Fou allié

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J'écris depuis tout petit : histoires d'horreur, thriller, scénarii de courts et long-métrage. J'aime tout ce qui touche au thriller, au suspense, au paranormal, à l'horreur aussi. A part ça, je  [+]

On toque à la porte.

LOUIS, petit homme frêle, la cinquantaine entamée, aux cheveux grisonnants rangés sur les côtés, laissant place à un crâne bien dégarni, vient ouvrir.

Il découvre sur le pas de sa porte un homme, JEAN-MICHEL, ni plus grand, ni plus vieux, mais doté d'une corpulence qui dissimule mal son côté bon vivant (sans que l'on puisse dire qu'il soit gros), portant de petites lunettes rondes de couleur écaille, au crâne légèrement dégarni, avec des cheveux qui ont gardé leur couleur d'origine - bruns.

JEAN-MICHEL  (avec entrain)
Monsieur, bien le bonjour !

LOUIS  (un brin agacé)
Oui ?

L'autre le dévisage sans rien dire.

LOUIS (un brin plus agacé)
Bon, alors ?
C'est pour quoi ?

JEAN-MICHEL
Monsieur, je me navre de vous déranger...

LOUIS  (entre ses dents)
Navrez-vous... Navrez-vous...

JEAN-MICHEL
Oui, je disais : je me navre de vous déranger, mais je crois bien que je suis fou !

LOUIS
Je vous le confirme.
Pour venir me déranger pendant mes mots-croisés du dimanche, vous devez être fou !

JEAN-MICHEL
Non, non, non.
Comprenez-moi.

LOUIS
Mais...
(prenant une voix grave et chevrotante)
... je vous ai compris !

JEAN-MICHEL
Ah, mais, comprenez-moi mieux.
Je crois que suis fou.
Vous comprenez ?

LOUIS (marque un temps)
Pas bien, du coup.

JEAN-MICHEL
Je suis fou.
Au sens littéral du terme, tel qu'il est défini premièrement dans le Larousse.
J'ai perdu la raison.
Je - suis - fou.

LOUIS (le scrutant de la tête aux pieds)
Ah, ma foi, mais oui !
Mais oui, mais oui, mais oui !
Je crois que vous avez raison !

JEAN-MICHEL
Eh bien non, justement !

LOUIS
Plaît-il ?

JEAN-MICHEL
Je ne puis avoir raison, puisque je vous dis que je l'ai perdue.
C'est pour cette raison que... Non...
(Il cherche un autre terme)
C'est acculé devant cette évidence que je vous dis que je suis fou.

LOUIS
Je vois.
Eh bien, écoutez mon cher, j'en suis fort contrit pour vous, mais que voulez-vous que cela me fasse ?

JEAN-MICHEL
C'est que je tenais à vous le faire savoir !

LOUIS
Mais pourquoi, diantre ?

JEAN-MICHEL
Mais, mon cher ami, parce que cela m'est arrivé devant chez vous !

LOUIS
Devant chez moi ?

JEAN-MICHEL
Devant chez vous.

LOUIS
Je ne comprends pas.

JEAN-MICHEL
Moi non plus.

LOUIS
Comment avez-vous pu perdre la raison devant chez moi ?

JEAN-MICHEL
Ah ça, si je le savais !

LOUIS
C'est insensé.
Vous me rapportez une histoire... abracadabrantesque !

JEAN-MICHEL
Je ne vous le fais pas redire !

LOUIS
Mais... vous habitez le quartier ?

JEAN-MICHEL
Cher ami, j'ai peut-être perdu la raison, mais cela ne date que de quelques minutes.
Je ne suis que fou.
Pas riche.

LOUIS
Je vois.
Mais, du coup... vous veniez visiter quelqu'un dans le voisinage ?

JEAN-MICHEL
Probablement !
Sinon je n'aurais pas eu de raison d'être là.

LOUIS
Ah, ben oui. Oui, oui, oui...
D'ailleurs, vous n'en avez plus, là.

JEAN-MICHEL
Plus là, quoi ?

LOUIS
Vous n'en avez plus, là, de raison.
D'être là.

JEAN-MICHEL
Effectivement.

LOUIS
Il serait peut-être raisonna... plus sage que vous partiez, non ?

JEAN-MICHEL
Mais je ne peux pas !

LOUIS
Pourquoi donc ?

JEAN-MICHEL
Mais je ne peux pas partir sans raison !

LOUIS
Enfin, que voulez-vous que j'y fasse ?

