Fraise, roulette et sang frais

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«Au nom de la République ainsi que de toute la communauté des médecins, dentistes et chirurgiens, je tiens à vous remercier chaleureusement, Monsieur Castor Deprix de votre courage lorsque vous avez su éteindre la rage des dentistes et plomber un complot menaçant la sécurité de tous et de chacun...». Perplexe, Castor cligna des paupières, secoua son hirsute chevelure d'or. Était-ce réel? Était-ce un nouveau songe, une nouvelle hallucination due à un excès d'alcool, de jeux vidéo ou d'une autre substance douteuse? Sur son torse, la médaille étincelait d'un éclat aussi radieux, brillant, resplendissant que la salle du bar où il officiait d'ordinaire était sombre et sordide. Face à lui, le Président de la République lui souriait. Cela se pouvait-il réellement? Se trouvait-il véritablement à l’Élysée, vêtu d'un somptueux costume emprunté hâtivement à son frère pour éviter de ce présenter à cette cérémonie affublé d'un tee-shirt froissé et taché vantant une marque de soda ou de biscuits apéritifs? Nulle situation ne semblait plus improbable. Se retenant avec peine de rire devant l'incongruité de l’occurrence, Castor tâcha de retracer mentalement le cour des événements, espérant se convaincre de cette folie...

Trois jours auparavant, pour son vingt-cinquième anniversaire, le jeune homme n'ayant pu obtenir de congé d'un patron avare, rigide et peu amène rinça les verres, servit les pintes de bières en écoutant plaintes remontrances et prières. A longueur de journée il essuyait les moqueries et la vaisselles, bien davantage payé de calembours et quolibets que de pourboires. Quel travail éprouvant! Non qu'officier dans un bar lui sembla le pire supplice envisageable... Mais servir dans ce rade à la clientèle peu recommandable et au fenêtres minuscules situé dans une ruelle étroite et obscure, le Pollux, relevait pour lui du Calvaire. Jusqu'à minuit, la journée fut éreintante... C'est alors que le rejoignirent ses deux meilleurs amis, Sarah Pellera et Paul West. Liés depuis la maternelle par un complexe commun lié à des noms risibles (pour ne pas dire ridicules), ils étaient restés depuis lors inséparables. Hélas! Si Sarah et Paul avaient eut l'heur de réaliser leur rêves d'enfance en entreprenant des études de médecine qui les passionnèrent pour devenir respectivement aide-soignant et infirmière, Castor n'était jamais parvenu à obtenir le baccalauréat, et noya longtemps son chagrin dans l'alcool et les narcotiques avant de se décider, alors qu'il atteingnait son vingt-et-unième printemps, à rechercher un emploi... Bien loin de ses rêves de devenir agent secret, de sauver la patrie au péril de sa vie à chaque instant. Une fois, il tenta bien d'aider un chat «coincé dans un arbre»... pour ne recevoir que morsures et griffures de l'animal qui prouva ensuite d'un leste bon n'éprouver aucune difficulté à rejoindre le sol. Un fiasco. Sa vie lui semblait un véritable fiasco. Aussi écouta-t-il sans grand intérêt les considérations de ses compères quand à l’hôpital où ils exerçaient et quelques collègues communs:

-Le manque de personnel devient vraiment critique, déclarait Sarah, les patients affluent et les heures supplémentaires se multiplient, certains semblent tout à fait exténué, notamment parmi les chirurgiens dentaires...
-Tu penses à Stephan? Reprenait Paul. C'est vrai qu'il a l'air d'un véritable zombie. D'un autre coté, les patients se plaignent, malgré tout, impossible d'avoir un rendez vous avant six mois, y compris pour une rage de dents sérieuse, c'est dire...
-Les zombies contre-attaquent, marmonna Castor d'une voix éteinte. Vous voulez une autre bière? C'est offert par la maison.
-Ton patron est d'accord? S’inquiéta Sarah.
-Perte et profit, sourit son ami, il ne le saura pas, et puis il ne m'a pas offert de cadeau d'anniversaire que je sache?
Jouer ce minuscule tour à l’acariâtre dirigeant du rade l'enchantait.

