Feuille blanche, idées noires

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Je voudrais ne jamais dormir pour vivre plus ! Je voudrais éterniser les journées pour pouvoir lire, bouger, apprendre, cuisiner, aimer, jouer, écrire... Puis, simplement, prendre le temps.

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La feuille restait désespérément blanche. Il aurait pourtant voulu se lancer, jeter sur le papier les premiers mots et les voir s’animer. Donner naissance à un personnage et le guider, souplement, du bout de la plume, pour lui permettre de vivre une aventure unique et palpitante. Il aurait voulu être capable de faire chanter les phrases et bâtir ce récit qui lui aurait apporté enfin un peu de reconnaissance. Qui aurait fait de lui un auteur.

Qui aurait fait de lui quelqu’un.

Mais cette enivrante exaltation s’essoufflait dès qu’il approchait le stylo du papier. Les minutes s’écoulaient, cruelles et silencieuses, et les mots demeuraient rétifs et muets. Alors l’angoisse prenait place, despotique, triomphale, et la petite boule continuellement lovée au creux de son ventre se gonflait d’hélium, envahissait ses poumons, noyait son cœur, serrait sa gorge. Ses mains devenaient moites et le stylo se mettait à trembler. Parfois, le papier se gorgeait d’une larme qu’il avait laissé s’échapper sans même y prendre garde. Parfois.

Le stylo, lassé, laissa s’écouler une larme d’encre. Vide de sens.

Découragé, il finit par s’endormir. Et se mit à rêver. Alors, vint l’inspiration.

Un monde sépia s’éveilla dans ses synapses. Une allégorie de la vie, poignante et poétique, éclatante. Lumineuse. Sans bons ni mauvais mais sans tiédeur non plus, où les intrigues se succédaient, frémissantes, passionnées, truculentes. Amour, amitié, haine et animosité coloraient cette brillante fresque ambrée, peuplée de personnages récurrents, qui attendaient, nuit après nuit, qu’il s’endorme pour prendre vie dans ses songes et dérouler la trame de leurs vies. Et l’œuvre de sa vie à lui.

Mais lorsqu’il se réveilla, la joue noircie par l’encre que seuls quelques dessins nerveux avaient laissée sur le papier, il ne sut même pas qu’il avait rêvé. Ses souvenirs, évanescents, s’étaient déjà évaporés.

L’angoisse aussi. Ne restait désormais que le désespoir.

Hébété, il rangea ses stylos, rangea son cahier. Il rangea la machine à écrire dans sa boîte et éteignit son ordinateur portable. Il éteignit la lumière.

Puis il fit un nœud coulant et sombra.

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