JEAN-MICHEL
J'ai besoin que vous m'aidiez à la retrouver.
J'ai dû la perdre quand j'ai fait tomber mes clés de voiture devant votre portail.

LOUIS
Vous êtes venu en voiture ?

JEAN-MICHEL
Non, à pied.

LOUIS
Mais vous parlez de clés de voiture !

JEAN-MICHEL
Je les ai toujours sur moi.
(Il les montre)
Mais je suis venu à pied. Comme d'habitude.

LOUIS
Ah, et vous venez souvent dans le quartier ?

JEAN-MICHEL
Point du tout. Je n'y ai jamais mis les pieds !

LOUIS
Vous disiez tout à l'heure que vous veniez rendre visite à quelqu'un dans le voisinage.

JEAN-MICHEL
Vous en êtes sûr ?

LOUIS
Enfin, monsieur, je ne suis quand même pas fou !

JEAN-MICHEL
Eh bien vous avez de la chance !

LOUIS
A qui le dites-vous...

JEAN-MICHEL
Mais... à vous !
Vous voyez, vous aussi vous commencez à...

LOUIS
Non, moi, rien du tout !
Monsieur, vous êtes un fou. C'est un fait.
Je n'y peux rien.
Je vous souhaite bien du courage pour retrouver votre raison.

JEAN-MICHEL
Mais, vous n'allez pas me laisser comme ça ?

LOUIS
Et pourquoi pas ?

JEAN-MICHEL
Si j'en suis là, c'est tout de même de votre faute !

LOUIS
Comment ?

JEAN-MICHEL
Oui, monsieur.
Moi, je n'ai rien demandé à personne.
Je me baladais tranquillement quand devant chez vous j'ai perdu la raison.
Je peux porter plainte, vous savez !

LOUIS
Comment ?

JEAN-MICHEL
Absolument.
Et n'essayez pas de m'entourlouper avec vos airs de petit Français moyen atrabilaire et vos phrases toutes faites.
Je connais mes droits.
Cela m'est arrivé devant chez vous, vous êtes responsable.

LOUIS
Mais vous êtes fou !

JEAN-MICHEL
Absolument.
C'est pourquoi je vous demande raison de cet incident.
Je suis tout à fait disposé à accepter un arrangement si vous reconnaissez votre responsabilité.

LOUIS
Quel toupet, monsieur !
(Hurlant)
Ma biche ?

MA BICHE  (en off)
Oui ?

LOUIS  (de plus en plus excédé)
Ma biche !

MA BICHE, une femme blonde, habillée de façon très distinguée, souriante, les yeux mi-clos, vient les rejoindre sur le pas de la porte. Sa démarche, son attitude, lui donnent un petit air bourgeois.

MA BICHE
Mon ami, vous savez que je n'aime guère que vous me parliez sur ce ton.

LOUIS (s'en fout)
Oui, oh...
(En présentant Jean-Michel)
Ma biche, cet homme est fou.

MA BICHE  (en lui serrant la main, tout sourire)
Enchantée.

JEAN-MICHEL  (tout sourire)
C'est moi.

Ils se serrent longuement la main, toujours en se souriant de façon presque exagérée.

LOUIS
Bon, c'est fini, oui ?

Ma biche et Jean-Michel cessent leur poignée de mains, mais gardent leurs sourires.

LOUIS
Je disais donc...

MA BICHE (toujours souriante)
Monsieur est fou.

LOUIS
C'est ça.

JEAN-MICHEL  (souriant)
Absolument.

LOUIS  (à Ma Biche)
Monsieur prétend que cela lui est arrivé devant chez nous.

MA BICHE
Cela ne m'étonne pas.

LOUIS
Comment ?

JEAN-MICHEL
Pardon ?

MA BICHE
Je vous l'ai répété je ne sais combien de fois, mon cher ami, nous vivons dans un quartier de fous !
Cela ne m'étonne pas que monsieur le soit devenu en passant par chez nous !

JEAN-MICHEL
Je suis heureux de vous l'entendre dire.

LOUIS
C'est insensé !

MA BICHE (à Jean-Michel)
Veuillez excuser mon mari, il n'a pas toujours toute sa raison.

JEAN-MICHEL  (intéressé)
Ah ? Lui aussi ?

MA BICHE
Oui. Ce qui peut le rendre un tantinet irritable.

JEAN-MICHEL
J'avais cru remarquer.

MA BICHE  (à Louis, en lui caressant le crâne)
N'est-ce pas ?

