From Roma with love

il y a
4 min
67
lectures
8

Après trois ans d'études de commerce, je décide enfin de me lancer dans ma véritable passion qu'est l'écriture. C'est au mois de janvier que j'ai fait lire pour la première fois l'un de mes  [+]

Il doit être onze heures du matin. Il est peut-être même midi. Les rayons du soleil se glissent pressement entre les lattes des volets blancs et viennent se déverser sur les draps du lit crémeux et ses longs cheveux éparpillés sur l’oreiller. Elle ouvre les yeux et étire ses bras en l’air. La pièce est nimbée par la lumière dorée. Il fait déjà chaud. Elle peut sentir la chaleur presque étouffante qui tente aussi de s’introduit dans la petite chambre. Le dessus de lit jonche sur le sol. Seul le drap fin couvre encore son corps nu. Lui dort encore. Elle lui tourne le dos, mais elle est prête à le parier. Nonchalamment, elle roule sur la hanche et se met face à lui. Comme elle l’avait prédit, il n’avait toujours pas ouvert les yeux. Elle savait qu’il ne tarderait pas à le faire. Il finissait toujours par ouvrir les yeux. Il sentait son regard. Elle ignorait comment il faisait pour sentir son regard qu’elle s’efforçait de ne pas faire pesant, mais il y arrivait toujours. En attendant elle l’observait. Il faisait la moue. Son nez était froncé et faisait apparaitre une petite ride au milieu de son visage. Une mèche lui barrait la figure.
Délicatement, elle tendit une main pour lisser la mèche de cheveux entre ses doigts. « Tu as faim ? » grogna-t-il avant même qu’elle ne le touche. Il n’avait pas ouvert les yeux. Il glissa son visage dans l’oreiller et inspira profondément. Brusquement, il lança son bras et attrapa la hanche de la jeune fille. Il colla son corps frêle et chaud contre le sien et enfouit son visage dans ses cheveux. Ils sentaient le miel. Elle rit. Elle aimait quand il faisait ça. Elle aimait quand il la surprenait. Ils s’embrassèrent. Longuement. Leurs langues glissaient le long de leurs lèvres, les baisers se rependaient partout dans les draps. Il avait encore dans sa bouche le goût du vin blanc qu’ils avaient bu avant de ne succomber à la tentation de faire disparaître leurs vêtements. Elle ferma les yeux et se laissa aller sous ses baisers sucrés. Elle se repassait la soirée de la veille avec délectation. La nuit avait été longue. Délicieuse. Ils s’enlacèrent encore. Elle le laissa poser sa bouche sur sa poitrine et s’aventurer sur la peau de son ventre. Mais elle finit par s’écarter de lui et planta son regard dans ses yeux. « Oui, j’ai faim ».

Il avait filé sous la douche en espérant que le filet de l’eau fraiche lui permettrait de sortir de la torpeur de la courte nuit qu’ils avaient passé. Elle l’avait rapidement rejoint. Ils perdirent encore de longues minutes dans la cabine qui s’embua rapidement malgré la température de l’eau.
Elle ne jeta même pas un regard dans sa valise et se saisit de la robe rouge jetée sur le fauteuil de leur chambre. Il adorait cette robe. Elle le savait. Elle la fit glisser sur sa peau. Il l’aimait parce qu’elle était légère. Le tissu à pois fin lui permettait de deviner la forme de ses seins et parfois même le bout de ses tétons. Il aimait la façon dont elle tombait sur ses hanches et sur ses cuisses. Elle faisait des petits volants sur le bas et se soulevait quand elle se retournait brusquement. Mais ce qu’il aima par-dessus tout à ce moment-là, c’est qu’elle lui lança un « tu viens » innocent, sans même avoir pris le temps de mettre une culotte.
Dans l’ascenseur, elle l’observait dans la glace d’un œil malicieux. Lui jouait avec la cascade de cheveux blonds qui coulait sur ses épaules. C’était l’une des choses qu’il préférait chez elle, ses longs cheveux clairs qui sentaient le miel. Il aimait particulièrement quand elle les nouait en deux tresses floues qui encadraient son visage, comme la toute première fois qu’il l’avait vue. Ce qu’il aimait aussi c’était le contraste avec ses sourcils. Foncés, ceux-ci mettaient l’accent sur la noirceur des cils qui soulignaient ses yeux. Il lui avait demandé une fois pourquoi ses cheveux n’était pas de la même couleur que ses sourcils. Elle avait tenté de lui expliquer. Il n’avait strictement rien compris mais cela n’avait pas d’importance car cela l’avait fait rire.

