prendre de l’ampleur dans l’espace.
- Vous êtes un poète Sacha, et de plus je tiens à vous dire, que ces instants que vous me décrivez, son en effet source de plénitude, cela à un nom bien précis il s’agit méditation, vous savez méditer, alors surtout ne perdez pas cela, ces instants vous permettent de vous relier à vous même et donc au tout. Je suis fier de vous, et vous pouvez l’être aussi, vous devez tenter maintenant de reproduire cela dans d’autres moments de votre vie, cela vous aidera à vous ressourcer, à ne pas laisser votre mental vous dicter vos comportements, petit à petit vous passerez d’observateur à acteur de votre vie, il y aura encore des bas, des doutes, des peurs, des colères, ne perdez pas de vue que votre meilleure source d’énergie, et votre meilleur conseiller, c’est vous, c’est votre instinct, c’est la bienveillance que vous vous accorderez, et ces instants aussi anodins puissent-ils paraître vous y aideront, ils vous permettent et vous permettront de vous recentrer, laissez les autres être à ce qu’ils sont, ni inférieurs ni supérieurs, juste différents, prenez du recul, soyez doux, octroyez vous des espaces rien qu’à vous, demandez vous par instants « qu’est ce qui me ferait plaisir », ou « qu’est ce qui m’a fait sourire, ou rire, aujourd’hui », nourrissez vous de cela. Votre vision de la vie changera petit à petit, vous êtes une belle âme Sacha, vous devez vous reconnaître, et le partager avec ceux que vous aimez, ces moments de bien être profonds feront résonnance, ayez confiance, en vous en la vie, toutes les étapes qu’elle vous fait passer sont là pour vous faire grandir, pour apprendre, ces sombres pensées doivent être transformées en une source d’énergie lumineuse. Bien Sacha, il faut maintenant que vous retourniez là-bas, vous n’avez pas terminé votre chemin, allez Sacha, votre passage ici ne pouvait être que temporaire, votre place est parmi les autres avec les autres, ni contre ni dépendant, mais avec, à côté.
- Bien docteur, je sais bien que je ne vais pas passer ma journée ici, de là à me dire que je n’ai plus besoin de vous, c’est pas si simple, j’ai besoin d’aide, vous comprenez, besoin d’aide pour arriver à partager ces moments, et ne plus être frustré parce que mes proches ont une image de moi que je n’aime pas, là ça va, j’ai réussi à partager avec vous ces infimes instants de grâce, mais comment je fais une fois rentré chez moi, j’ai bien entendu vos conseils, bon je vais en effet tenter de les mettre en pratique, par contre il faut qu’on se revoit.
Sacha se penche vers le Docteur, la tête en avant, semblant attendre une approbation.
- Je crois Sacha que vous ne m’avez pas bien compris, bon, il ne nous reste que peu de temps, je vais devoir accélérer les choses, dites moi, vous souvenez vous de la façon dont vous êtes arrivé ici.
- Euh oui, j’avais pris rendez vous avec le docteur BONLIEU, mais il était absent, et euh, vous étiez là, je suis tombé sur vous, vous partagez bien son cabinet ? d’ailleurs je veux continuer avec vous, vous m’avez fait me sentir bien, me ressentir. C’est pour cela que j’aimerai continuez avec vous, vous êtes d’accord bien sur ?
Sacha se penche à nouveau, un sourire aux lèvres, il tend la main, son regard est intense, devient même impatient.
- Sacha, ce n’est pas si simple que cela, vous aviez en effet rendez vous avec ce Docteur, mais la façon dont vous êtes arrivé ici ne vous revient pas à l’esprit ?
- Bon c’est quoi encore ces mystères, allez à l’essentiel, prenons rendez-vous pour la semaine prochaine, et voilà. Alors vous les psy, drôles de personnages.
- Bien, ce matin vous avez franchit la porte d’entrée, puis lorsque l’assistante vous a dit que vous vous étiez trompé de jour, que le Docteur ne pouvait vous recevoir, vous avez comment dire, basculé, oui c’est ça basculé, vous avez forcé la porte du bureau et là vous avez supplié le Docteur de vous recevoir, il était penché sur son bureau, surement en train de travailler sur le dossier du patient qu’il venait de voir, et vous, vous étiez là, désespéré, pris de panique, voulant à tout pris de l’aide, vous l’avez suppliez, puis vous avez eu le sentiment que son regard posé sur vous n’était empli que d’indifférence, il vous a demandé de patienter dans la salle d’attente, mais vous n’y entendiez rien, il fallait que ce soit de suite, votre souffrance avait pris le dessus sur tout raisonnement, le bourdonnement dans vos tempes devenaient insupportable et surtout incessant, il a fallut 10 secondes au Docteur pour comprendre cela, mais vous aviez déjà glissé votre main dans votre manteau, sorti l’arme, l’avez posé sur votre tempe et au moment ou il a tenté de vous stoppé, vous avez tiré.