LOUIS
Mais enfin, ma biche !
Je ne vous permets pas !

MA BICHE  (sèche)
Cessez ces enfantillages.
Donnez-lui de l'argent et venez finir vos mots-croisés.
(A Jean-Michel, toute souriante)
Au plaisir !

JEAN-MICHEL
Madame !

Louis bougonne en sortant de sa poche arrière un porte-feuille. Il ouvre celui-ci avant de lancer un regard furieux vers Jean-Michel.

LOUIS
Bon... combien voulez-vous ?

JEAN-MICHEL
Pour ?

LOUIS (définitivement excédé)
Ecoutez, mon cher.
Nous sommes dimanche.
Vous venez me déranger en plein milieu de mes mots-croisés avec votre histoire de fou dont je n'en ai rien à faire.
Vous m'accusez d'en être responsable, donc je vous donne de l'argent et vous allez déranger quelqu'un d'autre.
Combien voulez-vous ?

JEAN-MICHEL  (pris au dépourvu)
Je ne sais pas...
Vous demanderiez combien, vous ?

LOUIS
Dites... Est-ce que vous vous foutez de moi ?

JEAN-MICHEL
Non...
C'est que... j'aimerais savoir raison garder.
Or je ne suis pas sûr qu'en ce moment...

Louis soupire et attend.

JEAN-MICHEL (gêné)
100.000 francs ?

LOUIS  (s'étrangle)
100.000 francs ?
Mais vous êtes fou ?

JEAN-MICHEL
Vous le savez bien, non ?

Il réfléchit un instant.

JEAN-MICHEL
Combien accepteriez-vous que je vous prenne ?

LOUIS
50.000 francs serait raisonnable.

JEAN-MICHEL
Très bien.
Je souhaiterais 50.000 francs.

LOUIS  (compte)
Les voici.

JEAN-MICHEL
Je vous en remercie.

LOUIS
Soyez prudent la prochaine fois.

JEAN-MICHEL
Je n'y manquerai pas.

Louis s'apprête à rentrer, mais Jean-Michel reste figé sur le pas de la porte, une fois les billets rangés dans sa poche.

LOUIS
Eh bien ? Qu'y a-t-il encore ?

JEAN-MICHEL  (gêné)
Je crois qu'il serait plus prudent que vous me raccompagniez jusqu'à votre portail.

LOUIS
Pourquoi faire ?
Vous avez déjà perdu la raison.
Qu'est-ce qu'il peut vous arriver de plus ?

JEAN-MICHEL
J'insiste.

LOUIS (s'approche de Jean-Michel et le retourne vers la rue)
Là, regardez.
Vous visez entre les deux parterres de fleurs, tout droit, sur une vingtaine de mètres, et vous y êtes !

JEAN-MICHEL
Je conçois que la tâche soit aisée pour un homme doté de raison, comme vous l'êtes, mais je crains de ne pas être à la hauteur.

LOUIS
Allons, mon vieux, vous n'êtes pas assez orgueilleux.
De l'orgueil, bon sang !

JEAN-MICHEL
J'ai eu ma dose d'émotions fortes pour aujourd'hui et je vous serai gré de m'éviter d'y refaire un tour.

LOUIS
Vous savez, j'en ai connu des fous dans ma vie...

JEAN-MICHEL  (navré)
Cela a dû vous coûter cher...

LOUIS  (l'ignorant)
... mais des comme vous, jamais !

JEAN-MICHEL
Je vous paierai.

L'annonce coupe la chique à Louis.

LOUIS (tentant sa chance)
Vous me donneriez combien ?

JEAN-MICHEL (fouille dans son veston, sort des billets et compte)
J'ai là 50.000 francs.

Le sourire réapparaît sur le visage de Louis.

LOUIS
Je vais vous dire : vous laisser ainsi dans la panade, moi, ça me ruinerait mon dimanche.

JEAN-MICHEL
Vraiment ?

LOUIS
Absolument.
Alors, vous savez quoi ?
Je vais vous raccompagner jusqu'au portail.

JEAN-MICHEL
Vous êtes un brave homme.

LOUIS
Je sais, je sais.

Il lui donne une tape dans le dos et s'apprête à lui prendre les billets. Jean-Michel les range dans son veston.

JEAN-MICHEL
Quand nous serons au portail.

Ils se mettent à rire tous deux, mais d'un rire différent. Jean-Michel a le rire franc, celui de Louis tire davantage sur le jaune.

LOUIS
Vous n'êtes pas si fou que ça, finalement !

