2
min

Folie

Image de Ouist

Ouist

9 lectures

0

- Répondez ! Que s'est-il passé ?
- J'étais derrière ma caisse et...
- ET QUOI ?!
- J'étais derrière ma caisse, je suis caissière, je faisais mon travail. Je passais les articles des gens et puis soudain, ce client est apparu. Il ne portait pas de vêtement particulier, un jean bleu, une chemise noir, un visage commun, mais je sentais quelque chose de particulier émaner de lui, une sensation agaçante. Quand ce fut à son tour, je lui dis "Bonjour" mais il ne me répondit pas. Pensant qu'il n'avait pas entendu, je le resaluai "BONJOUR". Mais il ne me répondait toujours pas. Il ne m'accorda aucune attention, pas un regard, pas une parole, alors une colère sourde s'est emparée de moi.
- Et alors ? Qu'avez vous fait ?
- Etant caissière, je dispose d'un caisson que je dois placer dans la caisse pour rendre la monnaie aux gens. Ce caisson comporte un couvercle, couvercle que je pose près de moi car il y a un code dessus qui permet de faire fonctionner la caisse. Le caisson et le couvercle, de couleur noir, sont en métal. Une telle ignorance, un tel rejet de mon existence m'a conduit à la folie. J'ai attrapé le couvercle métallique et l'ai abattu aussi fort que j'ai pu sur la tête du client. Il est tombé sur le choc, assommé. Ne pouvant plus me contrôler, je suis montée sur le tapis,je suis passée du côté de la file des clients et j'ai continué à fracasser le couvercle sur la tête du client. Le sang ruisselait, son crâne s'était fendu après le troisième coup, laissant apparaître des morceaux de son cerveau et je continuais encore à frapper. Et puis, revenant à la réalité, je me suis rendue compte de ce que je faisais, de l'horreur de la scène et j'ai laissé tomber le couvercle. Le vigile est venu voir ce qu'il se passait et m'a trouvé maculé de sang, les baskets recouvertes de morceaux de cerveau, le client défiguré, gisant sur le sol froid du magasin. Il m'a alors enfermé, a prévenu la direction et vous a appelé vous ainsi qu'une ambulance.
- Je vois. C'est très grave ce que vous avez fait. Nous allons vous mettre en garde à vue et ensuite, vous serez détenu dans l'attente d'un jugement. Les charges pesant contre vous sont la barbarie et l'homicide volontaire.
Un homme entre dans la pièce, lui aussi porte un uniforme de la police : "Charles, le téléphone, pour toi." Le policier qui me parle sort de la petite pièce dans laquelle je suis menottée à une chaise en bois et où il prend la déposition de mon meurtre. Le désespoir, la honte et la culpabilité m'envahissent. Pourquoi ai-je fait cela ? Je l'ai battu à mort parce qu'il ne me pas dit bonjour, mais que s'est-il passé? Suis-je folle ? Je pense à la prison qui m'attend pour un long moment et à ce que pensent et vont penser les gens, mes collègues de travail, les clients, ma famille, mes amis, les policiers. Mes sentiments négatifs s'accroient. La pièce est petite et peu meublée, sans fenêtre. Il y a simplement un bureau, deux chaises et un ordinateur. Des néons servent de lampes. Du carrelage à carreau gris recouvre le sol, les murs sont peints en blanc. Je suis complètement désemparée et le peu de chaleur de la pièce intensifie mon désespoir. Charles, le policier, revient au bout d'un moment. Il détache mes menottes et me dit :
- Nous sommes allés au domicile de votre victime. Il s'est avéré qu'il était lui même un meurtrier. Nous avons trouvé plusieurs corps sans vie de personnes portées disparues depuis peu, dans des états inhumains. Nous avons réussi à sauver une de ses victimes, encore vivantes, ou plutôt respirant faiblement et ayant subi des sévisses d'une violence hors du commun. Nous considérons que vous nous avez aidé. Vous êtes donc acquittée, aucune charge ne pèse contre vous à présent. Désolé pour tout et merci. Bonne journée.
Charles m'indique la porte de sortie. Je sors et rentre chez moi avec la sensation que plus rien ne sera pareil à présent.
0

Vous aimerez aussi !

Du même auteur

TRÈS TRÈS COURTS

Pour le soir du nouvel an, Ismaël et Rhéia ont été invités chez Nachor et Sara, dans leur appartement situé au 60 ème étage. Nous passons de l'année 7102 à l'année 7103. A cette époque ...