- Mais ça va PAS !!!, mais qu’est ce que vous dites ? et là je suis ou alors dans l’anti chambre de la mort PEUT ETRE ? c’est quoi une nouvelle technique de thérapie par le choc.
Sacha ferme quelques secondes ses yeux, semble soudain interpellé troublé par quelque chose, ses sourcils se froncent, sa bouche se serre, ses poings aussi, sa respiration se saccade.
- Je sais Docteur que j’avais une arme, que j’ai souvent pensé à me tuer, pour faire taire ces sourdes angoisses, mais...
- Sacha, ça vous revient, doucement, c’est normal.
- QUOI c’est normal, vous être dingue ou quoi, vous allez me dire que l’ange Gabriel va entrer dans la pièce dans deux minutes et que vous, vous êtes mon ange gardien, vous être FOU !! ou vous me prenez pour fou et souhaitez me faire interner !!! C’EST ça !!, mais qu’est ce qui se passe, oui c’est vrai que je sais plus comment je suis entré ici, je sais même pas l’heure qu’il est, mais c’est NORMAL, je vais MAL, et quand on souffre, on est tellement obnubilé par ça, que le reste ce n’est pas important, allez on arrête les conneries, j’étais bien y’a deux minutes, vous m’avez apaisé, alors on peut rester là-dessus et se revoir pour continuer?
- Vous allez en effet continuer, vous avez une deuxième chance de pouvoir continuer en vous libérant de ces souffrance, en apprenant à vivre avec ce que vous n’avez pas eu, avec ce que cela à permis de développer en vous, car toute expérience toute traversée que nous faisons aussi douloureuse soit elle, est source d’apprentissage, oui je dis bien source d’apprentissage et vous en tirerez toujours du positif au bout du compte, mais il faut accepter de pacifier cela, accepter d’être ce que vous êtes, lâcher l’orgueil, lâcher le contrôle, ce contrôle dont vous pensez qu’il vous empêchera de souffrir plus, bien au contraire il vous empêche juste de vivre, de recevoir et de donner, de partager comme vous êtes, de vous montrer vulnérable comme tout individu, ce contrôle est la source de vos frustrations, il nourrit vos peurs.
- C’est bon j’ai compris ça, je vais travailler dessus, alors ok pour se voir la semaine prochaine, j’ai compris la thérapie par le choc, ça marche, vous voyez bien que ça marche.
- approchez SACHA, venez à mes côtés derrière le bureau.
- Pourquoi ? NE ME TOUCHEZ PAS !
- Venez, je ne vous veux aucun mal.
Sacha s’approche, tout en regardant le Docteur ou ce qu’il semble être, d’un œil inquiet, et surtout interrogateur, le corps réticent, il s’avance doucement.
- Sacha, je ne suis pas le remplaçant du DOCTEUR BONLIEU, regardez, regardez face à vous là ou vous étiez assis, juste là !.
Sacha regarde, et là un corps apparaît sur le sol, une femme et un homme à ses côtés, elle hurlant, lui tentant de le ranimer,
- c’est quoi ce bordel, vous m’avez donné de la drogue ou QUOI?
- Sacha, là c’est vous, oui là au sol c’est vous, je ne suis là que de passage, pour vous demander de retourner là-bas, ce n’est pas votre moment, comprenez cela on ne peut choisir l’heure de sa mort SACHA, pas tout le temps, car il s’agit là de votre mort, c’est vous au sol votre arme encore dans votre main, il y a le DOCTEUR BONLIEU qui tente de vous garder en vie et son assistante, là, choquée en larmes en cris, au sol prés de vous, vous entendez le son la sirène qui s’approche, une femme entre brusquement elle attendait en bas dans la voiture, elle vous a suivit depuis chez vous, lorsque vous êtes sorti brutalement, l’air défait, elle se doutait de quelque chose, cette femme c’est votre femme, voyez son regard, voyez tout d’abord le choc, l’énorme choc qui prend possession de son esprit, le déni, puis la prise de conscience, et là les larmes les hurlements le corps qui s’affaisse au sol, elle s’écroule sur vous, elle prend votre main, écoutez ce qu’elle dit à cette homme qui Gît , écoutez ses paroles de désespoir, le désespoir de n’avoir pu aider l’homme qu’elle aime, le père de ses enfants, regardez bien SACHA, et sentez comme elle est liée à vous, que ressentez vous ?