JEAN-MICHEL
Vous croyez ?

LOUIS
Hélas...

Il baragouine des insultes puis raccompagne Jean-Michel.
En passant devant le parterre de fleurs, Jean-Michel ne peut s'empêcher de marquer une pause.
Louis contient de moins en moins bien son agacement.

LOUIS (à lui-même)
C'est un cauchemar...
Je n'en peux plus, je n'en peux plus !

JEAN-MICHEL
Magnifique, ce parterre de fleurs !

LOUIS (grommelant)
M'en fous !

JEAN-MICHEL
C'est votre femme qui s'en occupe, je me trompe ?

LOUIS
Qu'est-ce que ça peut vous faire ?

JEAN-MICHEL
Les femmes ont un talent naturel pour les fleurs.
Bien que la vôtre pourrait prendre quelques cours.

LOUIS
Non mais dites donc !
Je ne vous permets pas !

JEAN-MICHEL
Enfin, regardez.
Ça manque de fantaisie, tout ça.
On ne voit que des lys, hélas.

LOUIS (regardant)
Et l'hostensia ? Et les brachycomes, les santolines, là, et les bidens et les oeillets d'Inde, de l'autre côté ?

JEAN-MICHEL
Je crois qu'on dit hortensia.

LOUIS (perd patience)
Foutez-moi l'camp.

Jean-Michel passe le portail. Louis attend son argent, mais Jean-Michel semble chercher quelque chose au sol.

LOUIS
Eh bien ?

JEAN-MICHEL
Vous n'allez pas le croire.

LOUIS
Je vous le concède.

JEAN-MICHEL
C'est ici que ça s'est passé.

LOUIS
Quoi donc ?

JEAN-MICHEL
Que j'ai perdu la raison.

LOUIS (s'en fout)
Je vais vous dire : je m'en, mais alors, contrefous !
Mon argent.

JEAN-MICHEL (le regard toujours vers le sol)
Je me souviens.
Mes clés sont tombées là, exactement sous votre boîte aux lettres. J'ai dû perdre l'équilibre et me cogner la tête contre votre portail.

LOUIS (regarde dans la même direction que Jean-Michel)
C'est impossible.
Vous n'avez pas pu vous cogner la tête contre mon portail.

JEAN-MICHEL
Pourquoi ?

LOUIS (énervé, dégoise)
Mais parce que si vos clés sont tombées ici, vous vous seriez penché pour les ramasser. En admettant que vous auriez perdu l'équilibre, vu le sens de la marche, vous auriez cogné votre épaule contre le portail et non votre tête !

JEAN-MICHEL
Je vous assure que ce serait possible.

LOUIS (se prend les yeux avec juste le pouce et le majeur)
Donnez-moi vos clés.

JEAN-MICHEL
Je vous demande pardon ?

LOUIS
Donnez-moi vos clés, j'vous dis !

Jean-Michel s'exécute. Louis les prend et les fait tomber, tout proche du portail, sous la boîte aux lettres.

LOUIS
Regardez.
Maintenant, je me penche pour les ramasser.
Ma tête est tournée vers la route, non pas vers ma maison.
Donc, je les ramasse et même si je perds l'équilibre, je tombe en avant, vers le trottoir et non pas vers le portail.
Vous voyez ?

Louis agrippe les clés.

JEAN-MICHEL
Vous devez avoir raison.

LOUIS
Evidemment.

Louis se relève et sa tête vient cogner durement le coin métallique de sa boîte aux lettres. Il pousse un cri de douleur et se tient le crâne.

JEAN-MICHEL
A moins que ce ne soit la boîte aux lettres, que j'ai cognée.

Jean-Michel regarde souffrir Louis, impuissant.

LOUIS (voyant Jean-Michel apathique)
Qu'est-ce que vous regardez, vous ?

JEAN-MICHEL
Rien.

LOUIS
Crétin !
Triple andouille !

Jean-Michel cherche quelque chose dans son veston.

JEAN-MICHEL
Tenez.
Vos 50.000 francs.

LOUIS
Mes quoi ?

JEAN-MICHEL
Votre argent.

Louis ne comprend pas. Mais il prend quand même les billets.

LOUIS
J'ai dû les faire tomber en me cognant.

Puis il regarde les clés qu'il a en main. Il jette un oeil à gauche, à droite, dans la rue, toujours en se tenant le crâne.

JEAN-MICHEL
Qu'est-ce que vous cherchez ?

LOUIS
Je ne sais plus où j'ai laissé ma voiture.

