Forcément !

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"Et si écrire, c'était tout simplement ne plus taire cette âme en soi?" François Cheng

Image de Grand Prix - Automne 2020
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C’est la dernière nuit que je passe dans ma chambre car demain, je me marie et forcément après j’irai vivre dans la maison de mon époux et je ne pourrai plus dire « ma » chambre mais « notre » chambre. Oui, demain je me marie et cela m’empêche de dormir, forcément !
Monsieur Eugène, enfin Eugène, l’homme que je dois épouser, est plus âgé que moi. Il est assez gentil. Je ne le connais pas encore très bien mais je crois qu’il est gentil. Mon père dit que c’est un homme honnête et qu’avec lui, je serai à l’abri du besoin pour le restant de mes jours. Il dit aussi qu’avec sa première femme, mon futur époux a été très dévoué et qu’il s’est bien occupé d’elle quand elle était malade, si malade qu’elle en est morte. Ma mère, elle, ne dit rien. Elle a seulement caressé ma joue avec un petit sourire triste quand j’ai bien voulu accepter la demande de Monsieur Eugène. Pour la robe, j’ai pu choisir. Elle est merveilleuse avec un voile si long, un voile dans lequel, je peux m’envelopper, me cacher, disparaître...
La nuit est belle. Il y a plein d’étoiles. Demain, il fera beau pour mon mariage. Après la cérémonie, le repas, le bal, Monsieur Eugène m’emmènera et il me prendra dans ses bras pour me faire passer le seuil de sa maison. Il m’embrassera je suppose et j’aurai sur mes lèvres, le contact de sa moustache. Je ne déteste pas ça. Il m’a déjà embrassée une ou deux fois et ce n’était pas désagréable, mais... ce n’est pas comme c’était avec Pierre. J’aimais tellement quand on s’embrassait Pierre et moi, que rien ne peut être comparé à ce que je ressentais quand Pierre posait sa bouche sur mes lèvres. Nous avons commencé très tôt à nous embrasser car Pierre et moi nous nous sommes toujours connus. Nous avons grandi, appris à lire, à rêver, à être sages et imprudents, ensemble, toujours ensemble.
Toujours ensemble, jusqu’à ce que Pierre parte pour la ville, une grande ville loin d’ici. Au début, on s’écrivait beaucoup et souvent. J’ouvrais ses lettres, toute tremblante dans mon ventre et je les posais sur mon cœur pendant de longs moments. Je me disais qu’il reviendrait bientôt et que nous pourrions de nouveau nous embrasser, nous serrer l’un contre l’autre, nous protéger comme quand nous étions enfants. Je me disais qu’il ne pouvait pas oublier nos peurs de gosses partagées, nos rires cachés, ses yeux brillants quand il me regardait, ma tête sur son épaule et nos mains emmêlées.
Mais, je ne dois pas penser à cela. Ce n’est pas correct vis-à-vis de Monsieur Eugène enfin vis-à-vis d’Eugène qui sera mon mari demain et cette nuit étoilée est la dernière que je passe dans ma chambre. Oui, parce que demain je me marie, alors forcément... !
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Phil Bottle · il y a
Pierre, pierre, ce n'était pas ce jeune ado acnéique qui avait des cailloux dans la bouche?
Je dis cela, parce que je m'appelle Eugène et que j'en ai marre que l'on dise partout avec Eugène, y a pas de plaisir! Non mais! ;-)

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