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Une amie qui m'est chère m'a dit que les mots nous guérissent de nos maux  [+]

Un couple assis dans un restaurant...un marchand de fleurs enturbanné fait son entrée...

- Même ici, faut qu'il vienne nous vendre leur came !
- Pour nos 3 ans, tu pourrais faire un effort.
- Excuse-moi ma chérie, tu as raison, je vais même en prendre trois.
- S'il vous plaît, 3 roses...rouges hein ? J'ai bon ?
- Oui chéri, c'est la bonne couleur. Elles sont incroyables vos roses,
on croirait qu'elles viennent d'être cueillies..
- Oui Mademoiselle, dans mon pays, on a un procédé ancestral qui permet de garder leur fraîcheur aux fleurs, comme si le temps s'arrêtait pour les sentir.
- C'est très joli ce que vous dites, Monsieur, vous venez de quel pays ?
- Hélas Mademoiselle, je ne puis vous le dire, je risquerais l'extradition. Que votre soirée vous soit propice et que vos souhaits se réalisent !
- Merci Monsieur !
- Oui, merci...excuse-moi ma chérie, mais tu as du réseau toi ?
- Je ne sais pas mon cœur, tu vois, je pensais que pour notre soirée de 3 ans d'amour, tu pourrais laisser ton portable dans ta poche.
- C'est vrai mais rappelle-toi, j'attends ce mail de mon client du bout du monde qui pourrait me passer cette commande qui nous mettrait à l'abri pour deux ans...
- C'est pas faux, laisse-moi vérifier...alors...non, pas de réseau du tout.
- Ok, on se rentre ?
- Oui, on rentre.

- Ça continue ici, pas de réseau et pas de Wi-Fi ! Va falloir que j'aille voir chez l'opérateur !
- Et si tu venais te coucher plutôt ?
- Euh...oui, j'arrive.

Le lendemain matin, il se rend au siège de son opérateur et ne le trouve pas. Il interpelle un passant à l'accent germanique.

- Excusez-moi, on est bien rue Gaston Thorn ?
- Gaston qui ? Non, vous êtes rue Léopold 1er.
- Ah ? Désolé...
- Il n'y a pas de quoi, jeune homme, Gaston comment vous m'avez dit ?
- Thorn, Gaston Thorn, l'homme politique impliqué dans l'Europe ! Vous ne savez pas qui est Gaston Thorn ?
- Non Monsieur, vous m'en voyez fort marri, je ne connais point ce monsieur.
- C'est parce que vous n'êtes pas du pays
- Je suis né à trois rues d'ici, permettez-moi en revanche, de vous retourner la question. Vous êtes d'où au juste ?
- Je viens de Kopstal.
- Ah oui ? Ce petit village perdu dans les bois, j'en ai entendu parler. Et c'est joli ?
- Euh...oui.
- Il faudra que je me décide à prendre le fiacre un de ces jours. Bonne journée !
- Euh...merci Monsieur.

Le fiacre ? Oui, bien sûr ! Cocher ! Veuillez m'emmener dans la jolie bourgade de Kopstal sur le champ !
Si fait Messire ! Néanmoins, vu la distance, souffrez que je m'en aille quérir des destriers frais au relais de poste !
Faites prestement mon brave ! Le comte de Schœnfels m'y attend pour la partie de chasse au cerf de demain matin.
Il en sera fait selon vos désirs, messire baron.

Je rêve ou quoi ! Tiens, j'avais pas vu qu'ils avaient remis ces vieux réverbères, c'est cool !


- Coucou chérie ! Tu sais quoi, la rue Gaston Thorn n'existe plus ! C'est rue Léopold 1er maintenant !
- Ça ne me surprend pas figure-toi ! Regarde la date sur le journal que j'ai acheté.
- 28 septembre 1880...
- De Gaulle va naître dans dix ans.
- Qu'est-ce que c'est que ça ?
- La réalité mon cœur, on est retourné dans le passé. Si tu avais vu la tête du gamin qui m'a vendu ce journal quand je lui ai donné une pièce d'un euro...
- Ah merde !
- Eh oui, il a trouvé la pièce jolie et il m'a dit que si j'en avais d'autres, il me donnerait un journal. À propos, tu te rappelles de ton allemand ? Parce que je te signale qu'à ce jour, nous sommes sous domination prussienne.
- Quoi ?
- Selbstverstandig mein Schatz
- Mon allemand, il est loin mais ça devrait me revenir.
- Ce serait bien, ceci dit, tu peux toujours dire que tu es belge...
- Oui, en même temps, ma grand-mère était belge...purée, qu'est-ce qu'on va faire ?
- On va s'adapter mon cœur, l'adaptation c'est ce qui nous différencie du singe. Et donc, la première chose, c'est de... ?
- Euh, je ne sais pas moi...
- Trouver un travail mon amour ! Et autant te dire tout de suite que ton master en informatique, il va pas te servir beaucoup hein ?
- Eh merde ! T'as raison ! Je vais faire quoi ?
- Comme aujourd'hui, tu vas travailler dans une banque, bien sûr ! En revanche, tu vas redécouvrir les joies des écritures comptables à la plume. J'ai trouvé du papier, un encrier et une plume sur l'écritoire, tu devrais t'entraîner un peu sinon tu vas passer pour un demeuré...
- C'est fou comme tu as déjà pensé à tout...et toi, tu vas faire quoi ?
- Rappelle-toi que je suis férue d'histoire,... moi ? Je vais me trouver un travail de vendeuse, et continuer à être ce que je suis, un défenderesse de la cause féminine, imagine la chance ! Ici, ou plutôt aujourd'hui, tout est encore à faire !!!
- Eh oui ! On sait ce qu'il va se passer exactement et à quelles dates, on va pouvoir anticiper et éviter tous les pièges, les guerres !
- Oui, mon cœur, c'est la première idée qui m'est venue mais réfléchis un peu, si on est revenu ici, ce n'est peut-être pas par hasard...
- Genre ?
- Et si nos destins, c'était de changer la donne ?
- Tu veux dire, modifier le cours de l'Histoire ?
- Tout à fait, ces coups d'avance vont nous permettre de corriger quelques erreurs.
- Mais oui ! Rectifier le tir !
- Oui !!!
- C'est lourd à porter ce que tu me dis là !
- Au contraire ! C'est que du bonheur