Ils descendirent la rue bras dessus-bras dessous et la longèrent jusqu’à la petite place qu’ils pouvaient apercevoir de leur lit quand les volets étaient ouverts. Elle était belle cette place, pensa-t-elle. Mais ce n’était pas celle qu’elle préférait. Elle aimait la fontaine de Trévi. C’était cette place qu’elle affectionnait le plus. Celle où on jetait des pièces pour que nos vœux se réalisent. C’est lui qui lui avait expliquer que jeter une pièce dans l’eau signifiait que l’on reviendrait à Rome, lorsque l’on en jetait deux, on aurait la chance d’épouser un romain. Elle en avait jeté deux. Il avait ri. Elle avait boudé. Il la trouvait encore plus ravissante quand elle boudait. Il l’avait d’ailleurs prise en photo. Bien sûr, cela ne l’avait fait que râler d’avantage mais il s’en fichait, au moins il avait un cliché d’elle. D’ailleurs, elle portait la fameuse robe rouge ce jour-là aussi.

Ils contournèrent les peintres agenouillés sur le sol qui envoyaient des coups de bombes de peintures sur des toiles à travers des calques pour faire des formes. Puis, ils entrèrent dans la petite boulangerie orange où ils allaient tous les matins. Du regard, il l’interrogea sur ce qu’elle voulait. Elle hausse les épaules et plaquant sa main sur sa bouche pour étouffer un rire mutin. Il lui posait la question tous les jours, parfois elle posait son doigt sur une des vitrines en indiquant ce qu’elle désirait mais le plus souvent elle lui ordonnait en haussant les épaules de choisir pour elle.

Il avait réalisé au bout de quelques jours qu’elle ne parlait pas beaucoup. Elle disait des phrases courtes et concises et se contentait surtout de rire en secouant la tête et en portant les mains à son visage. Lui parlait beaucoup. Ça leur allait à tous les deux. Ils n’avaient de toute façon pas parler pour se comprendre. Ils leur suffisaient de se regarder. Parfois, il ne suffit que de ça.
Elle mordit à pleine dents dans le petit pain au parmesan tandis qu’il glissa la baguette de pain au chorizo sous son bras et sa main sur la hanche de la jeune fille. « Dans combien de temps déjà ? » demanda-t-il sans la regarder. Un homme jouait de l’accordéon sur le trottoir. Deux scooters passèrent devant eux. Le cœur de la ville battait fort. Les touristes se bousculaient derrière les guides, les badauds pressés et élégamment habillés claquaient impatiemment leurs talons sur les pavés des rues. Les odeurs de pizzas et de vins d’échappaient des restaurants. Elle se serra davantage contre lui et croqua à nouveau un bout dans son pain. « Deux jours » finit-elle par répondre. Ils s’arrêtèrent. Il ne savait pas si elle le regardait derrière les vitres foncées de ses lunettes de soleil. Il soupira. Elle posa doucement sa main sur sa joue, y déposant quelques miettes dans sa barbe naissante. « Je ne veux pas que tu partes » finit-il par lancer sachant qu’elle ne briserait pas le silence. Elle inspira profondément et laissa ses épaules s’affaisser.
« Je me souviendrais de tout » finit-elle par dire doucement en tournant la tête. Oh, lui aussi il n’oubliera aucun des moments passés avec elle. Il se souviendra de tout. Chaque minute de chaque journée de ce merveilleux mois de juillet passé à ses côtés. Il ne voulait pas qu’elle rentre. Elle voulait rester elle-aussi. Elle aurait aimé laisser partir cet avion qui la ramènera à Paris dans deux jours. Son cœur était maintenant en Italie. A Rome. Avec lui. Quel cliché, pensa-t-elle en soupirant.