Une heure trente. Le «Pollux» fermé, les trois amis grisés par l'alcool entreprirent une promenade nocturne à travers la campagne.
-Tu as de la chance Castor, le temps est magnifique pour ton anniversaire, observa Paul, la lune est pleine, on y voit comme en plein jour.
-J'ai de la chance, la lune est pleine, et moi aussi.
Ils éclatèrent de rire de conserve. C'est alors que, l'espace d'un infime instant, un nuage masqua l'Astre d'argent, et tout bascula dans l'incertain. De lugubres gémissements résonnèrent, un étrange individu aux yeux luisants bouscula le trio insouciant.
-excusez moi, monsieur, nous voudrions passer... souffla Sarah. Le teint livide, la lèvres ruisselante de sang pourpre, il leur barrait le passage et les scrutait d'un œil vide.
-Monsieur? Tout va bien?
Un second individu tout aussi étrange le rejoignit dans un râle lugubre, le visage tout aussi ensanglanté, puis deux, puis trois... Puis dix, qui formèrent un cercle menaçant autour des jeunes gens. Médusé, Castor cru reconnaître parmi eux l'un des collègues de ses acolytes.
-Stephan, c'est toi?! S'enquit Paul. Qu'est-ce qu'il se passe? J'ai l'impression que...
Sans un mot, l'individu en question présenta un objet qui étincela sous la clarté lunaire: Une seringue hypodermique, puis deux... puis dix.

-On est où? On était pas dans la foret?
C'était la voix de Sarah. Dans un état semi comateux, Castor tenta d'ouvrir les yeux mais, aveuglé par la lumière éblouissant, les referma aussitôt. Où étaient-ils? Les souvenirs qui lui revenaient semblaient trop inquiétants et trop absurdes. La foret, les zombis... Bien sur, il avait encore trop forcé sur la boisson. Quelle heure était-il? Dans un sursaut, il se ressouvint qu'il devrait pour six huit heure accueillir les premiers clients du Pollux, non sans avoir nettoyé la salle, préparé le café, réceptionné les croissants livrés à sept heure. Il tenta de lever le poignet pour vérifier sa montre: impossible. Ses bras étaient entravés. Ses pieds étaient entravés. Impossible de remuer. Stupéfait il se força à ouvrir les yeux tout à fait, affronta la clarté: lui ainsi que ces deux compagnons se trouvaient ligotés sur le sol, au pied d'un fauteuil en cuir rouge , que surmontaient une grande lampe plate ainsi que divers instruments chirurgicaux: fraise, roulette...
-Un cabinet dentaire?! S'exclama Paul, en même temps que Castor le comprenait.
-Non, protesta-t-il, on a trop bu. On est en bad trip. Résolument, il ferma les paupières et tenta de se rendormir. Il y parvenait presque lorsque la porte grinça, livrant passage à un étonnant personnage en blouse médical.
-M..Ma...Maxime?! C'est vous?! Balbutia Sarah, estomaquée.
En effet, la créature affichait les traits de Maxime, le chef de service de l'Unité Dentaire, mais déformés par un inquiétant rictus et abondamment tachés de sang. Ne prenant pas la peine de répondre, le terrifiant personnage s’écria:
-Chère Sarah, si perspicace! Je me désole de devoir mettre hors d'état d'exercer un si précieux élément. Je ne puis pourtant laisser s'ébruiter, même fortuitement, mon plan visant à augmenter l'effectif du personnel dentaire en zombifient mes collègues,afin qu'eux zombifient d'autres hommes et leurs apprennent des taches basiques comme soigner les carient, puis mécaniquement apporter les premiers secours, soigner les plaies, puis opérer, des dents puis des membres, du cœur... De plus, les zombis n'éprouvent nul besoin de dormir, ce qui augmente nettement leur performance, et jamais leur mains ne tremblent ou ne faillissent pour un excès d'émotion...
-Vous voulez créer une armée de dentistes et de médecins zombies?
-Mais non, protesta Castor, trop habitué aux hallucinations pour se laisser prendre. Essayer de dormir..
-Mais qu'est-ce que vous allez nous faire? Paniqua Sarah. Vous allez nous tuer?!
-Il se trouve que j'entrai tout à l'heure au Pollux avec quelques amis pour un dernier verre lorsque j'ai surpris votre conversation avec ce jeune homme évoquant le sujet hautement confidentiel des zombis. Vous comprenez bien que cela ne dois pas être ébruité car, évidemment, la lois n'autorise pas...
-Vous allez nous tuer?! Répéta-t-elle, au bord de l'hystérie
-Non, rassurez-vous. Le neurologue passera tout à l'heure vous laver le cerveau, après que les effets de l'alcool se soient dissipés, car l'opération ne peut être réalisée qu'à jeun. Nous vous garderons seulement quelques heures, puis vous relâcherons.
-Et que deviendrez vous quand le monde entier sera zombi, et que personne n'aura plus de dents?