Un an après

- Alors, tu en es où dans ton projet de banque mutualiste ?
- Ça commence à prendre, les ouvriers m'ont l'air convaincu, les patrons beaucoup moins.
- Tu es sur un concept qui va n'arriver que dans 50 ans dans le continuum qu'on connaît.
- On n'a pas dit qu'on changerait le monde ? Et toi, avec les syndicats, tu avances ?
- Oui ! On va même déposer une pétition pour un projet de loi qui veut donner le droit de vote aux femmes.
- Et tu oses me dire que j'ai 50 ans d'avance ? Tu en as 64 !
- Tu comptes toujours aussi vite...dans cet espace-temps, nous ne pouvons être que des précurseurs mon chéri.
- Je t'aime, tu sais ?
- Je sais, moi aussi je t'aime...et en même temps, je suis la seule qui appartienne à ton temps, du coup, tu n'as pas le choix !
- Pas faux !

Vingt ans après...1901

- Trinquons à ce nouveau siècle !
- Au siècle dernier, tu veux dire ?
- Ah ! Ah ! Mine de rien, on a bien bossé !
- Oui, on a bien avancé les choses sur un plan social et économique. C'est avec les politiques qu'on a du mal.
- Quel que soit le continuum, il y a des choses qu'on ne changera pas.
- Tu sais, à la banque, tout le monde me demande quel est mon secret pour ne pas vieillir...
- J'ai le même genre de demande, tu sais, on pourrait se teindre en gris ? Ou changer d'endroit ? Peut-être qu'on a fini ce qu'on a à faire ici ?
- Je dirais que oui, la banque je vais la laisser à mon bras droit, il est fidèle et droit comme un i. Ça n'explique pas pourquoi on ne vieillit pas.
- Ça fait partie du lot à mon avis, on a besoin de temps pour mener à bien tous nos projets.
- Oui, ça se tient...tu veux aller où ?
- Je pensais à l'Italie.
- Excellent choix !
- N'est-ce pas ?

Six mois après

- Tu t'en sors en italien ?
- Abbastanza bene direi
- C'est fou ce que tu apprends vite
- C'est si proche du latin mon cœur, ce sont nos racines
- Dans un peu plus de vingt ans, Mussolini sera au pouvoir...
- Oui, j'y pensais ce matin...comment va-t-on éviter la montée des nationalismes ?
- En améliorant la condition des gens ? En organisant la résistance par avance ?
- Bien sûr, tu as raison, il faudrait créer un courant contraire
- Tu penses au communisme ? Je veux dire celui de Marx ?
- Pas celui de Lénine en tout cas, plutôt un retour à l'humanisme, une philosophie basée sur des valeurs humaines
- Évidemment, on a du boulot sur la planche, non ?
- Oh oui !

1947

- Chérie ! Chérie ! Ça y est ! J'ai arraché mon premier cheveu blanc !
- Enfin ! Il était temps !
- Tu crois qu'on va enfin vieillir ?
- Oui !!! J'ai eu des signes de fatigue hier soir et j'ai dormi six heures au lieu des quatre habituelles
- Tu l'expliques comment ?
- On a évité tous les dangers, Hitler est devenu peintre, bon un peintre moyen, Mussolini est resté un leader socialiste, la révolution russe n'a pas eu lieu, pas de guerres mondiales, je crois que notre mission est terminée...
- On va faire quoi du coup ?
- Profiter l'un de l'autre, il serait temps non ?
- Et si on faisait des bébés ?
- Dans cet espace-temps, oui !!! Plein de bébés !!!
- Je t'aime tu sais ?
- Je t'aime tu sais ?
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