Elle ne parlait pas très bien italien. Il ne parlait pas français. Elle était venue visiter. Il était là pour étudier. Elle avait visité chaque centimètre de sa peau. Il avait étudié chacune de ses courbes. Elle allait rentrer chez elle. Il allait rester chez lui.
Ils s’embrassèrent. Ils ne voulaient pas se quitter, oh non, mais ils étaient décidés à profiter des dernières journées qui leur restaient ensemble.
8

Un petit mot pour l'auteur ? 13 commentaires

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Fredo la douleur
Fredo la douleur · il y a
Une belle histoire ( Rome Antique) et pleine de sensualité ! En Amour n'existe pas la barrière de la langue. Un très beau texte où deux amants découvrent à la fois et la ville et leurs corps :-). Si peu de temps et tant de peau à parcourir...!
Image de Albane Charieau
Albane Charieau · il y a
La dolce vita c'est beau quand on a vingt ans!!!
Image de Chateau briante
Chateau briante · il y a
bonjour Philippine
et merci de ce voyage, c'est cadeau

je pense à la chanson de Vincent Delerm «voyage en Italie»
ainsi, vous avez, en plus d'un don pour tricoter joliment les lettres, celui de faire chanter les mots

votre prénom est royal et vos mots ne démentent pas
à 16 ans, vous écriviez déjà avec talent
que dire aujourd'hui ?
si ce n'est que les semis ont particulièrement réussi car votre jardin foisonne de bien belles couleurs et vos récits sont autant de farandoles entraînantes et irrésistibles

scénario, mise en scène, réalisation, vous savez tout faire et le faites bien

pour l'intrigue, les personnages et les décors, palme d'or !

. hier j'ai rencontré Paulo, Alex et Charlotte
. ensuite, je suis passée à l'hôpital, là où un monsieur et sa petite fille se tenaient par la main
. puis je suis allée prendre un café avec un ami malheureux suite à une rupture douloureuse

j'aurais volontiers continué ma balade mais il se dit que vous nous concoctez déjà un prochain opus

je tiens à vous faire part de ma grande impatience

Marie Christine

Image de Philippine
Philippine · il y a
Chère Marie-Christine,

Je suis si émue par vos messages que je les ai transféré à ma mère...!
Je ne pouvais pas être plus heureuse qu'en apprenant que votre balade entre mes textes, de mes 16 à mes 21 ans, vous a plu !
D'autres textes sont en cours d'écriture... J'espère qu'ils vous plairont tout autant !

Au plaisir de vous lire de nouveau...
Avec toute mon affection,

Philippine

Image de Chateau briante
Chateau briante · il y a
mon amitié en retour, Philippine
Image de Marie Quinio
Marie Quinio · il y a
Une petite tranche de vie au parmesan, ah Rome, la fontaine de Trévi, les petites places, tout est un appel à la sensualité et à l'amour !
Image de Philippine
Philippine · il y a
C'est très gentil d'avoir pris le temps de tout lire Marie, merci!!! Ce texte date de mes seize ans, je le trouve vraiment moins bon que ce que j'écris maintenant, mais je suis ravie si ça vous a plu!!
Image de Marie Quinio
Marie Quinio · il y a
En fait j'aime bien lire plusieurs textes d'un même auteur quand je le découvre.... histoire de me plonger un peu dans son univers. A bientôt ;)
Image de M. Iraje
M. Iraje · il y a
Comme un instant de vie suspendu pour l'éternité.
Image de Philippine
Philippine · il y a
Quel joli retour! Merci d'avoir pris le temps de me lire!
Image de M BLOT
M BLOT · il y a
Le langage est si fort lorsqu'il passe par l'échange d'un regard! J'adore ! Comme j'adore ce langage...
Je vote j'aime.
Je vous invite à lire un de mes textes en finale, c'est un romantique contemporain et je pense que vous devriez aimer quand je lis votre texte 😉
Merci à vous Philippine. https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/lempreinte-des-souvenirs

Image de Philippine
Philippine · il y a
Bonjour Artvic!
Merci beaucoup pour ce si gentil commentaire! Je vous invite tout de même à jeter un coup d’oeil a mes autres écrits qui sont à mon sens mieux travaillés!
Je vais de ce pas vous lire et je vous dis à bientôt!

Image de M BLOT
M BLOT · il y a
Merci !! comme je zap beaucoup en visionnant les thèmes , je vais venir voir plus ample écrits de votre part ;) merci beaucoup