SACHA, écoute, semble recherchez toutes ces sensations dans son corps dans son esprit, il reste là, figé, glacé, plus aucune expression sur son visage, il semble prendre conscience de l’irréalisme de la scène, être dans l’antichambre de la mort, cela est totalement impossible, et pourtant SACHA ne bouge plus, il regarde cette scène il se regarde, il regarde sa femme, comme il l’a aimé, et comme il l’aime, et comme il se dit qu’elle a dû souffrir de ne pouvoir l’aider, il est là, las, il ne sais plus rien, il ne croit en rien, et pourtant, son âme comprends, il est pétrifié dans son corps, comment comprendre l’incompréhensible, comment croire à l’impossible, tout se bouscule dans sa tête dans son corps, et pourtant il est pétrifié,
Il lève sa main délicatement, son regard ne quitte pas cette femme sa femme suppliant cet homme lui, de ne pas partir, de rester.
Il touche son tympan, regarde ses doigts, du sang, toujours immobile, ne pensant plus ne réagissant plus, totalement dans l’incompréhension de ce qui se passe, essayant de penser au choc de son acte à la brutalité de son acte qui doivent être la cause de cette illusion, il regarde le Docteur à ses côtés, ou est-il, et qui est-ce ?
- SACHA, allez, il est temps d’y aller, il est temps d’y retourner, vous venez de tout comprendre, cela va rester ancré en vous, mais vous allez oublier notre entrevue, vous garderez juste une sensation d’être sorti de votre corps, d’avoir été spectateur de la scène, les médecins vous diront, que cela est dû au choc de l’impact, de cette balle qui à juste frôlé vote cerveau, car sachez que le Docteur BONLIEU vous a sauvé, il a eu juste le temps de vous pousser au moment du tir, la balle n’a fait que vous froler.
SACHA ne parle pas, regarde encore la scène, regarde l’homme à ses côtés, ses yeux sont statufiés, figés, plus aucune pensées ne traversent son esprit, il sent une douleur se répandre dans son corps et là soudain il chute brutalement, sent la douleur encore s’accentuer, une douleur physique intense, sa tête, sa tête est dans un étau, le froid envahit son corps il sent des mouvements indicibles, du bruit, des gens qui s’agitent autour de lui, il hurle de douleur dedans, mais il est toujours inconscient.
- Non, non, non attendez attendez, non j’y retourne pas pas maintenant, j’ai des questions, je veux pas y retourner, j’ai plus rien à apporter, je suis fatigué, je suis las, j’ai tenté de faire le bien , j’ai tenté de pardonner, j’ai tenter de me relever de sourire encore, de tisser des liens, mais là j’en peux plus, je peux plus rien, pourquoi certains ont une force une confiance indéfectible en la vie, ils se battent ils ont des rêves, non merdre, je veux pas y retourner,
sa tête, sa tête est dans un étau, le froid envahit son corps il sent des mouvements indicibles, du bruit, des gens qui s’agitent autour de lui, il hurle de douleur dedans, mais il est toujours inconscient.
- Je suis pas cet être au sol, je suis plus cet être au sol, je veux plus,
Il hurle,
- vous comprenez, j’ai vu la lie dans les yeux des hommes, j’ai pas envie de faire parti de cette humanité là,
il pleure
- s’il vous plait non, attendez, attendez encore un peu....
Qu’est ce qui étreint le cœur des humains, qu’est ce qui le fait vibrer, et parfois bruler, qu’est ce qui déclenche cette douleur si intense, celle qui nous empêche de respirer de sourire, ou au contraire nous fait déplacer des montagnes. un jour on regarde tout ce qui nous entoure comme un paysage étranger, ceux que l’on a jadis aimé comme des intrus qui ne parlent plus la même langue que nous. Le lien devenu ténu, se disloque, la lumière salvatrice devient une aiguille qui transperce l’œil, à quoi bon, à quoi bon, si dit il ? ça tient à quoi ? et surtout pourquoi nous construisons des cités dont la taille n’a d’équivalent que nos vides, des cités de métal renfermant les pleures de nos solitudes, que nous n’arrivons même pas à lier, la faille s’étend du cœur jusqu’au bas du ventre, elle s’abreuve des fantômes du passé et la peur de l’avenir ce gouffre inconnu qui semble s’ouvrir vers des abysses plus grandes à chaque seconde qui passe, il y là à son entrée une bouche qui s’abreuve de nos dernières forces de vie, qui semble dire vient laisse lâche vient donne moi ta substance... j’ai voulu me battre, j’ai voulu y croire, j’ai voulu mettre ma pierre à l’édifice, j’ai voulu y croire, y croire....
Stop, bruit d’une sirène, son d’une voix, puis deux en filigranes, une main caresse un front, un baiser se pose sur sa bouche, une autre main tient sa main.
Je ne sais pas ce que sera demain, j’ai peur, la lumière devient plus intense, le son des voix plus net, et maintenant on fait quoi ? Sacha.
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