Dans un soupir, Castor regarda Paul. Comment ce dernier pouvait-il manifester cette inquiétude insensée au milieu de ce bad trip?
-Essayez de dormir...
Maxime eut un rire sardonique:
-Eh bien, je régnerais sur le monde, bien entendu!
Sarah hurla.
-Tais-toi , je dors...
Dans un soupir, Castor se tortilla, tenta de tirer sur ses liens pour se dépêtrer et imposer le silence à son amie. En vain. Il lui fallait un outil. Un outil... Il regarda les instruments chirurgicaux. Pour que ceux-ci parviennent à hauteur de sa paume, il faudrait abaisser le fauteuil. Il réfléchit, en fredonnant une comptine enfantine. Il baissa les yeux sur les pieds de Maxime... Qui jouxtaient le bouton de commandes. S'il pouvait le faire reculer légèrement...
-«Mon ami Pierrot, prête moi ta plume...» Toujours fredonnant, il cracha au visage de son interlocuteur. Ébahi, ce dernier recula. Les instruments montèrent. Castor Cracha encore. Les instruments descendirent, et il se saisi d la fraise, dégagea son pied. Déjà, Maxime se précipitait sur lui, tentait de lui arracher l'instrument. Les réflexes décuplés par les jeux vidéos de Castor le servir alors tandis qu'il achevait de se libérer et assénait au zombi un directe dans la mâchoire. «Dans les dents..» Vaguement grisé, il gloussa seul quand son ennemi tombait à la renverse.
-Castor!!
Sarah hurlait. D'un mouvement assuré de la roulette, il l libéra, ainsi que Paul, qui écrasa avec la lampe le visage du monstre déjà enclin à se relever.
-Il faut le ligoter!
A eux trois, ils attachèrent et neutralisèrent «Maxime», puis se ruèrent hors de l’hôpital. Bien qu'il continua à se croire dans une sorte de songe lié à l'alcool, Castor eut également la présence d’esprit de s'emparer au détour d'un couloir d'un distributeur de coca qu'il jeta sur un extincteur avec des pastilles «mentos»: Dans un sublime et redoutable éclat kaléidoscopique, le monde fut débarrassé de toute trace de zombis.

«Au nom de la République ainsi que de toute la communauté des médecins, dentistes et chirurgiens, je tiens à vous remercier chaleureusement, Monsieur Castor Deprix de votre courage lorsque vous avez su éteindre la rage des dentistes et plomber un complot menaçant la sécurité de tous et de chacun...». Le Président débitait toujours son élogieux discours dont, Castor ne saisissait que des brides «... votre ingéniosité et votre bravoure, j'ai le plaisir de vous remettre cette médaille et de vous offrir, aux vus de vos réflexes particulièrement aiguisés et de l’étonnante perspicacité dont vous avez fait preuve face à l'urgence de la situation, un poste vacant au sein des services de défense de la nation et de l'Unité Anti-Zombi ultra secrète.»
S'en suivit un tonnerre d'applaudissement, et le président rappela également qu'un nouvel hopital serait édifié au sein d'une ancienne école abandonnée, avec du matériel plus sophistiqué encore et davantage encore de moyen technique, le précédent ayant été totalement désintégré dans l'explosion, et la zone placée sous haute surveillance de l'Unité Anti-Zombi.Castor exultait. «L'Unité Anti-Zombi.» Etait-ce réel ?
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