Flux et reflux, LAURA

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J'attends qu'enfin le crépuscule sache ressembler à l'aube. Parce que c'est délicat de sa part. Et drôle.

Image de 10 ans - 10 ans
Image de Très très courts
Laura posa son corps fatigué, tout fourbu, sur le sable. Juste là où les vagues venaient mourir.
La plage naturiste, dite de l'Espagnol, était quasi déserte. Personne ne viendrait mater son crâne chauve, sa poitrine mutilée. Aucun être ne serait témoin de sa souffrance.
Le cancer qui la rongeait avait enfoui des métastases dans son corps comme un vilain démon aurait voulu cacher des petits œufs de Pâques dans un jardin d'enfants.
Ce devait être écrit.
Ainsi en était-il.
Elle aspergea son visage et son corps d'eau de mer. Le flux, le reflux des vagues, un souffle, puis la douceur du sable et le goût salé, piquant, de l'air et de l'eau. Sa vie défilait derrière ses yeux clos, un rideau de théâtre, au point de devenir un rêve. Paradoxe du temps, elle aimait vivre encore ces courts instants réels autant qu'imaginaires. Dans le visible et l'invisible, en même temps, la vraie vie. Elle sentit naître sur ses lèvres un sourire.
Laura ouvrit ses yeux pour voir l'infini sur la mer. Des voiliers déchiraient l'azur, comme des mouettes ou des goélands aux ailes nacrées. Et l'écume des vagues lui baignait les pieds. Alors elle se demanda s'il ne lui serait pas plus agréable de s'allonger là, avalant le flux de mer et rejetant son reflux comme elle l'avait fait aussi pour les énergies mauvaises. Voilà, ce serait une fusion de son être avec la lumière argentée du monde. Depuis le ciel, elle verrait son corps talé, meurtri, devenir une algue tout à fait incroyable, mouvementée encore, un varech pouvant redevenir fertile, un jouet d'infinitude.
- «  Vous n'allez pas vous noyer dans si peu d'eau ? »
La voix de cet homme qu'elle n'avait pas entendu venir la sidéra.
- « Je vous ai fait peur, pardonnez-moi. »
Son corps était baigné de soleil, on aurait dit celui d'un ange. Elle ne discernait pas les traits de son visage mais elle avait compris qu'il souriait.
- «  Si j'en crois les médecins, je n'en ai plus pour très longtemps à vivre dans cette invraisemblable comédie. Mais sans doute aurais-je le temps de vous inviter à diner ce soir, vous faire rire un peu et peut-être danser ?... »
Rire ? Et peut-être danser ?... Laura regarda de nouveau le flux et le reflux des vagues, puis elle leva en l'air son bras gauche pour que cet homme puisse l'aider à retrouver un équilibre.
Et, finalement, se remettre debout.
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Mijo Nouméa · il y a
Tant que le cœur bat, la vie se doit d'être vécu jusqu'à la dernière goutte. Belle métaphore pour les métastases en œufs de Pâques :)
Image de Jean-Patrick Dubois
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Virgo34 · il y a
Un récit poétique.