JEAN-MICHEL
Ah non, mais ça, ce sont mes clés.

LOUIS
Je vous demande pardon ?

JEAN-MICHEL
Les clés que vous avez en main, ce sont les miennes.

LOUIS
Je viens de me cogner et en plus vous essayez de me voler ?

JEAN-MICHEL
Pas du tout.
En plus, je vous ai donné de l'argent !

LOUIS
Pour que je ne porte pas plainte contre vous, oui !

JEAN-MICHEL
Mais, pourquoi porteriez-vous plainte contre moi ?

LOUIS
J'aurais pu me tuer en me cognant contre votre boîte aux lettres !

JEAN-MICHEL
Mais, enfin, c'est votre boîte aux lettres !

LOUIS
Quoi ?

JEAN-MICHEL
Vous habitez ici.
C'est moi qui me suis cogné contre votre boîte aux lettres, ça m'a rendu fou, je suis venu vous le dire, vous m'avez donné de l'argent, puis vous m'avez raccompagné jusqu'à votre portail.
Là, vous avez voulu me prouver que je n'avais pas pu me cogner la tête contre votre portail, du coup vous avez jeté mes clés par terre, les avez ramassées et vous êtes cogné la tête contre la boîte aux lettres.
Et vous semblez avoir également perdu la rais...

Jean-Michel se tait. Il semble comprendre quelque chose.

JEAN-MICHEL
Donnez-moi vos clés.
Enfin, les miennes.

LOUIS
Il n'en est pas question.

JEAN-MICHEL
Je vous les rendrai, je veux juste vérifier quelque chose.

A contrecoeur, Louis donne ses clés. Jean-Michel les jette à terre, vers le portail, bien sous la boîte aux lettres.

JEAN-MICHEL
Et là, je les ramasse.

Il suit le geste à la parole, puis se redresse et vient heurter superbement la boîte aux lettres.
En voyant Jean-Michel se cogner volontairement contre la boîte aux lettres, Louis reste pantois.

LOUIS
Mais vous êtes fou, mon pauvre ami !

Jean-Michel le regarde. Il le voit se tenir le crâne.

JEAN-MICHEL
Vous aussi, vous vous êtes cogné ?

LOUIS
A l'instant.

JEAN-MICHEL
Il faut que je songe à changer l'emplacement de cette boîte aux lettres.

LOUIS
Ce serait plus raisonnable, en effet.

JEAN-MICHEL
Monsieur, je m'excuse pour le désagrément que je vous ai causé.
Est-ce que... je peux vous offrir un verre ?
Pour m'excuser.

LOUIS
Non, je ne vais pas vous déranger plus longtemps.

JEAN-MICHEL
Oh non, j'allais justement finir mes mots-croisés du dimanche.

LOUIS
Je vous remercie, mais je vais rentrer.
Je voudrais juste récupérer mes clés.

JEAN-MICHEL
Les voici.

Ils se serrent tous deux la main.

JEAN-MICHEL
Peut-être aurai-je le plaisir de vous revoir ?
Vous êtes du quartier ?

LOUIS
Ah, du tout.

JEAN-MICHEL
En vadrouille, alors ?

LOUIS
Voilà.

JEAN-MICHEL
Eh bien, mon cher... mon cher...

LOUIS
Ludovic.

JEAN-MICHEL
Bob.
Eh bien, mon cher Ludovic, bon dimanche à vous !

LOUIS
De même !

Louis-Ludovic s'en va, en fourrant les clés dans la poche où il avait glissé les 50.000 francs. Il se tient encore un peu le crâne.

Jean-Michel-Bob rentre "chez lui", se tenant le front également.

Louis-Ludovic disparaît dans la rue, tandis que Jean-Michel-Bob ouvre la porte d'entrée de la maison et la referme doucement derrière lui.

On entend un cri d'épouvante d'une femme.


FIN.

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Paul Thery · il y a
Joyeusement surréaliste. On a évoqué ci-dessous Beckett et Devos. La comparaison est flatteuse, mais justifiée.
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Randolph · il y a
Attention, lisez bien : toutes proportions gardées, un "parfum" de Beckett. J'ai beaucoup apprécié, bravo
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Philippe Barbier · il y a
EXCELLENT
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Didier Poussin · il y a
Un brin de folie
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Stéphane Sogsine · il y a
Curieux texte. J'ai été un peu réticent au début, imaginant un mauvais plagiat de Devos, puis je me suis doucement laissé embarquer et j'aurai finalement passé un délicieux moment

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